Sully, de Clint Eastwood (2016)

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Clint Eastwood n’est jamais aussi émouvant que lorsqu’il filme l’évidence. L’évidence des faits. L’évidence d’un homme persuadé d’avoir agi justement. Contre les pronostics virtuels faillibles des simulations ultratechniques et les remarques d’une administration tentaculaire qui oublie le facteur humain. Ce facteur humain que ce cher Clint Eastwood a toujours mis en avant au détriment du système corrupteur et aliénant.

On ne dira jamais assez combien Tom Hanks est le digne successeur de James Stewart. Son arrivée chez Eastwood, héritier du cinéma humaniste et populiste de Frank Capra, est encore une fois une évidence. Un an après son magnifique rôle chez Steven Spielberg (Le Pont des Espions), il démontre la capacité de l’homme ordinaire à pouvoir « rester vertical » face à des institutions de plus en plus oppressantes. De la guerre froide à la crise économique mondiale, le contexte évolue mais la conviction de l’homme droit demeure une constante. Alors que l’histoire extraordinaire du « miracle sur l’Hudson River » aurait pu courtiser les yes men décérébrés d’Hollywood pour alimenter leur machine à blockbusters préfabriqués, Clint Eastwood dédramatise l’amerrissage pour en faire une scène sobre, certes tendue de par le montage sec, mais toujours filmée du point de vue humain. Eastwood y revient plusieurs fois, comme pour se persuader que tout s’est bien passé, peinant à croise à l’incroyable tout comme les passagers ou les médias. La femme du pilote lui dit plus tard qu’elle vient seulement de réaliser ce qu’il s’était passé. Un aveu téléphonique qui a lieu juste avant une énième audition du capitaine devant la commission des experts du Conseil national de la sécurité des transports, peu soucieux des répercussions psychologiques du traumatisme chez Sully. Pour brillantes que soient les multiples scènes d’auditions entre Sully, son co-pilote (très bon Aaron Eckhart à la moustache d’un temps révolu) et le comité, elles n’intéresse pas outre mesure le réalisateur. De fait, Sully brille par ce qu’il n’évoque pas explicitement. Dans cette Amérique plongée dans la crise financière, le besoin d’héroïsme ordinaire n’a jamais été aussi fort. Ce matin glacial du 15 janvier 2009, Sully ne fait certes que son boulot en faisant confiance à son instinct et à son expérience, mais il permet à toute une nation de croire à nouveau.

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Il incarne un nouvel espoir pour un pays qui doute de son avenir, en savourant l’instant présent du miracle en exorcisant son passé traumatique (voir les séquences cauchemardesques de l’avion s’écrasant dans New York), il déjoue le fatalisme. Comment retenir l’attention des spectateurs alors que l’histoire est connue, que l’on sait que tout se termine bien, et qu’Eastwood refuse de surcroit de jouer la carte de la dramatisation ? Dès le début du film, les experts avancent l’idée que Sully avait le temps de regagner l’aéroport, sans mettre les passagers en danger, sur la base de simulations virtuelles qui servent ici de MacGuffin. Comme Sully, nous voulons voir de nos propres yeux ces fameuses simulations qui hantent véritablement le film et peuvent s’avérer décisives pour la carrière et la réputation du pilote. Croire à l’incroyable n’est pas aisé, surtout dans une époque trouble comme la notre, d’où l’étirement de la dernière séquence dans laquelle les simulations livrent finalement leurs secrets. On reconnait là la méfiance du libertarien Eastwood envers la technologie et les institutions, et en général contre toute forme d’organisation. Les passagers qui se prennent dans les bras après l’amerrissage, les gens ordinaires qui félicitent Sully, du chauffeur de taxi au serveur de bar, sont les véritables héros du film. Eastwood déclare une nouvelle fois son amour du peuple, dissèque l’héroïsme pour mieux remettre sur le devant l’intégrité des citoyens – de la même manière que Scorsese, à la fin du Loup de Wall Street, déconstruisait toute l’indécence de l’ignoble trader Léo en filmant des quidams fatigués dans les yeux. Grand film, qui prouve encore une fois la complexité du réalisateur octogénaire, capable d’autant d’humanisme sincère dans ses oeuvres et fervent défenseur de la marionnette Trump.

Dr. Gonzo

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3 réflexions sur “ Sully, de Clint Eastwood (2016) ”

  1. Whaooooo…le retour de CinéFusion, voilà une année qui finit bien. Content de vous revoir 🙂
    Presque convaincu d’aller voir ce « Sully », finalement. Merci !

  2. Merci Laurent, j’avais vraiment envie d’écrire un truc sur ce film, que je ne peux que conseiller évidemment. Le meilleur Eastwood depuis Gran Torino.

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