Tous les articles par Mr. Haydenncia

J'aime les films, les femmes et les tomates cerises. Par contre, je n'aime pas beaucoup les Bosniaques, même si je ne sais pas pourquoi...

Gone Girl, de David Fincher (2014)

Quand Valérie Trierweiler décide de mettre à l’écran son histoire avec François Hollande, ça donne Gone Girl… Comparaison grossière me dites-vous. Je vous réponds : oui.

A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ?

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Diplomatie, de Volker Schlöndorff (2014)

Je ne sais pas vous, mais moi, en ce moment, je ne fais rien. Mes journées se déroulent dans l’inaction la plus totale, au soleil si possible. Encéphalogramme plat, pieds enfouis dans le sable, je reste vissé dans ma chaise longue comme une moule sur son rocher. Je cherche dans le regard des mouettes une explication à notre venue sur terre ; je n’y trouve que l’envie farouche de bouffer de la sardine, et ça me donne faim…

Tel un hydrocuté dans sa piscine, je ne bouge plus. Même pas envie d’aller au cinéma ni de regarder un film le soir. Je préfère rester dans mon rocking-chair sous les étoiles, un chapeau de paille sur la tête et une biographie de Sylvie Vartan entre les mains. On ne passe pas un bon été si on ne lit pas une biographie de Sylvie Vartan.

Comme il faut bien alimenter notre site, j’ai tout de même fait l’effort de zieuter un film, hier soir. Un film qui me tentait plus ou moins. Mais comme la période qu’il décrit m’intéresse, je me suis dit : « Let’s go my bonobo, on se pose et on regarde !… Et si c’est emmerdant, tu retournes t’accoupler avec les bulots. »

Bien. Passons à la critique.

La nuit du 24 au 25 août 1944. Le sort de Paris est entre les mains du Général Von Choltitz, Gouverneur du Grand Paris, qui se prépare, sur ordre d’Hitler, à faire sauter la capitale. Issu d’une longue lignée de militaires prussiens, le général n’a jamais eu d’hésitation quand il fallait obéir aux ordres. C’est tout cela qui préoccupe le consul suédois Nordling lorsqu’il gravit l’escalier secret qui le conduit à la suite du Général à l’hôtel Meurice. Les ponts sur la Seine et les principaux monuments de Paris sont minés et prêts à exploser. Utilisant toutes les armes de la diplomatie, le consul va essayer de convaincre le général de ne pas exécuter l’ordre de destruction.

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Les temps sont durs comme des œufs plongés 10 minutes dans de l’eau bouillante…

Chères lectrices, chers lecteurs, cher(e)s transgenres.

Peut-être l’avez-vous remarqué (et si vous ne l’avez pas remarqué, cela signifie que vous ne venez plus nous voir, snif !), mais notre rythme de critiques subit dernièrement quelques ralentissements. Certes, nous ne sommes pas une usine destinée à produire sans discontinuité des produits identiques et sans saveur. Nous sommes des artisans, monsieur ! Mais, Cinefusion essuie des restrictions budgétaires et les Chinois veulent nous racheter… Toujours le moyen de profiter de l’occasion, ces petits salauds ! Et dire que ça a construit la Grande Muraille…

Hem… N’exagérons rien – je m’emporte un peu. En réalité nos activités actuelles au Dr Gonzo et à moi-même ne nous permettent pas d’écrire le nombre de critiques que nous souhaiterions. Mai et juin sont en effet assez chargés, et malheureusement la rédaction de critiques passe au second plan. C’est ça quand on travaille à l’Élysée (c’est ça quand on vide les poubelles des cuisines de l’Élysée serait plus juste). Moi-même je crains ne plus savoir à quoi ressemble une salle de cinéma. Est-on passé à la couleur récemment ? Ne me dites pas qu’Errol Flynn est mort ! Ne me dites pas que Michael Bay n’est pas mort !

Pourtant, ce n’est pas l’envie qui manque, mais le temps ! Et le temps, c’est un milieu indéfini et homogène dans lequel se situent les êtres et les choses et qui est caractérisé par sa double nature, à la fois continuité et succession. Et sans glaçons, en plus. Sans glaçons…

Bref, le moteur repartira de plus belle au moment voulu, et alors putain les gars ça va tronçonner sec ! Mais pour l’heure, ce sera au compte-goutte, hélas. Une critique tous les deux ans, ça devrait aller 😉

Bref, we keep in touch ! Prenez soin de vous les loustics, et pour se remonter le moral en ces temps difficiles, faites un tour sur ce site pionnier, aujourd’hui peut-être un peu seul, mais demain, futur modèle !

On se retrouve dans une autre vie (le type complètement déprimé ^^)…

Bonhomme Cinefusion

Haydenncia, votre cher et tendre (en promotion ces temps-ci)

The Homesman, de Tommy Lee Jones (2014)

Une vaste étendue. Le ciel et la terre qui se cognent et se frottent sur un horizon chauffé à blanc. Entre l’horizon et soi il n’y a rien, que la plaine. Le profane trouve cela sublime, l’initié y voit une menace. C’est de toute façon une vue dont il est impossible de tirer un mot. Une vue qui peut vous rendre fou ou, en l’occurence, folle. Bienvenu dans le Nebraska du XIXe siècle et son ambiance à faire fermer la plus déterminée des agences de tourisme. Bon, je crois que j’ai suffisamment fait d’efforts aujourd’hui pour pouvoir terminer ma critique sur ces mots…

Comment ? « Il n’y a pas le quota » ? On n’est pas au ministère de l’Intérieur, ici ! Bon, il vous faut combien de lignes ?…

En 1854, trois femmes ayant perdu la raison sont confiées à Mary Bee Cuddy (Hilary Swank), une pionnière forte et indépendante originaire du Nebraska.
Sur sa route vers l’Iowa, où ces femmes pourront trouver refuge, elle croise le chemin de George Briggs (Tommy Lee Jones), un rustre vagabond qu’elle sauve d’une mort imminente.  Ils décident de s’associer afin de faire face, ensemble, à la rudesse et aux dangers qui sévissent dans les vastes étendues de la Frontière.

L'un des points forts du films, ce sont ses paysages
Le film offre des paysages magnifiques : ici des herbes hautes, le ciel, une colline et quelqu’un au milieu…

Commençons par dire que ce dernier né de Tommy Lee Jones – produit par Luc Besson notamment, qui avait déjà participé à la production de l’excellent Trois enterrements (2005) – renouvelle assez le genre du western. Voilà en effet une histoire de femmes dans un monde qui jusqu’ici nous avait habitués à la virilité des bottes à éperons, des chapeaux troués, des étoiles de shérifs, des colts fumants et des « Allez danse, coyote ! » et autres « La cavalerie arrive toujours à l’heure ! ».

Si ici la caution « virile » du film est incarnée par Tommy Lee Jones, encore que ce dernier soit surtout bougon et taciturne, la seule véritable personne « masculine » de The Homesman, si j’ose dire, c’est Mary Be Cuddy, la plus couillue de tous les hommes du village, incarnée par l’androgyne Hilary Swank – très bien. Même le pasteur, habituelle incarnation paternaliste de la communauté, paraît bien couard face à cette jeune femme volontaire, autoritaire, courageuse, pieuse, raffinée dans cet univers bourrin, mais aussi sensible, fragile et finalement malheureuse.

Ce que j’écris là sur la « femme forte comme un homme » peut paraître banal et normal aujourd’hui, voire un brin misogyne (il nous manque l’Association des Féministes Enragées à notre tableau de chasse à Cinefusion), mais au XIXe siècle, à part Calamity Jane (et c’est d’ailleurs une des raisons de sa légende), ce genre de femmes ne devait pas courir les plaines. Bon, à cette époque les femmes avaient du poil aux pattes, donc ça compensait un peu niveau masculinité… L’Association des Féministes, je vous dis ! Mais revenons à nos bisons.

Tommy Lee Jones, (légèrement) comique
Tommy Lee Jones (légèrement) comique

Suite à un tirage au sort, Mary Be Cuddy doit donc emmener seule vers l’Est les trois jeunes femmes atteintes de folie. Décision contre son gré ? Par sûr, car finalement, malgré le tirage au sort, les mâles du coin sont plutôt des dégonflés et Mary se sent bien seule dans sa ferme trop grande. Peut-être que la perspective d’une « aventure » vers l’Est enchante un peu son morne quotidien. Et puis, l’Est, elle en vient… N’aurait-elle pas envie d’y retourner, plutôt que rester sur ces terres désertes et hostiles, poil aux cils (ce qui est un pléonasme).

Toutefois, conduire un chariot seule avec trois dingues peut être assez éprouvant (et je sais de quoi je parle ^^ !) Aussi, la rencontre avec Georges Biggs, qu’elle sauve de la potence, donnera à Mary Be Cuddy un peu de compagnie. Pourtant, l’homme n’est pas très causant. Mais peu à peu, nos deux compères, Mary la vieille fille et Georges le vieil ours, têtus et autoritaires l’un comme l’autre, visiblement opposés et peu fait pour s’entendre (Mary fait le voyage par charité, Georges par appât du gain) apprennent à se découvrir, jusqu’à l’inévitable mais belle et bien amenée Révélation/Rédemption, qui succède à un hallucinant coup de théâtre.

Dans le monde hypocrite de l’Amérique puritaine du XXIe s… du XIXe siècle, où l’on se cache derrière de pieuses paroles et derrière La Morale pour se comporter égoïstement et cupidement (voir la scène avec le maître d’hôtel), où la Bible garnit la table de chevet comme les magazines celle du salon, c’est chez ces deux « exclus », le vagabond et la fille que personne ne veut épouser que l’on retrouve le plus de générosité et de bonté, que l’on trouve le plus d’humanité. Une belle bande de tapettes, en gros…

Hillary Swank est très bien
Hilary Swank est très bien

Sur sa route, l’insolite convoi croisera plusieurs obstacles, pour le coup plutôt caractéristiques de ce genre de film. Il faut dire que l’univers dans lequel évolue cette fine équipe est dur, mystérieux, brutal. Ainsi ne manquent ni les Indiens, ni les coups de feu, ni les fripouilles sorties d’un Sergio Leone, mais ces clichés restent tout à fait digestes. Et puis, entre nous, on est toujours contents de retrouver ces bons vieux Apaches (ou des Comanches, ou des Sioux, enfin bref des mecs avec des plumes, du maquillage et qui chantent… Ça s’appelle des drag queens ça, non ?).

Alors certes, la mission de Mary Be Cuddy et Georges Biggs n’a pas l’air bien compliquée à première vue (mener trois femmes vers l’Est), mais – et le film le montre bien – ces trois femmes ont perdu la raison et diriger un asile sur roues dans les vastes plaines du Nebraska, « ce grand corps blanc silencieux » (Shanna, des Anges de la téléréalité), pendant plusieurs jours, quand l’une tente de mordre tout ce qui passe à sa portée, l’autre a tendance à se perdre et la dernière hurle à donner des frissons à un tournevis, il y a de quoi devenir fou soi-même.

Cette folie brutale et crue, montrée sans détour par Tommy Lee Jones, est illustrée dans des scènes assez dures où quand la vie d’un enfant ne vaut plus rien dans l’Ouest sauvage (pour ceux qui ont vu le film, sachez que Dr Gonzo a dit « Panier ! » à ce moment-là – oui, je dénonce, mais c’est honteux n’est-ce pas ? Ceux qui ne l’ont pas encore vu y songeront le moment venu).

The Homesman

Comme dit dans l’introduction, les extraordinaires étendues herbeuses des Grandes Plaines du centre des Etats-Unis, qui s’allongent à perte de vue, permettent à Tommy Lee Jones de réaliser des plans d’une étrange beauté.

Le réalisateur joue avec les symétries et les couleurs, les sons et la lumière, oppose l’homme tout petit à la nature immense, et le résultat est d’une grande poésie. Jour et nuit sont ici sublimés, notamment avec ce plan magnifique d’un hôtel en feu dans la nuit étoilée, devant lequel s’avance la silhouette vespérale d’un vieux cow-boy. Un moment presque magique, grandiose et violent, qui illustre parfaitement la dichotomie du feu : la beauté et la destruction. Il y aussi ce plan qui m’a scotché sur fond de crépuscule flamboyant, dans un vaste paysage horizontal où les derniers rayons du soleil filtrent à travers les panneaux du chariot en mouvement. A ce stade, je crois qu’il est temps de remercier Rodrigo Prieto, le directeur de la photographie. Merci Rodrigo. Tu peux retourner te coucher.

Par sa photographie maîtrisée, ses panoramiques et ses superbes plans d’ensemble, The Homesman fait naître un sentiment contradictoire de liberté et d’oppression ; car oui, ici il n’y a rien, la nature hautaine règne en maître et seul le vent qui tient tout droit la plaine confère un peu de vie à l’ensemble. C’est beau, c’est immense ; il n’y a pas de limites apparentes – les seuls « obstacles » à cette horizontalité sont les rares villages en bois qui se construisent vite et parfois disparaissent tout aussi rapidement.

Mais en même temps, et c’est l’une des raisons de la folie de ces femmes (et hommes), tout cela est trop grand, trop vaste, comme une gigantesque prison sans murs ni toit. La solitude devient retranchement, l’éloignement devient abandon. Ainsi, un moment révélateur du film montre Mary Be Cuddy tout heureuse de trouver un arbre sur son parcours ! Sans parler de l’eau… Aujourd’hui, je ne sais pas à quoi ressemble le Nebraska ou le Wyoming voisin, mais l’endroit doit faire le malheur de la téléphonie mobile et des compagnies internet.

L’ACTEUR-REALISATEUR TOMMY LEE JONES signe un film sensible, curieux, précis, beau et haletant, qui nous raconte un épisode peu ou pas connu de la conquête de l’Ouest, à contre-courant du rêve américain, quand l’espoir enchanté devient désenchantement violent. Accompagné d’une bande-originale à sa hauteur, The Homesman est souvent émouvant, parfois dur, mais toujours réussi. Les deux heures passent vite au rythme de ce road-movie chaotique, et l’on sort de la salle avec ce hochement du menton et cette lèvre pincée qui veulent dire : « Bon boulot, Tommy », mais aussi, dans d’autres circonstances : « Je me ferais bien un petit kebab » ou « Mais qu’est-ce qu’il me raconte, ce con ? »…

Haydenncia

 

Un jour sans fin, de Harold Ramis (1993)

Qui n’a pas rêvé, suite à une gaffe, un faux pas, une maladresse ou tout simplement après avoir malencontreusement renversé l’huissier qui venait chercher vos meubles, de reprendre la journée à zéro, de revenir un instant en arrière, de pouvoir tout effacer pour tout recommencer ? Si vous saviez combien de fois j’ai supplié Dieu et Christophe Dechavanne pour rembobiner une journée mal partie. D’ailleurs, une question au passage : rassurez-moi, incendier une maison de retraite, ce n’est pas un crime ?

Phil Connors (Bill Murray), journaliste à la télévision et responsable de la météo part faire son reportage annuel dans la bourgade de Punxsutawney où l’on fête le « Groundhog Day » : « Jour de la marmotte ». Dans l’impossibilité de rentrer chez lui ensuite à Pittsburgh pour cause d’intempéries il se voit forcé de passer une nuit de plus dans cette ville perdue. Réveillé très tôt le lendemain il constate que tout se produit exactement comme la veille et réalise qu’il est condamné à revivre indéfiniment la même journée, celle du 2 février…

6h00.. Encore, et encore, et encore...
6h00.. Encore, et encore, et encore…

S’il n’est pas le premier à se servir du thème de la répétition en boucle d’une même journée (time loop), le film de feu Harold Ramis est une ritournelle agréable, une comédie américaine typique du début des années 1990, dans la veine de Madame Doubtfire et autres Danse avec les loups. Basé sur un scénario simple mais efficace, avec des situations loufoques et un ton gentiment absurde, Un jour sans fin n’est certes pas un chef d’œuvre, mais plutôt le genre de film qu’on aime revoir de temps en temps, car on en garde un bon souvenir.

Phil, donc, petite célébrité sardonique et snobinarde, se retrouve condamné à revivre chaque jour… le même jour. 24 heures chronos version Retour vers le futur, gros ! Le début du film, de fait, nous permet de voir grosso modo la trame de la journée amenée à se répéter.

Top ! Le réveil sonne à six heures pile sur une chanson – qui deviendra de plus en plus horripilante – de Sonny & Cher, suivi du commentaire affligeant de deux commentateurs visiblement enchantés par l’événement local : le Jour de la Marmotte (Groundhog Day, le titre du film dans la version originale), rituel pittoresque annonçant un hiver plus ou moins long. Et devoir couvrir cet événement, Phil, ça le fait ch… au plus haut point. Hélas, coincé dans une faille spatio-temporelle, le bougre devra se coltiner plusieurs fois cette manifestation zoologico-météorologique… Notons au passage que Bill Murray fait du Bill Murray (et on adore ça), avec ses répliques qui font mouche et son air désabusé. Et la marmotte est très bien.

Un Jour sans fin

Evidemment, à force de revivre chaque jour la même journée, Phil en connaît tout le déroulement, le moindre rouage à la minute près. Et naturellement – mais qui ne ferait pas la même chose – au bout du troisième ou quatrième jour, c’est la grosse éclate ! la totale déconne ! la fête du slip à Palavas-les-Flots ! S’affranchissant (sagement) de toutes les règles, Phil décide de se faire une petite virée anarchisante #Compagnie créole #Aujourd’hui tout est permis #Décalecatan Décalecatan Ohé Ohé !

Mais Phil s’en fout, il sait que demain tout aura été effacé. Typiquement le genre de film où l’on se met à la place du héros !

Mais surtout, le plus cool (et aussi le plus dramatique) dans ces rembobinages temporels, c’est, lorsque l’on cherche à séduire la personne qui nous plaît, comme Phil avec Rita (Andie MacDowell), de pouvoir roder son plan drague, comme quand on recommence plusieurs fois un brouillon avant de réussir l’oeuvre parfaite.

En l’espace d’une journée (répétée), Phil saura ainsi, à la grande surprise de Rita, jouer parfaitement du piano, réciter de la poésie française, et connaître comme par magie les goûts de sa dulcinée à l’avance, ce qui donne d’ailleurs lieu à de petites saillies drolatiques : « Je déteste le caramel » s’exclame Rita, et Phil de noter tout haut, pour la prochaine fois : « Ni chocolat blanc, ni caramel ».

Mais surtout, summum du plan drague, l’estocade finale qui fera fondre votre conquête à coup sûr : sculpter son visage dans la glace devant son regard émerveillé, à la manière d’Edward aux mains d’argent. Ça, c’est la grande classe ! Même jour après même jour, Phil a eu le temps de se former à cet art un peu givré et, à force de voir et revoir Rita, il connaît son joli minois par cœur (et puis, il faut dire qu’il l’a vu dans une pub pour L’Oréal). J’ai bien essayé de faire la même chose avec un tas de neige, mais le résultat ressemblait plus à Régine après un marathon dans le désert qu’aux traits harmonieux et délicats de mon joli modèle.

Un jour sans fin

Alors certes, et ce n’est ni la première ni la dernière fois que j’écris cela : à la fin, la morale est sauve. La marche du temps reprend son cours dans un happy end prévisible. Bill Murray, à l’origine égoïste, cynique et misanthrope, met cette journée à contribution pour devenir quelqu’un de meilleur et donner un sens à sa vie. Mais enfin, ça fait du bien un peu de gentillesse dans ce monde consumériste, individualiste et végétarien.

Bref, Un jour sans fin est un film plaisant, loufoque, parfois un peu long (un film sans fin ^^ ?), qui m’a rappelé les livres de la collection Délires que je lisais petit (Piégé le premier jour de la colo, Piégé le jour de la rentrée, La prof de math a des gros seins…). Voilà le type-même du film du dimanche soir qu’on regarde une chaussette trouée au pied gauche et un bol d’Apéricubes sur la table basse, en compagnie de Joël son raton laveur héroïnomane.

Qui n’a pas rêvé, suite à une gaffe, un faux pas, une maladresse ou tout simplement après avoir malencontreusement renversé l’huissier qui venait chercher vos meubles, de reprendre la journée à zéro, de revenir un instant en arrière, de pouvoir tout effacer pour tout recommencer ?

Haydenncia

Guerrière, de David Wnendt (2011)zi

Guerrie affiche

Depuis la chute du mur de Berlin, Michel Drucker n’a pas changé et Line Renaud rajeunit. En dehors de ça, cette rupture brutale qu’a constituée l’unification des deux Allemagnes en 1990 et les profonds déséquilibres que cela a entraînés ont fait naître un peu partout en Germanie des petits groupes nostalgiques d’une époque où le Reich dominait l’Europe et paraissait uni, à l’ombre de la croix gammée et du petit moustachu hystérique. Les membres de ces différents groupes se reconnaissent à leur crâne tondu (tous ont un partenariat avec Gilette et Wilkinson – ce sont, après tout, les plus gros utilisateurs de rasoirs du monde), leur visage boursouflé par l’alcool et raidi par la haine et leur corps qui ressemble au catalogue Panini de ce que le monde compte de tatouages racistes. Ce sont les néonazis ou naziskins ou boneheads ou gros cons.

Guerrière [Kriegerin] raconte deux destins croisés au sein de ce monde glauque et fielleux, celui d’une rédemption et celui d’une chute, à la manière d’Americain History X auquel le film de David Wnendt fait beaucoup pensé.

Marisa (Alina Levshin), 20 ans, fait partie d’un gang de néonazis au nord de l’Allemagne. Tatouée de swastikas, le crâne rasé, elle déteste les étrangers, les juifs, les noirs et les flics, à ses yeux tous coupables du déclin de son pays et de la médiocrité de son existence. Manifestations de haine, violence et beuveries rythment son quotidien, jusqu’à l’arrivée en ville d’un réfugié afghan et l’irruption dans son gang d’une adolescente de 14 ans. Ces nouveaux venus mettent à mal le fanatisme de Marisa…

Mon papa...
Mon papa…

Je ne sais plus qui disait que certains deviennent néonazis comme ils auraient pu devenir punks, par rejet de la société, par rébellion compulsive et émotive, par dégoût de tout, à commencer par celui d’eux-mêmes (c’est sans doute encore plus vrai avec les néonazis). Les nazillons que Guerrière nous montre, en tout cas, ressemblent plus à des pommés haineux et haïssables qu’aux militants fanatiques d’une cause réfléchie et pensée. Ils ont trouvé dans leurs « Kameraden » au crâne rasé une deuxième famille, voire une nouvelle famille, où pour une fois ils se sentent acceptés et unis dans un même rejet de l’altérité.

Au sein de cette micro-société super sympa, Marisa, âme de guerrière mais à la cause dévoyée, est un joli brin de fille amoché par le néonazisme, à commencer par son horrible coiffure qui me rappelle celle de ma grand-mère en juin 44. Au sein d’une famille visiblement éclatée, son référent affectif demeure son grand-père, un type pas très net qui l’entraînait quand elle était gosse à porter de lourds sacs de sable sur le dos, façon récréation des Jeunesses hitlériennes.

Caissière dans le supermarché de sa mère, Marisa refuse d’encaisser les clients d’origine étrangère – autant dire qu’une néonazie caissière à Barbès glanderait toute la journée. Son copain est évidemment un bas du front (national) ultraviolent, aussi sympathique qu’une grenade dégoupillée, et sa mère semble assez indifférente aux idées politiques de sa fille, mais comme la plupart des gens « normaux » que l’on croise dans ce film – j’y reviendrai. Bref, Marisa la guerrière paraît bien enracinée dans ce petit monde brun et totalement misogyne qui se vomit, mais sur les autres.

Guerrière

En parallèle, il y a Svenja, une adolescente de 15 ans, bonne élève, fille de famille moyenne, pour qui Hitler a autant de signification qu’un arc-en-ciel pour un aveugle, mais qui pourtant semble mal partie dans la vie. Son pseudo sur le web est « Haineuse » (le même que celui de Claire Chazal, dit donc !), elle fume par « rébellion », s’amourache d’un type affilié au groupe néonazi du coin et déteste son beau-père (un brin tyrannique). Bref, la proie idéale, qui n’aspire qu’à trouver un mouvement en marge et des jeunes de son âge suffisamment influents pour se laisser guider jusqu’aux tréfonds de la haine.

Les deux filles, Marisa et Svenja, qui peu à peu vont apprendre à se connaître et à s’estimer, sont liées par un commun rejet du monde qui les entoure, un sentiment d’incompréhension, une même haine du présent et un sérieux besoin de reconnaissance. Et aussi, sans doute, une bonne dose de connerie.

Enfin, il y a un troisième personnage, un petit clandestin afghan légèrement tête à claques qui, alors qu’il va dans un premier temps catalyser la haine de Marisa, va finalement devenir le « rédempteur » de la jeune fille, quand celle-ci va soudain – de façon d’ailleurs totalement invraisemblable – ouvrir les yeux et comprendre à quel point ses idées sont pourries, comme ça, presque en un claquement de doigts. Mouais…

Guerrière

Guerrière, premier long-métrage de son réalisateur, est intéressant quand il raconte l’embrigadement au sein de la mouvance néonazie de jeunes gens en mal d’affect, à la recherche d’une nouvelle famille, d’une nouvelle « fraternité » groupée autour d’un leader plus ou moins charismatique – ici un gourou brailleur à l’œil chassieux, à la lippe écumeuse, amateur de « Große Bier ».

Certaines scènes sont plutôt bien mal fichues, même si je les ai trouvées quelques fois à la limite de la « complaisance » (dans leur côté stylisé), notamment celles retranscrivant les beuveries du groupe sur fond de musique (de hurlements) Oi !… Et l’on voit aussi à quel point, de nos jours, ces jeunes nazillons font pleinement partie du paysage allemand, un peu comme en Russie, et finissent même par être intégrés à la communauté qui les regarde avec une triste indifférence. En gros, on remarque plus facilement leur belle paire de chaussures que leur énorme svastika dans le cou. Accablant.

Cependant, comme je le soulignais plus haut, le film souffre d’un fort manque de crédibilité, quitte à tomber dans l’incohérence quand du jour au lendemain la jeune néonazie convaincue, déjà accepte que sous ses yeux le jeune étranger afghan vole dans son magasin, mais surtout transforme sa maison en refuge pour clandestins. Un revirement totalement improbable, qui malheureusement gâche l’intrigue du film. Faut pas pousser Großmutter dans les Nesseln !

Mais c’est vrai que les néonazis ne sont pas à un paradoxe prêt. Il n’y a qu’à voir en Russie, pays où l’on compte sans doute le plus de néonazis au mètre carré, quand le peuple slave était destiné dans l’univers mental nazi à devenir une « race d’esclaves »… D’autre part, certains de ces crânes rasés se considèrent dans leur petit esprit romantique et nostalgique comme les nouveaux SS, mais étant donné les règles de vie drastiques et austères de la SS (alcool et tabac, voire viande officieusement bannis), ces gens ivres 23 heures sur 24 auraient eu plus de chance de terminer dans un caniveau que dans l’Ordre Noir.

Bon, certes, ils boivent comme boivent les punks à chien – leurs cousins très éloignés, de l’autre côté du spectre politique : pour oublier cette vie injuste et ce monde naze (à défaut d’être nazi), et sans doute aussi pour désinhiber une mentalité de merde qu’eux-mêmes ont peut-être du mal à accepter. Et quand ils ne boivent pas, les nazillons baisent ou se battent contre des immigrés, voire entre eux. C’est la fameuse règle des trois B : « Bière, Baise, Baston ». Toute une philosophie de vie, donc.

Alina Levshin, étonnante
Alina Levshin, étonnante

Au final, Guerrière est un film intéressant sur certains aspects (comment devient-on néonazi en trois leçons), mais qui souffre d’une profonde invraisemblance, malgré de jeunes comédiennes talentueuses, notamment Alina Levshin (Marisa).

Voilà donc un film qui se cherche et qui se perd, faute d’un scénario solide, et sa trame rappelle celle d’American History X : une personne entre dans un milieu quand l’autre tente d’y échapper. Sans oublier le tas de clichés qui vont avec ce genre d’histoire – mais qu’on pardonne rapidement, tant ce milieu manque totalement d’originalité. Enfin, la conclusion est tout simplement grotesque. A voir tout de même, cependant, ne serait-ce que pour mieux comprendre la part sombre (et méconnue) de l’Allemagne actuelle.

Haydenncia

Hunger Games – L’embrasement, de Francis Lawrence (2013)

Ayant fait sur ce même site la critique (époustouflante) du premier épisode de la trilogie Hunger Games, qui pour le moment est encore une trilogie mais qui, évidemment, se complétera bientôt d’un prequel, puis d’une histoire dérivée et enfin d’une nouvelle trilogie, je me devais de poursuivre sur ma lancée et de critiquer ce second épisode : Hunger Games – L’embrasement.

Un second épisode au titre un peu pompeux et que j’appellerai donc par commodité Hunger Games 2, et parfois, aussi : Le deuxième film adapté de la saga de Suzanne Collins dont le premier tome est paru en 2009 en France chez Pocket Jeunesse numéro d’ISBN 2-266-18269-2, le deuxième tome en 2010 chez le même éditeur ISBN 2-266-18270-6 et le dernier tome en 2011 ISBN 2-266-18271-4 et est-ce que tu veux du sucre dans ta moussaka ? par souci de complication.

Katniss Everdeen (Jennifer Lawrence) est rentrée chez elle saine et sauve après avoir remporté la 74e édition des Hunger Games avec son partenaire Peeta Mellark (Josh Hutcherson). Puisqu’ils ont gagné, ils sont obligés de laisser une fois de plus leur famille et leurs amis pour partir faire la Tournée de la Victoire dans tous les districts. Au fil de son voyage, Katniss sent que la révolte gronde, mais le Capitole exerce toujours un contrôle absolu sur les districts tandis que le Président Snow (Donald Sutherland) prépare la 75e édition des Hunger Games, les Jeux de l’Expiation – une compétition qui pourrait changer Panem à jamais… 

La milice de Jockeys
Une milice mi-jockeys mi-Stormtroopers

Je ne vais pas réexpliquer le contexte du film (Amérique post-apocalyptique, dictature version Lady Gaga et miliciens habillés en jockeys), mais simplement préciser que ce second volet de Hunger Games mixe toujours de façon kitsch et futuriste la Rome antique et le glam rock, les combats de gladiateurs violents et les romances pénibles, le monde urbain et le monde sauvage, tenues de gala et tenues de camouflage. Bref, un sacré patchwork, mais qui fonctionne.

De fait, il ne faut pas oublier que la saga, malgré son ultra-violence qui, comme je l’ai écrit, m’avait un peu choqué dans le premier film, appartient à la large palette des films dits « pour ados », palette qui va de la navrante saga Twilight au récent Divergente, en passant par Je découpe ta voisine au sécateur (et je passe la tondeuse). Toutefois, cette palette, aux couleurs généralement ternes et sans éclats, donne quelquefois des surprises intéressantes, à l’image de ces deux premiers Hunger Games agréables à défaut d’être innovants.

Alors bon, pour ma part (je ne suis pas un fan de la saga), j’ai trouvé l’histoire ni intéressante ni inintéressante. Disons simplement que le film commence véritablement à partir du moment où les jeux, les Hunger Games proprement dits, commencent, soit dans la seconde partie du film. C’est, avouons-le, l’aspect survival plus encore que son message qui donne son principal intérêt au film de Francise Lawrence. Voir des ados privés de portable s’entretuer – et cette fois pour autre chose que la guerre Justin Bieber/One Direction –, quel plaisir ! mais quel plaisir ! Bon, ici, ce sont plutôt de jeunes adultes qui se massacrent, mais vous avez compris le message…

Quoi qu’il en soit, l’arène où se déroulent les combats a cette fois pour cadre une jungle qui rappelle soit Lost, soit Jurassic Park, soit le zoo de Vincennes, mais qui en tout cas grouille de pièges et d’animaux méchants (ici des mandrills – pas malin, quand on sait que Katniss Everdeen est une bonne tireuse à l’arc et que le cul coloré du Mandrill fait une cible parfaite). Finalement, Hunger Games 2, c’est un peu Koh Lanta en Corée du Nord … Quoiqu’un vrai Koh Lanta en Corée du Nord (saison 2, Koh Lanta à Kaboul), ça aurait plus de gueule !

Hunger Games 2

Côté casting, Stanley Tucci est toujours aussi excellent en animateur excentrique et hystérique. Jennifer Lawrence remplit son rôle. Woody Harrelson a volé la perruque de Matthew McConaughey depuis True Detective. Et j’ai la flemme de décrire le jeu des autres acteurs, mais en gros, ils font ce qu’on leur demande. Sauf Lenny Kravitz à qui l’on demande juste de chanter Are You Gonna Go My Way. Qu’est-ce que tu fous là, Lenny ?

J’ai néanmoins été frappé – et ému – par une présence dont j’avais oublié qu’elle était dans ce film, celle de Philip Seymour Hoffman, dont la brève apparition suffit à conforter son statut d’immense acteur, à la fois charismatique, inquiétant et attachant. La scène où il explique au dictateur Snow comment gouverner par la ferveur et la terreur est particulièrement bien trouvée. Les régimes totalitaires, fascistes en particulier, ont toujours joué sur ces deux cordes sensibles : la peur et l’enthousiasme, le fouet et la caresse. Un Troisième Reich ne fonctionnant que par la matraque n’aurait pas tenu deux ans. Il fallait des fêtes monstrueuses et ininterrompues, une propagande extatique, la « Force par la Joie » pour dissimuler et faire oublier les camps, la Gestapo et la perte des libertés.

Cette loi que tout bon dictateur doit connaître, même si c’est de façon un peu grossière et dans un contexte assez différent, le film la montre plutôt bien. D’abord par son décorum digne des grandes cérémonies nazies (voir images ci-dessous), qui montre qu’une bonne partie du pognon de Panem passe dans l’organisation de ces « grand’messes » que sont les Hunger Games. Mais aussi par la façon de gérer la rébellion qui s’agite et menace l’ordre établi, en accommodant répression et réjouissances. Ainsi, le public miséreux des districts s’enflamme et se passionne pour l’histoire d’amour entre Katniss et Peeta, et l’instant d’après des agitateurs sont exécutés en public… Puis de nouveau les regards effrayés se détournent alors qu’on annonce le mariage entre les deux tourtereaux, puis de nouveau on fouette quelqu’un pour l’exemple. Manuel Valls a encore beaucoup à apprendre…

Un petit air de Germania...
Un petit air de Germania…
Hunger Games 2
… et du Triomphe de la Volonté

Alors certes, le film n’est pas exempt de paradoxes. Ainsi, s’il dénonce un monde faux et superficiel où tout n’est que beauté et apparence, on remarquera tout de même que tous ses acteurs semblent sortir de pubs pour parfums et que les héros sont de beaux jeunes gens aux dents blanches et au teint frais. D’autre part, le film dénonce la violence comme divertissement… tout en nous proposant de nous divertir par la violence. Soit un film qui prévient l’incendie tout en ajoutant du combustible. A côté de ça, Hunger Games 2 en profite pour égratigner les habituelles dérives de la société de consommation, les médias complices, l’accroissement des inégalités sociales, les cigarettes électroniques et les pubs avec Gad Elmaleh.

Au final, Hunger Games 2 – L’embrasement, en tant que film visant d’abord un public adolescent, reste intéressant, bien foutu et plutôt intelligent dans son message. Du Stéphane Hessel version blockbuster, sympathique et sans surprise.

Haydenncia