Archives pour la catégorie Comédie romantique

21 Jump Street, de Phil Lord et Chris Miller (2012)

21 Jump Street

Au lycée, Schmidt et Jenko étaient les pires ennemis, mais ils sont devenus potes à l’école de police. Aujourd’hui, ils sont loin de faire partie de l’élite des flics, mais ça pourrait changer… Mutés dans l’unité secrète de la police, l’équipe du 21 Jump Street, dirigée par le capitaine Dickson, ils vont troquer leur arme et leur badge contre un sac à dos et se servir de leur physique juvénile pour infiltrer un lycée.
Le problème, c’est que les ados d’aujourd’hui ne ressemblent pas du tout à ceux de leur époque. Schmidt et Jenko pensaient tout savoir des jeunes mais ils sont complètement à côté de la plaque. Ils vont aussi vite s’apercevoir que certains problèmes de leur propre adolescence sont loin d’être réglés. Les revoilà face aux angoisses et aux terreurs des ados, avec une mission en plus…

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Her, de Spike Jonze (2014)

       Her

        Spike Jonze écrit pour la première fois seul le scénario de son nouveau film, très personnel dans son approche comme dans son thème. L’idée d’une relation entre un homme et un programme d’intelligence artificielle lui vient directement de sa propre expérience, il y a une dizaine d’années, alors qu’il prend conscience qu’il parle à un service de messagerie informatique. Le défi de base de Her – raconter une histoire d’amour entre l’homme et une entité virtuelle – est largement tenu par Spike Jonze, qui non content de cet exploit (avouons-le, un tel scénario casse-gueule aurait pu déboucher sur un nanar involontaire), nous livre l’une des plus belles romance story sur fond de récit d’anticipation de ces derniers temps au cinéma ainsi qu’une mise en scène lumineuse.

        Se déroulant dans un Los Angeles tentaculaire, tantôt brumeux tantôt superficiellement éclairé, dans un avenir très proche, la vie de Theodore Twombley (surprenant et impeccable Joaquin Phoenix) condense à elle-seule un peu le mal existentiel inhérent à la société post-moderne et ultra-connectée. S’il excelle dans son travail (beau paradoxe, il écrit des lettres sentimentales pour des clients abonnés à ce genre de service), s’il a quelques amis de confiance avec qui il peut parler, il n’en reste pas moins profondément solitaire et perdu sur le plan amoureux, notamment suite à sa séparation avec sa femme. Comme beaucoup d’autres personnes autour de lui, il finit par se procurer un OS intelligent, capable de s’adapter à ses attentes. Il n’en fallait pas plus pour que Theodore tombe amoureux de la voix de cet OS qui s’est nommé Samantha (en même temps, avec la voix de Scarlett Johansson, n’importe qui tomberai amoureux).

Il faut dire qu’il y a des avantages et certains inconvénients à vivre avec une intelligence artificielle :

1) Avantages :

– Plus d’excuses pour emmener votre moitié au restaurant, au cinéma ou à Disneyland, elle ne mange rien, et ne prend pas de place puisque dans la poche de votre veste.

– N’ayant rien d’autre à faire, vous pouvez lui demander de faire votre travail et ainsi vous en débarrasser.

– Vous pouvez déconnecter le système à tout moment, et ainsi être tranquille quand bon vous semble.

– Elle ne peut pas vous blâmer de ne pas avoir rabaisser le couvercle des toilettes, ou de ne pas avoir fait la lessive.

– A vous de choisir la voix qui vous convient le mieux (celle de Marge Simpson est incluse de base, celle de Scarlett Johansson coûte 599 euros hors taxes, …).

2) Inconvénients :

– Pour faire des gosses, ça va être un peu tendu…

– La question du mariage : déjà que l’union entre deux personnes de même sexe a eu du mal à être acceptée, alors celle entre une personne et un OS…

– Pas le choix pour faire les courses ou allez cherchez un McDo, ce sera vous !

– Il y a intérêt d’avoir une bonne connexion internet.

– Ce sera toujours vous le Sam de la soirée (à moins bien sûr que les voitures du futur soit aussi intelligente).

– Pour les croyants, le débat est lancé : l’OS a-t-il une âme ? Si oui, se retrouve-t-elle au Paradis, en Enfer, ou dans les limbes une fois le service déconnecté ?

Her

        L’une des grandes qualités de Her (outre celle de prouver que Joaquin Phoenix porte à merveille la moustache), c’est de ne porter aucun jugement sur ce qui est décrit. L’entourage de Theodore réagit comme si l’OS était une personne de chair et de sang, partageant tous les moments de la vie réelle grâce à l’objectif vidéo que Theodore emporte partout. Rien n’est épargné et Spike Jonze s’est totalement investi dans les moindres détails de son histoire, jusqu’à une scène de sexe interactive entre la voix de Samantha et Theodore, ou encore une femme qui se substitue à la voix virtuelle pour permettre un vrai rapport charnel. Et c’est là où tient toute la réflexion du film, à savoir les limites de l’intelligence artificielle et les problèmes d’éthique qui en découlent. Si au premier abord il semble plus simple de partager sa vie avec une entité abstraite et virtuelle (possibilité d’éviter les conflits, mensonges …), il apparaît cependant que cela pose les mêmes problèmes qu’une relation entre deux êtres humains, l’OS montrant rapidement sa capacité à ressentir des sentiments tels que la jalousie ou la colère. Et Theodore de se rendre compte du caractère factice et automatisé de Samantha, dans une scène sublime sur les marches d’une station de métro.

        Outre sa représentation fascinante et cohérente du possible monde de demain (qui contraste fort bien avec les vêtements des personnages style années 1950 !), Her en vient à l’essentiel, en traitant de l’amour comme du bien le plus sacré de l’Humanité, et remède universel à la solitude.

Dr. Gonzo

L’incroyable destin de Harold Crick, de Marc Forster (2007)

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Un beau matin, Harold Crick, un obscur fonctionnaire du fisc, entend soudain une voix de femme qui se met à commenter tout ce qu’il vit, y compris ses pensées les plus intimes. Pour Harold, c’est un cauchemar qui dérègle sa vie parfaitement agencée, mais cela devient encore plus grave lorsque la voix annonce qu’il va bientôt mourir…
Harold découvre que cette voix est celle d’une romancière, Karen Eiffel, qui s’efforce désespérément d’écrire la fin de ce qui pourrait être son meilleur livre. Il ne lui reste plus qu’à trouver comment tuer son personnage principal : Harold ! Elle ignore que celui-ci existe, qu’il entend ses mots et connaît le sort qu’elle lui réserve…
Pour s’en sortir vivant, Harold doit changer son destin. Sa seule chance est de devenir un personnage de comédie, puisque ceux-ci ne sont jamais tués…

        Zach Helm, le scénariste de  ce film – budgété à 40 millions de dollars quand même ! -, trouve là une idée de départ complètement jouissive et originale, dans la mesure où elle est méta-réflexive.  Le comédien ultra-populaire aux USA Will Ferrell incarne à la perfection cet Américain (très) moyen dont la vie ne recèle aucune surprise, aucun moment agréable, et qui se retrouve du jour au lendemain au centre d’un roman – sa vie – en cours d’écriture qu’il doit arrêter afin de ne pas mourir. Rien que ça ! Dans la pure tradition de la comédie américaine, le propos est ici loin d’être simplement un comique de situation gratuit et sans fonds, mais bien au contraire il sert un discours d’ensemble mettant à mal la vie sociale occidentale et ses aspects les plus quotidiens. Ainsi, l’une des qualités du film est d’osciller constamment entre rire et pleurs, entre frivolité réjouissante et gravité existentielle, chacun étant représenté par un personnage. Dustin Hoffman excelle dans le rôle d’un professeur de littérature, accablé de clichés liés à sa profession mais dont on ne peut contester leur validité (si vous ne me croyez pas, allez tailler le bout du gras avec un prof de littérature à l’université, vous ne verrez plus la vie de la même façon !), tandis qu’Emma Thompson est étonnante en écrivain dépressive bloquée dans l’écriture de son nouveau roman. A ce titre, les scènes dans lesquelles elles rend visite à des malades dans un hôpital ou quand elle imagine un accident de voiture sur un pont sont d’une grande subtilité, renvoyant au fantasme de l’écrivain désirant voir son travail prendre vie dans le réel. Et c’est là que L’incroyable destin de Harold Crick brille, dans le dépassement de la frontière entre réel et imaginaire, ou quand la réalité est plus étrange que la fiction (le titre original, Stranger than fiction, rend bien mieux compte de cela). Si le film est tout à fait accessible, il n’en demeure pas moins complètement érudit et philosophique : les personnages ont tous un nom de scientifique ou philosophe (Crick, Pascal, …). La question de fond nous concerne tous : sommes-nous maîtres de nos vies, suggérant ainsi la notion tant débattue de libre-arbitre, ou alors existe t-il une puissance supérieure qui contrôle nos moindres faits et gestes, donc un fatalisme ? Un film qui convient donc parfaitement aux élèves de Terminale, juste avant le bac de philo. Comment ? Le bac est passé depuis deux mois ?! Et bien ce sera pour l’année prochaine alors, sauf si un écrivain s’empare de votre existence et décide de vous faire mourir… Priez pour que ce ne soit pas Stephen King, Clive Barker ou Dan Simmons !

        N’avez-vous eu jamais l’impression d’être suivi, lorsque, nu, vous déambulez dans les bas-fonds de votre ville à une heure bien avancée de la nuit… Hemm, pardon, je me suis trompé d’article. N’avez-vous jamais eu l’impression d’être votre propre personnage, de faire partie d’un décor factice, d’un monde hyperréaliste dénué de substance  tangible ? La vérité ne vous paraît-elle pas inquiétante, « plus étrange que la fiction » même pour reprendre l’expression de Lord Byron à laquelle fait référence le film ? Ou tout simplement, ne trouvez-vous pas que le café de ce matin avait le même goût que celui d’hier et d’avant-hier ? Bref, voilà le genre de questions que l’on trouve dans cet incroyable film !

L'écrivain se prenant pour le démiurge qui contrôle l'univers !
L’écrivain se prenant pour le démiurge qui contrôle l’univers !

        En tant que spectateur, c’est le genre de film qui ne peut que nous questionner directement, nous interrogeant sans cesse sur la validité des faits montrés à l’écran, qui dans bien des cas peuvent être aussi bien le fruit de l’imagination de Harold (une psychologue lui dit qu’il est schizophrène) que l’exubérante imagination du scénariste. Mais quand Harold rencontre enfin l’écrivain, le doute n’est plus permis. S’engage une passionnante réflexion sur les fonctions créatrices de l’écrivain – et par extension du scénariste – sur ses limites et son rapport aux lecteurs/spectateurs. Une méta-réflexion vraiment poussée et qui ne se détourne jamais de son but, malgré la trame amoureuse secondaire entre Harold et Ana (Maggie Gillenhaal), une pâtissière anarchiste ! Le travail sur l’écriture (dialogues exquis) s’accompagne d’une réalisation de très bonne facture, énergique, classique mais toujours en concordance avec les situations, et l’on se prend à rêver que Marc Forster revienne à la comédie qui lui sied bien mieux que le film de zombies (World War Z) ou le spy-movie (Quantum of Solace). Certains détails sont particulièrement appropriés, comme les incrustations décrivant l’environnement comme dans un catalogue (un peu à la manière de Fight Club). Il serait donc dommage de passer à côté de ce petit film peu connu dans nos contrées, mais qui en dit plus long sur la vacuité existentielle des Occidentaux dits civilisés et sur les rapports sociaux loin d’être sincères. Le seul défaut que l’on pourra reprocher au film, c’est sa fin trahissant l’obsession toute hollywoodienne du happy end, même si celle-ci est critiquée dans le film par l’enseignant de littérature (« c’est bien, mais sans plus »).

Dr. Gonzo

Le Sauvage, de Jean-Paul Rappeneau (1975)

J’habite seul avec maman, dans un très vieil appartement, rue Sarasaaaateeeu… Pardon, je ne sais pas pourquoi je chante ça. Je pensais à autre chose. Je pensais, en vérité, au film que j’ai vu hier soir, que j’ai beaucoup aimé et dont je tiens à tout prix à faire la critique ici même. Ce film, c’est Le Sauvage. Je ne sais pas si vous l’avez vu, si ce n’est pas le cas, vous en avez sûrement entendu parler, mais croyez-moi, ça vaut le coup d’y jeter un œil. Et quand on s’appelle Jean-Marie Le Pen, d’y jeter un œil de verre ! Les raisons ? Si vous aimez Yves Montand et Catherine Deneuve, même si cette dernière peut parfois dire de grosses conneries, d’abord. Ensuite, si vous aimez Robinson Crusoé et les îles paradisiaques. Enfin, si vous aimez la soupe aux perles. Que c’est bon, la soupe aux perles !… Le problème, c’est que cela nécessite d’avoir mangé un pot-au-feu avant, pour en récupérer le bouillon. Et le pot-au-feu, c’est pas trop mon truc… Moi, je suis plutôt chili con carne ou une bonne raclette… Ou un bébé phoque avec du vinaigre… Mais, qu’est-ce que je raconte ?

Martin (Yves Montand) fait par hasard la rencontre de Nelly (Catherine Deneuve) dans la ville vénézuélienne de Caracas, alors que la jeune femme tente de fuir son futur époux, elle qui ne veut plus se marier. Cherchant de l’aide pour rentrer en France, la tornade blonde se tourne vers Martin et lui propose, en guise de salaire, de lui vendre un Toulouse-Lautrec, volé à son patron. Martin accepte, non mécontent de voir partir cette demoiselle envahissante et volcanique. Cependant, alors qu’il regagne son île, lui qui recherche la solitude, voilà t-y pas qu’il a la surprise de constater que Nelly s’y trouve aussi ! Finie la tranquillité !…

Le Sauvage

Je ne suis pas trop comédie romantique : des films comme Coup de foudre à Notting Hill ou Quand Harry rencontre Sally ne sont pas ma tasse de thé ni ma coupe de champagne ni mon verre de grog. Mais, autant dire que Le Sauvage, qui emprunte beaucoup aux comédies sentimentales américaines, en y ajoutant de l’aventure, m’a beaucoup plu. Deux individus opposés vont se rencontrer par hasard et ne plus se lâcher : lui, ermite au regard charmeur et malin, un brin macho, qui cherche à se poser et désirant être seul sur son île ; elle, au débit de mitrailleuse, caractérielle mais tellement jolie. Entre les deux, de la première engueulade au premier baiser, c’est une véritable histoire d’amour qui va naître, doucement, mais sûrement. C’est qu’une île de cette taille, pour deux personnes, c’est un peu petit, mais ça créé des liens. Le film, d’ailleurs, n’est pas dénoué d’humour : à un moment, Montand en vient même, dans un geste plus spontané que calculé, à assommer la belle avec un ananas… Voilà un fruit qui n’a pas encore livré toutes ses utilités !

Yves Montand, un acteur que j’aime beaucoup (moins le chanteur, mais c’est une affaire de goût et, sans doute, de génération) incarne ici un homme cherchant la solitude, après des années à travailler en tant que créateur de parfum dans une grande multinationale. Ce monde-là ne l’intéresse plus : il a décidé de le fuir. Et c’est sur un îlot magnifique, perdu au large de l’Amérique latine, qu’il joue au Robinson Crusoé moderne. L’endroit est vraiment paradisiaque et on bave d’envie devant cette eau turquoise, cette plage de sable blanc parsemée de palmiers, cette maison de style colonial, nid douillet dans lequel on doit bien se sentir par grandes tempêtes. L’homme a installé un potager, nourri par un ingénieux système d’irrigation. Une éolienne fait venir l’électricité. Il possède également sa basse-cour et accède à son petit voilier par un ponton de bois blanc qui rampe sur l’onde calme et limpide, avec filet de pêche et hamac. Si demain je dois m’exiler fiscalement, c’est sur cette île que je partirais. Et pas à Nechin, ou je ne sais où.

Le Sauvage

Quant à Catherine Deneuve, adorable enquiquineuse, jolie peste qu’on pardonne aisément, elle est sublime et terriblement belle. En la regardant, fragile, cheveux blonds flottant au vent ou bien complètement trempés, yeux céruléens, je suis tombé raide dingue amoureux. Volubile – elle a toujours quelque chose à dire et vous court après pour vous questionner sans arrêt – son teint pâle légèrement hâlé par le soleil des Caraïbes, jeune, presque poupée, elle ferait craquer même le plus intégriste des archevêques. Voilà une emmerdeuse qu’on aimerait croiser plus souvent. N’est-ce pas elle, plutôt, la sauvage du titre ? Elle qui court le monde, qui ne peut ni ne veut jamais se stabiliser ; elle vous demande quelque chose, vous refusez, elle boude, elle vous redemande, vous acceptez et vous tombez dans son piège, mais vous y tombez sans vous poser de question, presque par plaisir. Vous l’enfermez dans la cale de votre bateau, elle vous le coule dans la seconde, et votre colère, légitime, ne résistera pas à ses beaux yeux. Une poupée qui vous mène par le bout du nez.

Seul avec elle sur une île perdue, Martin ne pense qu'à s'en débarrasser... Y a quelque chose qui tourne pas rond chez lui, non ?
Seul avec elle sur une île perdue, Martin ne pense qu’à s’en débarrasser… Y a quelque chose qui tourne pas rond chez lui, non ?

Enfin, les dialogues signés Jean-Loup Dabadie sont soignés et fonctionnent à merveille, gracieusement servis par le jeu impeccable de ces deux monstres du cinéma. Le Sauvage, injustement oublié aujourd’hui (comptez le nombre de fois où il est passé à la télévision) est un beau « film d’amour » qui n’a pas pris une ride et se regarde avec toujours autant de plaisir. Si vous ne l’avez pas vu, je vous conseille vraiment ce voyage vers une île perdue dans un lagon, sortie d’un tableau du Douanier Rousseau, en compagnie d’un couple improbable et beau.

Quand on partait de bon matin, quand on partait sur les chemins, à bicycleeeeetteuuuuh… Désolé.

Haydenncia