Archives pour la catégorie Comédie

Birdman, de Alejandro González Iñárritu (2015)

Birdman

        Bon, déjà, disons le cartes sur table, écrire le nom du réalisateur n’est pas une mince affaire, merci le copier/coller pour le coup, et pour le prononcer, un petit topo s’impose les amis : on dit donc Alérandro Gonzalez Iniaritou (sic). J’espère que l’intéressé ne m’en voudra pas pour avoir écorché son nom.

        Tout ça nous amène au 5ème film de ce réalisateur qui, pour ma part, est l’un des plus talentueux de sa génération. On me siffle dans l’oreillette que le bonhomme vient de remporte l’Oscar du meilleur réalisateur, et bien c’est amplement mérité. Pour autant, Birdman ne manquera certainement pas de désarçonner les amateurs du réalisateur. Exit le principe du film-choral que celui-ci maniait avec une intelligence rare et méticuleuse. Ici le cinéaste adopte l’unité de lieu – un théâtre new-yorkais et le quartier qui l’entoure – et de temps – via l’utilisation d’un faux plan-séquence. Faux plan-séquence car, on le remarque si l’on prête attention, il y a plusieurs raccords dans le film, disposés très judicieusement et qui ne remettent pas en question le principe du film. Au contraire, la dimension méta textuelle reste parfaitement ludique et passionnante. Lire la suite Birdman, de Alejandro González Iñárritu (2015)

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Howard the Duck, de Willard Huyck (1986)

Howard the Duck

        Howard the Duck… Un titre qui évoque une sombre page financière pour Hollywood, mais aussi une multitude de souvenirs désopilants pour les cinéphiles des années 80 (et postérieures). Premier personnage Marvel ayant eu droit aux honneurs d’une adaptation cinématographique, Howard (le canard donc) est un être anthropomorphe vivant sur la planète des Canards mais qui se retrouve sur Terre suite à une expérience scientifique humaine qui a légèrement déconné.

        Réalisant que les humains (en fait les Américains pour être plus précis) ne sont que des buses dont le quotient intellectuel ne peut rivaliser avec celui d’un canard, Howard décide de rentrer chez lui, mais une série d’obstacles l’en empêche. On ne peut pas dire que les scénaristes aient cherché à écrire un véritable scénario, tant le film n’est autre qu’un enchaînement de gags, de course-poursuites et de scènes de concerts rock (années 80 oblige, le rock FM féminin tient une place de choix). La figure du canard (humanisé ou non) tient une place importante dans la culture populaire occidentale, du Vilain Petit Canard d’Andersen (1842), Daffy Duck (1937) ou encore le plus célèbre de tous, Donald Duck (1934). Ces personnages de fiction ont souvent une fonction pédagogique, que ce soit pour les plus jeunes mais aussi pour les adultes, les histoires qu’ils vivent faisant la part belle à des sujets sérieux. Le Vilain Petit Canard est ainsi un récit initiatique qui fait l’éloge de la différence et du caractère unique de l’individu, tandis que Donald Duck fait appel dans nombre de récits aux évènements historiques les moins glorieux pour les remettre en perspective.  Et Howard dans tout ça ? Si à première vue, le ton du film est très enfantin et léger, l’aventure vécue par Howard met en avant les bienfaits de l’acculturation et de la rencontre entre cultures. Dans un geste de sacrifice personnel ultime, Howard décide de sauver la Terre mais doit en contrepartie détruire la machine qui seule pouvait le ramener sur sa planète Coin-Coin. Au fond, rien de mieux pour un canard que de vivre sur une planète où la chasse aux canards est chose courante et où cet animal est associé dans l’imaginaire collectif aux W.C…

Un canard contre le Dark Overlord, la créature la plus puissante de la galaxie !
Un canard contre le Dark Overlord, la créature la plus puissante (et moche) de la galaxie !

        Conçu comme un film familial et vendu tel quel par George Lucas (producteur via Lucasfilm), Howard the Duck est l’un des plus grands échecs commerciaux du cinéma américain, et du cinéma tout court. Le créateur de Star Wars, déjà endetté par la construction de son Ranch, a vendu ce qui allait devenir les studios Pixar à Steve Jobs pour une bouchée de pomme. En regard de l’objet totalement carnavalesque qu’est le film, cet échec n’a rien d’étonnant. Ce qui frappe le plus, quand on a en tête qu’il s’agit d’un film familial, ce sont les nombreuses références sexuelles très explicites. Du préservatif qui traîne dans le porte-monnaie d’Howard à la présence d’un numéro de Playduck reproduisant fidèlement le magazine Playboy mais avec des canes (!) en passant par une scène frôlant le coït inter-espèces, on se dit que les parents ont du s’en vouloir de choisir ce film pour leur progéniture. Le tout début du film donne déjà le ton en montrant une cane nue dans son bain dans un geste pour le moins évocateur.

Le vilain petit canard...
Le vilain petit canard…

        En dehors de cette inadaptation vis-à-vis du public cible qui saute aux yeux, le film ne recèle pas beaucoup d’intérêt autre. Les acteurs sont pour la plupart à côté de la plaque :  le jeu outrancier de Tim Robbins exaspère, Jeffrey Jones signe son pire rôle et nous offre une prestation hilarante de nullité dans le dernier acte, Lea Thompson s’en sort un peu mieux que le reste du casting. Quand aux six acteurs et actrices  qui incarnent Howard, les Razzie Awards (Razzie Howard aurait été plus approprié vu le nombre de récompenses) n’ont pas été indifférent ! Si l’on peut retenir une chose sympathique, c’est le monstre final, le « Dark Overlord », doté d’un design repoussant créé par Phil Tippett et animé dans une stop-motion géniale. Un monstre aux pouvoirs destructeurs qui a parcouru la galaxie pour se voir exterminé par un canard équipé d’un désintégrateur à neutrons… Décidément, Howard the Duck n’est pas un film comme les autres…

Jeffrey Jones, un grand acteur ayant joué dans Amadeus, Beetlejuice, A la poursuite d'Octobre Rouge et ... Howard the Duck !
Jeffrey Jones, un grand acteur ayant joué dans Amadeus, Beetlejuice, A la poursuite d’Octobre Rouge et … Howard the Duck !

        Chef-d’œuvre loufoque ou nanar génial, personne ne peut dire vraiment ce que représente Howard the Duck. Objet de culte pour certains (justifiant de nombreuses éditions DVD et Blu-Ray, des festivals, …) ou de dérision pour d’autres (ou les deux), ce qui est sûr c’est que 30 ans après l’icône Howardesque imprègne encore bien l’inconscient collectif des cinéphiles, comme en témoigne la scène post-générique des Gardiens de la Galaxie de James Gunn (très bon film de super-héros, au passage). Et si jamais vous voulez enrichir votre registre de blagues sur les canards, il s’agit probablement du film à voir, la traduction française nous offrant de très belles perles !

Dr. Gonzo

21 Jump Street, de Phil Lord et Chris Miller (2012)

21 Jump Street

Au lycée, Schmidt et Jenko étaient les pires ennemis, mais ils sont devenus potes à l’école de police. Aujourd’hui, ils sont loin de faire partie de l’élite des flics, mais ça pourrait changer… Mutés dans l’unité secrète de la police, l’équipe du 21 Jump Street, dirigée par le capitaine Dickson, ils vont troquer leur arme et leur badge contre un sac à dos et se servir de leur physique juvénile pour infiltrer un lycée.
Le problème, c’est que les ados d’aujourd’hui ne ressemblent pas du tout à ceux de leur époque. Schmidt et Jenko pensaient tout savoir des jeunes mais ils sont complètement à côté de la plaque. Ils vont aussi vite s’apercevoir que certains problèmes de leur propre adolescence sont loin d’être réglés. Les revoilà face aux angoisses et aux terreurs des ados, avec une mission en plus…

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Les Banlieusards, de Joe Dante (1989)

Les banlieusards

        Joe Dante a connu une carrière en dents de scie, passant du succès retentissant de Gremlins aux échecs successifs d’Explorer, L’Aventure Intérieure, Gremlins 2, la nouvelle génération… Le réalisateur aura traversé les nombreux cercles de l’Enfer de Dante (pardon, je n’ai pas pu m’en empêcher). Au milieu de ces films boudés par le public se trouve aussi Les Banlieusards (The ‘Burbs), comédie familiale typique des années 1980 avec un jeune Tom Hanks en pleine forme.

Un banlieusard, Ray Peterson (Tom Hanks), devient peu à peu persuadé que ses nouveaux voisins étrangers, les Klopek, sont de dangereux individus. À la suite de la disparition de leur voisin Walter Seznick, Ray s’allie à Art Weingartner (Rick Ducommun) et Mark Rumsfield (Bruce Dern), deux de ses voisins, et concocte un plan d’infiltration de la propriété des Klopek lors de leur départ en voiture un après-midi.

       Ray Peterson, l’Américain sans histoire, est en vacances pendant une semaine, et décide de rester flâner dans sa maison plutôt que de partir au bord d’un lac pour passer du temps en famille. Il faut dire que sa maison est idéalement située, au milieu d’une banlieue américaine où chaque maison est copie d’une copie d’une copie.  Dans un environnement aussi aseptisé que celui-ci, Ray ne peut que subir la pression sociale écrasante. C’est pourquoi il occupe une grande partie de son temps à observer ses voisins, à les espionner depuis chez lui. Activité tout à fait ludique au demeurant. Tellement ludique d’ailleurs que l’on peut en venir à tout imaginer, même l’inimaginable. Certain compensent l’ennui pas la nourriture, ou par le vote FN (ou les deux dans le Nord), d’autres par l’espionnage du voisinage, à plus forte raison quand la voisine canon bronze dans son jardin… Pas vraiment le type de voisins de Ray, qui doit plutôt faire avec des étrangers au nom marrant, les Klopek, qui ne sont jamais sorti de chez eux depuis un mois. La suspicion augmente, et plusieurs éléments vont faire penser à Ray qu’il s’agit sans doute de tueurs en série, l’élément le plus incriminant étant le fait que le voisin du bout (une personne âgée en plus, vous imaginez bien !) a disparu et que les Klopek creusent chaque nuit dans leur jardin ! Il n’en faut pas plus pour imaginer toute une histoire, surtout quand les amis et voisins de Ray vont dans le même sens. Parmi eux, on trouve le vétéran de l’armée Mark Rumsfield ainsi que Art Weingartner, dont l’appétit n’a d’égal que son tour de taille. Deux voisins qui représentent deux facettes essentielles des USA, en soit.

TheBurbs

         Les Banlieusards est un film agréable, notamment grâce aux acteurs qui semblent très complices, et aux nombreuses pointes d’humour. Tom Hanks est excellent (rien de plus normal donc), mais on se régale aussi du jeu de Rick Ducommun, de l’excellent Bruce Dern ou encore de Corey Feldman qui en fait des tonnes. On y trouve même Carrie Fisher, la princesse Leia de Star Wars, dans un rôle … quelconque. C’est un film assez plaisant, également, car l’intérêt repose principalement dans les twists à répétitions, ou encore dans les quiproquos entre les personnages. Cependant, on peut redire de la morale, très américaine. De fait, la révélation finale est clairement destinée à promouvoir le 2ème amendement, à justifier la surveillance du voisinage et le port d’armes. Une fin très pédagogique, on se demande bien pourquoi le film n’a pas fait un carton au moins pour ça ! Quoi qu’il en soit, The ‘Burbs demeure un bon petit film familial, entre comédie et épouvante (très) soft, avec un Tom Hanks jeune, et une touche de naïveté qui en fait clairement un objet filmique des années 80.

Dr. Gonzo

Un jour sans fin, de Harold Ramis (1993)

Qui n’a pas rêvé, suite à une gaffe, un faux pas, une maladresse ou tout simplement après avoir malencontreusement renversé l’huissier qui venait chercher vos meubles, de reprendre la journée à zéro, de revenir un instant en arrière, de pouvoir tout effacer pour tout recommencer ? Si vous saviez combien de fois j’ai supplié Dieu et Christophe Dechavanne pour rembobiner une journée mal partie. D’ailleurs, une question au passage : rassurez-moi, incendier une maison de retraite, ce n’est pas un crime ?

Phil Connors (Bill Murray), journaliste à la télévision et responsable de la météo part faire son reportage annuel dans la bourgade de Punxsutawney où l’on fête le « Groundhog Day » : « Jour de la marmotte ». Dans l’impossibilité de rentrer chez lui ensuite à Pittsburgh pour cause d’intempéries il se voit forcé de passer une nuit de plus dans cette ville perdue. Réveillé très tôt le lendemain il constate que tout se produit exactement comme la veille et réalise qu’il est condamné à revivre indéfiniment la même journée, celle du 2 février…

6h00.. Encore, et encore, et encore...
6h00.. Encore, et encore, et encore…

S’il n’est pas le premier à se servir du thème de la répétition en boucle d’une même journée (time loop), le film de feu Harold Ramis est une ritournelle agréable, une comédie américaine typique du début des années 1990, dans la veine de Madame Doubtfire et autres Danse avec les loups. Basé sur un scénario simple mais efficace, avec des situations loufoques et un ton gentiment absurde, Un jour sans fin n’est certes pas un chef d’œuvre, mais plutôt le genre de film qu’on aime revoir de temps en temps, car on en garde un bon souvenir.

Phil, donc, petite célébrité sardonique et snobinarde, se retrouve condamné à revivre chaque jour… le même jour. 24 heures chronos version Retour vers le futur, gros ! Le début du film, de fait, nous permet de voir grosso modo la trame de la journée amenée à se répéter.

Top ! Le réveil sonne à six heures pile sur une chanson – qui deviendra de plus en plus horripilante – de Sonny & Cher, suivi du commentaire affligeant de deux commentateurs visiblement enchantés par l’événement local : le Jour de la Marmotte (Groundhog Day, le titre du film dans la version originale), rituel pittoresque annonçant un hiver plus ou moins long. Et devoir couvrir cet événement, Phil, ça le fait ch… au plus haut point. Hélas, coincé dans une faille spatio-temporelle, le bougre devra se coltiner plusieurs fois cette manifestation zoologico-météorologique… Notons au passage que Bill Murray fait du Bill Murray (et on adore ça), avec ses répliques qui font mouche et son air désabusé. Et la marmotte est très bien.

Un Jour sans fin

Evidemment, à force de revivre chaque jour la même journée, Phil en connaît tout le déroulement, le moindre rouage à la minute près. Et naturellement – mais qui ne ferait pas la même chose – au bout du troisième ou quatrième jour, c’est la grosse éclate ! la totale déconne ! la fête du slip à Palavas-les-Flots ! S’affranchissant (sagement) de toutes les règles, Phil décide de se faire une petite virée anarchisante #Compagnie créole #Aujourd’hui tout est permis #Décalecatan Décalecatan Ohé Ohé !

Mais Phil s’en fout, il sait que demain tout aura été effacé. Typiquement le genre de film où l’on se met à la place du héros !

Mais surtout, le plus cool (et aussi le plus dramatique) dans ces rembobinages temporels, c’est, lorsque l’on cherche à séduire la personne qui nous plaît, comme Phil avec Rita (Andie MacDowell), de pouvoir roder son plan drague, comme quand on recommence plusieurs fois un brouillon avant de réussir l’oeuvre parfaite.

En l’espace d’une journée (répétée), Phil saura ainsi, à la grande surprise de Rita, jouer parfaitement du piano, réciter de la poésie française, et connaître comme par magie les goûts de sa dulcinée à l’avance, ce qui donne d’ailleurs lieu à de petites saillies drolatiques : « Je déteste le caramel » s’exclame Rita, et Phil de noter tout haut, pour la prochaine fois : « Ni chocolat blanc, ni caramel ».

Mais surtout, summum du plan drague, l’estocade finale qui fera fondre votre conquête à coup sûr : sculpter son visage dans la glace devant son regard émerveillé, à la manière d’Edward aux mains d’argent. Ça, c’est la grande classe ! Même jour après même jour, Phil a eu le temps de se former à cet art un peu givré et, à force de voir et revoir Rita, il connaît son joli minois par cœur (et puis, il faut dire qu’il l’a vu dans une pub pour L’Oréal). J’ai bien essayé de faire la même chose avec un tas de neige, mais le résultat ressemblait plus à Régine après un marathon dans le désert qu’aux traits harmonieux et délicats de mon joli modèle.

Un jour sans fin

Alors certes, et ce n’est ni la première ni la dernière fois que j’écris cela : à la fin, la morale est sauve. La marche du temps reprend son cours dans un happy end prévisible. Bill Murray, à l’origine égoïste, cynique et misanthrope, met cette journée à contribution pour devenir quelqu’un de meilleur et donner un sens à sa vie. Mais enfin, ça fait du bien un peu de gentillesse dans ce monde consumériste, individualiste et végétarien.

Bref, Un jour sans fin est un film plaisant, loufoque, parfois un peu long (un film sans fin ^^ ?), qui m’a rappelé les livres de la collection Délires que je lisais petit (Piégé le premier jour de la colo, Piégé le jour de la rentrée, La prof de math a des gros seins…). Voilà le type-même du film du dimanche soir qu’on regarde une chaussette trouée au pied gauche et un bol d’Apéricubes sur la table basse, en compagnie de Joël son raton laveur héroïnomane.

Qui n’a pas rêvé, suite à une gaffe, un faux pas, une maladresse ou tout simplement après avoir malencontreusement renversé l’huissier qui venait chercher vos meubles, de reprendre la journée à zéro, de revenir un instant en arrière, de pouvoir tout effacer pour tout recommencer ?

Haydenncia

Idiocracy, de Mike Judge (2006)

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Joe Bowers (Luke Wilson, frère de Owen), l’Américain moyen par excellence, est choisi par le Pentagone comme cobaye d’un programme d’hibernation, qui va mal tourner. Il se réveille 500 ans plus tard et découvre que le niveau intellectuel de l’espèce humaine a radicalement baissé et qu’il est l’homme le plus brillant sur la planète…

        Dans le monde impitoyable des comédies, il y a souvent beaucoup de cynisme et peu d’honnêteté. Alors que la majorité des spectateurs se précipitent vers des productions formatées et consensuelles appuyées par les gros médias dont la stratégie marketing agressive n’a plus rien à prouver (tout allusion aux comédies françaises actuellement dans les salles –Fiston, Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, ou encore Supercondriaque pour ne pas les citer – n’est que fortuite coïncidence), il est difficile pour les petites productions un tant soi peu novatrices/subversives de se faire une place. Mais fort heureusement, la qualité d »une comédie finit tôt ou tard par se révéler au plus grand nombre. The Big Lebowski (Joel & Ethan Cohen, 1998), ce petit film passé inaperçu lors de sa sortie, n’est-il pas devenu  l’un des films cultes les plus adulés de par le monde, à l’origine d’une religion et d’un festival annuel ?

Dans Idiocracy, les hommes politiques lancent des doigts d'honneur aux citoyens. Au moins, ils ne cachent plus leur vraie nature...
Dans Idiocracy, les hommes politiques lancent des doigts d’honneur aux citoyens. Au moins, ils ne cachent plus leur vraie nature…

        Dans le cas de Idiocracy, les choses sont un peu moins évidentes, même si une petite communauté de fans actifs est déjà en place, il reste beaucoup de récalcitrants à la comédie satirique du génial Mike Judge, à qui l’on doit notamment Office Space (hilarante comédie dans une entreprise d’informatique avant le bug de l’an 2000), et actuellement aux manettes de la série Silicon Valley diffusée sur HBO. Car il s’agit bel et bien d’un film qui dérange, parce que ce qu’il illustre du monde du futur (dans les années 2500) est peu glorieux et surtout que certaines choses sont actuellement déjà visibles dans nos sociétés. De fait il s’agit d’une extrapolation et d’une exagération de ce que l’on constate aujourd’hui : l’anti-intellectualisme est ainsi triomphant et Joe Bauers, le parfait « Américan moyen » en 2006, se retrouve être le plus intelligent dans le futur mais est en contrepartie considéré comme une pédale/un homosexuel par ses pairs à cause de son langage trop « savant » ! La langue américaine est devenue une novlangue, appauvrie et remplie d’insultes qui sont désormais à la mode. Ce qui est injurieux ou débile est désormais synonyme de cool. Un peu comme aujourd’hui, en fait. La première moitié du film est ainsi une géniale présentation de l’état affreusement débile du monde, incapable de traiter les problèmes qui auparavant (aujourd’hui) n’étaient que de simples formalités. A commencer par les ordures ménagères, qui s’entassent dans un désert d’ordures depuis des siècles, finissant par créer une avalanche à l’origine du réveil de Joe et Rita, la fille cryogénisée avec lui en 2006. La totalité de la population passe son temps à regarder la télévision (parmi les chaines qui cartonnent : « Ow! My Balls ! » (en référence à Jackass) ou encore « The National Masturbation Network« ), en mangeant par un tuyau et sur un fauteuil avec WC intégré ! Toute ressemblance avec un joueur hardcore de World of Warcraft n’est que fortuite. L’abrutissement des masses est à son apogée, et le nivellement par le bas (dumbing down) a parfaitement fonctionné, grâce au soutien indéfectible de TF1, Direct 8 (aussi nommée « Julie Lescaut TV », Secret Story, On est pas couché… (Pour connaître le nom des 975 565 643 700 864 émissions/chaînes/personnalités incriminées, allez sur www.quidirigelemondedefacontotalementlegaleethonnete.com).

L'homme est incapable de faire face au problème des ordures, créant un désert de déchets.
L’homme est incapable de faire face au problème des ordures, créant un désert de déchets.
Le Starbucks du futur a quelque peu perdu de sa vocation d'origine...
Le Starbucks du futur a quelque peu perdu de sa vocation d’origine…

        Etant l’homme le plus intelligent de cette belle société, Joe est donc recruté par la Maison Blanche pour mettre fin à la crise économico-socio-urbano-hospitalo-alimentaire. Le Président des Etats-Unis, Camacho, est une sorte de gangsta rappeur bodybuildé (excellent Terry Crews qui en fait des tonnes), les récoltes sont arrosées par du Brawndo, une boisson contenant des sels minéraux, ayant fait la fortune d’une multinationale qui dirige maintenant le monde entier, comme quelques autres grandes compagnies, pour la plupart reconverties dans l’industrie du sexe (les femmes sont réduits à l’état d’objets sexuels, les hommes ne pensent plus que par leur sexe, les blagues salaces sont particulièrement appréciées…) y compris Starbucks ! Mike Judge et le scénariste Etan Cohen maîtrisent parfaitement l’art des dialogues satiriques, des situations hilarantes et pourtant terriblement déprimantes, puisqu’on ne peut qu’être effrayé par la cohérence du film dans sa vision future de la connerie humaine. L’anti-intellectualisme est déjà « cool » et engendre énormément d’argent aujourd’hui. Il suffit de voir le succès d’une idiote en plastique comme Nabila sortir une « phrase » sans verbe  pour s’en convaincre. Le langage est de plus en plus menacé par l’écriture SMS ou par la prédominance des logos sur l’orthographe (voir la scène de l’hôpital, ou la fille de l’accueil doit appuyer sur des boutons colorés selon la situation du malade, qui n’est pas sans rappeler l’écran de bureau de Windows 8).

Windows 8 And Idiocracy

Dans le futur, les multinationales ont trouvé la solution pour envahir le spectateur de publicités agressives en permanence : le multi-tasking.
Dans le futur, les multinationales ont trouvé la solution pour envahir le spectateur de publicités agressives en permanence : le multi-tasking.

         Revoir Idiocracy huit ans après sa sortie est donc un exercice de confrontation psychologique : se rendre compte, si besoin était, que le film de Mike Judge est bien une bombe politique prophétique, qui devrait figurer au programme scolaire. Un film peut-être même trop lucide, à tel point qu’il dérange, comme les critiques toujours bien pensants des Cahiers du Cinéma. Et je dois dire qu’aduler un film que les Cahiers ont conspué, c’est se sentir encore vivant !

Dr. Gonzo

The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson (2014)

Chaque nouveau film de Wes Anderson déclenche, de plus en plus, une série de louanges et de chaudes recommandations de la part de la presse spécialisée, évidemment, mais aussi des médias. C’est que le bonhomme et son univers si particulier se « popularisent » et, si Wes Anderson n’est encore pas totalement connu du grand public, espérons que cela ne saurait tarder. De fait, ceux qui connaissent déjà l’œuvre du Texan ne seront pas surpris de retrouver dans The Grand Budapest Hotel son univers trépidant, sucré, poétique, absurde, détaillé et coloré ; les autres, ceux qui le découvriront avec ce film, seront sans doute agréablement interpelés et de toute façon n’en sortiront pas indifférents.

Le film retrace les aventures de Gustave H. (Ralph Fiennes), l’homme aux clés d’or d’un célèbre hôtel européen de l’entre-deux-guerres et du garçon d’étage Zéro Moustafa (Tony Revolori), son allié le plus fidèle.
La recherche d’un tableau volé, oeuvre inestimable datant de la Renaissance et un conflit autour d’un important héritage familial forment la trame de cette histoire au coeur de la vieille Europe en pleine mutation.

The Grand Budapest Hotel

Car, voilà une nouvelle merveille signée Wes Anderson, lui qui a obtenu pour ce nouveau film une liberté quasi totale de la part de la 20th Century Fox – c’est que la société de production prend soin du cinéaste « auteur » de la maison. Après le monde sous-marin et la Nouvelle-Angleterre, le dernier film du réalisateur américain se déroule cette fois dans un pays imaginaire, mais indubitablement situé à l’Est de l’Europe, le Zubrowska (sans doute situé entre la Syldavie et la Bordurie), au cœur d’un hôtel de renom, le Grand Budapest. Un pays « à la frontière la plus orientale de l’Europe », qui n’existe pas, donc, mais qui aurait pu exister ou en tout cas qui en rappelle d’autres, dans une époque qui en rappelle une autre, mais qui semble elle aussi ne jamais avoir existé. Vous suivez ?

De fait, même si l’histoire est constituée de flash-back, de bonds et d’emboîtements, la majeure partie de The Grand Budapest Hotel se passe à la veille de la guerre, dans les « sinistres années trente » (Hervé Vilard), au sein d’une Europe centrale ou orientale fantasmée, idéalisée, faite de loukoums, de kopecks, de csárdás et de Poutine en Crimée. En tout cas, une vieille Europe très « années folles » et autre dandysme, à l’image du réalisateur en tweed. Même le format du film est en 4/3, comme à l’époque.

Au-delà du scénario, une affaire de tableau volé qui conduit à une petite guéguerre entre M. Gustave H. et l’héritier Dmitri Desgoffe und Taxis (Adrien Brody) sur fond d’entre-deux-guerres, on retrouve dans la mise en scène ce qui constitue le style Wes Anderson, à savoir des couleurs primaires savamment harmonisées, des symétries, des perspectives, des plans dans les plans (la scène du train notamment), des miniaturisations (le premier plan sur l’hôtel est formidable), des travellings très chorégraphiés.

Mais aussi beaucoup de portes et de fenêtres qui s’ouvrent, de rideaux qui s’écartent, de chutes, le tout accompagné, comme toujours, par une bande-son étonnante et joyeuse, des sonorités baroques et orientales remplies de caisses claires, de cloches, de claviers et de cordes. Et parfois, tout cela en même temps dans des scènes franchement jouissives, foutrement burlesques, comme celle de l’évasion, véritable cartoon, ou encore celle de la course-poursuite ski-traineau.

The Grand Budapest Hotel

Côté casting, c’est cinq étoiles, comme l’hôtel. Ralph Fiennes, tout d’abord, est miraculeux en monsieur Gustave, à la fois calme et emporté, élégant puis dépenaillé, raffiné puis puant (pas longtemps), s’exprimant dans un anglais châtié et capable de sortir les pires jurons.

Drôle, charismatique, zélé, c’est un gentleman très attaché au savoir-vivre et aux bonnes manières à l’anglaise, un gigolo pour vieilles dames très parfumé, qui incarne, qui personnalise, qui est le Grand Budapest. Et surtout, SURTOUT, ne touchez pas à son lobby boy !

Entre lui et Zero, le groom qui le suit partout, c’est une belle histoire d’amitié et de confiance qui se noue, faite de conseils, de protection réciproque et de poèmes jamais terminés. A leur suite, on découvre – mais Anderson nous a habitués à ses galeries de personnages un peu bizarres – une flambée d’acteurs andersoniens, comme Bill Murray, Adrien Brody, Willem Dafoe, Harvey Keitel, Edward Norton (toujours aussi comique), Jason Schwartzman, Owen Wilson…

A leur côté, des nouveaux venus : Jeff Goldblum (qu’on est heureux de retrouver), Tilda Swinton (méconnaissable), Jude Law, la jeune Irlandaise Saoirse Ronan (prononcé Sir-sha)et deux Frenchies, Mathieu Amalric (qui avait prêté sa voix à la VF de M. Fox dans le film d’animation éponyme) et Léa Seydoux. Même quand ils sont l’objet d’une simple apparition, tous sont géniaux dans leurs rôles respectifs et jamais ils ne donnent l’impression d’être là juste pour marquer le film du sceau de leur présence et de leur nom.

Adrien Brody, parfait dans un rôle à contre-emploi
Adrien Brody, parfait dans un rôle à contre-emploi

Enfin, sous cette poudre de sucre blanc et cette couche de friandises colorées, derrière cet univers tellement ouaté, le film montre aussi, dans l’ombre, au cœur d’une Europe centrale en ébullition à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la montée et la victoire du fascisme/nazisme/totalitarisme (le mouvement Zig-Zag, dont le sigle renvoie explicitement à la SS).

Evidemment, c’est à la manière Anderson, mais, lui qui affectionne tant jouer avec les couleurs et les symétries, il trouve avec le fascisme un prétexte idéal pour monter des plans intéressants et parodiques : profusion de drapeaux au sigle viril et menaçant, uniformes aux couleurs sombres, alignements des corps, brassards, bruit de bottes et armes à feu toujours prêtes à servir, mais aussi propos xénophobes et fermeture des frontières (et des mentalités).

The Grand Budapest Hotel

Toujours aussi inventif, pétillant, drôle et triste à la fois, fantasque mais également, encore plus cette fois-ci, ancré dans une certaine réalité (sombre, qui plus est), le dernier né de l’esthète Wes Anderson est une nouvelle pépite multicolore. Une comédie d’aventure qui parle du temps qui passe, des paradis perdus et des mondes engloutis, de la nostalgie d’une époque fantasmée et de la barbarie qui tue toute poésie et, surtout, toutes bonnes manières.

Un film pop tellement « tellement », qu’il y aurait encore beaucoup de choses à dire ! Quoi qu’il en soit, certainement une œuvre à voir plusieurs fois pour en cerner toute la subtilité et la magnificence, pour en saisir tout le raffinement.

Haydenncia