Archives pour la catégorie Fantastique

Gamera contre Barugon, de Shigeo Tanaka (1966)

Gamera contre Barugon

        Gamera ne chôme pas, les gars ! Enclenché en 1965 avec le film sobrement intitulé Gamera, la tortue géante réveillée par des expériences militaires terrorise, pardon fait rigoler les spectateurs à raison d’un film par an jusqu’au début des années 70. Le premier du nom, qui rappelons-le dois tout au hasard (il s’agissait d’un film de rats géants mais, faute de rats incontrôlables lors du tournage, les producteurs leur ont substitué une tortue géante !), est un succès surprise lors de sa sortie, faisant de la créature un sérieux concurrent au Godzilla de la Toho. Si ce premier film en noir & blanc offre une qualité indéniable (scénario, effets spéciaux, décors, mise en scène) et une bonne tranche de petits détails désopilants (certains dialogues ne s’inventent pas), le reste de la franchise, durant sa période initiale, laisse beaucoup à désirer. La faute à un ciblage essentiellement enfantin et donc aux éléments qui vont avec, notamment des personnages d’enfants insupportables qui tiennent le rôle titre, à des chansons insipides dont seules les Japonais et les années 60 ont le secret. Et puis disons-le, il faut se les farcir les suites innombrables qui utilisent les stock-shots des précédents films sans souci de cohérence narrative ni de respect photographique (il fait jour, ah il fait nuit, dis donc c’est qu’il dure long le combat entre les monstres ou c’est moi qui ait un problème de décalage horaire ?!).

Lire la suite Gamera contre Barugon, de Shigeo Tanaka (1966)

Publicités

Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées, de Peter Jackson (2014)

Bilbo

        Toutes les bonnes histoires ont une fin, au plutôt un début. La Bataille des Cinq Armées clôture magistralement la trilogie du Hobbit en même temps qu’il ouvre l’une des plus grandes sagas cinématographiques, débutée il y a de ça 13 ans : Le Seigneur des Anneaux.

        Passé un premier acte mémorable offrant l’aboutissement de l’arc narratif de La Désolation de Smaug, notre cohorte de nains menée par Thorin et accompagnée de Bilbon revendique la Montagne Solitaire comme héritage légitime. Thorin devenant de plus en plus mégalomane et obsédé par l’Arkenstone, Bilbo décide d’offrir la gemme aux armées ennemies. La bataille des Cinq Armées qui s’annonce est, comme on pouvait s’y attendre de la part de Peter Jackson, épique, démesurée, et sublimée par une mise-en-scène toujours inventive – c’est à se demander où le réalisateur trouve les moyens de se réinventer au bout du 6ème film en Terre du Milieu. Les modifications apportées à l’histoire originale permettent d’étoffer un récit compact – 2h24 de film, le plus court de la trilogie mais pourtant énormément riche en événements. Cela permet aussi d’envisager les événements qui se déroulent dans le Seigneur des Anneaux, afin de faire le lien – ce qui est fait explicitement dans la dernière séquence, ô combien nostalgique !

The Hobbit

        Peter Jackson ne fait pas dans le détail, il nous livre la conclusion au Hobbit que l’on attendait (en tout cas, moi) : guerrière, suintante de moment de bravoure et d’épées qui butent sur les boucliers, de flèches transperçant les ennemis. On est donc bien loin de l’ambiance plus enfantine et slapstick du premier film. Tout cela bien sûr sans oublier l’essentiel et qui faisait déjà du Seigneur des Anneaux une saga d’heroic fantasy au delà du pur divertissement : l’universalité de son récit et sa portée émotionnelle. Vivement donc l’année prochaine et la version longue.

Dr. Gonzo

Barbarella, de Roger Vadim (1968)

Barbarella

        Quand Roger Vadim, l’homme à femmes – Brigitte Bardot, Jane Fonda, Catherine Deneuve, … – décide d’adapter la bande-dessinée Barbarella (Jean-Claude Forest, 1962), c’est du lourd ! La fameuse aventurière inter-galactique du futur est incarnée par Jane Fonda, alors épouse de Roger Vadim, qui ne se prive pas pour la filmer sous tous les angles possibles et imaginables.  Lire la suite Barbarella, de Roger Vadim (1968)

Howard the Duck, de Willard Huyck (1986)

Howard the Duck

        Howard the Duck… Un titre qui évoque une sombre page financière pour Hollywood, mais aussi une multitude de souvenirs désopilants pour les cinéphiles des années 80 (et postérieures). Premier personnage Marvel ayant eu droit aux honneurs d’une adaptation cinématographique, Howard (le canard donc) est un être anthropomorphe vivant sur la planète des Canards mais qui se retrouve sur Terre suite à une expérience scientifique humaine qui a légèrement déconné.

        Réalisant que les humains (en fait les Américains pour être plus précis) ne sont que des buses dont le quotient intellectuel ne peut rivaliser avec celui d’un canard, Howard décide de rentrer chez lui, mais une série d’obstacles l’en empêche. On ne peut pas dire que les scénaristes aient cherché à écrire un véritable scénario, tant le film n’est autre qu’un enchaînement de gags, de course-poursuites et de scènes de concerts rock (années 80 oblige, le rock FM féminin tient une place de choix). La figure du canard (humanisé ou non) tient une place importante dans la culture populaire occidentale, du Vilain Petit Canard d’Andersen (1842), Daffy Duck (1937) ou encore le plus célèbre de tous, Donald Duck (1934). Ces personnages de fiction ont souvent une fonction pédagogique, que ce soit pour les plus jeunes mais aussi pour les adultes, les histoires qu’ils vivent faisant la part belle à des sujets sérieux. Le Vilain Petit Canard est ainsi un récit initiatique qui fait l’éloge de la différence et du caractère unique de l’individu, tandis que Donald Duck fait appel dans nombre de récits aux évènements historiques les moins glorieux pour les remettre en perspective.  Et Howard dans tout ça ? Si à première vue, le ton du film est très enfantin et léger, l’aventure vécue par Howard met en avant les bienfaits de l’acculturation et de la rencontre entre cultures. Dans un geste de sacrifice personnel ultime, Howard décide de sauver la Terre mais doit en contrepartie détruire la machine qui seule pouvait le ramener sur sa planète Coin-Coin. Au fond, rien de mieux pour un canard que de vivre sur une planète où la chasse aux canards est chose courante et où cet animal est associé dans l’imaginaire collectif aux W.C…

Un canard contre le Dark Overlord, la créature la plus puissante de la galaxie !
Un canard contre le Dark Overlord, la créature la plus puissante (et moche) de la galaxie !

        Conçu comme un film familial et vendu tel quel par George Lucas (producteur via Lucasfilm), Howard the Duck est l’un des plus grands échecs commerciaux du cinéma américain, et du cinéma tout court. Le créateur de Star Wars, déjà endetté par la construction de son Ranch, a vendu ce qui allait devenir les studios Pixar à Steve Jobs pour une bouchée de pomme. En regard de l’objet totalement carnavalesque qu’est le film, cet échec n’a rien d’étonnant. Ce qui frappe le plus, quand on a en tête qu’il s’agit d’un film familial, ce sont les nombreuses références sexuelles très explicites. Du préservatif qui traîne dans le porte-monnaie d’Howard à la présence d’un numéro de Playduck reproduisant fidèlement le magazine Playboy mais avec des canes (!) en passant par une scène frôlant le coït inter-espèces, on se dit que les parents ont du s’en vouloir de choisir ce film pour leur progéniture. Le tout début du film donne déjà le ton en montrant une cane nue dans son bain dans un geste pour le moins évocateur.

Le vilain petit canard...
Le vilain petit canard…

        En dehors de cette inadaptation vis-à-vis du public cible qui saute aux yeux, le film ne recèle pas beaucoup d’intérêt autre. Les acteurs sont pour la plupart à côté de la plaque :  le jeu outrancier de Tim Robbins exaspère, Jeffrey Jones signe son pire rôle et nous offre une prestation hilarante de nullité dans le dernier acte, Lea Thompson s’en sort un peu mieux que le reste du casting. Quand aux six acteurs et actrices  qui incarnent Howard, les Razzie Awards (Razzie Howard aurait été plus approprié vu le nombre de récompenses) n’ont pas été indifférent ! Si l’on peut retenir une chose sympathique, c’est le monstre final, le « Dark Overlord », doté d’un design repoussant créé par Phil Tippett et animé dans une stop-motion géniale. Un monstre aux pouvoirs destructeurs qui a parcouru la galaxie pour se voir exterminé par un canard équipé d’un désintégrateur à neutrons… Décidément, Howard the Duck n’est pas un film comme les autres…

Jeffrey Jones, un grand acteur ayant joué dans Amadeus, Beetlejuice, A la poursuite d'Octobre Rouge et ... Howard the Duck !
Jeffrey Jones, un grand acteur ayant joué dans Amadeus, Beetlejuice, A la poursuite d’Octobre Rouge et … Howard the Duck !

        Chef-d’œuvre loufoque ou nanar génial, personne ne peut dire vraiment ce que représente Howard the Duck. Objet de culte pour certains (justifiant de nombreuses éditions DVD et Blu-Ray, des festivals, …) ou de dérision pour d’autres (ou les deux), ce qui est sûr c’est que 30 ans après l’icône Howardesque imprègne encore bien l’inconscient collectif des cinéphiles, comme en témoigne la scène post-générique des Gardiens de la Galaxie de James Gunn (très bon film de super-héros, au passage). Et si jamais vous voulez enrichir votre registre de blagues sur les canards, il s’agit probablement du film à voir, la traduction française nous offrant de très belles perles !

Dr. Gonzo

Carnival of Souls, de Herk Harvey (1962)

 

On notera au passage que l'actrice principale est passée chez le coiffeur selon le pays où le film est diffusé !
On notera au passage que l’actrice principale est passée chez le coiffeur selon le pays où le film est diffusé !

        Carnival of Souls, ou Le Carnaval des Âmes pour ceux qui ont séché trop de cours d’anglais, est sorti dans les drive-in en 1962 dans l’indifférence générale, faisant du seul et unique film de Herk Harvey un bide lui interdisant de refaire des films. Puis il a été peu à peu redécouvert, ré-évalué et est désormais disponible en DVD chez plusieurs éditeurs. Petit film précurseur, ouvrant la voie à de nombreux réalisateurs (de David Lynch à  Claude Chabrol en passant par George A. Romero), il mérite en effet largement cette réhabilitation.

Suite à un défi, un groupe de jeunes gens se lance dans une course automobile improvisée. Mais alors qu’ils roulent sur un pont, l’un des conducteurs perd le contrôle du véhicule et tombe à l’eau. Seule Mary en réchappe. De retour en ville, elle prépare son départ : organiste, elle a trouvé un emploi dans une église. En route vers son nouveau lieu de résidence, elle remarque un parc d’attraction qui semble abandonné. Petit à petit, elle semble victime de visions, et se croit entre autres poursuivie par un homme mystérieux qu’elle seule semble voir.

        Herk Harvey est connu à l’époque comme réalisateur et producteur de la société Centron Corporation, spécialisée dans les court-métrages et documentaires institutionnels, éducatifs et reléguant les actions du gouvernement. Son expérience de plus de trente ans dans le domaine et son professionnalisme en font un homme très apprécié parmi ses collègues, peut-être trop et cela finit par l’emmerder, toute cette routine et cette sympathie superficielle. Du coup, c’est peut-être là qu’il faut trouver l’origine de cette ambition de réaliser un film d’épouvante, pour montrer qu’il n’est pas forcément le gentil bonhomme qu’on croit. Et pour accroître ce sentiment, il joue lui-même le rôle de l’homme fantomatique inquiétant (en même temps, je ne connais pas beaucoup de fantômes qui ne soit pas inquiétants…).  L’idée de départ lui vient aussi de la découverte du parc d’attraction désaffecté d’Altair, près de Salt Lake City, et notamment une immense salle de réception vide. Carnival of Souls retranscrit parfaitement cette ambiance inquiétante, faisant de lieux de divertissement (le parc d’attraction) des endroits sans âmes, sans vie, mais dont on ressent pourtant une présence indicible, cachée dans les moindres recoins. A noter que de nombreux aspects font penser que le film s’inspire d’un épisode de The Twilight Zone nommé « The Hitch-Hiker », diffusé deux ans auparavant.

Un bus parisien, tôt le matin.
Un bus parisien, tôt le matin.

        Avec très peu de moyens et de temps (trois semaines et 30 000 dollars), Herk Harvey construit un magnifique film en noir et blanc très influencé par l’expressionnisme allemand, avec une mise en scène soignée qui nous place dans le point de vue de Mary, seule survivante de l’accident qui est vite confrontée à d’étranges apparitions inexplicables. Interprétée par Candace Hilligoss, actrice qui n’a pas refait parler d’elle ensuite à part pour The Curse of the Living Corpse, Mary est le centre du récit, le personnage par lequel le monde qui l’entoure passe peu à peu de la normalité à l’étrange puis vire dans l’horreur. Conséquence du peu de moyens ou bien véritable choix narratif, Carnival of Souls opte pour une horreur atmosphérique, via l’irruption de fantômes sans aucun effet, seulement un blanchissement de la peau des acteurs. La musique de Gene Moore, lente et grave, se charge d’apporter la touche finale. On pourrait se croire dans La Nuit des mort-vivants, avec des zombies s’accaparant un parc d’attraction, revenant hanter la vie quotidienne des vivants. Herk Harvey est absolument effrayant dans ses apparitions récurrentes, tentant d’attraper Mary en tendant les mains, une image iconique que l’on retrouve dans tout un pan du cinéma postérieur, jusqu’à satiété. Mais le plus troublant, c’est l’ambiance absurde qui parcours presque tout le film, comme les deux séquences où Mary devient « invisible » aux yeux des vivants et n’entend plus les sons de son environnement, ou bien les fantômes dansant dans la salle de réception à nous glacer le sang. Une atmosphère surréaliste, inexplicable et superbement filmée au plus près de sa protagoniste (voir l’utilisation de gros plans sur le visage, assez nombreux), qui renvoie là directement à l’inquiétante étrangeté (Das Unheimliche) chère à Freud. Astucieusement placées dans le film, ces deux séquences laissent entrevoir également le twist final, que l’on imagine incompréhensible et blasphématoire pour le spectateur de 1962, mais dont beaucoup de réalisateurs ont gardé le souvenir, M. Night Shyamalan parmi d’autres.

Dr. Gonzo

Un jour sans fin, de Harold Ramis (1993)

Qui n’a pas rêvé, suite à une gaffe, un faux pas, une maladresse ou tout simplement après avoir malencontreusement renversé l’huissier qui venait chercher vos meubles, de reprendre la journée à zéro, de revenir un instant en arrière, de pouvoir tout effacer pour tout recommencer ? Si vous saviez combien de fois j’ai supplié Dieu et Christophe Dechavanne pour rembobiner une journée mal partie. D’ailleurs, une question au passage : rassurez-moi, incendier une maison de retraite, ce n’est pas un crime ?

Phil Connors (Bill Murray), journaliste à la télévision et responsable de la météo part faire son reportage annuel dans la bourgade de Punxsutawney où l’on fête le « Groundhog Day » : « Jour de la marmotte ». Dans l’impossibilité de rentrer chez lui ensuite à Pittsburgh pour cause d’intempéries il se voit forcé de passer une nuit de plus dans cette ville perdue. Réveillé très tôt le lendemain il constate que tout se produit exactement comme la veille et réalise qu’il est condamné à revivre indéfiniment la même journée, celle du 2 février…

6h00.. Encore, et encore, et encore...
6h00.. Encore, et encore, et encore…

S’il n’est pas le premier à se servir du thème de la répétition en boucle d’une même journée (time loop), le film de feu Harold Ramis est une ritournelle agréable, une comédie américaine typique du début des années 1990, dans la veine de Madame Doubtfire et autres Danse avec les loups. Basé sur un scénario simple mais efficace, avec des situations loufoques et un ton gentiment absurde, Un jour sans fin n’est certes pas un chef d’œuvre, mais plutôt le genre de film qu’on aime revoir de temps en temps, car on en garde un bon souvenir.

Phil, donc, petite célébrité sardonique et snobinarde, se retrouve condamné à revivre chaque jour… le même jour. 24 heures chronos version Retour vers le futur, gros ! Le début du film, de fait, nous permet de voir grosso modo la trame de la journée amenée à se répéter.

Top ! Le réveil sonne à six heures pile sur une chanson – qui deviendra de plus en plus horripilante – de Sonny & Cher, suivi du commentaire affligeant de deux commentateurs visiblement enchantés par l’événement local : le Jour de la Marmotte (Groundhog Day, le titre du film dans la version originale), rituel pittoresque annonçant un hiver plus ou moins long. Et devoir couvrir cet événement, Phil, ça le fait ch… au plus haut point. Hélas, coincé dans une faille spatio-temporelle, le bougre devra se coltiner plusieurs fois cette manifestation zoologico-météorologique… Notons au passage que Bill Murray fait du Bill Murray (et on adore ça), avec ses répliques qui font mouche et son air désabusé. Et la marmotte est très bien.

Un Jour sans fin

Evidemment, à force de revivre chaque jour la même journée, Phil en connaît tout le déroulement, le moindre rouage à la minute près. Et naturellement – mais qui ne ferait pas la même chose – au bout du troisième ou quatrième jour, c’est la grosse éclate ! la totale déconne ! la fête du slip à Palavas-les-Flots ! S’affranchissant (sagement) de toutes les règles, Phil décide de se faire une petite virée anarchisante #Compagnie créole #Aujourd’hui tout est permis #Décalecatan Décalecatan Ohé Ohé !

Mais Phil s’en fout, il sait que demain tout aura été effacé. Typiquement le genre de film où l’on se met à la place du héros !

Mais surtout, le plus cool (et aussi le plus dramatique) dans ces rembobinages temporels, c’est, lorsque l’on cherche à séduire la personne qui nous plaît, comme Phil avec Rita (Andie MacDowell), de pouvoir roder son plan drague, comme quand on recommence plusieurs fois un brouillon avant de réussir l’oeuvre parfaite.

En l’espace d’une journée (répétée), Phil saura ainsi, à la grande surprise de Rita, jouer parfaitement du piano, réciter de la poésie française, et connaître comme par magie les goûts de sa dulcinée à l’avance, ce qui donne d’ailleurs lieu à de petites saillies drolatiques : « Je déteste le caramel » s’exclame Rita, et Phil de noter tout haut, pour la prochaine fois : « Ni chocolat blanc, ni caramel ».

Mais surtout, summum du plan drague, l’estocade finale qui fera fondre votre conquête à coup sûr : sculpter son visage dans la glace devant son regard émerveillé, à la manière d’Edward aux mains d’argent. Ça, c’est la grande classe ! Même jour après même jour, Phil a eu le temps de se former à cet art un peu givré et, à force de voir et revoir Rita, il connaît son joli minois par cœur (et puis, il faut dire qu’il l’a vu dans une pub pour L’Oréal). J’ai bien essayé de faire la même chose avec un tas de neige, mais le résultat ressemblait plus à Régine après un marathon dans le désert qu’aux traits harmonieux et délicats de mon joli modèle.

Un jour sans fin

Alors certes, et ce n’est ni la première ni la dernière fois que j’écris cela : à la fin, la morale est sauve. La marche du temps reprend son cours dans un happy end prévisible. Bill Murray, à l’origine égoïste, cynique et misanthrope, met cette journée à contribution pour devenir quelqu’un de meilleur et donner un sens à sa vie. Mais enfin, ça fait du bien un peu de gentillesse dans ce monde consumériste, individualiste et végétarien.

Bref, Un jour sans fin est un film plaisant, loufoque, parfois un peu long (un film sans fin ^^ ?), qui m’a rappelé les livres de la collection Délires que je lisais petit (Piégé le premier jour de la colo, Piégé le jour de la rentrée, La prof de math a des gros seins…). Voilà le type-même du film du dimanche soir qu’on regarde une chaussette trouée au pied gauche et un bol d’Apéricubes sur la table basse, en compagnie de Joël son raton laveur héroïnomane.

Qui n’a pas rêvé, suite à une gaffe, un faux pas, une maladresse ou tout simplement après avoir malencontreusement renversé l’huissier qui venait chercher vos meubles, de reprendre la journée à zéro, de revenir un instant en arrière, de pouvoir tout effacer pour tout recommencer ?

Haydenncia

The Wicker Man, de Robin Hardy (1973)

The-Wicker-Man

        Au début des années 1970, le grand Christopher Lee commence à se lasser de jouer dans des productions Hammer qui sentent légèrement le réchauffé, surtout dans les nombreuses déclinaisons de Dracula, rôle qui l’a rendu mondialement célèbre et fait encore de lui une icône du cinéma fantastique. C’est alors qu’on lui propose un film atypique, prenant pour thème la survivance de rites païens sur une île écossaise nommée Summerisle.

        Film atypique du cinéma de genre de l’époque pour plusieurs raisons. La plus évidente, celle qui se remarque au premier coup d’œil, c’est le refus de tourner les scènes la nuit, pourtant une des caractéristiques du cinéma d’épouvante classique – à plus forte raison britannique. Cela pouvait certes diminuer l’ambiance pesante et l’impression de danger imminent, mais au contraire il en résulte un respect des codes du genre à mesure que le récit avance. Dès son arrivée sur l’île pour enquêter sur la disparition d »un jeune fille, le sergent Neil Howie se rend compte du caractère très communautariste des habitants. A chaque nouvel habitant interrogé, les secrets de Summerisle refont surface et il en apprend un peu plus sur les étranges coutumes du coin. Comme il est assez courant dans la production des années 1970, le cinéma d’horreur se mêle ici à des ingrédients du polar, de la petite enquête de police qui débute au départ comme un exercice de routine. Comme le disait dans un entretien le réalisateur Robin Hardy, l’objectif était de faire « un film d’anti-horreur », et l’essentiel du film étant tourné en plein jour renforce ce parti-pris. On peut remarquer que quelques années plus tard du côté de l’Espagne, Narciso Ibáñez Serrador tourne lui aussi un pur film d’horreur sous un soleil méditerranéen et également sur une île ( ¿Quién puede matar a un niño?/Les Révoltés de l’An 2000, 1976). Sans doute faut-il y voir la volonté de renouveler un cycle du cinéma fantastique qui cherche un nouveau souffle.

Summerisle, un endroit pas franchement hospitalier (quoi qu'en disent les autochtones)...
Summerisle, un endroit pas franchement hospitalier (quoi qu’en disent les autochtones)…

        Le scénariste Anthony Shaffer, qui a signé les scénarios de titres prestigieux comme Le Limier (Joseph L. Mankiewicz, 1972), Frenzy (Alfred Hitchcock, 1972) ou encore Le Crime de l’Orient-Express (Sidney Lumet, 1974), nous plonge dans une petite communauté obscurantiste menée par un gourou adepte du néo-paganisme (Lord Summerisle). Ce qui fait de The Wicker Man un film culte réside justement dans cette confrontation entre le christianisme et le paganisme, représentés respectivement par Howie et Lord Summerisle. Difficile de se placer d’un côté ou de l’autre puisque les deux religions sont présentées comme contraignantes et restrictives, comme vecteur d’enfermement mental (et physique, par le biais de l’île) de ses adeptes. Le sergent de police catholique, puritain au possible, rejette violemment les moeurs sexuelles des habitants de Summerisle, est choqué par l’éducation des enfants (dont un cours sur la représentation phallique que n’aurait pas renié ce bon vieux Freud), mais plus encore il ne peut se résoudre à accepter que des gens pratiquent encore le sacrifice humain. A l’inverse, Lord Summerisle – alias Christopher Lee qui prend plaisir dans son rôle – justifie ces pratiques par le bien-être de la communauté, la croyance d’une seconde vie après la mort (le mot « mort » étant interdit dans l’île car cela ne signifie rien pour les païens), et la promesse de bonnes récoltes pour les saisons à venir. En fait, tout deux sont extrémistes et cloisonnés dans leurs conceptions, ce qui abouti à un final pessimiste où le paganisme a le dernier mot !

Le néo-paganisme, en dehors de tout un ensemble de contraintes, a aussi de bons côtés...
Le néo-paganisme, en dehors de tout un ensemble de contraintes, a aussi de bons côtés…

        The Wicker Man, de fait, est une sorte de cours de religion comparée très judicieux en plus d’être un très bon film d’épouvante. Les producteurs n’ayant à la base pas confiance dans le potentiel commercial du film, le tournage s’est déroulé en plein hiver en Ecosse, ce qui répond à une question que l’on peut se poser : pourquoi les acteurs grelottent parfois ? Parmi les autres interrogations majeurs concernant le film, notons qu’il existe deux versions du film, ou plutôt trois : la version d’origine, la version longue mais pas complète (car un mec chargé de transporter les négatifs du film a simplement laissé les négatifs au bord d’une route, comme ça, gratuitement) et enfin la version d’origine mais sans la magnifique danse dénudée de Britt Ekland (parce que son mari de l’époque, le chanteur Rod Stewart, ne voulait pas qu’on voit cette scène et la garder pour lui). Oui, je sais, c’est un peu compliqué tout ça. Le film vaut également pour sa bande originale excellente, quasiment manifeste musical de la période post-hippie, agrémenté de morceaux réellement joués et chantés lors des rites païens, preuve supplémentaire du travail de recherche d’Anthony Shaffer et de son équipe. Ensuite, rien ne vous empêche de regarder dans la foulée l’horrible remake de 2006 avec Nicolas Cage, mais à vos risques et périls.

Dr. Gonzo