Archives pour la catégorie Science-Fiction

Mad Max : Fury Road, de George Miller (2015)

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        A la toute fin d’une décennie charnière pour le cinéma (les seventies), un médecin australien signait dans son coin, l’air de rien, un film matriciel du genre post-apocalyptique, un monument instantanément culte, radicalement nihiliste mais dont la dernière image (un travelling sur une route déserte à la tombée de la nuit, avec un point lumineux au loin) nous apparait aujourd’hui comme la représentation prophétique de la carrière de son réalisateur, le plus que discret et génial George  Miller. Car dans l’ombre d’une industrie auto-destructrice qui nous sert du blockbuster formaté et consensuel, Miller avance à grand pas, construit ses films de manière personnelle et, plus important encore, universelle. On dit de l’Australie qu’elle est un pays entre deux cultures, deux conceptions du monde, Occidentale et Orientale. Mad Max répond parfaitement à cette vision, tant il évoque le cowboy comme le samouraï, tant son univers convoque autant l’idée de naissance et de déclin des nations, basée sur l’appropriation guerrière, l’organisation en clans, la notion de communauté, la frontière entre civilisation et barbarie.

         « On the road again », cette fois-ci avec Tom Hardy dans les baskets de l’ancien flic désespéré. Fury Road ne développant pas outre mesure la mythologie de la trilogie, puisque nous sommes face à une variation, ce changement d’acteur ne pose pas de problème et permet de rentrer dans le film d’une façon très directe, même pour qui ne connait pas les premiers Mad Max. La voix-off de Max nous révèle l’essentiel dès l’introduction, la survie dans ce désert apocalyptique déshumanisé étant le seul instinct qui vaille. La Citadelle, refuge de désespoir d’une poignée de survivants asservis à l’autorité d’Immortan Joe, tient lieu de départ d’une aventure frénétique dans laquelle Max aidera malgré-lui l’Impératrice Furiosa et les « épouses » d’Immortan Joe à s’extirper de l’emprise de ce dernier. On avait laissé Mad Max au bord du gouffre, dans un troisième film rigolard et kitsch où, malgré une interrogation sur le besoin d’idoles dans un monde abandonné des dieux, le héros ne savait trop quoi faire (« Quel est le plan ? » disait Mel Gibson à la crinière ensablée en pleine scène d’action). Voilà que Miller efface cette erreur de parcours en ne nous laissant pas souffler un seul instant. Embarquons à bord d’un truck monstrueux gonflé aux acides en tous genres, et réapprenons ce que le mot « divertissement » signifie.

« La guerre est le père de toute chose, et de toute chose il est le roi » - Héraclite
    « La guerre est le père de toute chose, et de toute chose il est le roi » – Héraclite

        Chez Miller, l’action, le mouvement ont fonction de base nourricière à la narration. Dès lors, son opéra de fureur et de tôles froissées lancé, chaque plan a valeur de signe annonçant le suivant, dans un art du montage implacable que seuls le talent et la patience (quelle post-production !) permettent. De l’image accélérée de certaines séquences à la synergie des travellings (frontal, latéral, en arc ou circulaire, Miller combine absolument tout), de la brièveté des scènes en caméra embarquée au mouvement de grue les plus décapants, c’est bien de l’imbrication de l’infiniment petit dans l’infiniment grand que traduit visuellement Fury Road en toute humilité, sans démonstration démagogique. Conçu comme musicalité du mouvement, propre à son auteur, le film se vit en tant qu’expérience née du rythme des images. En 2 700 plans, Fury Road démultiplie la syntaxe du cinéma depuis que ce dernier est cinéma, plonge le spectateur dans un flux d’images incontrôlables parce que toutes contrôlées à la perfection, au risque bien sûr de noyer une partie du public. Reste que dans les circonstances d’une telle production (toutes les cascades sont réelles), le film de Miller tient du démentiel : impression de vitesse folle, et pourtant les combats mano a mano sur les bolides ne perdent jamais l’axe. Mad Max : Fury Road est sans doute le film d’action le plus lisible jamais réalisé, si l’on considère les mêmes paramètres (nombre de plans, découpage des courses…).

        Lancés à pleine vitesse sur les routes d’un monde d’après dégénéré, les véhicules post-nuke remplacent les chevaux dans cette quête d’appropriation des dernières ressources. Un éternel Retour sauvage, un trip pschychotronique dans lequel l’interrogation initiale de Max n’a rien d’anecdotique (Qui est le plus fou, lui ou tout les autres ?) tant les plus basiques notions d’humanité semblent enfouies dans l’épaisseur des sables contaminés par les radiations. L’ancien flic, hanté par l’abandon et la disparition de la famille, porte ce qui subsiste d’espoir. On a connu Tom Hardy beaucoup plus convainquant, et ses étranges grognements grotesques ne le servent pas vraiment, mais ces détails sont vite oubliés. Si son implication est totale dans le récit, il s’efface pourtant derrière la vaillante Furiosa, vraie héroïne d’un film respirant la virilité masculine. Miller nous apporte en fait un film radical dans son propos et son imagerie, une symphonie de sang et d’acier féministe. Notons comme Furiosa – dont l’interprétation par Charlize Theron en fait un étendard dans le panthéon des héroïnes du cinéma d’action – occupe le premier plan dans nombre de scènes quand Max prolonge la ligne de fuite derrière, ou comment la dernière image du film exploite le potentiel symbolique du personnage féminin comme une renaissance d’une communauté humaine. Loin du sous-texte comme on peut le lire ici ou là, la dimension féministe est totale dans le film.

Furiosa présidente !
Furiosa présidente !

          George Miller revient à son univers mythique et allégorique pour donner une leçon de cinéma à ses contemporains, lui qui a tout de même 70 printemps. Et comme tout réalisateur conscient de la valeur des images sur la parole, son film sera sans aucun doute pointer pour son « scénario inconsistant ». Peut nous importe, tant que les « scénarios inconsistants » questionnent la persistance des mythes, le déclin des civilisations, la perte de repères autoritaires ou encore la place des femmes dans un patriarcat guerrier ! Nous pourrions encore écrire longtemps sur Fury Road, ses bad guys iconiques en diable, la maîtrise de sa mise en scène, la photogénie de CHAQUE plan, la bande-son démentielle, la démesure de l’action couplée à une poésie guerrière (l’entrée des véhicules dans la tornade via un lent travelling arrière !), mais au final reste l’important : soyons témoin de la renaissance d’une forme de cinéma populaire dont on a trop longtemps été privé.

Dr. Gonzo

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Gamera contre Barugon, de Shigeo Tanaka (1966)

Gamera contre Barugon

        Gamera ne chôme pas, les gars ! Enclenché en 1965 avec le film sobrement intitulé Gamera, la tortue géante réveillée par des expériences militaires terrorise, pardon fait rigoler les spectateurs à raison d’un film par an jusqu’au début des années 70. Le premier du nom, qui rappelons-le dois tout au hasard (il s’agissait d’un film de rats géants mais, faute de rats incontrôlables lors du tournage, les producteurs leur ont substitué une tortue géante !), est un succès surprise lors de sa sortie, faisant de la créature un sérieux concurrent au Godzilla de la Toho. Si ce premier film en noir & blanc offre une qualité indéniable (scénario, effets spéciaux, décors, mise en scène) et une bonne tranche de petits détails désopilants (certains dialogues ne s’inventent pas), le reste de la franchise, durant sa période initiale, laisse beaucoup à désirer. La faute à un ciblage essentiellement enfantin et donc aux éléments qui vont avec, notamment des personnages d’enfants insupportables qui tiennent le rôle titre, à des chansons insipides dont seules les Japonais et les années 60 ont le secret. Et puis disons-le, il faut se les farcir les suites innombrables qui utilisent les stock-shots des précédents films sans souci de cohérence narrative ni de respect photographique (il fait jour, ah il fait nuit, dis donc c’est qu’il dure long le combat entre les monstres ou c’est moi qui ait un problème de décalage horaire ?!).

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Le Monde, la Chair et le Diable, de Ranald MacDougall (1959)

Le Monde, la Chair et le Diable

        Il y a quelque temps j’avais parlé du Survivant de Boris Sagal (1971), sympathique film d’anticipation avec cette vieille canaille de Charlton Heston. A ce propos Princecranoir signalait, sur un thème similaire, un film de la fin des années 50 relativement peu connu et au nom biblique pompeux : Le Monde, la Chair et le Diable, dont il parle également dans un billet. C’est donc à mon tour d’en parler, afin de boucler la boucle.

         Dans la filmographie pléthorique du cinéma d’anticipation des années 50, Le Monde, la Chair et le Diable est peu souvent cité, à l’inverse des classiques Them!, Le Jour où la Terre s’arrêta ou L’invasion des profanateurs de sépultures. Il vient en effet un peu après la bataille, et le Noir & Blanc le marginalise encore un peu plus à une époque où la couleur domine.

        L’élégant Harry Belafonte se retrouve dans la peau de Ralph Burton, un mineur bloqué au fond d’un tunnel suite à un éboulement de terrain. Lorsqu’enfin il s’échappe du piège, il découvre un monde sans âme qui vive, des paysages désertés de toute trace humaine, seuls des témoignages visibles de ce que fût l’humanité.  Des journaux lui apprennent qu’une guerre nucléaire est à l’origine de cette dévastation. Le pauvre peut tout de même vivre puisque l’isotope radioactif utilisé est inefficace passé 5 jours. Pour un jeune Afro-Américain dans l’Amérique puritaine des années 50, c’est l’aubaine, il peut tout se permettre, même ce qu’on lui refusait quand les Blancs habitaient ce sol : vivre.  Décidant d’aller voir du côté de la Grosse Pomme – où il n’y a toujours personne – il flâne dans les boutiques, s’installe au dernier étage d’un building de grand standing non loin de Central Park.  Pour Ralph, l’ascension sociale est totale, mais il se sent un peu seul quand même.

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        Le film délaisse un peu la science-fiction pour plonger dans le mélodrame avec l’arrivée de Sarah, magnifiquement interprétée par Inger Stevens. Les deux personnages développent une relation amicale, mais Sarah ne tarde pas à exprimer des sentiments plus forts. C’est là que Harry Belafonte fait montre du potentiel politique du film, en particulier via des dialogues forts et justes. Ralph a peur que « les gens jasent » si jamais ils se montrent en public comme un couple, ce qui ne manque pas d’absurdité vu qu’il n’y a personne dans New-York.  Il fait remarquer à Sarah que dans des conditions normales, elle n’aurait jamais oser lui parler, appartenant à la société favorisée blanche. Belafonte se sert donc habilement du film de MacDougall pour exposer ses convictions humanistes et son combat pour les droits civiques, alors au cœur de l’actualité au moment où sort le film. Ce sous-texte politique n’est pas, de loin, la seule qualité du film. La mise-en-scène très soignée alliée à un Scope somptueux, ainsi qu’un New-York désert (filmé tôt le matin) en font un titre dans le haut du panier du cinéma d’anticipation.

         Rupture de tonalité dans la dernière partie du film, avec l’entrée en scène d’un nouveau survivant, Ben Thacker (Mel Ferrer, prestance virile et rassurée). Ralph devient pour le nouvel arrivant un obstacle dans la « possession » de Sarah, engageant le film sur le terrain du survival urbain post-apocalyptique, l’une des séquences les plus poignantes que l’amateur de cinéma de genre puisse rêver. Les bruits de pas résonnent dans la méga-nécropole, les toits des buildings constituent un point d’observation parfait pour la chasse à l’homme.  Mais au final, point de nihilisme dans ce récit parfaitement orchestré. Suivant à la lettre une sentence biblique ornant un monument de la ville, Ralph jette l’arme et c’est sur une réconciliation  fraternelle (et un ménage à trois qui n’est pas évoquer celui qui clôt le sulfureux Viridiana de Luis Buñuel deux ans plus tard) que l’on se quitte, avec pour intertitre de fin « The Beginning » ! De peu le cinéma annonce/précède l’évolution de la société, et ce film là se doit de ne pas être oublié avant qu’un politicien nous ramène tous en arrière.

Dr. Gonzo

Barbarella, de Roger Vadim (1968)

Barbarella

        Quand Roger Vadim, l’homme à femmes – Brigitte Bardot, Jane Fonda, Catherine Deneuve, … – décide d’adapter la bande-dessinée Barbarella (Jean-Claude Forest, 1962), c’est du lourd ! La fameuse aventurière inter-galactique du futur est incarnée par Jane Fonda, alors épouse de Roger Vadim, qui ne se prive pas pour la filmer sous tous les angles possibles et imaginables.  Lire la suite Barbarella, de Roger Vadim (1968)

Le Labyrinthe, de Wes Ball (2014)

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        Dans la droite lignée des Hunger Games, La stratégie Ender et autres Divergente, voilà débouler Le Labyrinthe, le premier volet d’une trilogie basée sur le cycle littéraire L’Épreuve de James Dashner. Nouvel assaut cinématographique de la saga de SF pour adolescents, le film du jeune réalisateur Wes Ball en reprend les thématiques fondamentales. Un jeune homme se réveille amnésique dans le « Bloc », une immense prison à ciel ouvert entourée d’un labyrinthe qui change de configuration chaque nuit. Au sein d’un groupe exclusivement composé d’adolescents, il doit retrouver la mémoire et tenter de sortir du bloc. Lire la suite Le Labyrinthe, de Wes Ball (2014)

Howard the Duck, de Willard Huyck (1986)

Howard the Duck

        Howard the Duck… Un titre qui évoque une sombre page financière pour Hollywood, mais aussi une multitude de souvenirs désopilants pour les cinéphiles des années 80 (et postérieures). Premier personnage Marvel ayant eu droit aux honneurs d’une adaptation cinématographique, Howard (le canard donc) est un être anthropomorphe vivant sur la planète des Canards mais qui se retrouve sur Terre suite à une expérience scientifique humaine qui a légèrement déconné.

        Réalisant que les humains (en fait les Américains pour être plus précis) ne sont que des buses dont le quotient intellectuel ne peut rivaliser avec celui d’un canard, Howard décide de rentrer chez lui, mais une série d’obstacles l’en empêche. On ne peut pas dire que les scénaristes aient cherché à écrire un véritable scénario, tant le film n’est autre qu’un enchaînement de gags, de course-poursuites et de scènes de concerts rock (années 80 oblige, le rock FM féminin tient une place de choix). La figure du canard (humanisé ou non) tient une place importante dans la culture populaire occidentale, du Vilain Petit Canard d’Andersen (1842), Daffy Duck (1937) ou encore le plus célèbre de tous, Donald Duck (1934). Ces personnages de fiction ont souvent une fonction pédagogique, que ce soit pour les plus jeunes mais aussi pour les adultes, les histoires qu’ils vivent faisant la part belle à des sujets sérieux. Le Vilain Petit Canard est ainsi un récit initiatique qui fait l’éloge de la différence et du caractère unique de l’individu, tandis que Donald Duck fait appel dans nombre de récits aux évènements historiques les moins glorieux pour les remettre en perspective.  Et Howard dans tout ça ? Si à première vue, le ton du film est très enfantin et léger, l’aventure vécue par Howard met en avant les bienfaits de l’acculturation et de la rencontre entre cultures. Dans un geste de sacrifice personnel ultime, Howard décide de sauver la Terre mais doit en contrepartie détruire la machine qui seule pouvait le ramener sur sa planète Coin-Coin. Au fond, rien de mieux pour un canard que de vivre sur une planète où la chasse aux canards est chose courante et où cet animal est associé dans l’imaginaire collectif aux W.C…

Un canard contre le Dark Overlord, la créature la plus puissante de la galaxie !
Un canard contre le Dark Overlord, la créature la plus puissante (et moche) de la galaxie !

        Conçu comme un film familial et vendu tel quel par George Lucas (producteur via Lucasfilm), Howard the Duck est l’un des plus grands échecs commerciaux du cinéma américain, et du cinéma tout court. Le créateur de Star Wars, déjà endetté par la construction de son Ranch, a vendu ce qui allait devenir les studios Pixar à Steve Jobs pour une bouchée de pomme. En regard de l’objet totalement carnavalesque qu’est le film, cet échec n’a rien d’étonnant. Ce qui frappe le plus, quand on a en tête qu’il s’agit d’un film familial, ce sont les nombreuses références sexuelles très explicites. Du préservatif qui traîne dans le porte-monnaie d’Howard à la présence d’un numéro de Playduck reproduisant fidèlement le magazine Playboy mais avec des canes (!) en passant par une scène frôlant le coït inter-espèces, on se dit que les parents ont du s’en vouloir de choisir ce film pour leur progéniture. Le tout début du film donne déjà le ton en montrant une cane nue dans son bain dans un geste pour le moins évocateur.

Le vilain petit canard...
Le vilain petit canard…

        En dehors de cette inadaptation vis-à-vis du public cible qui saute aux yeux, le film ne recèle pas beaucoup d’intérêt autre. Les acteurs sont pour la plupart à côté de la plaque :  le jeu outrancier de Tim Robbins exaspère, Jeffrey Jones signe son pire rôle et nous offre une prestation hilarante de nullité dans le dernier acte, Lea Thompson s’en sort un peu mieux que le reste du casting. Quand aux six acteurs et actrices  qui incarnent Howard, les Razzie Awards (Razzie Howard aurait été plus approprié vu le nombre de récompenses) n’ont pas été indifférent ! Si l’on peut retenir une chose sympathique, c’est le monstre final, le « Dark Overlord », doté d’un design repoussant créé par Phil Tippett et animé dans une stop-motion géniale. Un monstre aux pouvoirs destructeurs qui a parcouru la galaxie pour se voir exterminé par un canard équipé d’un désintégrateur à neutrons… Décidément, Howard the Duck n’est pas un film comme les autres…

Jeffrey Jones, un grand acteur ayant joué dans Amadeus, Beetlejuice, A la poursuite d'Octobre Rouge et ... Howard the Duck !
Jeffrey Jones, un grand acteur ayant joué dans Amadeus, Beetlejuice, A la poursuite d’Octobre Rouge et … Howard the Duck !

        Chef-d’œuvre loufoque ou nanar génial, personne ne peut dire vraiment ce que représente Howard the Duck. Objet de culte pour certains (justifiant de nombreuses éditions DVD et Blu-Ray, des festivals, …) ou de dérision pour d’autres (ou les deux), ce qui est sûr c’est que 30 ans après l’icône Howardesque imprègne encore bien l’inconscient collectif des cinéphiles, comme en témoigne la scène post-générique des Gardiens de la Galaxie de James Gunn (très bon film de super-héros, au passage). Et si jamais vous voulez enrichir votre registre de blagues sur les canards, il s’agit probablement du film à voir, la traduction française nous offrant de très belles perles !

Dr. Gonzo

Idiocracy, de Mike Judge (2006)

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Joe Bowers (Luke Wilson, frère de Owen), l’Américain moyen par excellence, est choisi par le Pentagone comme cobaye d’un programme d’hibernation, qui va mal tourner. Il se réveille 500 ans plus tard et découvre que le niveau intellectuel de l’espèce humaine a radicalement baissé et qu’il est l’homme le plus brillant sur la planète…

        Dans le monde impitoyable des comédies, il y a souvent beaucoup de cynisme et peu d’honnêteté. Alors que la majorité des spectateurs se précipitent vers des productions formatées et consensuelles appuyées par les gros médias dont la stratégie marketing agressive n’a plus rien à prouver (tout allusion aux comédies françaises actuellement dans les salles –Fiston, Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, ou encore Supercondriaque pour ne pas les citer – n’est que fortuite coïncidence), il est difficile pour les petites productions un tant soi peu novatrices/subversives de se faire une place. Mais fort heureusement, la qualité d »une comédie finit tôt ou tard par se révéler au plus grand nombre. The Big Lebowski (Joel & Ethan Cohen, 1998), ce petit film passé inaperçu lors de sa sortie, n’est-il pas devenu  l’un des films cultes les plus adulés de par le monde, à l’origine d’une religion et d’un festival annuel ?

Dans Idiocracy, les hommes politiques lancent des doigts d'honneur aux citoyens. Au moins, ils ne cachent plus leur vraie nature...
Dans Idiocracy, les hommes politiques lancent des doigts d’honneur aux citoyens. Au moins, ils ne cachent plus leur vraie nature…

        Dans le cas de Idiocracy, les choses sont un peu moins évidentes, même si une petite communauté de fans actifs est déjà en place, il reste beaucoup de récalcitrants à la comédie satirique du génial Mike Judge, à qui l’on doit notamment Office Space (hilarante comédie dans une entreprise d’informatique avant le bug de l’an 2000), et actuellement aux manettes de la série Silicon Valley diffusée sur HBO. Car il s’agit bel et bien d’un film qui dérange, parce que ce qu’il illustre du monde du futur (dans les années 2500) est peu glorieux et surtout que certaines choses sont actuellement déjà visibles dans nos sociétés. De fait il s’agit d’une extrapolation et d’une exagération de ce que l’on constate aujourd’hui : l’anti-intellectualisme est ainsi triomphant et Joe Bauers, le parfait « Américan moyen » en 2006, se retrouve être le plus intelligent dans le futur mais est en contrepartie considéré comme une pédale/un homosexuel par ses pairs à cause de son langage trop « savant » ! La langue américaine est devenue une novlangue, appauvrie et remplie d’insultes qui sont désormais à la mode. Ce qui est injurieux ou débile est désormais synonyme de cool. Un peu comme aujourd’hui, en fait. La première moitié du film est ainsi une géniale présentation de l’état affreusement débile du monde, incapable de traiter les problèmes qui auparavant (aujourd’hui) n’étaient que de simples formalités. A commencer par les ordures ménagères, qui s’entassent dans un désert d’ordures depuis des siècles, finissant par créer une avalanche à l’origine du réveil de Joe et Rita, la fille cryogénisée avec lui en 2006. La totalité de la population passe son temps à regarder la télévision (parmi les chaines qui cartonnent : « Ow! My Balls ! » (en référence à Jackass) ou encore « The National Masturbation Network« ), en mangeant par un tuyau et sur un fauteuil avec WC intégré ! Toute ressemblance avec un joueur hardcore de World of Warcraft n’est que fortuite. L’abrutissement des masses est à son apogée, et le nivellement par le bas (dumbing down) a parfaitement fonctionné, grâce au soutien indéfectible de TF1, Direct 8 (aussi nommée « Julie Lescaut TV », Secret Story, On est pas couché… (Pour connaître le nom des 975 565 643 700 864 émissions/chaînes/personnalités incriminées, allez sur www.quidirigelemondedefacontotalementlegaleethonnete.com).

L'homme est incapable de faire face au problème des ordures, créant un désert de déchets.
L’homme est incapable de faire face au problème des ordures, créant un désert de déchets.
Le Starbucks du futur a quelque peu perdu de sa vocation d'origine...
Le Starbucks du futur a quelque peu perdu de sa vocation d’origine…

        Etant l’homme le plus intelligent de cette belle société, Joe est donc recruté par la Maison Blanche pour mettre fin à la crise économico-socio-urbano-hospitalo-alimentaire. Le Président des Etats-Unis, Camacho, est une sorte de gangsta rappeur bodybuildé (excellent Terry Crews qui en fait des tonnes), les récoltes sont arrosées par du Brawndo, une boisson contenant des sels minéraux, ayant fait la fortune d’une multinationale qui dirige maintenant le monde entier, comme quelques autres grandes compagnies, pour la plupart reconverties dans l’industrie du sexe (les femmes sont réduits à l’état d’objets sexuels, les hommes ne pensent plus que par leur sexe, les blagues salaces sont particulièrement appréciées…) y compris Starbucks ! Mike Judge et le scénariste Etan Cohen maîtrisent parfaitement l’art des dialogues satiriques, des situations hilarantes et pourtant terriblement déprimantes, puisqu’on ne peut qu’être effrayé par la cohérence du film dans sa vision future de la connerie humaine. L’anti-intellectualisme est déjà « cool » et engendre énormément d’argent aujourd’hui. Il suffit de voir le succès d’une idiote en plastique comme Nabila sortir une « phrase » sans verbe  pour s’en convaincre. Le langage est de plus en plus menacé par l’écriture SMS ou par la prédominance des logos sur l’orthographe (voir la scène de l’hôpital, ou la fille de l’accueil doit appuyer sur des boutons colorés selon la situation du malade, qui n’est pas sans rappeler l’écran de bureau de Windows 8).

Windows 8 And Idiocracy

Dans le futur, les multinationales ont trouvé la solution pour envahir le spectateur de publicités agressives en permanence : le multi-tasking.
Dans le futur, les multinationales ont trouvé la solution pour envahir le spectateur de publicités agressives en permanence : le multi-tasking.

         Revoir Idiocracy huit ans après sa sortie est donc un exercice de confrontation psychologique : se rendre compte, si besoin était, que le film de Mike Judge est bien une bombe politique prophétique, qui devrait figurer au programme scolaire. Un film peut-être même trop lucide, à tel point qu’il dérange, comme les critiques toujours bien pensants des Cahiers du Cinéma. Et je dois dire qu’aduler un film que les Cahiers ont conspué, c’est se sentir encore vivant !

Dr. Gonzo