Archives pour la catégorie Western

True Grit, de Ethan & Joel Coen (2011)

True Grit

1870, juste après la guerre de Sécession, sur l’ultime frontière de l’Ouest américain. Seul au monde, Mattie Ross, 14 ans, réclame justice pour la mort de son père, abattu de sang-froid pour deux pièces d’or par le lâche Tom Chaney. L’assassin s’est réfugié en territoire indien. Pour le retrouver et le faire pendre, Mattie engage Rooster Cogburn, un U.S. Marshal alcoolique. Mais Chaney est déjà recherché par LaBoeuf, un Texas Ranger qui veut le capturer contre une belle récompense. Ayant la même cible, les voilà rivaux dans la traque. Tenace et obstiné, chacun des trois protagonistes possède sa propre motivation et n’obéit qu’à son code d’honneur. Ce trio improbable chevauche désormais vers ce qui fait l’étoffe des légendes : la brutalité et la ruse, le courage et les désillusions, la persévérance et l’amour…

Lire la suite True Grit, de Ethan & Joel Coen (2011)

Publicités

The Homesman, de Tommy Lee Jones (2014)

Une vaste étendue. Le ciel et la terre qui se cognent et se frottent sur un horizon chauffé à blanc. Entre l’horizon et soi il n’y a rien, que la plaine. Le profane trouve cela sublime, l’initié y voit une menace. C’est de toute façon une vue dont il est impossible de tirer un mot. Une vue qui peut vous rendre fou ou, en l’occurence, folle. Bienvenu dans le Nebraska du XIXe siècle et son ambiance à faire fermer la plus déterminée des agences de tourisme. Bon, je crois que j’ai suffisamment fait d’efforts aujourd’hui pour pouvoir terminer ma critique sur ces mots…

Comment ? « Il n’y a pas le quota » ? On n’est pas au ministère de l’Intérieur, ici ! Bon, il vous faut combien de lignes ?…

En 1854, trois femmes ayant perdu la raison sont confiées à Mary Bee Cuddy (Hilary Swank), une pionnière forte et indépendante originaire du Nebraska.
Sur sa route vers l’Iowa, où ces femmes pourront trouver refuge, elle croise le chemin de George Briggs (Tommy Lee Jones), un rustre vagabond qu’elle sauve d’une mort imminente.  Ils décident de s’associer afin de faire face, ensemble, à la rudesse et aux dangers qui sévissent dans les vastes étendues de la Frontière.

L'un des points forts du films, ce sont ses paysages
Le film offre des paysages magnifiques : ici des herbes hautes, le ciel, une colline et quelqu’un au milieu…

Commençons par dire que ce dernier né de Tommy Lee Jones – produit par Luc Besson notamment, qui avait déjà participé à la production de l’excellent Trois enterrements (2005) – renouvelle assez le genre du western. Voilà en effet une histoire de femmes dans un monde qui jusqu’ici nous avait habitués à la virilité des bottes à éperons, des chapeaux troués, des étoiles de shérifs, des colts fumants et des « Allez danse, coyote ! » et autres « La cavalerie arrive toujours à l’heure ! ».

Si ici la caution « virile » du film est incarnée par Tommy Lee Jones, encore que ce dernier soit surtout bougon et taciturne, la seule véritable personne « masculine » de The Homesman, si j’ose dire, c’est Mary Be Cuddy, la plus couillue de tous les hommes du village, incarnée par l’androgyne Hilary Swank – très bien. Même le pasteur, habituelle incarnation paternaliste de la communauté, paraît bien couard face à cette jeune femme volontaire, autoritaire, courageuse, pieuse, raffinée dans cet univers bourrin, mais aussi sensible, fragile et finalement malheureuse.

Ce que j’écris là sur la « femme forte comme un homme » peut paraître banal et normal aujourd’hui, voire un brin misogyne (il nous manque l’Association des Féministes Enragées à notre tableau de chasse à Cinefusion), mais au XIXe siècle, à part Calamity Jane (et c’est d’ailleurs une des raisons de sa légende), ce genre de femmes ne devait pas courir les plaines. Bon, à cette époque les femmes avaient du poil aux pattes, donc ça compensait un peu niveau masculinité… L’Association des Féministes, je vous dis ! Mais revenons à nos bisons.

Tommy Lee Jones, (légèrement) comique
Tommy Lee Jones (légèrement) comique

Suite à un tirage au sort, Mary Be Cuddy doit donc emmener seule vers l’Est les trois jeunes femmes atteintes de folie. Décision contre son gré ? Par sûr, car finalement, malgré le tirage au sort, les mâles du coin sont plutôt des dégonflés et Mary se sent bien seule dans sa ferme trop grande. Peut-être que la perspective d’une « aventure » vers l’Est enchante un peu son morne quotidien. Et puis, l’Est, elle en vient… N’aurait-elle pas envie d’y retourner, plutôt que rester sur ces terres désertes et hostiles, poil aux cils (ce qui est un pléonasme).

Toutefois, conduire un chariot seule avec trois dingues peut être assez éprouvant (et je sais de quoi je parle ^^ !) Aussi, la rencontre avec Georges Biggs, qu’elle sauve de la potence, donnera à Mary Be Cuddy un peu de compagnie. Pourtant, l’homme n’est pas très causant. Mais peu à peu, nos deux compères, Mary la vieille fille et Georges le vieil ours, têtus et autoritaires l’un comme l’autre, visiblement opposés et peu fait pour s’entendre (Mary fait le voyage par charité, Georges par appât du gain) apprennent à se découvrir, jusqu’à l’inévitable mais belle et bien amenée Révélation/Rédemption, qui succède à un hallucinant coup de théâtre.

Dans le monde hypocrite de l’Amérique puritaine du XXIe s… du XIXe siècle, où l’on se cache derrière de pieuses paroles et derrière La Morale pour se comporter égoïstement et cupidement (voir la scène avec le maître d’hôtel), où la Bible garnit la table de chevet comme les magazines celle du salon, c’est chez ces deux « exclus », le vagabond et la fille que personne ne veut épouser que l’on retrouve le plus de générosité et de bonté, que l’on trouve le plus d’humanité. Une belle bande de tapettes, en gros…

Hillary Swank est très bien
Hilary Swank est très bien

Sur sa route, l’insolite convoi croisera plusieurs obstacles, pour le coup plutôt caractéristiques de ce genre de film. Il faut dire que l’univers dans lequel évolue cette fine équipe est dur, mystérieux, brutal. Ainsi ne manquent ni les Indiens, ni les coups de feu, ni les fripouilles sorties d’un Sergio Leone, mais ces clichés restent tout à fait digestes. Et puis, entre nous, on est toujours contents de retrouver ces bons vieux Apaches (ou des Comanches, ou des Sioux, enfin bref des mecs avec des plumes, du maquillage et qui chantent… Ça s’appelle des drag queens ça, non ?).

Alors certes, la mission de Mary Be Cuddy et Georges Biggs n’a pas l’air bien compliquée à première vue (mener trois femmes vers l’Est), mais – et le film le montre bien – ces trois femmes ont perdu la raison et diriger un asile sur roues dans les vastes plaines du Nebraska, « ce grand corps blanc silencieux » (Shanna, des Anges de la téléréalité), pendant plusieurs jours, quand l’une tente de mordre tout ce qui passe à sa portée, l’autre a tendance à se perdre et la dernière hurle à donner des frissons à un tournevis, il y a de quoi devenir fou soi-même.

Cette folie brutale et crue, montrée sans détour par Tommy Lee Jones, est illustrée dans des scènes assez dures où quand la vie d’un enfant ne vaut plus rien dans l’Ouest sauvage (pour ceux qui ont vu le film, sachez que Dr Gonzo a dit « Panier ! » à ce moment-là – oui, je dénonce, mais c’est honteux n’est-ce pas ? Ceux qui ne l’ont pas encore vu y songeront le moment venu).

The Homesman

Comme dit dans l’introduction, les extraordinaires étendues herbeuses des Grandes Plaines du centre des Etats-Unis, qui s’allongent à perte de vue, permettent à Tommy Lee Jones de réaliser des plans d’une étrange beauté.

Le réalisateur joue avec les symétries et les couleurs, les sons et la lumière, oppose l’homme tout petit à la nature immense, et le résultat est d’une grande poésie. Jour et nuit sont ici sublimés, notamment avec ce plan magnifique d’un hôtel en feu dans la nuit étoilée, devant lequel s’avance la silhouette vespérale d’un vieux cow-boy. Un moment presque magique, grandiose et violent, qui illustre parfaitement la dichotomie du feu : la beauté et la destruction. Il y aussi ce plan qui m’a scotché sur fond de crépuscule flamboyant, dans un vaste paysage horizontal où les derniers rayons du soleil filtrent à travers les panneaux du chariot en mouvement. A ce stade, je crois qu’il est temps de remercier Rodrigo Prieto, le directeur de la photographie. Merci Rodrigo. Tu peux retourner te coucher.

Par sa photographie maîtrisée, ses panoramiques et ses superbes plans d’ensemble, The Homesman fait naître un sentiment contradictoire de liberté et d’oppression ; car oui, ici il n’y a rien, la nature hautaine règne en maître et seul le vent qui tient tout droit la plaine confère un peu de vie à l’ensemble. C’est beau, c’est immense ; il n’y a pas de limites apparentes – les seuls « obstacles » à cette horizontalité sont les rares villages en bois qui se construisent vite et parfois disparaissent tout aussi rapidement.

Mais en même temps, et c’est l’une des raisons de la folie de ces femmes (et hommes), tout cela est trop grand, trop vaste, comme une gigantesque prison sans murs ni toit. La solitude devient retranchement, l’éloignement devient abandon. Ainsi, un moment révélateur du film montre Mary Be Cuddy tout heureuse de trouver un arbre sur son parcours ! Sans parler de l’eau… Aujourd’hui, je ne sais pas à quoi ressemble le Nebraska ou le Wyoming voisin, mais l’endroit doit faire le malheur de la téléphonie mobile et des compagnies internet.

L’ACTEUR-REALISATEUR TOMMY LEE JONES signe un film sensible, curieux, précis, beau et haletant, qui nous raconte un épisode peu ou pas connu de la conquête de l’Ouest, à contre-courant du rêve américain, quand l’espoir enchanté devient désenchantement violent. Accompagné d’une bande-originale à sa hauteur, The Homesman est souvent émouvant, parfois dur, mais toujours réussi. Les deux heures passent vite au rythme de ce road-movie chaotique, et l’on sort de la salle avec ce hochement du menton et cette lèvre pincée qui veulent dire : « Bon boulot, Tommy », mais aussi, dans d’autres circonstances : « Je me ferais bien un petit kebab » ou « Mais qu’est-ce qu’il me raconte, ce con ? »…

Haydenncia

 

Mondwest, de Michael Crichton (1973)

Mondwest

        Quand le génial écrivain Michael Crichton, auteur de Jurassic Park, La variété Andromède et bien d’autres pièces maîtresses, passe à la réalisation, il ne fait pas semblant. Mondwest, titre français sorti de derrière les fagots pour Westworld, reste pour un paquet de cinéphiles un savoureux classique de la science-fiction, et plus particulièrement un archétype du cinéma d’anticipation. L’histoire se situe une dizaine d’années en avance par rapport à l’époque de production du film – soit dans les années 1980 – et raconte le voyage de deux hommes d’affaires, Peter Martin (Richard Benjamin) et John Blane (James Brolin, un acteur qui ressemble furieusement à notre Christian Bale d’aujourd’hui !) dans un parc d’attractions proposé par la compagnie Delos. Celle-ci, sous l’étiquette des « vacances du futur », permet moyennant (une grosse) finance (1 000 dollars par jour quand même) aux gens de se retrouver dans l’époque de leur choix : Empire Romain, Europe médiévale ou bien Far West américain de 1880. Dans tous les cas, ces lieux sont peuplés de robots fabuleusement proches des êtres humains, sur les plans physique aussi bien que psychique.  Evidemment, ces derniers ne vont pas tarder à montrer des dysfonctionnements et à se rebeller, malgré le contrôle du personnel du parc.

        L’intérêt de tels parcs d’attractions renvoyant à des époques plus ou moins fantasmées, souvent idéalisées ou au contraires dévalorisées, c’est en outre de pouvoir assouvir les fantasmes les plus fous, et cela est très bien décrit dans Mondwest. Dès la scène d’introduction dans laquelle un présentateur télé rencontre des personnes qui reviennent de leur voyage, l’accent est porté sur la possibilité de faire ce qui est théoriquement interdit et impossible dans la vie quotidienne. Ainsi nos deux personnages principaux, dont l’un est déjà allé à Mondwest, sont à peine arrivés sur place que l’un s’adonne au meurtre d’un robot qui lui a manqué volontairement de respect. Chacun d’eux suit d’ailleurs un scénario bien précis pour satisfaire au mieux les hôtes, de fait c’est la satisfaction narcissique de la virilité des clients qui entre en jeu dans ce système commercial du futur. Dans le village du Far West se trouve également une maison close, permettant donc d’avoir des rapports sexuels avec des robots, idée que l’on retrouvera maintes fois depuis (Blade Runner, Le Cinquième élément…), et qui reformule d’une brillante façon le mythe de Pygmalion amoureux de sa statue Galatée. Outre les deux personnages principaux, Crichton s’attache aussi à montrer d’autres personnages, aussi bien dans le Far West que dans les deux autres parcs. Un homme marié et un peu trop libidineux se permet, en l’absence de sa femme bien sûr, de s’adonner à de multiples plaisirs sexuels avec les femmes du monde médiéval, tandis qu’un autre décharge ses pulsions par la torture (on ne voit pas la scène, mais on l’imagine très bien quand Peter Martin pense que la femme robot torturée est une humaine). C’est donc une vision bien psychanalytique des problèmes sociétaux que nous offre Crichton qui, faisant des vacances du futur l’exutoire des fantasmes humains, remet en question l’ambiguïté de la psyché.

-"Par ici, on m'appelle le Purificateur sans Coeur aux yeux d'acier. Alors si tu veux passer, il faudra d'abord payer dix dollars. C'est pour mon opération des yeux...".
-« Par ici, on m’appelle le Purificateur sans Coeur aux yeux d’acier. Alors si tu veux passer, il faudra d’abord payer dix dollars. C’est pour mon opération des yeux… ».

        D’ailleurs, cette ambiguïté est très clairement représentée par le personnage de John Blane dont les gestes automatisés l’assimilent à un robot lui aussi. Puisqu’il connait déjà Mondwest, il se contente de refaire les mêmes choses qu’avant en ne laissant aucune place à la découverte, à l’émerveillement et aux sentiments – le propre de l’homme. Au contraire, ce sont donc les robots qui vont refuser leur simple condition d’automates dont l’existence est régie par la direction du parc, afin de renverser l’ordre établi. Soulignons, en plus, que le terme « robot » viens des langues slaves signifiant « esclave ». Et comme chacun le sait, un jour ou l’autre, les esclaves s’affranchissent de leurs maîtres, parce que au fond, ça les fait bien chier de travailler plus pour gagner rien (bon d’accord il sont nourris, logés et blanchis, mais quand même). Cette prise de conscience intervient assez tardivement, presque dans la dernière demi-heure du film, et auparavant Crichton met tout en place pour rendre son univers cohérent ce qui le rend encore plus effrayant. Il sait aussi brillamment utiliser les techniques propres au cinéma (magnifique Panavision au passage), à commencer par le ralenti comme en témoignent plusieurs séquences intenses dont celle où Peter Martin tue – pour la seconde fois – l’infâme robot cow-boy (interprété par le célèbre Yul Brynner) pour sauver son ami. Un séquence au ralenti digne de la stylisation de la violence chez Peckinpah mais aussi de la temporisation du suspense de Brian de Palma. Conscient de leur statut de jouets, de poupées destinées à assouvir tous les désirs des hommes, les robots ne réagissent plus à leur maîtres, rapidement pris de panique mais ne souhaitant surtout pas arrêter l’activité du parc pour autant. C’est qu’il y a des enjeux financiers considérables derrière, comme le dit le directeur : « Si l’on stoppe maintenant, cela donnera une mauvaise image aux futurs clients ». S’ensuit une course poursuite entre le cow-boy robot et les clients humains, dont très peu ressortent vivants (le dernier plan du film est d’ailleurs une fin ouverte, une non-fin en quelques sortes qui permet surtout d’interroger le spectateur). Crichton se permet même des plans subjectifs nous montrant à quoi ressemble la vision du robot, précurseur donc de Terminator, Predator et … de la quasi-totalité des films mettant en scène des robots en fait.  Parallèlement, le film nous donne à voir les coulisses du parc, notamment la récupérations des robots endommagés suite à des meurtres ou autres, qui sont réparés pour être remis en circulation dès le lendemain. D’où la réapparition du cow-boy robot, bad guy par excellence du film dont l’interprétation remarquable de Yul Brynner donne des sueurs froides à chaque vision. Le système de surveillance et de contrôle du parc, avec ses centaines de caméras et d’ordinateurs dans la salle du personnel, est aussi très bien présenté et nous renvoie, à nous autres petits terriens de ce début de XXIème siècle, à nos émissions de télé-réalité, sauf que dans le film cela n’est évidemment pas retransmis, étant donné qu’il est nécessaire de cacher l’inavouable.

Avec Delos, les vacances pour les riches deviennent enfin accessibles : seulement 1 000 dollars la journée.
Avec Delos, les vacances pour les riches deviennent enfin accessibles : seulement 1 000 dollars la journée.

        Si vous n’avez donc pas vu cet excellent film, alors je ne peux que vous conseillez de courir le voir, d’autant plus que J.J. Abrams vient de mettre en route une série télévisée basée sur le film, il faut dire qu’il y a matière à faire quelque chose de très bon avec un tel pitch…

Dr. Gonzo

Django Unchained, de Quentin Tarantino (2013)

        C’est devenu une habitude, chaque film de Tarantino est attendu avec une impatience fébrile, tout comme un junkie attend sa prochaine dose dans une angoisse insoutenable. Alors quand la place est dans nos mains, que l’on s’installe confortablement dans le siège bien au centre de la salle et que le logo Columbia Pictures des années 60 se fige sur l’écran, on se dit que c’est bon ce coup-ci, on va encore prendre une grosse dose de transgression cinéphilique bis dans la tronche, orchestrée par le maître de la jouissance sur grand écran.

Django Unchained

        Dans ce western spaghetti à l’américaine, Tarantino nous raconte l’histoire d’un ancien dentiste allemand reconverti en chasseur de primes, le Dr. King Schultz (Christoph Waltz), qui libère Django (Jamie Foxx), un esclave, et le forme afin de lui permettre de libérer sa femme (Kerry Washington) des mains de Calvin Candie (Leonardo DiCaprio), un riche et terrible propriétaire terrien, le tout en 1858 dans le Sud des Etats-Unis. Evidemment en faisant un western, Tarantino rend hommage à un genre qu’il adore, et qui l’a bien inspiré pour nombres de ses films (rien que Inglourious Basterds est une sorte de western durant la Seconde Guerre mondiale). Plus encore, c’est l’âge d’or du cinéma bis italien, avec ses centaines de westerns spaghettis auxquels ils convoquent le second degré, la cool attitude de ses protagonistes et son ultra-violence décomplexée (Django renvoie au film éponyme de Sergio Corbucci de 1966).

        Ce qui est nouveau dans ce Tarantino, c’est le message politique très engagé, cette dénonciation de l’esclavage vraiment bien traduite par les images et les dialogues, qui , une fois n’est pas coutume, prennent une place importante dans le film mais sont un régal d’humour ! Jammie Foxx n’a jamais été aussi imposant, dans un rôle en forme d’initiation puis de quête (de vengeance), son nom prend tout son sens lors du final (Django signifie « je m’éveille »), mais le parallèle avec le Siegfried de L’Anneau de Nibelung, conté par Christoph Waltz, est bien vu aussi. Tout cela apporte une consistance romanesque voire mythologique au récit, qui prend la forme d’une exploration brutale des fondements obscurantistes de l’Amérique contemporaine. Christoph Waltz est immensément classe, une débit de paroles impressionnant, un charisme fou et un professionnalisme dans son métier de chasseur de prime très… allemand ! Bref, un rôle en or. Leonardo DiCaprio m’a un peu moins convaincu, mais il offre tout de même une excellente prestation de propriétaire terrien bien conservateur et impitoyable. Mais c’est surtout son serviteur, joué par Samuel L. Jackson, qui impressionne, un jeu dément, touchant, qui se termine en apothéose par une mise à mort durant laquelle Django ne lui pardonne pas sa servitude aveugle face aux Blancs. Jouissif (et dans l’absolu, un rôle qui doit beaucoup à La Case de l’Oncle Sam, le roman anti-esclavagiste de Harriet Beecher Stowe datant de 1852). Vous l’aurez compris, Django Unchained est une vraie galerie de personnages géniaux, et la liste est encore longue de petits rôles qui pimentent le film (Quentin Tarantino, Franco Nero aka le Django original, Jonah Hill et la délirante scène du KKK…).

Django Unchained

        On pourra cependant reprocher quelques petites longueurs par-ci par-là, et une utilisation trop éclectique et abusive de la bande-son, mais pour autant, Django Unchained prouve que Tarantino est toujours au top, livrant une pépite subversive, violente, décalée et politique, tout en conviant ses influences habituelles (westerns spaghettis, cinéma d’action de Hong-Kong, Jean-Pierre Melville et quelques centaines d’autres ;)).

Titre original : Django Unchained
Réalisation et scénario : Quentin Tarantino
Nationalité : Etats-Unis
Chef opérateur : Robert Richardson
Avec : Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, 
Kerry Washington, Samuel L. Jakson, Walton Goggins...
Production : The Weinstein Company et Columbia Pictures
Distibuteur : Sony Pictures
Durée : 165mn
Sortie en France : 16 janvier 2013

                                    Dr. Gonzo