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Crazy Dad, de Sean Anders (2012)

        Après l’indéfendable Jack & Jill (Dennis Dugan, 2011), navet ultime de la comédie US blindé aux blagues pipi-caca et au cabotinage, on ne pouvait s’attendre qu’à un film moins crétin avec Adam Sandler. Et pourtant le bougre réalise l’impensable : faire pire !

        Crazy Dad, ou That’s My Boy chez les ricains, parle de Donnie Berger (Adam Sandler) ayant eu un enfant avec sa prof de maths lorsqu’il était adolescent, dans les années 80. La prof est condamnée à 30 ans de prison, Donnie est devenu une star médiatique pendant quelques temps, et puis au bout de 30 ans il décide de retrouver son fils (Andy Samberg) qui va se marier. Mais il fait cela dans le but de tourner une émission de télé-réalité, qui doit sacraliser les retrouvailles entre la mère en prison, Donnie et son fils; le tout pour toucher un gros chèque lui évitant la prison pour dettes impayées. Un scénario crétin  mais Adam Sandler nous a parfois montré qu’il pouvait surpasser le postulat de base (Click en est la preuve, l’acteur étant capable de passer d’une blague à base de pet à une réflexion philosophique sur le libre-arbitre de l’homme; ou encore Little Nicky). Il peut aussi bien jouer des rôles profondément humain et touchant, entres autres dans Funny People, et passer dans le registre le plus bas (Rien que pour vos cheveux), titillant les plus bas instincts du spectateurs mais ne tombant néanmoins jamais dans un surplus d’humour gras (après cela reste de ma pure appréciation, ayant conscience que l’acteur a son lot de détracteurs, en France comme ailleurs).

        Crazy Dad pouvait donc offrir quelque chose de bien, malgré son côté comédie commerciale balancée dans le rayon soldes du supermarché du coin. Mais force est de constater que Sandler livre ici une de ses plus phénoménales prestation de cabotinage en roue libre, pas aidé par son look de SDF-junkie buvant à la bouteille une bière bon marché durant tout le film. On peut se demander comment le scénariste (David Caspe, illustre inconnu) est parvenu à faire durer un film sur presque deux heures avec des dialogues scato-vagino-masturbatoires. On voit clairement que Sandler s’est ingéré dans le scénario tant celui-ci porte sa marque. L’acteur fait donc l’apologie de la masturbation – masturbation sur la photo de famille de la grand-mère, sur la robe de la mariée, kleenex collés partout dans la chambre et j’en passe – en un mot : consternant ! Si on trouve tout au moins 5 minutes réellement fandardes et ce dès le début (la séquence dans les années 80 avec la jeunesse de Donnie), on tient là un étron intergalactique de premier choix.

        Même constat au niveau des guests stars, véritablement inexistantes à l’exception du rappeur Vanilla Ice dont tout le monde s’en fout  (non ?) et de James Caan qui nous en touche une sans faire bouger l’autre. Et comme à son habitude, Sandler place quelques piques contre le système audiovisuel américain, et contre les obèses, vrais ressorts comiques de toute bonne comédie qui se respecte.

       Pour résumer je dirais que ce n’est pas pour rien que ce navet, qui devait débouler dans les salles françaises il y a quelques semaines, a été repoussé à une date inconnue. Sa vraie place, c’est plutôt le Direct-To-Video, si vous voulez mon avis !

Titre original : That's My Boy
Réalisation : Sean Anders
Nationalité : USA
Scénario : David Caspe
Chef opérateur : Brandon Trost
Musique : Rupert Gregson-Williams
Avec : Adam Sandler, Andy Samberg, Leighton Meester, James Caan...
Production : Columbia Pictures, Happy Madison
Distributeur : Sony/Columbia
Durée : 114mn
Sortie en France : Repoussée

                                                        Dr. Gonzo
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Chroniques d’une famille timbrée

        Petit détour du côté du monde impitoyable des séries TV, et plus particulièrement sur une sitcom américaine produite entre 2003 et 2006 peu connue dans nos contrées gauloises : Arrested Development. Une série maudite en quelques sortes, puisqu’elle a été en son temps encensée par la critique mais ne faisait qu’une audience limitée, d’où son arrêt programmé par la FOX dès la 3ème saison, qui ne compte que 13 épisodes, contre 22 pour la 1ère et 18 pour la seconde.

          En 2002,  Ron Howard approche le scénariste Mitchell Hurwitz (qui a déjà scénarisé quelques sitcoms depuis les années 1980) pour créer une série originale relatant les dysfonctionnements d’une famille de riches. Un an plus tard la série est lancée, sous-titrée « Les Nouveaux Pauvres », et Ron Howard en est le narrateur qui explique de façon comico-cynique les faits de la famille Bluth, une bien belle famille modèle de Californiens qui ont perdu leur rang social bourgeois à cause du père George Bluth Sr,  interprété par Jeffrey Tambor (Manning dans Hellboy), emprisonné dès l’épisode pilote pour fraude fiscale dans l’entreprise qu’il préside. Toute la famille se voit obligée de limiter les frais, qui vont du yatch au shopping en passant par les résidences secondaires.

        Mais présentons d’abord cette famille pour le moins barge :

– Il y a d’abord Michael (Jason Bateman, vu dans Juno, Paul et très récemment – ou pas – dans La Petite Maison dans la Prairie), le protagoniste central, fils de George Bluth, qui pensait hériter de la société de son père après son incarcération, en vain. C’est le seul personnage normal, équilibré, dans cet environnement de fous. Il doit donc s’occuper de sa famille, limiter les frais, essayer de sauver l’entreprise, bref il est dans une belle merde insondable.

– George Michael (!!!), le fils de Michael, âgé de 13 ans au début de la série. Il vit avec son père dans une maison témoin de l’entreprise familiale, dans un champ désert. Comme tous les jeunes de son âge, il découvre sa sexualité, sauf que la sienne est plus problématique puisqu’il aime sa cousine. En dehors de ça, il travaille au stand de bananes, une succursale culinaire de l’entreprise familiale.

– Lucille Bluth, la mère qui a trop fréquenté les salons de botox, qui passe son temps à siroter de la vodka – à 7h du matin comme à 18h -, et qui dépense sans compter. Elle hérite des affaires familiales alors qu’elle ne connait rien en gestion compta.

– Lindsay Bluth Funke, la soeur de Michael, qui elle aussi ne peut s’empêcher de dépenser des millions dans le shopping, refuse de travailler pour ne pas être assimilée à la classe moyenne, et cherche à tout prix à se faire draguer pour oublier son mari qui ne la satisfait plus.

– Tobias Funke, le mari de Lindsay, un raté accompli, ancien psychologue qui rêve de devenir comédien, a de gros problèmes de communication avec son entourage et plus particulièrement sa femme, et qui souffre d’une maladie rare : il ne peut vivre sans un short en jean, même sous la douche ou en dormant ! (Là vous vous dites, c’est quoi cette série, bordel !). Cela s’appelle la gymnophobie ou peur excessive de la nudité. Sans doute gay refoulé, son livre écrit lorsqu’il était psychologue intitulé « The Man inside Me » a connu un grand succès dans la communauté gay. Il s’est également adonné à la chanson publicitaire, pour des drogues expérimentales. Il s’attribue divers mérites, comme le fait d’être à la fois « analyst » et « therapist », autrement dit un « analrapist » !

Tobias Funke, épisode dans lequel il participe au « Blue Man Group »

– Maeby, la fille de Lindsay et Tobias, qui se démerde seule vu l’incompétence de ses parents, est amoureuse du beau-gosse de son lycée, et adopte un comportement étrange avec George Michael. Pour gagner un peu d’argent, elle fait semblant d’être handicapée pour remporter des prix et concours dont sont friands les américains bourgeois. Puis, après un quiproquo, elle est embauchée par un grand studio hollywoodien comme scénariste.

– George Oscar Bluth, le frère de Michael, éternel dragueur beauf, vantard et magicien « professionnel » à ses heures perdues, fait tout pour reprendre l’affaire familiale mais ne réussit qu’à faire couler le navire (littéralement).

– Buster, l’autre frère de Michael, vit chez sa mère à 35 ans, souffre de problèmes psychologiques majeurs dont le complexe d’Oedipe, est amoureux de la voisine qui porte le nom de sa mère et … perd une main en se faisant attaquer par un phoque affublé d’une cravate, qu’il remplacera par un crochet !

        En soit, une famille que l’on aimerait tous avoir ! L’originalité de cette série réside d’une part dans la narration en voix-off de Ron Howard, toujours excellente et cynique, et d’autres part dans les situations improbables dans lesquelles se retrouvent ces dingues. On s’identifie – et ce malgré le décalage culturel et social – à Michael Bluth et avons de la peine pour ce pauvre mec qui doit s’occuper de tout. De plus l’humour est très bien géré, loin de proposer seulement des gags hénaurmes, les créateurs font la part belle aux jeux de mots, déformations sémantiques et privates jokes cruellement poilantes. Ainsi l’on se retrouve avec des quiproquos absurdes, dont le développement peut s’étendre sur plusieurs épisodes, sans jamais lasser. Même si la série connaît une légère baisse d’intérêt dans sa deuxième saison, le principe comique moteur reste intact.

        Comme toute bonne série US qui se respecte, Arrested Development nous offre son lot de guest stars et caméos, de Ben Stiller dans la saison 2 (dont la prestation est mi-figue mi-raisin) à Charlize Theron (excellente) en passant par Carl Weathers (génial). Sans oublier un lot immense de seconds rôles improbables, comme la secrétaire nymphomane, l’avocat qui a quelques penchants pour les prostituées transexuelles, le frère jumeau de George Bluth Sr qui se croit encore à Woodstock, Saddam Hussein et ses sosies (l’un des meilleurs épisodes), l’espion anglais caricaturé à souhait , la petite amie catholique intégriste de George Michael et j’en passe et des meilleurs…

Quand Saddam et ses sosies s’invitent dans une sitcom US !

              Chaque épisode se termine par une bande-annonce « Dans le prochain épisode », mais à la différence des autres série, les extraits ne sont jamais réutilisés dans le prochain épisode, pour introduire des fausses pistes aux spectateurs. Une vraie bonne idée ! La série est une critique acerbe des riches, de l’ostentation et de l’hypocrisie du mode de vie bourgeois, mais aussi des problèmes de communication au sein de la famille, en plus de toucher à tous les sujets, si possible les plus brûlants et tabous qu’ils peuvent l’être aux USA.

       Pour les afficionados de cette sitcom, une bonne nouvelle a récemment été annoncée. Netflix, géant américain de la VOD, a racheté les droits de la série et compte distribuer une quatrième saison de 10 épisodes dès 2013. Il fallait bien ça pour une série qui a accumulée les récompenses (meilleure série comique, meilleur scénario et casting … en 2004; meilleur acteur pour Jason Bateman en 2005…). De plus Mitchell Hurwitz revient au scénario, tout comme la plupart des acteurs, et des guest stars ont d’ores et déjà été annoncées comme Terry Crews ! Reste à voir comment les créateurs vont assurer la continuité après tout ce temps, mais au vu du niveau des trois premières saisons, on peut être confiants !

Titre original : Arrested Development
Créée par : Mitchell Hurwitz
Format : 22mn
Date : 2003 - 2006 / 2013 -
Première diffusion en France : 3 janvier 2005
Musique : David Schwartz
Narration / Production : Ron Howard
Network : FOX

                                                         Dr. Gonzo