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Mad Max : Fury Road, de George Miller (2015)

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        A la toute fin d’une décennie charnière pour le cinéma (les seventies), un médecin australien signait dans son coin, l’air de rien, un film matriciel du genre post-apocalyptique, un monument instantanément culte, radicalement nihiliste mais dont la dernière image (un travelling sur une route déserte à la tombée de la nuit, avec un point lumineux au loin) nous apparait aujourd’hui comme la représentation prophétique de la carrière de son réalisateur, le plus que discret et génial George  Miller. Car dans l’ombre d’une industrie auto-destructrice qui nous sert du blockbuster formaté et consensuel, Miller avance à grand pas, construit ses films de manière personnelle et, plus important encore, universelle. On dit de l’Australie qu’elle est un pays entre deux cultures, deux conceptions du monde, Occidentale et Orientale. Mad Max répond parfaitement à cette vision, tant il évoque le cowboy comme le samouraï, tant son univers convoque autant l’idée de naissance et de déclin des nations, basée sur l’appropriation guerrière, l’organisation en clans, la notion de communauté, la frontière entre civilisation et barbarie.

         « On the road again », cette fois-ci avec Tom Hardy dans les baskets de l’ancien flic désespéré. Fury Road ne développant pas outre mesure la mythologie de la trilogie, puisque nous sommes face à une variation, ce changement d’acteur ne pose pas de problème et permet de rentrer dans le film d’une façon très directe, même pour qui ne connait pas les premiers Mad Max. La voix-off de Max nous révèle l’essentiel dès l’introduction, la survie dans ce désert apocalyptique déshumanisé étant le seul instinct qui vaille. La Citadelle, refuge de désespoir d’une poignée de survivants asservis à l’autorité d’Immortan Joe, tient lieu de départ d’une aventure frénétique dans laquelle Max aidera malgré-lui l’Impératrice Furiosa et les « épouses » d’Immortan Joe à s’extirper de l’emprise de ce dernier. On avait laissé Mad Max au bord du gouffre, dans un troisième film rigolard et kitsch où, malgré une interrogation sur le besoin d’idoles dans un monde abandonné des dieux, le héros ne savait trop quoi faire (« Quel est le plan ? » disait Mel Gibson à la crinière ensablée en pleine scène d’action). Voilà que Miller efface cette erreur de parcours en ne nous laissant pas souffler un seul instant. Embarquons à bord d’un truck monstrueux gonflé aux acides en tous genres, et réapprenons ce que le mot « divertissement » signifie.

« La guerre est le père de toute chose, et de toute chose il est le roi » - Héraclite
    « La guerre est le père de toute chose, et de toute chose il est le roi » – Héraclite

        Chez Miller, l’action, le mouvement ont fonction de base nourricière à la narration. Dès lors, son opéra de fureur et de tôles froissées lancé, chaque plan a valeur de signe annonçant le suivant, dans un art du montage implacable que seuls le talent et la patience (quelle post-production !) permettent. De l’image accélérée de certaines séquences à la synergie des travellings (frontal, latéral, en arc ou circulaire, Miller combine absolument tout), de la brièveté des scènes en caméra embarquée au mouvement de grue les plus décapants, c’est bien de l’imbrication de l’infiniment petit dans l’infiniment grand que traduit visuellement Fury Road en toute humilité, sans démonstration démagogique. Conçu comme musicalité du mouvement, propre à son auteur, le film se vit en tant qu’expérience née du rythme des images. En 2 700 plans, Fury Road démultiplie la syntaxe du cinéma depuis que ce dernier est cinéma, plonge le spectateur dans un flux d’images incontrôlables parce que toutes contrôlées à la perfection, au risque bien sûr de noyer une partie du public. Reste que dans les circonstances d’une telle production (toutes les cascades sont réelles), le film de Miller tient du démentiel : impression de vitesse folle, et pourtant les combats mano a mano sur les bolides ne perdent jamais l’axe. Mad Max : Fury Road est sans doute le film d’action le plus lisible jamais réalisé, si l’on considère les mêmes paramètres (nombre de plans, découpage des courses…).

        Lancés à pleine vitesse sur les routes d’un monde d’après dégénéré, les véhicules post-nuke remplacent les chevaux dans cette quête d’appropriation des dernières ressources. Un éternel Retour sauvage, un trip pschychotronique dans lequel l’interrogation initiale de Max n’a rien d’anecdotique (Qui est le plus fou, lui ou tout les autres ?) tant les plus basiques notions d’humanité semblent enfouies dans l’épaisseur des sables contaminés par les radiations. L’ancien flic, hanté par l’abandon et la disparition de la famille, porte ce qui subsiste d’espoir. On a connu Tom Hardy beaucoup plus convainquant, et ses étranges grognements grotesques ne le servent pas vraiment, mais ces détails sont vite oubliés. Si son implication est totale dans le récit, il s’efface pourtant derrière la vaillante Furiosa, vraie héroïne d’un film respirant la virilité masculine. Miller nous apporte en fait un film radical dans son propos et son imagerie, une symphonie de sang et d’acier féministe. Notons comme Furiosa – dont l’interprétation par Charlize Theron en fait un étendard dans le panthéon des héroïnes du cinéma d’action – occupe le premier plan dans nombre de scènes quand Max prolonge la ligne de fuite derrière, ou comment la dernière image du film exploite le potentiel symbolique du personnage féminin comme une renaissance d’une communauté humaine. Loin du sous-texte comme on peut le lire ici ou là, la dimension féministe est totale dans le film.

Furiosa présidente !
Furiosa présidente !

          George Miller revient à son univers mythique et allégorique pour donner une leçon de cinéma à ses contemporains, lui qui a tout de même 70 printemps. Et comme tout réalisateur conscient de la valeur des images sur la parole, son film sera sans aucun doute pointer pour son « scénario inconsistant ». Peut nous importe, tant que les « scénarios inconsistants » questionnent la persistance des mythes, le déclin des civilisations, la perte de repères autoritaires ou encore la place des femmes dans un patriarcat guerrier ! Nous pourrions encore écrire longtemps sur Fury Road, ses bad guys iconiques en diable, la maîtrise de sa mise en scène, la photogénie de CHAQUE plan, la bande-son démentielle, la démesure de l’action couplée à une poésie guerrière (l’entrée des véhicules dans la tornade via un lent travelling arrière !), mais au final reste l’important : soyons témoin de la renaissance d’une forme de cinéma populaire dont on a trop longtemps été privé.

Dr. Gonzo

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Gone Girl, de David Fincher (2014)

Quand Valérie Trierweiler décide de mettre à l’écran son histoire avec François Hollande, ça donne Gone Girl… Comparaison grossière me dites-vous. Je vous réponds : oui.

A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ?

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Diplomatie, de Volker Schlöndorff (2014)

Je ne sais pas vous, mais moi, en ce moment, je ne fais rien. Mes journées se déroulent dans l’inaction la plus totale, au soleil si possible. Encéphalogramme plat, pieds enfouis dans le sable, je reste vissé dans ma chaise longue comme une moule sur son rocher. Je cherche dans le regard des mouettes une explication à notre venue sur terre ; je n’y trouve que l’envie farouche de bouffer de la sardine, et ça me donne faim…

Tel un hydrocuté dans sa piscine, je ne bouge plus. Même pas envie d’aller au cinéma ni de regarder un film le soir. Je préfère rester dans mon rocking-chair sous les étoiles, un chapeau de paille sur la tête et une biographie de Sylvie Vartan entre les mains. On ne passe pas un bon été si on ne lit pas une biographie de Sylvie Vartan.

Comme il faut bien alimenter notre site, j’ai tout de même fait l’effort de zieuter un film, hier soir. Un film qui me tentait plus ou moins. Mais comme la période qu’il décrit m’intéresse, je me suis dit : « Let’s go my bonobo, on se pose et on regarde !… Et si c’est emmerdant, tu retournes t’accoupler avec les bulots. »

Bien. Passons à la critique.

La nuit du 24 au 25 août 1944. Le sort de Paris est entre les mains du Général Von Choltitz, Gouverneur du Grand Paris, qui se prépare, sur ordre d’Hitler, à faire sauter la capitale. Issu d’une longue lignée de militaires prussiens, le général n’a jamais eu d’hésitation quand il fallait obéir aux ordres. C’est tout cela qui préoccupe le consul suédois Nordling lorsqu’il gravit l’escalier secret qui le conduit à la suite du Général à l’hôtel Meurice. Les ponts sur la Seine et les principaux monuments de Paris sont minés et prêts à exploser. Utilisant toutes les armes de la diplomatie, le consul va essayer de convaincre le général de ne pas exécuter l’ordre de destruction.

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The Homesman, de Tommy Lee Jones (2014)

Une vaste étendue. Le ciel et la terre qui se cognent et se frottent sur un horizon chauffé à blanc. Entre l’horizon et soi il n’y a rien, que la plaine. Le profane trouve cela sublime, l’initié y voit une menace. C’est de toute façon une vue dont il est impossible de tirer un mot. Une vue qui peut vous rendre fou ou, en l’occurence, folle. Bienvenu dans le Nebraska du XIXe siècle et son ambiance à faire fermer la plus déterminée des agences de tourisme. Bon, je crois que j’ai suffisamment fait d’efforts aujourd’hui pour pouvoir terminer ma critique sur ces mots…

Comment ? « Il n’y a pas le quota » ? On n’est pas au ministère de l’Intérieur, ici ! Bon, il vous faut combien de lignes ?…

En 1854, trois femmes ayant perdu la raison sont confiées à Mary Bee Cuddy (Hilary Swank), une pionnière forte et indépendante originaire du Nebraska.
Sur sa route vers l’Iowa, où ces femmes pourront trouver refuge, elle croise le chemin de George Briggs (Tommy Lee Jones), un rustre vagabond qu’elle sauve d’une mort imminente.  Ils décident de s’associer afin de faire face, ensemble, à la rudesse et aux dangers qui sévissent dans les vastes étendues de la Frontière.

L'un des points forts du films, ce sont ses paysages
Le film offre des paysages magnifiques : ici des herbes hautes, le ciel, une colline et quelqu’un au milieu…

Commençons par dire que ce dernier né de Tommy Lee Jones – produit par Luc Besson notamment, qui avait déjà participé à la production de l’excellent Trois enterrements (2005) – renouvelle assez le genre du western. Voilà en effet une histoire de femmes dans un monde qui jusqu’ici nous avait habitués à la virilité des bottes à éperons, des chapeaux troués, des étoiles de shérifs, des colts fumants et des « Allez danse, coyote ! » et autres « La cavalerie arrive toujours à l’heure ! ».

Si ici la caution « virile » du film est incarnée par Tommy Lee Jones, encore que ce dernier soit surtout bougon et taciturne, la seule véritable personne « masculine » de The Homesman, si j’ose dire, c’est Mary Be Cuddy, la plus couillue de tous les hommes du village, incarnée par l’androgyne Hilary Swank – très bien. Même le pasteur, habituelle incarnation paternaliste de la communauté, paraît bien couard face à cette jeune femme volontaire, autoritaire, courageuse, pieuse, raffinée dans cet univers bourrin, mais aussi sensible, fragile et finalement malheureuse.

Ce que j’écris là sur la « femme forte comme un homme » peut paraître banal et normal aujourd’hui, voire un brin misogyne (il nous manque l’Association des Féministes Enragées à notre tableau de chasse à Cinefusion), mais au XIXe siècle, à part Calamity Jane (et c’est d’ailleurs une des raisons de sa légende), ce genre de femmes ne devait pas courir les plaines. Bon, à cette époque les femmes avaient du poil aux pattes, donc ça compensait un peu niveau masculinité… L’Association des Féministes, je vous dis ! Mais revenons à nos bisons.

Tommy Lee Jones, (légèrement) comique
Tommy Lee Jones (légèrement) comique

Suite à un tirage au sort, Mary Be Cuddy doit donc emmener seule vers l’Est les trois jeunes femmes atteintes de folie. Décision contre son gré ? Par sûr, car finalement, malgré le tirage au sort, les mâles du coin sont plutôt des dégonflés et Mary se sent bien seule dans sa ferme trop grande. Peut-être que la perspective d’une « aventure » vers l’Est enchante un peu son morne quotidien. Et puis, l’Est, elle en vient… N’aurait-elle pas envie d’y retourner, plutôt que rester sur ces terres désertes et hostiles, poil aux cils (ce qui est un pléonasme).

Toutefois, conduire un chariot seule avec trois dingues peut être assez éprouvant (et je sais de quoi je parle ^^ !) Aussi, la rencontre avec Georges Biggs, qu’elle sauve de la potence, donnera à Mary Be Cuddy un peu de compagnie. Pourtant, l’homme n’est pas très causant. Mais peu à peu, nos deux compères, Mary la vieille fille et Georges le vieil ours, têtus et autoritaires l’un comme l’autre, visiblement opposés et peu fait pour s’entendre (Mary fait le voyage par charité, Georges par appât du gain) apprennent à se découvrir, jusqu’à l’inévitable mais belle et bien amenée Révélation/Rédemption, qui succède à un hallucinant coup de théâtre.

Dans le monde hypocrite de l’Amérique puritaine du XXIe s… du XIXe siècle, où l’on se cache derrière de pieuses paroles et derrière La Morale pour se comporter égoïstement et cupidement (voir la scène avec le maître d’hôtel), où la Bible garnit la table de chevet comme les magazines celle du salon, c’est chez ces deux « exclus », le vagabond et la fille que personne ne veut épouser que l’on retrouve le plus de générosité et de bonté, que l’on trouve le plus d’humanité. Une belle bande de tapettes, en gros…

Hillary Swank est très bien
Hilary Swank est très bien

Sur sa route, l’insolite convoi croisera plusieurs obstacles, pour le coup plutôt caractéristiques de ce genre de film. Il faut dire que l’univers dans lequel évolue cette fine équipe est dur, mystérieux, brutal. Ainsi ne manquent ni les Indiens, ni les coups de feu, ni les fripouilles sorties d’un Sergio Leone, mais ces clichés restent tout à fait digestes. Et puis, entre nous, on est toujours contents de retrouver ces bons vieux Apaches (ou des Comanches, ou des Sioux, enfin bref des mecs avec des plumes, du maquillage et qui chantent… Ça s’appelle des drag queens ça, non ?).

Alors certes, la mission de Mary Be Cuddy et Georges Biggs n’a pas l’air bien compliquée à première vue (mener trois femmes vers l’Est), mais – et le film le montre bien – ces trois femmes ont perdu la raison et diriger un asile sur roues dans les vastes plaines du Nebraska, « ce grand corps blanc silencieux » (Shanna, des Anges de la téléréalité), pendant plusieurs jours, quand l’une tente de mordre tout ce qui passe à sa portée, l’autre a tendance à se perdre et la dernière hurle à donner des frissons à un tournevis, il y a de quoi devenir fou soi-même.

Cette folie brutale et crue, montrée sans détour par Tommy Lee Jones, est illustrée dans des scènes assez dures où quand la vie d’un enfant ne vaut plus rien dans l’Ouest sauvage (pour ceux qui ont vu le film, sachez que Dr Gonzo a dit « Panier ! » à ce moment-là – oui, je dénonce, mais c’est honteux n’est-ce pas ? Ceux qui ne l’ont pas encore vu y songeront le moment venu).

The Homesman

Comme dit dans l’introduction, les extraordinaires étendues herbeuses des Grandes Plaines du centre des Etats-Unis, qui s’allongent à perte de vue, permettent à Tommy Lee Jones de réaliser des plans d’une étrange beauté.

Le réalisateur joue avec les symétries et les couleurs, les sons et la lumière, oppose l’homme tout petit à la nature immense, et le résultat est d’une grande poésie. Jour et nuit sont ici sublimés, notamment avec ce plan magnifique d’un hôtel en feu dans la nuit étoilée, devant lequel s’avance la silhouette vespérale d’un vieux cow-boy. Un moment presque magique, grandiose et violent, qui illustre parfaitement la dichotomie du feu : la beauté et la destruction. Il y aussi ce plan qui m’a scotché sur fond de crépuscule flamboyant, dans un vaste paysage horizontal où les derniers rayons du soleil filtrent à travers les panneaux du chariot en mouvement. A ce stade, je crois qu’il est temps de remercier Rodrigo Prieto, le directeur de la photographie. Merci Rodrigo. Tu peux retourner te coucher.

Par sa photographie maîtrisée, ses panoramiques et ses superbes plans d’ensemble, The Homesman fait naître un sentiment contradictoire de liberté et d’oppression ; car oui, ici il n’y a rien, la nature hautaine règne en maître et seul le vent qui tient tout droit la plaine confère un peu de vie à l’ensemble. C’est beau, c’est immense ; il n’y a pas de limites apparentes – les seuls « obstacles » à cette horizontalité sont les rares villages en bois qui se construisent vite et parfois disparaissent tout aussi rapidement.

Mais en même temps, et c’est l’une des raisons de la folie de ces femmes (et hommes), tout cela est trop grand, trop vaste, comme une gigantesque prison sans murs ni toit. La solitude devient retranchement, l’éloignement devient abandon. Ainsi, un moment révélateur du film montre Mary Be Cuddy tout heureuse de trouver un arbre sur son parcours ! Sans parler de l’eau… Aujourd’hui, je ne sais pas à quoi ressemble le Nebraska ou le Wyoming voisin, mais l’endroit doit faire le malheur de la téléphonie mobile et des compagnies internet.

L’ACTEUR-REALISATEUR TOMMY LEE JONES signe un film sensible, curieux, précis, beau et haletant, qui nous raconte un épisode peu ou pas connu de la conquête de l’Ouest, à contre-courant du rêve américain, quand l’espoir enchanté devient désenchantement violent. Accompagné d’une bande-originale à sa hauteur, The Homesman est souvent émouvant, parfois dur, mais toujours réussi. Les deux heures passent vite au rythme de ce road-movie chaotique, et l’on sort de la salle avec ce hochement du menton et cette lèvre pincée qui veulent dire : « Bon boulot, Tommy », mais aussi, dans d’autres circonstances : « Je me ferais bien un petit kebab » ou « Mais qu’est-ce qu’il me raconte, ce con ? »…

Haydenncia

 

The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson (2014)

Chaque nouveau film de Wes Anderson déclenche, de plus en plus, une série de louanges et de chaudes recommandations de la part de la presse spécialisée, évidemment, mais aussi des médias. C’est que le bonhomme et son univers si particulier se « popularisent » et, si Wes Anderson n’est encore pas totalement connu du grand public, espérons que cela ne saurait tarder. De fait, ceux qui connaissent déjà l’œuvre du Texan ne seront pas surpris de retrouver dans The Grand Budapest Hotel son univers trépidant, sucré, poétique, absurde, détaillé et coloré ; les autres, ceux qui le découvriront avec ce film, seront sans doute agréablement interpelés et de toute façon n’en sortiront pas indifférents.

Le film retrace les aventures de Gustave H. (Ralph Fiennes), l’homme aux clés d’or d’un célèbre hôtel européen de l’entre-deux-guerres et du garçon d’étage Zéro Moustafa (Tony Revolori), son allié le plus fidèle.
La recherche d’un tableau volé, oeuvre inestimable datant de la Renaissance et un conflit autour d’un important héritage familial forment la trame de cette histoire au coeur de la vieille Europe en pleine mutation.

The Grand Budapest Hotel

Car, voilà une nouvelle merveille signée Wes Anderson, lui qui a obtenu pour ce nouveau film une liberté quasi totale de la part de la 20th Century Fox – c’est que la société de production prend soin du cinéaste « auteur » de la maison. Après le monde sous-marin et la Nouvelle-Angleterre, le dernier film du réalisateur américain se déroule cette fois dans un pays imaginaire, mais indubitablement situé à l’Est de l’Europe, le Zubrowska (sans doute situé entre la Syldavie et la Bordurie), au cœur d’un hôtel de renom, le Grand Budapest. Un pays « à la frontière la plus orientale de l’Europe », qui n’existe pas, donc, mais qui aurait pu exister ou en tout cas qui en rappelle d’autres, dans une époque qui en rappelle une autre, mais qui semble elle aussi ne jamais avoir existé. Vous suivez ?

De fait, même si l’histoire est constituée de flash-back, de bonds et d’emboîtements, la majeure partie de The Grand Budapest Hotel se passe à la veille de la guerre, dans les « sinistres années trente » (Hervé Vilard), au sein d’une Europe centrale ou orientale fantasmée, idéalisée, faite de loukoums, de kopecks, de csárdás et de Poutine en Crimée. En tout cas, une vieille Europe très « années folles » et autre dandysme, à l’image du réalisateur en tweed. Même le format du film est en 4/3, comme à l’époque.

Au-delà du scénario, une affaire de tableau volé qui conduit à une petite guéguerre entre M. Gustave H. et l’héritier Dmitri Desgoffe und Taxis (Adrien Brody) sur fond d’entre-deux-guerres, on retrouve dans la mise en scène ce qui constitue le style Wes Anderson, à savoir des couleurs primaires savamment harmonisées, des symétries, des perspectives, des plans dans les plans (la scène du train notamment), des miniaturisations (le premier plan sur l’hôtel est formidable), des travellings très chorégraphiés.

Mais aussi beaucoup de portes et de fenêtres qui s’ouvrent, de rideaux qui s’écartent, de chutes, le tout accompagné, comme toujours, par une bande-son étonnante et joyeuse, des sonorités baroques et orientales remplies de caisses claires, de cloches, de claviers et de cordes. Et parfois, tout cela en même temps dans des scènes franchement jouissives, foutrement burlesques, comme celle de l’évasion, véritable cartoon, ou encore celle de la course-poursuite ski-traineau.

The Grand Budapest Hotel

Côté casting, c’est cinq étoiles, comme l’hôtel. Ralph Fiennes, tout d’abord, est miraculeux en monsieur Gustave, à la fois calme et emporté, élégant puis dépenaillé, raffiné puis puant (pas longtemps), s’exprimant dans un anglais châtié et capable de sortir les pires jurons.

Drôle, charismatique, zélé, c’est un gentleman très attaché au savoir-vivre et aux bonnes manières à l’anglaise, un gigolo pour vieilles dames très parfumé, qui incarne, qui personnalise, qui est le Grand Budapest. Et surtout, SURTOUT, ne touchez pas à son lobby boy !

Entre lui et Zero, le groom qui le suit partout, c’est une belle histoire d’amitié et de confiance qui se noue, faite de conseils, de protection réciproque et de poèmes jamais terminés. A leur suite, on découvre – mais Anderson nous a habitués à ses galeries de personnages un peu bizarres – une flambée d’acteurs andersoniens, comme Bill Murray, Adrien Brody, Willem Dafoe, Harvey Keitel, Edward Norton (toujours aussi comique), Jason Schwartzman, Owen Wilson…

A leur côté, des nouveaux venus : Jeff Goldblum (qu’on est heureux de retrouver), Tilda Swinton (méconnaissable), Jude Law, la jeune Irlandaise Saoirse Ronan (prononcé Sir-sha)et deux Frenchies, Mathieu Amalric (qui avait prêté sa voix à la VF de M. Fox dans le film d’animation éponyme) et Léa Seydoux. Même quand ils sont l’objet d’une simple apparition, tous sont géniaux dans leurs rôles respectifs et jamais ils ne donnent l’impression d’être là juste pour marquer le film du sceau de leur présence et de leur nom.

Adrien Brody, parfait dans un rôle à contre-emploi
Adrien Brody, parfait dans un rôle à contre-emploi

Enfin, sous cette poudre de sucre blanc et cette couche de friandises colorées, derrière cet univers tellement ouaté, le film montre aussi, dans l’ombre, au cœur d’une Europe centrale en ébullition à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la montée et la victoire du fascisme/nazisme/totalitarisme (le mouvement Zig-Zag, dont le sigle renvoie explicitement à la SS).

Evidemment, c’est à la manière Anderson, mais, lui qui affectionne tant jouer avec les couleurs et les symétries, il trouve avec le fascisme un prétexte idéal pour monter des plans intéressants et parodiques : profusion de drapeaux au sigle viril et menaçant, uniformes aux couleurs sombres, alignements des corps, brassards, bruit de bottes et armes à feu toujours prêtes à servir, mais aussi propos xénophobes et fermeture des frontières (et des mentalités).

The Grand Budapest Hotel

Toujours aussi inventif, pétillant, drôle et triste à la fois, fantasque mais également, encore plus cette fois-ci, ancré dans une certaine réalité (sombre, qui plus est), le dernier né de l’esthète Wes Anderson est une nouvelle pépite multicolore. Une comédie d’aventure qui parle du temps qui passe, des paradis perdus et des mondes engloutis, de la nostalgie d’une époque fantasmée et de la barbarie qui tue toute poésie et, surtout, toutes bonnes manières.

Un film pop tellement « tellement », qu’il y aurait encore beaucoup de choses à dire ! Quoi qu’il en soit, certainement une œuvre à voir plusieurs fois pour en cerner toute la subtilité et la magnificence, pour en saisir tout le raffinement.

Haydenncia

Le Monde perdu, de Steven Spielberg (1997)

Le Monde perdu affiche

« Une suite ?! Comment ça une suite !!! GLPHKZRKGPL… !!! ».

Voilà grosso modo la réaction d’Hollywood lorsque Steven Spielberg, alors auréolé de deux Oscars pour La Liste de Schindler (1993), annonce qu’il désire tourner une suite à Jurassic Park (1993). Le cinéaste, qui vient d’acquérir avec La Liste – film sérieux sinon dramatique – la légitimité qui lui manquait, est pourtant dans une situation exceptionnelle où il peut tourner ce qu’il veut, comme après le succès d’E.T. en 1982. Eh bien, de la même manière qu’une bonne dizaine d’années plus tôt, il s’était attelé à un second volet des aventures d’Indiana Jones, Spielberg décide de tourner une suite. Voilà. C’est comme ça. Faut pas chercher.

Quatre ans après le terrible fiasco de son Jurassic Park, le milliardaire John Hammond (Richard Attenborough) rappelle le Dr Ian Malcolm (Jeff Goldblum) pour l’informer de son nouveau projet. Sur une île déserte, voisine du parc, vivent en liberté des centaines de dinosaures de toutes tailles et de toutes espèces. Ce sont des descendants des animaux clônes en laboratoire. D’abord réticent, Ian se décide à rejoindre le docteur quand il apprend que sa fiancée fait partie de l’expédition scientifique. Il ignore qu’une autre expédition qui n’a pas les mêmes buts est également en route.

Souvenez-vous, Jurassic Park, ce documentaire animalier sur les lézards dont vous pouvez voir la critique ici (autopromotion, publicité, chatouillis des tétons). Le Monde perdu (dont le titre est évidemment un hommage au Monde perdu de 1925 signé Harry O. Hoyt) nous apprend en fait que ces lézards naissaient sur une seconde île et qu’ils étaient ensuite rapatriés sur le site du parc d’attractions. Depuis que les humains ont quitté les lieux, les dinosaures, qui nous sont désormais familiers, vivent à l’état de nature et procréent comme des lapins. Parmi eux, Michel Drucker et Line Renaud.

Or, une bande de mercenaires/chasseurs/ostréiculteurs hautement équipés envisage d’en capturer quelques-uns pour ensuite les rapatrier sur le continent, monter une espèce d’immense cirque et se faire un max de pognon. L’argent, les affres du capitalisme, le profit sont ici dénoncés, quand, dans le premier volet, c’était plutôt la technologie non maîtrisée, le danger de jouer avec la nature et les règles – affligeantes – du poker suisse qui étaient montrés du doigt.

Les dinosaures sont donc de retour et avec eux Jeff Goldblum, qui d’ailleurs comme eux a aujourd’hui disparu de la surface de la Terre. Peut-être qu’un jour on retrouvera son squelette dans le Montana… Bref, le scientifique est désormais le personnage principal du film, aidé par Julianne Moore, nouvelle venue à la tête une équipe d’amateurs passionnés, curieux d’un phénomène incroyable, mais néanmoins soucieux de l’équilibre de la planète. Il y a aussi la fille de Goldblum, incrustée dans l’histoire un peu à l’improviste, et visiblement uniquement là pour jouer le rôle de « l’enfant dans un film de Spielberg ». D’ailleurs, encore ici, on retrouve le thème cher à Spielberg de la famille déchirée. Allez me chercher Freud qu’on règle tout ça une fois pour toutes !

Quelque part dans la forêt de Rambouillet
Quelque part dans la forêt de Rambouillet…

Pour moi, ce Monde perdu est évidemment moins surprenant que Jurassic Park premier du nom, mais aussi un peu moins bien – même si ça reste un bon film et un agréable spectacle. De toute façon, du 1 au 3 (qui n’est plus de Spielberg), la série est sur une pente descendante.

Mais si l’on compare Le Monde perdu à Jurassic Park, rien que le début est moins spectaculaire. La fillette d’une famille de nouveaux riches accostée avec leur yacht sur les abords de l’île aux dinos, se fait attaquer par une bande de compsognathus, sorte de poulets carnivores, cousins grouillants des Oiseaux de Hitchcock. La mère accourt sur les lieux et hurle de terreur. Notre sang se glace. Hop ! Façon début des Trente-neuf marches de Hitchcock, toujours lui, le cri de la mère dans la scène d’ouverture est immédiatement relayé par le bruit du métro qui passe, et l’on découvre un Jeff Goldblum désabusé dans un milieu urbain, souterrain et pourtant rassurant. Un enfant attaqué (tué) chez Spielberg ? Diantre, en voilà d’une révolution ! Hélas, quelques minutes plus tard, le réalisateur corrige sa copie et, en bon élève garant d’une certaine morale, nous révèle que la petite fille se porte bien. L’honneur familial est sauf. Dommage.

Il n’en demeure pas moins que le film comporte de savoureuses séquences, dont la plus marquante est sans doute celle du camion suspendu au-dessus du précipice. J’ai connu ça une fois, avec ma Twingo. Un fossé, pas loin de Châteauroux. Reste qu’avec ce passage, véritable clou du film, le suspense, la tension sont bien là. Quand Julianne Moore se tient sur le pare-brise qui se craquelle sous son poids au-dessus du gouffre, dans une séquence qui s’étire tout en jouant sur une série de plans courts, et qui évacue une musique omniprésente le reste du temps, on retrouve le Spielberg qu’on aime. Ici, le cinéaste fait confiance à sa seule mise en scène qui acquiert, soudain, une puissance phénoménale. Pas de doute, Spielberg sait y faire !

La scène du bivouac avec tonton T-Rex qui vient faire du camping est, également, croustillante (c’est le cas de le dire). Tout comme la séquence finale dans les rues de San Diego, jubilatoire. Ou celle dans la salle de bain avec Julianne Moore. Mais, je crois que ce n’est pas dans ce film-ci.

"Maman est très en colère !"
« Maman est très en colère ! »

Paradoxalement, le film dénonce un certain capitalisme sans scrupule (pléonasme ?) et pourtant, avec cette suite, Spielberg entend bien en donner aux spectateurs pour leur argent et donc, double le nombre de dinosaures à l’écran. C’est carrément un écosystème que nous découvrons ici, notamment lors de la séquence remarquablement mise en scène du safari.

Une autre raison explique cette surenchère. Au moment où Spielberg écrit son scénario, on annonce pour 1998 le film d’un « disciple » (raté) de Spielberg, Godzilla, de Roland Emmerich, où le monstre de Toho déambulera dans les rues de New York. Le film de Spielberg risque de faire pâle figure avec ses dinosaures qui ne menacent guère que l’équilibre écologique d’une île perdue au milieu de la mer ! Le cinéaste décide alors de modifier le scénario et ainsi se justifie la dernière partie, dans laquelle la créature dévaste la ville de San Diego, et qui tranche nettement avec le reste du récit. En même temps, Le Monde perdu aura la bonne idée de sortir avant Godzilla et le film pas terrible d’Emmerich le patriote sera un relatif échec. Bien fait pour ta gueule !

Le Monde perdu est donc partagé entre une morale anticapitaliste et une ambition de blockbuster. Mais, après tout, on ne demande pas à un tel film d’être projeté dans une arrière-salle pour cinéphiles intransigeants : c’est bien d’un film de divertissement, d’un film à grand spectacle dont on parle. Une certaine critique de l’époque croyait que Spielberg avait, avec La Liste de Schindler, dépassé ce genre d’enfantillages. Mais, Spielberg – et c’est là qu’il est bon – est un réalisateur touche-à-tout. Il fait partie de ces réalisateurs qui ont besoin de revenir régulièrement aux sources, et pour notre plus grand plaisir.

En résumé, voilà un film bien sympathique, pas du niveau du premier volet, mais qui comporte tout de même des morceaux de bravoure qui comptent parmi les plus habiles que le cinéaste américain nous ait jamais offerts. Bon, j’arrête là, car je crois que crétacé pour aujourd’hui.

Haydenncia

P.-S. Par contre, et je compte sur vous pour m’éclaircir sur ce point, je n’ai toujours pas compris comment le tyrannosaure, enfermé dans la cale du bateau, fait pour dévorer tout l’équipage. Je vais aller poser la question à Jean-Michel Apathie, lui qui sait tout sur tout. Je vous tiens au courant. Biz

Ted, de Seth MacFarlane (2012)

Ted affiche du film

Je n’ai jamais eu d’ours en peluche à Noël. D’ailleurs, je n’ai jamais eu de jouets. Un simple bout de pain et quelques vers de terre morts emballés dans du papier aluminium, tels étaient mes cadeaux. Et j’étais heureux, avec ça. Dans ma cage, quelque chose venait enfin égayer mon ordinaire. Ah ! Je n’ai pas eu une enfance facile, c’est le moins qu’on puisse dire. Quand, à dix ans, on se retrouve à pêcher dans les égouts pour survivre, ce n’est pas bon signe. Heureusement, la pêche miraculeuse un dimanche matin d’un album de Stone et Charden, sans doute jeté négligemment par son propriétaire, a changé ma vie. A son écoute, j’ai découvert le monde et les vaches de Normandie. Cela m’a permis de repartir sur de bonnes bases, et de refaire littéralement surface. Cela m’a permis de ressusciter, tout simplement. Merci Stone. Merci Charden. Merci la vie.

En 1985, le petit John Bennet (Mark Wahlberg), sans amis, fait le vœu que son ours en peluche de Noël devienne son meilleur ami pour la vie. Ce vœu se réalise : Ted prend vie et se met à parler. Vingt-sept ans plus tard, en 2012, John et Ted sont toujours inséparables, fument de la drogue ensemble et boivent des bières devant des navets (les films, pas les légumes)… Cependant, John a une petite amie, Lori (Mila Kunis), et l’omniprésence « infantilisante » de cet ours en peluche gène leur vie de couple. Déchiré entre son amour pour Lori et sa loyauté envers Ted, John lutte pour devenir enfin un homme, un vrai !

Ted

Tout d’abord, je conseille de voir le film en VO, ne serait-ce que pour s’épargner la voix (dans la version française de France) rauque et bourrue de Joey Starr – voix qui ne ressemble pas du tout à l’américaine, plus « calme » et moins bad boy (en fait la voix du réalisateur, Seth MacFarlane). Après, sans doute que les fans de NTM pourront trouver leur bonheur dans la VF. Sans doute.

Ted. Voilà un film quelque peu politiquement incorrect, ne serait-ce que par son idée de départ : un ours en peluche, symbole de l’enfance et de la « gentillesse », qui fume, boit, insulte, tient des propos antisémites et se tape des prostituées. C’est évidemment le point fort du film et ce qui lui donne son côté insolent et jouissif. Toutefois, bien que n’ayant pas les oreilles chastes, je dois avouer que Ted dérape parfois dans le vulgaire bien gras, quitte même à privilégier ce genre d’humour propre aux films de bas étage américains, ce qui est dommage. Un peu d’humour plus mordant, plus noir, voire plus absurde, aurait été le bienvenu, plutôt que des blagues régressives et scatos qui consternent plus qu’elles ne font sourire. Heureusement cependant, Ted n’est pas que ça, et contient également de savoureux moments comiques, proches du délire – notamment la rencontre entre John Bennet et son idole Sam J. Jones, l’interprète de Flash Gordon, dans la série éponyme.

D’ailleurs, Mark Wahlberg, qui incarne ici un éternel gamin ayant du mal à mûrir, prouve une fois de plus avec ce film son potentiel comique, comme il l’avait déjà fait avec Very Bad Cops (Adam McKay, 2010). Et puis, dialoguer avec un personnage invisible ne devant pas être simple (en fait un bâton avec deux points pour symboliser les yeux de Ted), le Wahlberg s’en sort très bien. Au passage, l’ours est très réussi techniquement. A moins que ce ne soit un vrai ours en peluche qui parle ? A vérifier. Quant à Mila Kunis, rien d’exceptionnel dans son jeu : elle a toujours le même visage de peste qui lui allait si bien dans Black Swan (Darren Aronofsky, 2010).

Enfin, notons que c’est Seth McFarlane, le créateur des séries animées Les Griffin ou American Dad ! qui a écrit, produit et réalisé Ted, son premier long-métrage (le réalisateur voulait d’ailleurs initialement faire de Ted une série animée). Les Griffin (1) est d’ailleurs cité dans le film, et, de fait, Ted est rempli de références cinématographiques, de E.T. l’extra-terrestre à Indiana Jones, en passant par Octopussy ou Alien, le retour. La sous-culture américaine revient également souvent ; or, celle-ci peut nous paraître lointaine à nous autres Français, et nous perdre un peu parfois. Mais, globalement ça n’est pas gênant.

Un ours qui a tout compris
Voici ma mère, ma soeur, ma cousine et ma nièce

La fin happy-end, toutefois, retombe dans les poncifs du genre un peu nian-nian-dégoulinant-larmoyant, même si elle rappelle également les « vrais » contes de fées de notre enfance. De toute façon, on est à Hollywood et le subversif, c’est sympa, mais faut pas en abuser ! Par contre, les petites séquences pendant le générique de fin sont extra, et on apprend enfin d’où vient l’improbable Taylor Lautner ^^ !

Ted est au final un film dont l’idée de départ – Toy Story côté coulisses – aurait pu apporter plus d’ironie et surtout plus d’impertinence ; un film qui aurait pu prendre plus de risques, mais qui a tendance à privilégier parfois un peu trop l’humour lourd et gras, avec, malgré tout, quelques très bonnes idées et des passages franchement drôles. En gros : j’ai bien aimé, même si je m’attendais à mieux.

Haydenncia

(1)  C’est d’ailleurs Mila Kunis qui fait la voix de Meg, la fille ainée de la famille Griffin.