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Les Banlieusards, de Joe Dante (1989)

Les banlieusards

        Joe Dante a connu une carrière en dents de scie, passant du succès retentissant de Gremlins aux échecs successifs d’Explorer, L’Aventure Intérieure, Gremlins 2, la nouvelle génération… Le réalisateur aura traversé les nombreux cercles de l’Enfer de Dante (pardon, je n’ai pas pu m’en empêcher). Au milieu de ces films boudés par le public se trouve aussi Les Banlieusards (The ‘Burbs), comédie familiale typique des années 1980 avec un jeune Tom Hanks en pleine forme.

Un banlieusard, Ray Peterson (Tom Hanks), devient peu à peu persuadé que ses nouveaux voisins étrangers, les Klopek, sont de dangereux individus. À la suite de la disparition de leur voisin Walter Seznick, Ray s’allie à Art Weingartner (Rick Ducommun) et Mark Rumsfield (Bruce Dern), deux de ses voisins, et concocte un plan d’infiltration de la propriété des Klopek lors de leur départ en voiture un après-midi.

       Ray Peterson, l’Américain sans histoire, est en vacances pendant une semaine, et décide de rester flâner dans sa maison plutôt que de partir au bord d’un lac pour passer du temps en famille. Il faut dire que sa maison est idéalement située, au milieu d’une banlieue américaine où chaque maison est copie d’une copie d’une copie.  Dans un environnement aussi aseptisé que celui-ci, Ray ne peut que subir la pression sociale écrasante. C’est pourquoi il occupe une grande partie de son temps à observer ses voisins, à les espionner depuis chez lui. Activité tout à fait ludique au demeurant. Tellement ludique d’ailleurs que l’on peut en venir à tout imaginer, même l’inimaginable. Certain compensent l’ennui pas la nourriture, ou par le vote FN (ou les deux dans le Nord), d’autres par l’espionnage du voisinage, à plus forte raison quand la voisine canon bronze dans son jardin… Pas vraiment le type de voisins de Ray, qui doit plutôt faire avec des étrangers au nom marrant, les Klopek, qui ne sont jamais sorti de chez eux depuis un mois. La suspicion augmente, et plusieurs éléments vont faire penser à Ray qu’il s’agit sans doute de tueurs en série, l’élément le plus incriminant étant le fait que le voisin du bout (une personne âgée en plus, vous imaginez bien !) a disparu et que les Klopek creusent chaque nuit dans leur jardin ! Il n’en faut pas plus pour imaginer toute une histoire, surtout quand les amis et voisins de Ray vont dans le même sens. Parmi eux, on trouve le vétéran de l’armée Mark Rumsfield ainsi que Art Weingartner, dont l’appétit n’a d’égal que son tour de taille. Deux voisins qui représentent deux facettes essentielles des USA, en soit.

TheBurbs

         Les Banlieusards est un film agréable, notamment grâce aux acteurs qui semblent très complices, et aux nombreuses pointes d’humour. Tom Hanks est excellent (rien de plus normal donc), mais on se régale aussi du jeu de Rick Ducommun, de l’excellent Bruce Dern ou encore de Corey Feldman qui en fait des tonnes. On y trouve même Carrie Fisher, la princesse Leia de Star Wars, dans un rôle … quelconque. C’est un film assez plaisant, également, car l’intérêt repose principalement dans les twists à répétitions, ou encore dans les quiproquos entre les personnages. Cependant, on peut redire de la morale, très américaine. De fait, la révélation finale est clairement destinée à promouvoir le 2ème amendement, à justifier la surveillance du voisinage et le port d’armes. Une fin très pédagogique, on se demande bien pourquoi le film n’a pas fait un carton au moins pour ça ! Quoi qu’il en soit, The ‘Burbs demeure un bon petit film familial, entre comédie et épouvante (très) soft, avec un Tom Hanks jeune, et une touche de naïveté qui en fait clairement un objet filmique des années 80.

Dr. Gonzo

Skyfall, de Sam Mendes (2012)

        Tout commence par une image qui témoigne de la trajectoire de James Bond depuis plus de 20 ans au cinéma : un couloir plongé dans une semi-obscurité, un homme dont les contours sont floutés au loin se rapproche lentement de l’axe de la caméra, perdu, comme sans repères. Il s’immobilise devant l’objectif et on distingue nettement le visage inquiet de Daniel Craig. Un plan d’introduction comme une note d’intention de la part du réalisateur ? On peut effectivement se demander si Sam Mendes remet en question les errances interminables de 007 depuis Permis de Tuer (1989). L’espion du MI6 est quoi qu’il arrive source de pognons pour ses créanciers, donc pourquoi chercher la qualité là où le strict minimum suffit, voire le nivelage par le bas (cf. Quantum of Solace). Alors pour une fois qu’on nous sert un James Bond de haute volée, sortons le martini !

La toute première séquence du film : un James Bond angoissé qui cherche son chemin dans un long couloir obscur, ou comment remettre en question la trajectoire foutraque que connait l’espion depuis près de 20 ans.

        On pouvait pourtant avoir des doutes quant au choix de Sam Mendes pour réaliser cet opus, tant l’homme est éloigné du genre action/espionnage, mais force est de constater qu’il parvient justement à insuffler tout sa maîtrise du cadrage et sa vision d’auteur. Contrairement aux précédents, le rythme est ici assez lent – sans jamais faire tomber le suspense, bien au contraire – dans la tradition du film d’espionnage old school (on avait déjà eu droit au magnifique Tinker Tailor Soldier Spy en début d’année). Mais le film ne serait pas le petit bijou visuel qu’il est sans le travail du chef-op’ Roger Deakins, fidèle collaborateur des frères Coen. Le long-métrage baigne à la fois dans une ambiance angoissante et dans une aura quasi religieuse et mystique par moments. Symbole du compromis entre ancien et moderne, entre héritage de la franchise et nouveau départ, l’opposition entre des scènes gorgées de technologie (le passage d’infiltration à Shanghai, puis celui à Macau, sont de véritables merveilles d’inventivité et de jeux de lumières claires/obscures, chaudes/froides) et un final signé comme un retour aux sources, dans la demeure familiale des landes écossaises, sans autres lumières que les premières lueurs du crépuscule et les flammes. Un très grand dernier acte donc, à l’influence assumée de Straw Dogs (1971, Sam Peckinpah).

        Et Daniel Craig dans tout ça ? Et bien l’acteur s’en tire honorablement, marque des points avec des punch lines mémorables et sa façon robotique de courir. Le scénario, minimaliste, se focalise surtout sur la relation entre OO7 et M, relation aux connotations plus que freudiennes, ainsi qu’au conflit opposant James Bond et Silva, interprété avec brio par Javier Bardem. S’enlisant quelquefois dans une certaine redondance, cette intrigue à tout de même le mérite de proposer quelque chose d’original au sein de l’univers bondien, et offre des dialogues très bien écrits. On peut voir en Skyfall le Dark Knight de James Bond, tant on peut trouver des points communs, en commençant par le héros torturé dans sa quête existentielle, le bad guy conscient de sa folie et préparant un sale coup chaotique, la confrontation psychologique plutôt que physique… Silva symbolise ainsi l’alter-ego diabolique de OO7, dans une lutte de consciences au sein d’une même « famille », sans jamais perdre de vue le rôle joué par la « mère » qui les a engendré.

        A la manière de The Dark Knight Rises, Skyfall est pour moi un grand film mais handicapé par des défauts irritants. La façon quasi-obsessionnelle de rendre hommage ou de citer les précédents opus de la franchise – par des images, des dialogues ou des objets – m’a quelque peu dérangé. Alors soit, c’est les 50 ans de James Bond et il faut marquer le coup, mais quand même « faut pas pousser le bouchon trop loin », comme le disait un gosse qui mangeait trop de yaourts Nestlé à son poisson Maurice. De même terminer un film aussi intense au niveau psychologie du héros par un retour dans le mythique bureau d’antan, comme si rien n’avait changé, c’est un peu la happy end du pauvre, le meilleur moyen d’effacer l’épreuve subie par Bond pendant tout le film. Malgré ces petits défauts qui ne font sans doute tiquer que les grincheux comme moi, courrez voir Skyfall si ce n’est déjà fait, vous prendrez une bonne claque in your face (et j’insiste car un travail visuel aussi abouti gagne à être vu sur grand écran).

OO7 dans une pose à la Batman
Titre original : Skyfall
Réalisation : Sam Mendes
Nationalité : Royaume-Uni
Scénario : Neal Purvis, Robert Wade, Peter Morgan, John Logan
Chef opérateur : Roger Deakins
Musique : Thomas Newman, Skyfall par Adele
Avec : Daniel Craig, Javier Bardem, Judi Dench, Naomie Harris, 
Bérénice Marlohe, Ralph Fiennes...
Production : EON Productions, MGM, Columbia Pictures
Distributeur : Colombia Pictures
Durée : 143mn
Sortie en France : 26 octobre 2012

                                                    Dr. Gonzo