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Les Chasses du comte Zaroff, de Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel (1932)

Affiche américaine de The Most Dangerous Game

        Attention, classique du cinéma fantastique au programme ! The Most Dangerous Game est adapté de la nouvelle de Richard Connell (1924), dont la réalisation est confiée au duo Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel, avec l’inséparable ami de Schoedsack à la production, Merian C. Cooper. Les deux hommes, qui se sont rencontré en Europe lorsqu’ils participaient à la Première Guerre mondiale, ont affronté un nombre impressionnant de problèmes de tournage lors de ce film qui deviendra mythique.

        Sur un yacht privé, quelque part en mer des Caraïbes, le capitaine se rend compte que des balises ont été déplacées. Le bateau se fracasse sur les écueils, il n’y a qu’un seul survivant, Robert Rainsford (Joel McCrea), chasseur de fauves réputé. L’île qu’il a pu gagner est habitée par le comte Zaroff (Leslie Banks), un Russe qui a fui la Révolution, avec sa fortune et quelques domestiques, et qui habite une forteresse. Le canot étant en panne, le nouvel arrivant retrouve deux survivants d’un précédent naufrage, Eve Trowbridge (Fay Wray) et son frère Martin, qui trompe l’ennui dans l’alcool. Eve lui fait de surprenantes révélations : les deux marins rescapés avec eux sont allés à la chasse avec le comte, et ne sont jamais revenus.

Le comte Zaroff, l'une des figures les plus inquiétantes du fantastique.
Le comte Zaroff, l’une des figures les plus inquiétantes du cinéma fantastique.

        Le comte Zaroff, pur personnage sadien au sens premier du terme, est magistralement interprété par Leslie Banks. Pour son premier vrai rôle au cinéma, l’acteur britannique crève littéralement l’écran, avec son personnage inquiétant de noble raffiné et pervers à la fois, habitant dans une forteresse gothique entouré de quelques domestiques cosaques peu sociables, sur une île loin d’être accueillante. Ennuyé de chasser des animaux, dont l’intérêt devient limité au bout d’un moment, le comte décide de chasser l’homme, le « gibier le plus redoutable qui soit » ( le « game » du titre original renvoie au « jeu » et au « gibier »). Pour cela, il provoque des naufrages en déplaçant les balises près de l’île, recueillant les pauvres rescapés de façon courtoise au début, pour mieux les chasser ensuite. Leslie Banks devient avec cette interprétation une valeur sûre, tournant avec les plus grands (Hitchcock, Lean, Powell et Pressburger…).

        C’est également le film de la révélation pour l’actrice Fay Wray, dont la prestation est remarquable en beauté fatale devant s’échapper de l’île aux côtés de Joel McCrea. Elle est également à l’affiche du premier King Kong (1933), réalisé par le même duo en même temps que Les Chasses du conte Zaroff, dans les mêmes studios (l’un le jour, l’autre la nuit). Le film est remarquable par la beauté macabre et le lyrisme décadent de ses décors, presque toute la grammaire visuelle du fantastique classique y est : château gothique,  cryptes éclairées à la bougie, marécages avec ses formes fantomatiques de brume, forêt labyrinthique grouillant de dangers… Même 80 ans après sa confection, ce petit bijou est un vrai plaisir à visionner, l’ambiance factice des décors de studios hollywoodiens étant vraiment élégante. Il y a un charme esthétique indémodable et une thématique universelle et intemporelle dans ce film. En fait, rien ne destinait celui-ci à entrer dans le cercle fermé des oeuvre dites classiques. A la base, ce ne devait être qu’un simple galop d’essai, un test pour les deux réalisateurs avant de passer au projet bien plus conséquent du King Kong. Ainsi un tout petit budget est alloué à ce film, ce qui a été la source de bien des problèmes lors du tournage nécessitant de lourds équipements et surtout plus de temps. L’équipe technique bénéficie cependant des largesses de David O. Selznick, alors producteur pour la RKO. Ce dernier croit beaucoup dans le projet (contrairement aux autres exécutifs du studio) et montre déjà qu’il est un homme à la sensibilité artistique exemplaire, ce que le reste de sa carrière n’a pas démentie, comme en témoigne son triomphe planétaire avec Autant en emporte le vent. D’autre part, des complications techniques ont obligé des réécritures de dernières minutes. Par exemple, les deux fugitifs devaient être traqué par un tigre, mais celui-ci s’étant échappé des studios, ce sont des loups qui accompagnent les parties de chasse du Comte.

De l'art d'immerger des proies humaines dans des décors sublimes.
De l’art d’immerger des proies humaines dans des décors sublimes.

        Les Chasses du comte Zaroff interroge la nature même de l’homme comme peu d’autres films à l’époque. Dès avant la scène du naufrage, un des marins se demande pourquoi « on qualifie de sauvage la bête qui tue pour se nourrir et de civilisé l’homme qui tue pour son plaisir ». Cette thématique de l’homme chassé par son semblable renvoie au paradoxe même de l’être humain, capable de création et de destruction, de pencher vers le bien ou vers le mal. Ainsi le film aborde des notions qui renvoient à la religion (Zaroff comme alter-ego négatif de Dieu), à la psychanalyse alors très en vogue dans les années 30 (plusieurs indices indiquent que Zaroff est sexuellement impuissant et utilise la chasse à l’homme comme substitut de l’acte sexuel), à la littérature sadienne évidemment, mais plus largement aux contes enfantins. Zaroff n’est-il pas l’Ogre qui nous terrifiait étant enfants, figure monstrueuse par excellence des peurs primaires ? L’humanisation de cet ogre, justement, est la source des terreurs provoquées par la vision du film (lors des projections-tests, plusieurs spectateurs ont quitté la salle en courant, notamment lors d’une scène ayant été supprimée depuis). Car contrairement à Dracula et Frankenstein, qui venaient de débarquer sur les écrans, Zaroff suggère que n’importe qui, y comprit son voisin que l’on trouve si doux et tendre, peut être capable des pires atrocités. La civilisation, pour Schoedsack et Cooper, n’est pas forcément le signe de la sagesse, du progrès ou de l’humanisme. Ici, la civilisation et la réussite sociale sont utilisés pour critiquer la domination sociale et l’avidité de pouvoirs d’une élite mégalomane.

        Cela est renforcé par la réalisation, très documentaire dans son approche, loin des canons esthétiques de l’expressionnisme allemand qui créé une distance par rapport à la réalité, ici tout semble se passer sous nos yeux comme une histoire vraie. Les travellings dans la jungle, renvoyant au point de vue de Zaroff, sont à ce point terrifiants, décrivant les deux fugitifs comme de simples gibiers. Si l’on ne peut reprocher que peu de choses à cette excellente mise en scène, on ne peut qu’admirer le progrès effectué sur King Kong, qui emprunte les mêmes décors pour Skull Island, mais qui bénéficie forcément de l’expérience acquise sur le tournage de Zaroff  au niveau technique.

Joel McCrea et Fay Wray
Joel McCrea et Fay Wray

        Véritable oeuvre matricielle qui a été l’objet d’un nombre incalculable de remakes – à toutes les sauces, de l’adaptation SF au film Z érotique -, Les Chasses du comte Zaroff se regarde comme une fresque mêlant aventures et épouvante gothique, nous renvoyant à des images universelles faisant parties intégrantes de l’imaginaire collectif. Un très grand film, à voir absolument, ne serait-ce que pour comprendre d’où viennent des films comme Délivrance (John Boorman, 1972), Hostel (Eli Roth, 2005), Les Proies (Gonzalo Lopez-Gallego, 2007)…

                                                                                                                                        Dr. Gonzo

Titre original : The Most Dangerous Game
* Le titre français était à l'origine La Chasse du comte Zaroff, 
mais suite à une erreur typographique, le pluriel s'est imposé.
Réalisateurs : Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel
Nationalité : Etats-Unis
Scénario : James Ashmore Creelman, d'après la nouvelle éponyme de 
Richard Connell
Chef opérateur : Henry Gerrard
Avec : Joel McCrea, Fay Wray, Leslie Banks...
Production : RKO, Radio Pictures Inc.
Durée : 63mn
Date de sortie en France : 15 novembre 1934
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Blanche neige et le chasseur, de Rupert Sanders (2012)

Il était une fois, dans un royaume lointain, mais où la Sainte Eglise Catholique et Romaine était quand même parvenue à imposer son pouvoir, une jeune enfant à la peau blanche comme la neige, aux cheveux noirs comme l’ébène et aux pieds plats comme un bureau Ikea. La plus belle fille du royaume vivait tranquillement entre son père, le roi, et sa mère, la reine. Elle s’appelait Blanche-Neige (Kristen Stewart) et écoutait à chaque fois qu’elle rangeait son bureau « Siffler en travaillant » sur son iPod.  Mais, voilà t-y pas que la mère de Blanche-Neige décéda et que le roi tomba amoureux d’une très jolie femme (Charlize Theron), qu’il épousa aussitôt. Or, celle-ci était en réalité une terrible sorcière qui tua le bon roi et s’empara du trône, aidé par son frère avec sa tête de Norvégien albinos, tout cela après avoir emprisonné Blanche-neige dans une tour. Pour préserver sa jeunesse, la reine, un peu comme sa cousine Erzébet Bathory, devait tuer des jeunes femmes et leur prendre la vie.

Quelques années plus tard, Blanche-Neige parvint à s’échapper et la reine, qui entre-temps avait appris grâce à son miroir magique que le cœur de la princesse pourrait lui assurer la jeunesse éternelle, lança à sa poursuite un chasseur (Chris Hemsworth)…

Première chose à savoir : Blanche-Neige et le chasseur emprunte plus au Seigneur des Anneaux qu’au conte des frères Grimm destiné aux enfants. Vers la fin, je m’attendais même à voir surgir Gandalf dans un combat épique contre la sorcière. Mais non… Bon, on a quand même un type qui se prend pour Legolas et des nains moins « mignons » et plus guerriers que dans le film de Disney. On a aussi un troll, parce qu’il en fallait un. Et puis, on trouve un peu de Robin des Bois dans ce film. Et de Les Frères Grimm. Et de Princesse Mononoke. Et de Les Bronzés font du ski. Enfin y a un peu de tout, quoi !

En fait, je vais faire simple. Je vais mettre ci-dessous les bons et les mauvais points du film :

 1 ) Les bons points :

– L’explication sur la méchanceté de la reine. La bonne idée est en effet de montrer de la reine autre chose qu’un personnage méchant, parce que né méchant et ayant grandi méchant. La méchanceté n’est pas génétique, elle « s’apprend ». Et l’histoire de cette reine ayant perdu ses parents de façon horrible, alors qu’elle était très jeune, permet de « comprendre » sa méchanceté. Mais bon, de là à tout excuser… Hitler était maltraité par son père et a perdu sa mère jeune, et pourtant, il ne viendrait à l’idée de personne, à part peut-être Dieudonné, de pardonner ce qu’il a fait par la suite.
– Les effets spéciaux, bien foutus, même si très présents. Mais, c’est vrai qu’ils sont plutôt réussis. Cependant, à notre époque de blasés consuméristes, quand le meilleur effet spécial ne provoque chez nous qu’un léger haussement de sourcil, il y a plus de cent ans l’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat faisait fuir des spectateurs effrayés. Mais je digresse, je digresse… Blanche-Neige et le chasseur reste malgré tout un film américain, dans le sens péjoratif du terme. N’allez pas y chercher de la poésie et du lyrisme, vous n’en trouverez pas.
– Les nains guerriers, amusants. Il leur reste par contre cette sale manie de chanter au coin du feu après avoir bu quatre pintes d’hydromel, ce que tout bon mélomane devrait faire interdire sur-le-champ !
– Blanche-Neige en Jeanne d’Arc, ce qui flatte indirectement notre patriotisme infaillible et l’histoire de notre pays, le plus grand et plus beau du monde.

Miroir, mon beau miroir, tu permettes que je te passes un petit coup de Cillit Bang sur la tronche, t’es plein de poussière !

 2 ) Les mauvais points :

– Kristen Stewart. Kristen Stewart est aux actrices américaines ce que Jérémy Menez est aux footballeurs français : si on les met à l’envers, pour la première fois de leur vie ils sourient. C’est dingue d’autant faire la gueule ! Aussi, Blanche-Neige manque de charisme et agace. Y aurait pas un nain pour lui raconter une blague ? Un nain qui vous raconte une blague, ça fait toujours rire, même si la blague n’est pas drôle.
– Charlize Theron qui cabotine et en fait des tonnes. La reine de Disney était cent fois plus sobre.
– Les musiques grandiloquentes qui surgissent à la moindre action. Blanche-Neige enlève une chaussure et c’est l’air de la Chevauchée des Walkyries qui démarre. Blanche-Neige tousse et la fanfare de Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss se lance. Fatiguant à la longue…
– Des invraisemblances du genre : Blanche-Neige est enfermée pendant dix ans dans une tour, et juste à la fin elle se penche par la fenêtre et découvre quelque chose qui pourrait lui permettre de s’échapper. Nnnhhh !!!

Au final, Blanche-Neige et le chasseur est une sorte de patchwork survitaminé, avec de bonnes idées, mais l’ensemble manque de cohérence et de charme. D’ailleurs, quand le film s’est terminé, j’ai résumé tout ce que je viens d’écrire par ce mot laconique, mais néanmoins très précis : « Mouaih… ».

Haydenncia

La mythologie passée dans un mixeur

   

Le péplum désigne un genre du cinéma, dont les films se déroulent généralement dans la Rome antique, la Grèce antique ou l’Egypte antique, et de façon plus large, avant le déclin de l’Empire romain, soit en l’an 476 après Jean-Claude. Existant depuis l’aube du cinéma, le péplum a néanmoins connu sont âge d’or dans les années 1950-1960… pour ensuite tomber un peu en désuétude.

Toutefois, depuis le très réussi Gladiator de Ridley Scott, sorti en 2000, une nouvelle folie des péplums a envahit le cinéma, et notamment le cinéma outre-Atlantique. Ces nouveaux « films à tunique » des années 2000, quel que soit leur résultat au box-office, généralement bon, ce qui témoigne de cette euphorie moderne pour un genre qu’on croyait avoir franchi l’Achéron, sont plus ou moins réussis… Il y en a des bons (Gladiator, donc, mais aussi 300 de Zack Snyder, Agora d’Alejandro Amenabar), des passables (le Troie germanisé de Wolgang Petersen, Alexandre d’Oliver Stone) ou des mauvais (La Dernière Légion (sur la gauche) de Doug Lefler, Le Roi Arthur, d’Antoine Fuqua, ou encore 10 000 de Roland Emmerich – le seul film dans lequel son réalisateur n’a pas réussi à caser un drapeau américain !). On pourrait à la limite également placer dans ce genre le mauvais La Passion du Christ de Mel Gibson, dont l’histoire, peu connue, se déroule sous Tibère. En France, c’est surtout la série des Astérix (un bon, celui de Chabat, deux pourris et un passable) et le navrant Vercingétorix et sa moustache qui pendouille, qui mettent l’antiquité et la Gaule à l’honneur. Enfin, même les séries ont eu l’honneur de revisiter cette période, avec la formidable Rome, ou la moins formidable Spartacus : le sang des gladiateurs.

Le Choc des Titans se situe donc dans cette arborescence du cinéma, puisque son histoire se passe dans l’antiquité mythologique. Il s’agit en fait d’un remake d’un film de 1981, réalisé par Desmond Davis, qui certes était très kitsch, mais au moins, tout cela baignait dans une poésie inventive.

Je raconte ci-dessous l’histoire du film, dont la fin est légèrement connue puisqu’il s’agit d’un mythe antique, même si remodelé à la sauce hollywoodienne. Donc, pour ceux qui n’ont pas vu le film : soit vous avez décidé de ne jamais le regarder et auquel cas, d’abord vous ne louperez pas grand-chose, ensuite vous pourrez tout de même lire ce « résumé » que je me suis amusé comme un petit fou à faire ; soit vous voulez voir le film, et dans ce cas, je crois que lire ce résumé ne vous gênera pas vraiment dans la compréhension de… euh… disons l’intrigue. A vous de voir !

 

Il y a très longtemps, alors que Line Renaud n’était encore qu’une adolescente, les dieux de l’Olympe, après avoir tourné dans une pub pour Ferrero Rocher, décidèrent de se retourner contre leurs créateurs, les Titans. A l’aide d’un Kraken créé par Hadès, ils parvinrent à prendre le pouvoir et choisirent de se partager le monde… Enfin, entendons-nous bien : quand on parle de monde, il faut comprendre le monde grec, à savoir une presqu’île… Pas sûr qu’en Chine ou qu’au Congo, à la même époque, l’on ait entendu parler d’Aphrodite ou d’Héphaïstos ! Eh ! Enfin, bref : Zeus devint le roi du ciel, Poséidon, celui de la mer et Hadès se fit couillonner et s’installa sur le trône des sinistres enfers. Evidemment, ce dernier n’était pas très content et, même s’il pouvait manger du Tartare à volonté (cette blague est réservée aux amateurs de fromage, de mythologie grecque et de vannes pourries), il mâchait son amertume contre ces dieux qui l’avaient dupé. Quelque temps plus tard, Zeus créa l’homme, après plusieurs croquis ratés (on aurait pu se retrouver avec les jambes sur la tête et des ailes de canard en guise d’oreilles, alors estimez-vous heureux !).

Beaucoup plus tard cette fois, Acrisios, roi d’Argos, décida d’affronter les dieux. « C’est tout pour eux ! », s’écria-t-il du fond de son palais en tapant du pied sur le carrelage marbré. Aussi, à la tête de son armée, il assiégea l’Olympe, soit une montagne de 2 917 mètres. Encore une chance que Zeus et sa clique n’avaient pas choisit l’Everest ou le K2 pour habitation ! Devant cet affront de la part des hommes, Zeus se métamorphosa en Acrisios et « visita » (je ne trouve pas d’autres mots… « fourra » ?) la belle reine Danaé. Fou de rage et de jalousie, Acrisios enferma la reine et son enfant né d’un dieu dans un coffre, qu’il jeta dans les profondeurs de l’océan, parmi les mérous et autres goémons. Il fut puni pour cela et transformé en demi-monstre par Zeus. A ce moment de l’histoire, donc, on a un demi-dieu et un demi-monstre, dans un demi-film, mais sans Demi Moore (ni Demis Roussos, qui pourtant est Grec !)… Poursuivons.

Le coffre remonta des années plus tard à la surface, près d’une embarcation de pêcheurs, qui adoptèrent l’enfant demi-dieu. La famille nomma ce bébé anadyomène Persée. Persée grandit donc au sein de cette famille bienveillante, dans un monde où hommes et dieux avaient de nouveau décidé de se taper sur la tronche (les hommes remettant une nouvelle fois en cause le pouvoir des dieux, car les hommes sont amnésiques et cons).

Hey ! Persée ! Y a ta mère au téléphone !

En gros, c’est là que commence véritablement l’histoire du film. Ayant atteint l’âge adulte et alors qu’il navigue avec sa famille de long de la ville d’Argos, Persée assiste à la destruction par les soldats de la cité achéenne d’une immense statue de Zeus. Outrage ! Blasphème ! Aussitôt, une bande de harpies surgit de l’océan et s’en prend aux hommes. Puis, le visage d’Hadès apparaît, et le dieu des enfers envoie une boule de feu sur le frêle esquif de la famille adoptive de Persée. Seul le demi-dieu en réchappe. Prudent, il avait mis ses flotteurs aux bras.

Persée est fait prisonnier par des soldats d’Argos qui l’emmène à la cour du roi Cépheus, de la reine Cassiopée et de leur fille Andromède. Une nouvelle fois, sans prévenir de sa visite, sans même sonner à la porte, Hadès surgit, annonce à Persée qu’il est le fils d’un dieu et à l’assistance que dans dix jours, il lâchera le Kraken contre Argos, à moins que la ville n’offre en sacrifice aux dieux la princesse Andromède. Sur ce, le roi, réfugié sous son trône, hurle « C’est une excellente idée ! » et il balance sa fille à la flotte. J’en rajoute, car en vérité, ne l’oublions pas, ils ont dix jours pour réfléchir à cette question.

Assoiffé de vengeance et sur les conseils d’une mystérieuse et jolie jeune femme, Io, Persée décide de se joindre à une expédition justicière dont l’objectif est de défaire Hadès, qui lui-même veut défaire Zeus et a donc décidé de se la jouer perso. Le chef de cette bande de guerriers décidés à éliminer Hadès, tous d’anciens comiques reconvertis, est Draco. L’ambiance est virile et, même si l’on n’a pas autant raccourci la jupette que dans 300, ça sent la testostérone et le Pétrole Hahn ! On sait qu’à un moment, l’un de ces soldats va avouer aimer l’odeur du napalm au petit matin… On le sait ! Toujours est-il qu’au milieu de cette bande de guerriers grecs (ça fait rire, hein !), Persée doit supporter les vannes militaires de toute sorte, du genre : « C’est quoi cette odeur ? Ton slip est percé ? », ou encore « Avec un nom pareil, c’est sûr tu vas percer ! ».

La première mission de Persée et de sa troupe est de se rendre dans le repaire des « Sorcières du Styx » – en vérité les Grées – dans l’espoir que celles-ci leur apprennent le moyen de défaire le Kraken et de cuisiner les pâtes à la carbonara. Sur le chemin, Io, qui suit la troupe, fait rencontrer Pégase, le cheval ailé, à Persée. Au début, elle lui avait proposé un taureau ailé, mais il ne savait pas pourquoi, ça lui donnait toujours envie de manger du riz. Alors, Io a opté pour un cheval. Quant à l’origine de son nom, je me passerais de blagues salaces. Peu après, la bande à Draco est attaquée par le demi-monstre Acrisios qui, blessé, fait naître avec son sang de gigantesques scorpions. On retrouve d’ailleurs au casting celui qui jouait dans Chérie, j’ai rétréci les gosses. Faut bien gagner sa vie. Les guerriers en difficultés sont secourus par des djinns, qui pacifient les grosses bêtes et choisissent de s’allier avec Persée et ses consorts dans leur lutte contre Hadès.

Ensemble, ils arrivent au repaire des Sorcières du Styx qui ont cette particularité devenue rare de nos jours de n’avoir qu’un œil pour trois. Au niveau des frais d’ophtalmologie, c’est tout bénef’ ! Sous la menace, celles-ci expliquent à Persée que seul le regard de Méduse est suffisamment puissant pour pétrifier le Kraken. Persée, qui n’a pas une très grande culture mythologique et pour qui le mot « réflexion » a autant de signification que le mot « dromadaire » pour un Inuit, enfourche aussitôt Pégase, décolle, arrive à Perros-Guirec deux heures plus tard, rempli un sac plastique de deux-trois méduses trouvées sur le rivage et revient vers ses compères, visiblement fier et heureux de sa trouvaille. Devant la moue gênée de ses camarades, il comprend bien vite qu’il ne fallait pas comprendre « regard de méduses », mais « regard de Méduse ». En colère, il tue un soldat de sa bande, comme ça, pour se passer les nerfs. C’était comme ça, à l’époque ! On savait vivre !

Méduse vit aux enfers. Forcément, niveau déco, c’est pas folichon. Valérie Damidot a bien tenté de retoucher les rideaux de la chambre de Perséphone en rose-fuchsia, mais elle s’est fait bouffer par Cerbère à l’entrée, qui n’avait pas autant mangé depuis longtemps. Donc, c’est dans cet endroit lugubre et souterrain que se rend notre troupe de gais lurons. Une fois le Styx franchit sur la barque de Charon le passeur, peu bavard au demeurant, le groupe, réduit à quelques effectifs, entre dans la tanière de Méduse, cette femme qui, autrefois belle, fut violée par Poséidon puis métamorphosée par Athéna (« T’avais qu’à pas te faire violer ! »). Ses cheveux devinrent des serpents, ses yeux se mirent à pétrifier tous ceux qui croisaient son regard. Dans ce combat avec la Gorgone, seul Persée parvient à survivre. Il tue Méduse, la décapite et fourre sa tête dans un sac Longchamp.

Chevauchant Pégase, Persée arrive à Argos juste à temps avant l’éclipse qui doit annoncer l’arrivée du Kraken. A Argos, la population qui n’a pas pensé à s’acheter des lunettes spécialisées pour regarder l’éclipse, enrage. De plus, elle craint un peu pour sa vie, et décide de sacrifier Andromède pour sauver sa peau. La belle princesse est capturée et suspendue au-dessus de l’eau : elle attend son sort. Le Kraken sort des abysses en compagnie du commandant Cousteau, qui effectuait des recherches scientifiques dans le coin. Persée surgit devant la bête, sort la tête de Méduse de son sac et pétrifie le monstre marin, mais aussi une mouette qui passait par là. Hadès intervient : Persée, aidé par son père Zeus, qui s’est depuis rendu compte de la machination de son frère, renvoie le dieu fourbe aux enfers. Enfin, Zeus offre Io comme épouse à Persée. Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants nanani nananin.

La première chose qui m’a gêné dans ce film, et c’est une chose embêtante puisque centrale, c’est la tête du héros, à savoir Persée/Sam Worthington. J’avais déjà du mal avec Sam Worthington et son charisme de plat de nouilles dans Avatar, je n’espérais pas le retrouver des milliers d’années plus tôt en toge, mais avec le même crâne rasé. Le héros grec a ici la tête d’un marine en partance pour l’Afghanistan – je ne connaissais pas cette version G.I. Joe du mythe de Persée. Pendant tout le film, on se dit avec agacement que Persée, c’est le genre de gars, tu lui racontes une blague et, le regard vide, il te demande avec sa voix à la Rambo : « J’ai pas compris. On doit tuer qui ? », pour rajouter aussitôt après : « Les dieux, c’est tous des PD ! »… Et il n’est pas le seul dans ce cas. A vrai dire, toute sa bande joue un peu dans le même registre virilo-dramatique. Je me doute bien que la mythologie, grecque en particulier, est sanglante et violente, mais autant de sérieux, diantre ! 

Le reste du casting a l’air d’être là pour toucher son gros chèque. Liam Neeson-Oscar Schindler et Ralph Fiennes-Amon Göth se retrouvent, l’un dans une armure en strass et paillettes à rendre jaloux Mr Propre, l’autre arborant un look à la divinité scandinave, avec lequel il ressemblerait plutôt à un Père Fouras très rancunier. Io est interprétée par la ravissante Gemma Arterton. Rien d’autre à ajouter. Et Draco par le charismatique (moins dans le film) Mads Mikkelsen.

Ensuite, je trouve que les effets spéciaux sont plus ou moins réussis. Ça reste du grand spectacle et certains passages ne sont pas trop mal. Le Kraken est bien fait et la dernière partie est sans doute la mieux réussie. En gros : c’est rythmé mais brouillon, c’est plein d’action en veux-tu en voilà, ça ne demande pas beaucoup de réflexion, dans la veine des films parrainés par Skyrock ; enfin, l’ensemble manque sérieusement de poésie et finalement l’on ne s’attache pas vraiment ni à la trame, ni aux personnages.

Certains pourront également être gênés par cet enchevêtrement de mythes et de mythologies, dans lequel le Kraken nordique côtoie la Méduse grecque et les Djinns de l’islam… à tel point qu’on se dit qu’on va finir par croiser le Père Noël et sa bande de lutins chasseurs de monstres, aidés par le révolutionnaire Jésus et ses apôtres psychopathes qui portent tous un collier en dents du Léviathan. Bon, je suis ici de mauvaise foi, car à vrai dire, en ce qui me concerne, ce mélange mythologique ne m’a pas incommodé et j’ai même trouvé l’idée amusante. De toute façon, les puristes de la mythologie grecque, d’abord ne regarderont jamais ce film, j’en suis certain, sous risque de mourir d’infarctus dès les premières minutes, et se contenteront de rappeler aux néophytes qu’Hadès n’était pas le grand méchant que Disney ou ce film veulent nous montrer, mais simplement le dieu des mondes souterrains et par là même, une divinité chtonienne. Il en fallait bien un ! Dans le mythe, Acrisios est le père et non le mari de Danaé. Enfin, en même temps, vu les mœurs dissolues de l’époque, père ou mari, ça revient à peu près au même. Dernière chose : dans le mythe, Persée devient roi d’Argos après avoir épousé Andromède, quand ici il retrouve Io et redevient pécheur. Entre roi et pécheur, c’est vrai que le choix est vite fait !

Le clou du spectacle !

Mais surtout ! Surtout ! C’est la présence soudaine de Mouloud Achour, journaliste sur Canal +, en tant que chasseur de monstre, qui a provoqué chez moi des crises de rires pendant une bonne partie du film. Au début, je ne savais pas que c’était lui, et donc je riais en me disant que ce type ressemblait vachement au chroniqueur du Grand Journal. Et puis, victime d’un doute de plus en plus grand, j’ai interrompu le film, je me suis renseigné et j’ai découvert la Sublime Vérité. A partir de là, chaque intervention de notre ami animateur barbarement vêtu m’a rempli d’une joie saine et d’un fou rire catalysé. Ça, c’était vraiment le clou du spectacle ! Merci Mouloud ! 

Haydenncia