Archives du mot-clé guerre

Diplomatie, de Volker Schlöndorff (2014)

Je ne sais pas vous, mais moi, en ce moment, je ne fais rien. Mes journées se déroulent dans l’inaction la plus totale, au soleil si possible. Encéphalogramme plat, pieds enfouis dans le sable, je reste vissé dans ma chaise longue comme une moule sur son rocher. Je cherche dans le regard des mouettes une explication à notre venue sur terre ; je n’y trouve que l’envie farouche de bouffer de la sardine, et ça me donne faim…

Tel un hydrocuté dans sa piscine, je ne bouge plus. Même pas envie d’aller au cinéma ni de regarder un film le soir. Je préfère rester dans mon rocking-chair sous les étoiles, un chapeau de paille sur la tête et une biographie de Sylvie Vartan entre les mains. On ne passe pas un bon été si on ne lit pas une biographie de Sylvie Vartan.

Comme il faut bien alimenter notre site, j’ai tout de même fait l’effort de zieuter un film, hier soir. Un film qui me tentait plus ou moins. Mais comme la période qu’il décrit m’intéresse, je me suis dit : « Let’s go my bonobo, on se pose et on regarde !… Et si c’est emmerdant, tu retournes t’accoupler avec les bulots. »

Bien. Passons à la critique.

La nuit du 24 au 25 août 1944. Le sort de Paris est entre les mains du Général Von Choltitz, Gouverneur du Grand Paris, qui se prépare, sur ordre d’Hitler, à faire sauter la capitale. Issu d’une longue lignée de militaires prussiens, le général n’a jamais eu d’hésitation quand il fallait obéir aux ordres. C’est tout cela qui préoccupe le consul suédois Nordling lorsqu’il gravit l’escalier secret qui le conduit à la suite du Général à l’hôtel Meurice. Les ponts sur la Seine et les principaux monuments de Paris sont minés et prêts à exploser. Utilisant toutes les armes de la diplomatie, le consul va essayer de convaincre le général de ne pas exécuter l’ordre de destruction.

Lire la suite Diplomatie, de Volker Schlöndorff (2014)

La Guerre des Mondes, de Steven Spielberg (2005)

On ne compte plus les films catastrophes américains qui s’inspirent des événements du 11 septembre 2001. Tiens, si ! On va les compter… Oh, et puis non ! De toute façon, cela n’aurait pas grand intérêt. Quoi qu’il en soit, La Guerre des Mondes prend place dans ce nouveau genre cinématographique post-11 septembre, car il relate une attaque brutale et soudaine, un acte terroriste et belliqueux dans un pays qui n’a pas connu de conflits sur son sol depuis la guerre de Sécession et l’arrivée de David Guetta.

Ray Ferrier (Tom Cruise) est un docker divorcé et un père rien moins que parfait, qui n’entretient plus que des relations épisodiques avec son fils Robbie, 17 ans (Justin Chatwin), et sa fille Rachel, 11 ans (Dakota Fanning). Quelques minutes après que son ex-femme et l’époux de cette dernière lui ont confié la garde des enfants, un puissant orage éclate. Ray assiste alors à un spectacle qui bouleversera à jamais sa vie…

La Guerre des Mondes
Tripode 1 : « Nous venons en paix ! » Tripode 2 : « Ah ! Ah ! Qu’est-ce que t’es con Roger, alors ! »

Généralement, dans ce genre de film ayant pour thème une invasion d’extraterrestres belliqueux, le point de vue choisi est alors celui d’officiers (« Paris et Londres sont rayés de la carte mon général ! » « Paris et Londres ? C’est où ça ? »), de politiciens (« Faites le maximum pour sauver le peuple des Etats-Unis d’Amérique… mais laissez Sarah Palin à découvert ») et de savants (« Cette espèce est dotée d’une intelligence cent fois plus élevée que celle de Benjamin Castaldi ! » « Oui, en gros, ils sont aussi intelligents que nous, quoi ! » « C’est exactement ça ! »).

Dans ce genre de film, les plans s’enchaînent sur des cartes d’état-major avec plein de drapeaux américains et sur des radars qui font « bip-bip-biiiiiiiiiiiiiiiip » ; sur des colonels bardés de médailles éructant des ordres incompréhensibles, qui parlent de musulmans et de bombe nucléaire ; sur le vice-président serrant dans ses bras ses enfants et son golden retriever. L’invasion est alors vue depuis le haut de la hiérarchie sociale, c’est-à-dire depuis ceux qui en savent le plus sur cette invasion en question. Le petit peuple, lui, est pris en compte quand il est cramé à coups de laser ou quand son nombre de morts est chiffré (« Le Luxembourg a perdu 80 millions d’habitants ! » « Vous êtes sûrs ? »).

L’intelligence de Spielberg a été de changer cette donne et de raconter cette fameuse « guerre des mondes » depuis le « bas », soit à hauteur d’Américain lambda, en nous montrant un homme ordinaire placé dans une situation extraordinaire. Un homme qui du jour au lendemain voit sa petite existence tranquille et banale complètement bouleversée, déjà par l’arrivée de ses enfants, lui le père indigne, ensuite par cette guerre qui commence, cette mort en marche dont il ne connaît ni les tenants, ni les aboutissants, et face à laquelle sa réaction va être simple et réaliste : la fuite.

La Guerre des Mondes

Dans le livre de H.G. Wells (1898), les envahisseurs arrivent de Mars et débarquent en Angleterre, qui au moment de l’écriture était un empire colonial au sommet de sa puissance. Ici, on ne sait pas clairement d’où ils viennent, mais l’idée de Mars semble avoir été abandonnée (pour ma part, je pencherais pour Epsilon B-X24, mais ce n’est là qu’une humble supposition). En tout cas, ils sont déjà venus, puisqu’ils ont implanté dans notre sol de monstrueuses machines n’attendant qu’à être réveillées. Ce qui prouve : 1) leur avancée technologique 2) leur absolue malveillance.

En passant, dites-vous bien cela : pour savoir laquelle des deux espèces qui se rencontrent est la plus avancée, c’est forcément celle qui arrive la première sur la planète de l’autre. Eh oui !… Le jour où dans le ciel on verra apparaître une énorme soucoupe volante, on pourra se dire : « Merde ! On est à la ramasse ! ». Et après seulement, on pourra crier et fuir en agitant les bras.

« T’as pensé à rentrer le linge, chérie ? »

L’action du film de Spielberg ne se déroule donc plus au cœur de l’Empire britannique, mais aux Etats-Unis : à chaque époque sa puissance. Ce pays qui longtemps se crut inattaquable a changé de disque depuis l’attentat du World Trade Center. A compter de ce jour, le cinéma américain illustre cette nouvelle prise de conscience et dans La Guerre des Mondes, cette invasion des United States of America par une force supérieure (ce que personne alors n’imaginait) laisse le peuple américain pantois, interdit et… terrorisé. En quelques jours, l’un des pays les plus puissants est plongé dans le chaos par des tripodes gigantesques, sortes d’énormes insectes de fer apparemment invincibles, prêts à exterminer l’espèce humaine de façon mécanique et méthodique.

On imagine alors aisément l’état du reste du monde : par exemple, Haiti avant / Haiti après… Hem… Mauvais exemple, je vous l’accorde. Et notre petite France à nous, que deviendrait-elle suite à l’action destructrice des tripodes ? Plus d’Anges de la téléréalité ! Plus de Daniela Lumbroso ! Plus de Bernard Tapie ! Plus de Jean-François Copé !… Nom d’un couscous décongelé ! Venez ! Venez les Aliens !!!!

A côté de ça, donc, à côté de ces immenses machines à tuer extraterrestres, qui plus est protégées par une sorte de bouclier, Ray Ferrier, un « simple docker », semble, avec ses deux enfants, bien démuni et désavantagé. Mais comme on le serait tous, finalement. Lui, le géniteur divorcé dont la garde de ses enfants semble plus le gêner qu’autre chose, le mauvais père un peu beauf, amateur de grosses voitures (Spielberg revient d’ailleurs avec ce film à une de ses lubies : la famille décomposée), va pourtant devoir se transformer en « super papa » pour sauver sa famille et retrouver la confiance de son fils Robbie et de sa fille Rachel. Quand la tempête s’annonce, il convient de protéger sa progéniture. L’interprétation de Tom Cruise en père absent se transformant avec le danger en père « idéal » est au passage très bonne dans ce qu’elle confère d’humanité et de sensibilité au film. De toute façon, le personnage en lui-même mis à part, je trouve que c’est un excellent acteur. Oui, monsieur le procureur ! Et mon avocat va vous en apporter les preuves… un autre jour, peut-être.

La Guerre des Mondes

L’un des points forts de La Guerre des mondes, ce sont les scènes de panique et de mouvements de masse, qui me semblent très bien retransmises. Pour avoir fait les soldes ce week-end, je peux vous assurer que ce qu’il y a d’humain chez l’homme se désintègre rapidement dès que sa survie ou une chemise à – 50 % est en jeu. Dans le film de Spielberg, cette volonté de survivre se traduit par… la fuite.

Alors que l’ennemi avance irrémédiablement, l’homme se déshumanise. Comme un gibier traqué, l’humain devenu bien faible et sans moyen de riposter tente d’échapper encore et encore à cette force exterminatrice en courant à toutes jambes, en revenant à l’essentiel. Une voiture qui est la seule à ne pas être en panne devient un objet de jalousie, puis de meurtre. Evidemment, certains hommes fanfaronnent et veulent mourir en combattant une force imbattable pour le roi et la patrie – tant mieux pour eux. La plupart, plus réalistes, veulent simplement sauver leur peau, quitte à oublier toutes les règles et les valeurs établies par des millénaires d’humanité. Plus de politique, de patriotisme, ni de « civilisation ». Se terrer et attendre. Résister, si l’on peut ; mais survivre, d’abord… Et Dieu dans tout ça ? Aux abonnés absents. Il a déjà quitté la terre depuis longtemps, ce perspicace !

La Guerre des Mondes
« J’ai comme une petite envie de grenadine, moi »

La réalisation de Spielberg le génie s’immortalise en scènes fortes qui restent dans la mémoire. C’est l’autoroute aérienne qui explose en arrière-plan et le formidable plan-séquence qui suit (avec cette caméra qui entre et sort de l’habitacle de la voiture) ; c’est la plongée sur la petite Rachel piégée sous les feux du tripode ; c’est ce train en flamme qui traverse brutalement la nuit devant l’œil indifférent d’une foule en fuite (une ville tout près vient d’être rayée de la carte et sa gare pulvérisée, mais dorénavant, chacun ne pense qu’à soi). C’est, enfin, ce paysage rouge, ces racines sanguinolentes qui s’étendent à perte de vue. La maîtrise de l’image, de la dramaturgie, sont indéniables dans ce « blockbuster intimiste ». Ajoutons à cela des mouvements vifs de caméra, puis des plans plus posés, des gros plans sur les yeux pleins de larmes de Cruise et sur le visage terrifié de la petite Rachel, et on obtient tout ce qui fait le talent de Spielberg le réalisateur.

La Guerre des mondes montre les peurs et les faiblesses de l’Homme, mais aussi sa grandeur et sa volonté implacable de survie. Alors certes, la fin est très spielbergienne : tout le monde est sauf et la famille recomposée et réconciliée est heureusement au grand complet. Et une mélodie plus mémorisable, un thème plus appuyé de John Williams auraient été les bienvenus. Il n’en demeure pas moins que La Guerre des mondes reste un très bon film à grand spectacle, riche en péripéties, avec des effets spéciaux étonnants mais pas envahissants, et d’autant plus impressionnants qu’ils sont « l’arrière-plan » de ce que subit la petite famille, ce qui les rend plus réalistes. Un film sans son armada de militaires et de présidents prêts à se sacrifier pour sauver l’Amérique, mais avec un message intelligent (le plus petit être aura la peau du plus grand) et une réalisation solide. Un film de science-fiction d’excellente facture EDF !

Haydenncia

La Ligne rouge, de Terrence Malick (1998)

Assurément l’un des meilleurs films de guerre que j’ai vus. Justement parce que ça n’est pas qu’un film de guerre – c’est bien plus que ça. Terrence Malick le philosophe oblige, La Ligne rouge est aussi un film qui interroge, qui éblouie et qui enchante. Certes, le film est long (presque 3 heures), mais pour ma part, j’ai été littéralement hypnotisé par la beauté, l’intelligence et la maîtrise du propos. Je pourrais d’ailleurs clamer, sans craindre la rougeur honteuse, que ça, c’est du cinéma ! Quand on regarde un tel film qui s’adresse directement aux sens, aux émotions et à l’intellect, on se dit que le cinéma mérite bien sa place parmi les arts majeurs, comme le synthétiseur ou la fabrique d’après-ski. Ce film est une méditation, une plongée dans l’absurdité de la guerre, avec masque et tuba.

La bataille de Guadalcanal, « Verdun du Pacifique », fut une étape clé de la guerre du Pacifique. Marquée par des affrontements d’une violence sans précédent, elle opposa durant de longs mois Japonais et Américains au cœur d’un site paradisiaque, habité par de paisibles tribus mélanésiennes. Des voix s’entrecroisent pour tenter de dire l’horreur de la guerre, les confidences, les plaintes et les prières se mêlent.

Demain, je passe la tondeuse !
Demain, je passe la tondeuse !

La Ligne rouge se déroule donc pendant la Seconde Guerre mondiale, époque Totaler Krieg. Mais finalement, le contexte a peu d’importance, le motif principal étant de dénoncer la guerre, les guerres, toutes les guerres, même la guerre des boutons (ou celle des étoiles, c’est selon). Or, parler de la guerre, c’est inévitablement parler de l’expérience de la guerre ; l’expérience de ces hommes qui ont combattu et sont morts dans ces conflits. C’est le choix de Malick : laisser la parole aux soldats et faire partager leur expérience intime de la guerre.

Quand il ne combat pas, dans les phases d’attente, le soldat se raccroche à son histoire, à son pays, à ses rêves (la femme qu’il a laissée seule, la famille qui l’attend, le métier qu’il fera après la guerre, la saison 2 de La belle et ses princes presque charmants…). Mais la guerre, mes enfants, ça n’est pas que se tourner les pouces en regardant batifoler les papillons : à un moment, il faut se battre, sortir les couteaux, montrer les dents, et hurler « Chef ! Oui, chef ! ». Dans ces moments, la pensée du soldat change. Les visions d’horreur et la participation à ces horreurs le poussent à s’interroger sur le bien et le mal, sur l’utilité de la guerre, sur la raison même de la guerre. « Pourquoi suis-je là et pourquoi je me bas ? » est la question numéro 1. La question numéro 2 est tout simplement : « Pourquoooooooiiiiiiiiiiiii ????!!!!! ».

Et plus la guerre devient brutale, plus un examen de conscience paraît nécessaire, histoire de ne pas perdre pied. Celui qui avant la guerre était un mécanicien du Minnesota et qui à présent contemple un tas de cadavres baignant dans une mare de sang doit évidemment se poser milles questions, et ces questions se rattachent inévitablement à sa culture, à son histoire : le croyant aura peut-être des doutes sur sa foi ; le rationnel invoquera Dieu ; le fataliste se suicidera et le Suisse restera neutre. Au sein de cet univers nouveau et radical qu’est le champ de bataille, où la vie en équilibre manque de vaciller à tout instant, la remise en question est évidente, car l’homme qui sent sa mort proche cherche soudain un sens à sa vie. En gros : à force de côtoyer la mort et de craindre continuellement d’être tué, évidemment que l’on aime de plus en plus sentir et écouter son cœur battre ! Evidemment que l’on regarde d’une nouvelle façon les nuages, le vent secouer les cimes des arbres, la photographie du visage de sa femme ! Evidemment qu’on doit se poser tout plein de questions ! Sur la vie, sur l’amour, sur la haine, sur la mode des sweats Waikiki ou sur cette éternelle énigme : JULIEN LEPERS.

Et puis, ça n’est pas nouveau, mais à la guerre, on doit tuer pour ne pas être tué. Le soldat qui part au combat une canne à pêche sur le dos au lieu d’un fusil comprendra vite son erreur. Sauf s’il se bat contre des sardines. Oui, c’est un principe élémentaire mais non moins véridique : guerre et morts sont liés, connectés, indissociables. Or, tuer n’est pas un acte innocent – ôter la vie, c’est quelque part se prendre pour Dieu, comme le disait Ricky Martin sur son deuxième album… ou troisième… enfin je n’en sais rien. Et se prendre pour Dieu peut vous rendre fou. Je sais de quoi je parle.

La Ligne rouge

la-ligne-rouge-2

Le film de Malick prouve donc avec brio que la guerre est avant tout humaine, avec toutes les faiblesses et les contradictions que cela implique : le courage et la peur, la sauvagerie et la compassion, le sel et le poivre. Mais, la contradiction principale montrée dans La Ligne rouge reste toutefois celle entre la violence et la beauté (qui est plus complexe que celle entre le bien et le mal). Ce sont les deux credo du film.

Ainsi, tout commence dans un univers paradisiaque, quelque part sur une île polynésienne. La mer translucide. Le soleil. Le sable blanc. D’ailleurs, profitons-en pour souligner la parfaite maîtrise de l’image, de la photo, de la lumière chez Malick – ce qui, j’en conviens, n’est pas nouveau avec ce réalisateur. On sent que chaque plan est minutieusement préparé : la poussière danse dans les rais du soleil ; le vent glisse ses doigts dans l’herbe haute ; quelques toucans pavanent sur des branches ; Mireille Mathieu dort nue sur un hamac – tout est beau, tout est poétique. A cet instant, c’est l’innocence même du monde – et de l’homme – que Malick filme. Mais ça ne dure pas : ça n’est qu’une parenthèse, qu’une illusion liminaire. La guerre appelle, la guerre réclame : ici un navire de la US Navy dont la sirène rappelle brusquement à la réalité. Le contraste est saisissant entre l’azur de la mer et le gris métallique du bateau. Le sang doit être versé. Les Japs repoussés. Il n’y a pas d’autre choix. Amen.

La Ligne rouge célèbre la vie et interroge la mort – de soi, des autres. Mais surtout, par delà les scènes de batailles – vraiment réussies –, par delà les explosions, les balles qui fusent, indispensables à ce genre de film, l’œuvre de Malick offre une belle réflexion sur l’absurdité de la guerre. Et cette réflexion ne donne pas lieu à des barbouillis philosophiques, mais appelle de vraies questions, quoiqu’un peu mystiques et vagues par moments. La religiosité latente du film fait qu’on peut parfois facilement se moquer, et je dis ça d’autant que je suis le premier à le faire. Pourtant, la plupart des interrogations sont légitimes et, en plus d’ouvrir des pistes de réflexion intéressantes, illustrent plusieurs paradoxes. Ainsi, la guerre est fraternelle (les soldats forment une confrérie) et individuelle (l’expérience de la mort est exclusive). L’homme le plus civilisé peut se transformer en monstre si le contexte lui en fournit l’occasion : Michel Drucker dans un conflit sanglant peut se transformer en bête sanguinaire et devenir une véritable machine à tuer ! Guadalcanal est une île magnifique – ça n’est pas le blizzard du front de l’Est ou la boue de Verdun – et pourtant on y tue avec la même cruauté. Enigmes de l’existence…

La Ligne rouge 2

Ligne rouge 3

La guerre est consubstantielle à l’homme : elle fait partie des cellules humaines, comme le rire, les larmes, la peur, les soldes. La guerre est plus ancienne que la civilisation : la violence est aussi essentielle à la nature humaine qu’élever notre progéniture. Depuis les temps les plus reculés, les Etats civilisés ont prospéré ou disparu selon leurs prouesses sur le champ de bataille. La survie de chaque civilisation a toujours dépendu en fin de compte de sa capacité à faire la guerre, et plus encore à gagner des batailles. Certes, le droit et la diplomatie ont quelque peu pacifié la donne. Et aujourd’hui, en France et en Europe, la guerre apparaît comme une chose infâme et repoussante, même si moins que l’Eurovision. Mais cela veut-il dire qu’elle est totalement écartée ? Quand demain les Allemands envahiront de nouveau la Lorraine, comment réagirons-nous ?

Et puis, autre question posée par le film : l’homme/animal serait-il naturellement enclin à tuer ? Est-ce que parce que tu me piques mon taille-crayon je vais te faire la peau ? Sans doute qu’oui, parce que c’est mon taille crayon. Cependant, au détour d’une scène, La Ligne rouge soutiendrait presque le contraire, comme quoi l’homme serait innocent par nature. Ainsi, dans sa séquence d’ouverture, le film reprend à son compte le mythe rousseauiste du bon sauvage, selon lequel l’homme serait naturellement bon. Les premières images nous montrent quelques Polynésiens tranquillement sur leur île. Ils sont neutres, en dehors du conflit (mais proches des zones de combat) et eux au moins semblent vivre en harmonie. La guerre entre Américains et Japonais, ils n’en ont visiblement rien à foutre ! Chants, danses, rires et surtout absence de conflits paraissent rythmer leur quotidien. Le soldat Witt, qui a déserté son bataillon et se trouve parmi ces gens, n’en revient pas : voilà l’homme dans son état initial, pense-t-il ; l’homme pacifique, bon, à l’écart des guerres et des massacres, pur de toute corruption. Voilà l’homme avant le péché originel. Pourtant, lorsqu’il revient la seconde fois dans le village, Witt se rend compte que tout cela n’était qu’une illusion : la maladie se propage et tue enfants comme adultes, la peur existe, mais surtout, les hommes du village se disputent violemment – et la dispute n’est-elle pas l’état primaire de la guerre ? Vous avez deux heures…

La Ligne rouge

Le soldat est un pion, ce n’est pas nouveau. Un pion et de la chair à canon : la mort rapide – et douloureuse – fait partie de ses possibilités. Mais, qu’il soit idéaliste ou lucide, confiant ou fataliste, le soldat réfléchit, évidemment. La Ligne rouge nous offre, par monologues intérieurs (voix off), la pensée de plusieurs de ces hommes, enrôlés loin de chez eux et se battant sur des îles qu’ils n’avaient jamais vues et qu’ils ne reverront jamais. Mourir loin de chez soi doit être une chose atroce. Ces hommes ne sont ni des héros, ni des salauds. Certains ont des visages d’enfant, d’autres ont déjà roulé leur bosse : mais tous ont les mêmes doutes, les mêmes craintes. Au fur et à mesure du film d’ailleurs, leurs voix se ressemblent et finissent par ne former qu’une : une seule voix pour plusieurs visages, ceux d’hommes perdus au milieu d’une nature édénique qui les a abandonnés à leurs querelles destructrices. Saloperie de nature ! Faudrait tout brûler !

Porté par un casting cinq étoiles au guide Michelin, même si les stars alors présentes dans le film n’avaient à la fin des années 1990 pas encore le statut qu’elles ont actuellement (Sean Penn, Adrien Brody, George Clooney, John Cusack…), le film n’a pourtant pas de personnage principal – quoique, Jim Caviezel/le soldat Witt peut faire office de “personnage fil rouge”. La BO de Hans Zimmer, très soignée, sert magnifiquement le film et contribue à créer de véritables moments de grâce. Par son accompagnement, certaines scènes acquièrent une puissance somptueuse : par exemple celle du massacre du camp japonais, grand moment de cinéma qui m’a littéralement donné des frissons, comme quand mon cousin Willy m’enfermait dans le réfrigérateur pour jouer aux « Eskimos morts de froid ».

Terrence Mallick a mis vingt ans à peaufiner ce film et autant dire que le résultat est là. A sa sortie pourtant, il entra directement en concurrence avec un autre film de guerre, moins poétique mais également très réussi, Il faut sauver le soldat Ryan (Steven Spielberg), qui rapporta beaucoup plus au box-office. La Ligne rouge est sans doute plus confidentiel, mais c’est un film à voir absolument, tant il est riche, beau et complet. Bref, si The Tree of Life du même réalisateur m’a laissé dubitatif, La Ligne rouge est par contre un véritable chef-d’œuvre.

Haydenncia

Un héros très discret, de Jacques Audiard (1996)

Dans Le vieux fusil (Robert Enrico, 1975), Philippe Noiret dégommait à lui tout seul tout un régiment de la terrible division SS Das Reich. Dans La Grande Vardouille (Gérard Oury, 1966), le Français moyen est un Résistant qui se découvre. Un héros très discret est donc un film qui n’aurait pas pu sortir dans les années 1945-1970, époque du mythe de la « France résistante » ; mythe qui, au lendemain de la guerre, cherchait à jeter un voile sur un passé pas si net, en réconciliant tous les Français. Le film d’Audiard, en montrant un type un peu fade qui s’invente un passé glorieux de Résistant et qui parvient à berner une France en quête de réhabilitation fédératrice, de héros et d’honneur, déboulonne en effet de leurs socles gaullien et communiste cette légende longtemps très vivace. Car dans la France occupée, il y avait aussi peu de vrais résistants que de vrais collabos, la plupart des gens se contentant de survivre et de rester passifs, en attendant que ça passe…

Dans l’époque trouble et confuse de l’hiver 1944-1945, à Paris, un homme qui n’a pas participé à la guerre va se faire passer pour un héros en s’inventant une vie admirable. A force de mensonge, il va construire par omissions et allusions un personnage hors du commun.

Un héros très discret, c’est l’histoire d’Albert Dehousse, un type sans envergure, ni très intelligent ni stupide, mais doté d’une grande mémoire, d’un sens de la persuasion et d’une féroce envie de devenir quelqu’un. C’est l’histoire d’un type qui du jour au lendemain, en s’inventant un passé de Résistant, en devenant soudain un « héros de la Résistance », parvient à bluffer tout le monde, devient très important et monte peu à peu les échelons, jusqu’à se brûler les ailes. Un individu peu remarquable, mais remarqué.

Un héros très discret

Enfant déjà, le jeune Dehousse rêve de guerres et de soldats, d’actes de bravoure et de médailles. Il s’imagine recevoir les félicitations d’un général et claque des talons, seul dans sa chambre. Il vit dans le nord de la France avec sa mère, très Française moyenne de l’époque (antisémite, anticommuniste, pieuse). Très vite, l’enfant apprend que son père, dont la photo en uniforme de Poilu orne la cheminée et soi-disant tué courageusement pendant la Grande Guerre, comme le prétend sa femme, est en fait mort d’une cirrhose. Ça la fout mal. A croire que la mystification et la mythification sont génétiques. Telle mère tel fils.

Seul dans sa bulle, le petit Dehousse découvre le monde autour de lui à travers le vasistas de sa chambre et les mots du dictionnaire, qu’il apprend par cœur et note sur un cahier. Il n’a aucun talent d’imagination, mais en grandissant, il recopie des passages entiers de livre, et impressionne ceux qui l’écoutent en leur faisant croire qu’il en est l’écrivain. Il commence déjà à s’inventer une vie. C’est, de fait, un très bon affabulateur. En devenant représentant de commerce, son premier et peut-être seul vrai métier, il apprend en plus à convaincre, ce qui lui servira beaucoup par la suite.

Et puis la guerre éclate. Les nazis envahissent puis occupent la France. Dehousse survole l’Occupation : elle lui passe sous les yeux sans qu’il ne s’en rende vraiment compte. Il voit bien des Résistants tuer des Allemands devant lui, mais s’il est intrigué et sans doute impressionné, il n’ira pas plus loin dans l’engagement. A la Libération, il voit bien sa mère se faire tondre, car ayant collaboré (scène assez dure), mais il ne se pose pas plus de questions que ça. Finalement, il est resté à l’écart de la guerre et a ainsi raté l’occasion de devenir ce héros qu’il aurait aimé être.  Et ça, ça l’agace…

Un héros très discret

Aussi, regrettant de ne pas avoir fait partie de cette mythique Résistance dont parle tellement le général de Gaulle et qui semble avoir rassemblé tant de Français, Dehousse va se la réapproprier à sa façon. Il va partir pour Paris où, grâce à une rencontre fortuite, celle d’un vrai héros pour le coup, il va, de fil en aiguille, s’inventer un passé glorieux que les autres, parce qu’il a du bagout et qu’il sait se montrer crédible, vont croire. En mémorisant les noms de Résistants et ceux des réseaux clandestins, en apprenant par cœur de petites anecdotes prises dans des journaux de la Résistance, Albert va trouver les outils qui le rendront plausible. Le fait est que le faux Résistant s’inspire en fait de ceux-là mêmes qui tombent dans son piège !

Faussaire méthodique, bon comédien, il observe, il enregistre et s’approprie leur vie, leurs mots, leur démarche. On le voit répéter ses textes dans sa chambre miteuse et glaciale sous les combles (réelle, celle-là), comme s’il s’agissait d’une pièce de théâtre. Il se créer ses propres dialogues, ses propres questions-réponses, qu’il ressort au moment opportun dans les soirées d’anciens Résistants, dans lesquelles il est parvenu à s’incruster. Parfois, il lui arrive d’être pris au dépourvu, mais il se rattrape, avec telle petite histoire d’explosifs dans une valise, tel détail croustillant… entendu la veille au soir.

Un héros très discret

Pourtant, à mesure qu’il côtoie de vrais et « grands Résistants », ceux des cercles, des réseaux, ceux de Londres, l’étau devient plus serré et le mensonge de plus en plus gros. Malgré cela, Dehousse, le modeste « pauv’type » sorti de sa campagne, finit lieutenant-colonel à Baden-Baden, en zone d’occupation française en Allemagne. Le voilà dans un nouveau rôle, presque trop grand pour ses frêles épaules. Son double fictif, celui qu’il aurait aimé être « pour de vrai » et qui n’existe que dans le regard – crédule – des autres, donne à présent des ordres, a des responsabilités, plaît aux femmes. Le « héros de la Résistance » a fait son chemin…

Cependant, tout à une fin. Quand, en tant que lieutenant-colonel, il donne l’ordre de fusiller des Waffen-SS Français de la Charlemagne réfugiés dans la forêt, certainement pas des héros, et même des salauds à nos yeux, mais pas des menteurs dans leur engagement, Dehousse se rend compte qu’il est allé trop loin – il a fait tuer des hommes et cette réalité, qui correspond finalement au personnage qu’il s’est inventé, le rattrape alors. Au son des coups de feu, son monde de fiction devient soudain bien concret : c’en est trop pour lui. Le film se finit sur une morale sauve, mais il ne pouvait en être autrement. La vérité, comme on dit, finit toujours par éclater. A force de s’enfoncer dans le mensonge, notre jeune héros se perd et se fragilise. Bientôt, les regards deviennent suspicieux, quelque chose ne colle plus, le jeu se termine. De fait, comme le mensonge de la France Résistante, celui de Dehousse va s’effriter avec le temps et finir par tomber…

Un héros très discret

J’ai beaucoup aimé ce film de Jacques Audiard. Le réalisateur au chapeau et lunettes ne m’a donc toujours pas déçu. Certes, le début est un peu « poussif » et a du mal à décoller. Mais, une fois l’histoire installée (une fois que Dehousse devient ce faux Résistant), le rythme s’enclenche et la mystification va crescendo, captivant le spectateur.. Tout le film, finalement, est monté sur un mensonge et le spectateur en est – presque – le seul complice. Lui seul voit les subterfuges utilisés par Dehousse ; lui seul connaît sa véritable identité. Malgré cela, et grâce au talent de réalisation d’Audiard, il a envie que le « jeu » continue, que l’imposture se poursuive pour son plus grand plaisir.

Un héros très discret

Mathieu Kassovitz est excellent et nous offre une superbe performance d’acteur. Avec ses yeux ahuris et sans cesse étonnés, son air effacé qui lui permet finalement de « passer partout », il donne de la profondeur à un personnage qui en a peu. L’acteur, ni sympathique ni antipathique – ordinaire, mais quand même assez escroc et opportuniste – parvient par son jeu presque attendrissant à ce qu’on s’attache à lui.

Jean-Louis Trintignant, qui joue Dehousse vieux, est parfait, mais ça n’est pas une surprise. Il incarne un vieil homme qui regarde avec tristesse, mais aussi cynisme, son passé. Un vieil homme qui tente de s’excuser d’avoir menti, mais son mensonge, dit-il finalement, est aussi celui d’une époque où la confusion était alors généralisée, où tout était alors possible, où les collabos devenaient soudain des Résistants de la dernière heure.

Avec son deuxième film, Audiard prouve qu’il est vraiment l’un des meilleurs réalisateurs français actuels. La mise en scène et la réalisation, comme toujours chez Audiard, sont très réussies et pleines d’inventivité. Les musiques, discrètes, sont efficaces. Et j’ai aimé l’idée de faire défiler face caméra, comme dans un documentaire, de vrais historiens et de vrais Résistants, qui donnent des témoignages contradictoires sur Dehousse, personnage fictif, lui. Très astucieux ! Le travail d’Audiard est soigné, stylisé, intelligent et, malgré un démarrage un peu long, bien rythmé et plutôt humoristique, dans la lignée d’un Arrête-moi si tu peux, de Spielberg (2002). Enfin, les dialogues sont savoureux et certains passages, comme celui avec Clotilde Mollet et Mathieu Kassovitz, font penser à du Audiard père. Un héros très discret est une satire sur la France et ses propres illusions d’après-guerre, que je conseille vivement à ceux ou celles qui ne l’auraient pas encore vu. Oui, monsieur !

Haydenncia

Au revoir les enfants, de Louis Malle (1987)

Aujourd’hui, un cours sur la perception. Sortez vos cahiers, vos stylos, vos kalachnikovs et prêtez-moi l’oreille attentivement. Le premier qui parle à son voisin aura un avertissement. Le second qui parle à son voisin sera pendu au gibet de Montfaucon… Est-ce-que-c’est-clair-ou-bien-je-le-redis-une-nouvelle-fois ?… Bon !… On a tendance à dire (« on » = la masse anonyme, l’individu neutre, le Français moyen, voire le Biélorusse moyen) que la perception évolue généralement avec l’âge ; or, ce n’est pas tout le temps vrai. Incontestablement, certains films qu’on a regardés enfant et qui étaient pour nous de véritables chefs-d’œuvre, nous sont apparus, après coup, pas si terribles que ça. Mais, avec notre regard de petit garçon / petite fille, ils valaient bien un Scorsese, un Kubrick ou un Welles, qui, en passant, n’étaient alors que de sinistres inconnus dont les grands parlaient avec émerveillement, avant de sortir fumer leur cigarette, puis de danser sur une musique de Jean-Jacques Goldman. Tout l’or du monde n’aurait pas suffi à nous racheter telle ou telle VHS, et on aurait pu tuer pour elle.

Cependant, une dizaine d’années plus tard, en tombant par hasard à la télé, lors des fêtes de Noël par exemple, sur l’un de ces films qui avaient marqué notre jeunesse, ou en remettant, par amusement, dans le vieux magnétoscope une antique cassette, avant de s’en séparer à jamais, et alors que la pochette rallumait un tas de bons souvenirs, quelle ne fut pas, bien souvent, notre déception. Oui, perception et déception vont bien souvent de pair ! Je ne sais pas si ce que je viens de vous dire est juste et fondé, mais en tout cas, ça sonne bien !… Pour ma part, j’ai regardé je ne sais combien de fois Beethoven 2 ou Jumanji, avec mon frangin. Or, en retombant sur le premier lors des fêtes de Noël de l’an dernier, je me suis rendu compte qu’en fait, c’était bien pourri ! J’ai pleuré, pleuré des nuits entières, en repensant à ce brave saint-bernard qui m’avait tant fait rêver, mais qui, finalement, n’était qu’un imposteur… Heureusement, grâce à Dieu, il y a d’autres films que j’ai regardés gosse et qu’aujourd’hui encore, je cautionne, comme Chérie, j’ai rétréci les gosses ou même Maman, j’ai raté l’avion, premier du nom, ces derniers restant pour moi de bons films pour enfants. Tout ça pour vous dire que j’ai découvert Au revoir les enfants étant môme, qu’il m’avait beaucoup marqué et que, l’ayant revu récemment, je le trouve encore meilleur que ce que je pensais. D’où mon besoin de faire une critique de ce film, qui suit juste après le point final qui arrive là maintenant attention c’est maintenant c’est là c’est tout de suite.

Au revoir les enfants

Au revoir les enfants est un film de Louis Malle, sorti en 1987. L’histoire se passe durant l’hiver 1943, en pleine France occupée. Le jeune Julien Quentin, 12 ans, benjamin d’une famille de la bourgeoisie parisienne, est pensionnaire au collège Saint Jean de la Croix, tenu par des religieux, et entame son second semestre à reculons. Un jour, le père Jean annonce l’arrivée de trois nouveaux élèves, dont l’un, le jeune Jean Bonnet, est le voisin de dortoir de Julien. Au début, les relations entre les deux garçons sont difficiles, tant l’un est grande-gueule et un brin rebelle, l’autre, plutôt réservé, fier et mystérieux. D’ailleurs, Jean Bonnet passe rapidement pour le souffre-douleur de sa classe. Cependant, peu à peu, une véritable et profonde amitié se noue entre les deux élèves, et Julien finit par découvrir le secret de son camarade et ami : il s’avère que le véritable nom de Jean Bonnet est Kippelstein, et qu’il est juif. Sur ce, Julien s’empresse de le dénoncer à la Gestapo et s’engage au 93, rue Lauriston… Aïe ! Ça n’est pas la bonne fin… En vérité, un matin, alors que les élèves sont en classe, la Gestapo débarque au collège suite à une dénonciation dont on devine l’auteur. La police secrète allemande fait se rassembler les élèves et les professeurs dans la cour, et demande à ceux qu’elle nomme de s’avancer. Les enfants juifs qui se cachaient dans l’établissement sont appelés, ainsi que le père Jean, résistant. Ils sont emmenés par les nazis. En passant le portail du collège, Jean jette un dernier regard à Quentin. Ils ne se reverront plus jamais…

Ce beau film de Louis Malle, quasiment autobiographique, m’a beaucoup ému. Les acteurs, jeunes et moins jeunes, jouent juste et cette amitié progressive qui s’installe entre deux individus apparemment différents est très bien mise en scène. Louis Malle avait déjà traité de cette période avec Lacombe Lucien, bon film là encore, dans lequel un jeune paysan naïf et un peu bêta, s’engage auprès de la police allemande. Le film avait d’ailleurs fait polémique. Cette fois cependant, Louis Malle choisit de raconter un épisode de sa vie qui l’a, on le comprend, traumatisé, lui qui a, comme le petit Julien du film, vécu cette déportation devant ces yeux quand il était enfant.

Au revoir les enfantsLe film contient des scènes assez dures, mais qui ne versent pas dans le manichéisme, comme ce passage où la Milice française vient arrêter un pauvre vieillard dans un restaurant. D’autres scènes, en revanche, sont belles de par le bonheur (précaire) qu’elles montrent : c’est par exemple ce moment où élèves et professeurs regardent ensemble un film de Chaplin, instant qui ferait presque oublier la guerre. Evidemment, la dernière scène est bouleversante et révoltante.

Au revoir les enfants aborde des thèmes comme l’adolescence et le passage à l’âge adulte, la maturité, la perte d’un être cher, sans jamais plongé dans le pathos, mais tout en étant terriblement émouvant. Si les larmes vous montent aux yeux, c’est naturel et non provoqué. La photo est bonne, les cadrages sont simples et purs, la lumière est comme il faut et l’ambiance des années 1940 me paraît bien reconstituée, avec ces gamins en culotte courte, ces sirènes qui se mettent à hurler poussant chacun à se mettre aux abris, et ses murs pavoisés d’affiches pour la LVF. Mais avant tout, c’est l’histoire et l’Histoire, qui valent qu’on regarde ce film magnifique. Bref, un film dont on sort secoué, qui reçu plusieurs César dont celui du meilleur film, le Lion d’or de la Mostra de Venise, et fut même nommé aux Oscars dans la catégorie Meilleur Film Etranger.

 Haydenncia