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Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées, de Peter Jackson (2014)

Bilbo

        Toutes les bonnes histoires ont une fin, au plutôt un début. La Bataille des Cinq Armées clôture magistralement la trilogie du Hobbit en même temps qu’il ouvre l’une des plus grandes sagas cinématographiques, débutée il y a de ça 13 ans : Le Seigneur des Anneaux.

        Passé un premier acte mémorable offrant l’aboutissement de l’arc narratif de La Désolation de Smaug, notre cohorte de nains menée par Thorin et accompagnée de Bilbon revendique la Montagne Solitaire comme héritage légitime. Thorin devenant de plus en plus mégalomane et obsédé par l’Arkenstone, Bilbo décide d’offrir la gemme aux armées ennemies. La bataille des Cinq Armées qui s’annonce est, comme on pouvait s’y attendre de la part de Peter Jackson, épique, démesurée, et sublimée par une mise-en-scène toujours inventive – c’est à se demander où le réalisateur trouve les moyens de se réinventer au bout du 6ème film en Terre du Milieu. Les modifications apportées à l’histoire originale permettent d’étoffer un récit compact – 2h24 de film, le plus court de la trilogie mais pourtant énormément riche en événements. Cela permet aussi d’envisager les événements qui se déroulent dans le Seigneur des Anneaux, afin de faire le lien – ce qui est fait explicitement dans la dernière séquence, ô combien nostalgique !

The Hobbit

        Peter Jackson ne fait pas dans le détail, il nous livre la conclusion au Hobbit que l’on attendait (en tout cas, moi) : guerrière, suintante de moment de bravoure et d’épées qui butent sur les boucliers, de flèches transperçant les ennemis. On est donc bien loin de l’ambiance plus enfantine et slapstick du premier film. Tout cela bien sûr sans oublier l’essentiel et qui faisait déjà du Seigneur des Anneaux une saga d’heroic fantasy au delà du pur divertissement : l’universalité de son récit et sa portée émotionnelle. Vivement donc l’année prochaine et la version longue.

Dr. Gonzo

Le Hobbit : la Désolation de Smaug, de Peter Jackson (2013)

Le Hobbit

        Deuxième volet de la trilogie du Hobbit, la Désolation de Smaug nous immerge à nouveau dans l’aventure de Bilbon et de la compagnie des Nains emmenée par Thorin Écu-de-Chêne pour récupérer le royaume de la Montagne Solitaire. Une aventure à la fois épique et intime, dans l’esprit du roman de J.R.R. Tolkien, et que Peter Jackson et ses co-scénaristes sont parvenus à respecter dans le premier film, juxtaposant les enjeux pourtant distants dans leur échelle. Plus que jamais, la rupture opérée dans ce deuxième opus, en ce qui concerne les libertés par rapport à l’oeuvre de Tolkien, devrait offusquer les puristes. Sans aucun doute, il s’agit du film le plus complexe à gérer, dans sa narration, au sein de la trilogie. Episode de transition oblige, la progression dans la quête des Nains est assez peu notable, la stratégie étant de faire le lien avec Le Seigneur des Anneaux – via des séquences récurrentes  à Dol Guldur et à l’enquête préalable de Gandalf. Un lien auquel on s’attendait, et qui permet d’assurer une cohérence à l’oeuvre totale que représente(ra) les deux trilogies. Si la modélisation magnifique de Dol Guldur ou l’apparition de Sauron servent de justification à ces séquences, c’est aussi l’opportunité de nous dévoiler les prémisses de la future bataille qui se jouera en Terre du Milieu, avec les apparitions furtives des Wargs ou encore l’introduction de Bolg, nouvelle recrue chez les Orcs, qui rivalise d’agressivité avec Azog.

Le Hobbit

        De leur côté, les Nains et Bilbon auront bien des péripéties à surmonter, de l’attaque des Araignées dans la forêt de Mirkwood à leur rencontre avec les Elfes (nostalgique retour de Legolas) en passant par une folle échappée en tonneaux dans les rapides, Orcs et Elfes au train. Une aventure rythmée, plus sombre et pourtant toujours sous le signe du slapstick comme l’était le premier film (voir la séquence de Bombur dans le tonneau, ou comment faire du Buster Keaton dans l’univers de Tolkien), qui s’achève en apothéose dans Erebor avec la fameuse séquence du dragon. Et en matière de dragon furieux et imposant, Smaug se pose ici, même si l’on peut regretter une trop longue discussion entre Bilbon et lui, ce qui n’est pas pour servir entièrement le deuxième. Un character design monstrueusement beau pour Smaug, mais également pour tout le reste. De Lac-Ville dont la personnalité architecturale en fait un personnage à part entière, aux recoins labyrinthiques et anxiogènes de Mirkwood en passant par la magnificence désolée d’Erebor, le film de Peter Jackson transpire l’amour de la Fantasy en reproduisant ses lieux les plus iconiques. La grande nouveauté, c’est le ton chromatique plus sombre et froid qui traduit l’imminente arrivée des forces du mal, bien loin de l’atmosphère chaleureuse du premier film. Inutile de dire que le tout emballé dans une HFR, c’est une claque (même si en France, pour l’heure, il est difficile d’apprécier le film tel qu’il a été pensé).

        L’inquiétude quant à l’ajout de Tauriel (Evangeline Lilly) est vite dissipée tant son personnage est loin d’être une simple plus-value, mais permet d’ajouter une idylle avec Kili, ou comment anticiper les relations entre ethnies tels que l’a conçu Tolkien après Bilbo le Hobbit. Car si l’écrivain s’insurgeait contre toute lecture socio-politique de son oeuvre, force est de constater que son contexte de rédaction a joué un rôle déterminant dans la mythologie qu’il a développée. La puissance évocatrice de l’aventure de Bilbon, au-delà de la tradition du Bildungsroman, c’est justement l’universalité des enjeux et la résonance historique de son récit. L’articulation entre l’aliénation progressive de Bilbon vis-à-vis de l’Anneau, le rassemblement des forces du Nécromancien ayant pris corps et la conquête d’Erobor étant bien réglée, on ne peut que se réjouir des libertés prises par Peter Jackson, même si quelques redondances parsèment l’histoire (notamment les réexplications poussives de la nature de l’Arkenstone à Bilbon, alors que cela est posé dès le début de l’aventure).

Votre petit chien ne fait peur aux voleurs, adoptez un Béorn. Effet garanti !
Votre petit chien ne fait pas peur aux voleurs, adoptez un Beorn. Effet garanti !

        Ces deux facettes d’une même aventure se nourrissent d’elles-même et permettront, à n’en pas douter, de conclure magistralement la trilogie avec ce qui s’annonce comme l’une des batailles les plus épiques du cinéma. Quant à la conclusion de ce deuxième volet, il s’agit de l’un des cliffhangers les plus frustrants et excitants, au moins pour ceux n’ayant pas lu le livre). Le choix de Jackson, Boyens et Cie, de découper la trilogie selon l’état émotionnel des personnages plus que sur un repère topographique, est on ne peut plus payant. Les plus sensibles n’apprécieront peut-être pas ces choix là, quant aux autres, il ne peuvent que se laisser porter par la densité émotionnelle et le souffle évocateur que le cinéma d’aventure de Peter  Jackson est à même de nous offrir.

Dr. Gonzo

Le Hobbit : Un Voyage Inattendu, de Peter Jackson (2012)

La critique du Dr. Gonzo 

        12 décembre 2012 : sortie de Le Hobbit : Un Voyage Inattendu, premier film de la trilogie de Peter Jackson consacrée à Bilbo le Hobbit de J.R.R. Tolkien. L’attente a été longue depuis l’annonce du projet, passant d’abord dans les mains de Guillermo Del Toro pour revenir à Peter Jackson, mais en sortant de la séance, on ne peux que se dire que l’attente en valait la peine !

Le Hobbit : Un Voyage Inattendu

         Je ne vais pas y aller par quatre chemins, Le Hobbit : Un Voyage Inattendu est un film d’heroic-fantasy épique, merveilleux et visuellement à éjecter les yeux de leurs orbites. Par rapport à ce que je me souvient de la lecture du livre, c’est très proche de l’idée que je m’en était faite, excepté certains passages mais chacun a son interprétation d’une lecture. Peter Jackson maîtrise en tout cas parfaitement l’univers de Tolkien, et on peut lui pardonner les ajustements, ajouts et autres par rapport au matériau d’origine qui d’ailleurs sont assez bien venus. Car il faut dire qu’envisager trois films pour un seul petit livre (quelques 350 pages) est risqué, même si ce premier film nous montre qu’il y a une marge importante pour les deux prochains épisodes. Et l’idée de rajouter les appendices du Seigneur des Anneaux est également fort appréciable, ce qui permet d’étoffer le récit.

        Passée la scène dans la Comté où Gandalf et les Nains expliquent leur projet à Bilbon, le film devient un récit d’aventures épique sur un rythme effréné, la joie de retourner dans la Terre du Milieu est immense et le cinéaste nous montre qu’il a même encore perfectionné son art de la réalisation spectaculaire. On retrouve avec émotion certains lieux familiers et personnages connus, le tout dans une ambiance bonne enfant par instants (le dîner en compagnie des nains est assez mouvementé). Les acteurs sont excellents à commencer par Martin Freeman (Bilbon) dont le charisme et le regard traduisent très bien la personnalité du hobbit, mais aussi Gandalf fidèle à lui-même, ainsi que les 13 nains dont le chef Thorin, joué par un Richard Armitage iconique au possible (les scènes contre Azog sont phénoménales). Il y a aussi le bestiaire, tout simplement exceptionnel dans sa diversité comme dans sa conception artistique (on croirait voir un film de Del Toro par moments). D’ailleurs, les géniaux John Howe et Alan Lee ont une fois de plus participé à la conception artistique de ce film, après avoir donné vie à la vision de Jackson pour LSDA.

Le Hobbit : Un Voyage Inattendu

        La mise en scène, je le disais, est encore plus poussée que dans les précédents films de Jackson. La scène de la grotte de gobelins est un pur moment de récréation vidéo-ludique, jouissif comme c’est pas permis. On retrouve évidemment les fameux plans en hélicoptère tournant autour des paysages somptueux de Nouvelle-Zélande (où je me suis promis de passer ma retraite)… euh de la Terre du Milieu excusez-moi. Les effets spéciaux sont tout simplement incroyables, il n’y a qu’à voir le travail apporté sur Gollum (détails, peau, yeux…) pour s’en rendre compte.

        Un des meilleurs films de cette année selon moi, implacable mélange de fantasy mature et de conte enfantin plus rigolard (je pense au passage avec Radagast et ses lapins -ou quand Las Vegas Parano s’invite dans l’oeuvre de Tolkien en quelques sortes) qui n’empêche pas quelques petites références pas toujours nécessaires à la trilogie du Seigneur des Anneaux, s’il fallait lui trouver des défauts.

        Un petit point sur le HFR (high frame rate), soit la projection en 48 images par seconde au lieu des 24 habituelles. Je doit dire que si l’image gagne en netteté et se rapproche encore plus de la réalité, le ressenti est tout de même vraiment bizarre. En fait cela dépend énormément du type de scène : les scènes d’action sont impressionnantes avec ce procédé, on a l’impression de se retrouver au milieu du combat. Par contre pour le reste, j’ai eu la désagréable impression de voir un film en accéléré, avec un décalage son/image, ce qui joue de mauvais tours à certains trucages (mais de là à dire que cela donne des migraines comme j’ai pu le lire, il ne faut pas abuser). En tout cas il est certain que cette technologie peut faire des merveilles, mais notre oeil est sans doute trop habitué aux 24 images pour s’adapter en un seul film.

P.S. 1 : Vivement l’année prochaine pour le deuxième film !

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La critique de Haydenncia 

Pour ma part, j’ai trouvé le début, la mise en place de ce voyage inattendu plutôt longuette et un peu gonflante. Néanmoins, une fois lancée, l’histoire de ce Bilbon et sa compagnie de nains, rythmée, mais sans surprise, m’a fait passer un bon moment. Et je reste admiratif devant les prouesses technologiques qui font du schizophrène Gollum et ses yeux de lémurien psychopathe un être plein de vie, joliment animé. Mais, j’avoue que voir des nains se battre, à part dans un cirque de Barnum, c’est plutôt inattendu et, par là même, comique. D’autant que, ayant lu la critique de ce cher Kaal, je n’ai cessé de voir dans l’un d’entre eux Gérard Depardieu, soi-disant exilé en Belgique, en vérité embauché par Thorin Ecu-de-Chêne.

Même si, je le répète, le film m’a fait passer un bon moment, j’ai ressenti, en sortant du cinéma, un certain cafard. Car, à côté de la quête du Seigneur des Anneaux visant, ni plus ni moins, à sauver le monde, cette quête-là paraît bien petite. Gandalf a vieilli, alors que, paradoxalement, l’histoire se passe 60 ans avant Le Seigneur des Anneaux. Et le redoutable Saroumane parle ici de champignons hallucinogènes… Autre défaut : les 48 images par seconde donnent l’impression, comme le souligne Dr. Gonzo, que certains passages sont en accéléré et on a parfois le sentiment de regarder un documentaire tant l’image est descriptive.

Ce film penche en vérité plutôt du côté du films pour enfants, versant dans le slapstick et le paillard, même si les moments de bravoure de ces nouveaux Nibelungen et le personnage de Bilbon valent qu’on aille voir Le Hobbit : un voyage inattendu. 

Titre original : The Hobbit : An Unexpected Journey
Réalisation : Peter Jackson
Nationalité : Etats-Unis, Nouvelle-Zélande
Scénario : Peter Jackson, Philippa Boyens, Guillermo del Toro, Frances Walsh
Chef Opérateur : Andrew Lesnie
Musique : Howard Shore
Avec : Martin Freeman, Ian McKellen, Richard Armitage, Sylvester McCoy, Andy Serkis...
Production : New Line, MGM et WingNut Films
Distributeur : Twentieth Century Fox
Durée : 170mn
Sortie en France : 12 décembre 2012

                                                       Dr. Gonzo