Archives du mot-clé horreur

Aux Yeux des Vivants, de Julien Maury et Alexandre Bustillo (2014)

Aux Yeux des Vivants

        Alexandre Bustillo et Julien Maury, anciens journalistes dévoués au cinéma de genre (Mad Movies), avaient littéralement bluffé leur monde en passant derrière la caméra en nous offrant A l’intérieur, pièce maîtresse de la nouvelle vague horrifique française dont la beauté graphique de certaines séquences nous ramenait à l’âge d’or du cinéma bis italien le plus sanglant ! La déception était encore plus grande en découvrant Livide, leur second film, foutraque au possible (notamment à cause d’un mélange de genres très lourd) et jamais flippant. La sortie très discrète de leur troisième film en commun laissait donc un sentiment de crainte et d’enthousiasme à la fois. Lire la suite Aux Yeux des Vivants, de Julien Maury et Alexandre Bustillo (2014)

The Wicker Man, de Robin Hardy (1973)

The-Wicker-Man

        Au début des années 1970, le grand Christopher Lee commence à se lasser de jouer dans des productions Hammer qui sentent légèrement le réchauffé, surtout dans les nombreuses déclinaisons de Dracula, rôle qui l’a rendu mondialement célèbre et fait encore de lui une icône du cinéma fantastique. C’est alors qu’on lui propose un film atypique, prenant pour thème la survivance de rites païens sur une île écossaise nommée Summerisle.

        Film atypique du cinéma de genre de l’époque pour plusieurs raisons. La plus évidente, celle qui se remarque au premier coup d’œil, c’est le refus de tourner les scènes la nuit, pourtant une des caractéristiques du cinéma d’épouvante classique – à plus forte raison britannique. Cela pouvait certes diminuer l’ambiance pesante et l’impression de danger imminent, mais au contraire il en résulte un respect des codes du genre à mesure que le récit avance. Dès son arrivée sur l’île pour enquêter sur la disparition d »un jeune fille, le sergent Neil Howie se rend compte du caractère très communautariste des habitants. A chaque nouvel habitant interrogé, les secrets de Summerisle refont surface et il en apprend un peu plus sur les étranges coutumes du coin. Comme il est assez courant dans la production des années 1970, le cinéma d’horreur se mêle ici à des ingrédients du polar, de la petite enquête de police qui débute au départ comme un exercice de routine. Comme le disait dans un entretien le réalisateur Robin Hardy, l’objectif était de faire « un film d’anti-horreur », et l’essentiel du film étant tourné en plein jour renforce ce parti-pris. On peut remarquer que quelques années plus tard du côté de l’Espagne, Narciso Ibáñez Serrador tourne lui aussi un pur film d’horreur sous un soleil méditerranéen et également sur une île ( ¿Quién puede matar a un niño?/Les Révoltés de l’An 2000, 1976). Sans doute faut-il y voir la volonté de renouveler un cycle du cinéma fantastique qui cherche un nouveau souffle.

Summerisle, un endroit pas franchement hospitalier (quoi qu'en disent les autochtones)...
Summerisle, un endroit pas franchement hospitalier (quoi qu’en disent les autochtones)…

        Le scénariste Anthony Shaffer, qui a signé les scénarios de titres prestigieux comme Le Limier (Joseph L. Mankiewicz, 1972), Frenzy (Alfred Hitchcock, 1972) ou encore Le Crime de l’Orient-Express (Sidney Lumet, 1974), nous plonge dans une petite communauté obscurantiste menée par un gourou adepte du néo-paganisme (Lord Summerisle). Ce qui fait de The Wicker Man un film culte réside justement dans cette confrontation entre le christianisme et le paganisme, représentés respectivement par Howie et Lord Summerisle. Difficile de se placer d’un côté ou de l’autre puisque les deux religions sont présentées comme contraignantes et restrictives, comme vecteur d’enfermement mental (et physique, par le biais de l’île) de ses adeptes. Le sergent de police catholique, puritain au possible, rejette violemment les moeurs sexuelles des habitants de Summerisle, est choqué par l’éducation des enfants (dont un cours sur la représentation phallique que n’aurait pas renié ce bon vieux Freud), mais plus encore il ne peut se résoudre à accepter que des gens pratiquent encore le sacrifice humain. A l’inverse, Lord Summerisle – alias Christopher Lee qui prend plaisir dans son rôle – justifie ces pratiques par le bien-être de la communauté, la croyance d’une seconde vie après la mort (le mot « mort » étant interdit dans l’île car cela ne signifie rien pour les païens), et la promesse de bonnes récoltes pour les saisons à venir. En fait, tout deux sont extrémistes et cloisonnés dans leurs conceptions, ce qui abouti à un final pessimiste où le paganisme a le dernier mot !

Le néo-paganisme, en dehors de tout un ensemble de contraintes, a aussi de bons côtés...
Le néo-paganisme, en dehors de tout un ensemble de contraintes, a aussi de bons côtés…

        The Wicker Man, de fait, est une sorte de cours de religion comparée très judicieux en plus d’être un très bon film d’épouvante. Les producteurs n’ayant à la base pas confiance dans le potentiel commercial du film, le tournage s’est déroulé en plein hiver en Ecosse, ce qui répond à une question que l’on peut se poser : pourquoi les acteurs grelottent parfois ? Parmi les autres interrogations majeurs concernant le film, notons qu’il existe deux versions du film, ou plutôt trois : la version d’origine, la version longue mais pas complète (car un mec chargé de transporter les négatifs du film a simplement laissé les négatifs au bord d’une route, comme ça, gratuitement) et enfin la version d’origine mais sans la magnifique danse dénudée de Britt Ekland (parce que son mari de l’époque, le chanteur Rod Stewart, ne voulait pas qu’on voit cette scène et la garder pour lui). Oui, je sais, c’est un peu compliqué tout ça. Le film vaut également pour sa bande originale excellente, quasiment manifeste musical de la période post-hippie, agrémenté de morceaux réellement joués et chantés lors des rites païens, preuve supplémentaire du travail de recherche d’Anthony Shaffer et de son équipe. Ensuite, rien ne vous empêche de regarder dans la foulée l’horrible remake de 2006 avec Nicolas Cage, mais à vos risques et périls.

Dr. Gonzo

Massacre à la tronçonneuse 2, de Tobe Hooper (1986)

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        Tobe Hooper avait fichu la frousse à tout le monde en 1974 avec Massacre à la tronçonneuse. Inutile de rappeler combien ce film est devenu matriciel pour le cinéma d’horreur postérieur, tant sur le plan esthétique que thématique. Tout le monde attendait logiquement une suite, surtout que la fin du film laisse des possibilités d’écriture infinies. Sauf que c’est la Cannon qui met en chantier cette fameuse suite, la société des inénarrables Yoram Globus et Menahem Golan y voyant un filon fructueux (pour rappel, dans cette seule année 1986, la firme produit plus d’une vingtaine de films, dont Cobra avec Sylvester Stallone et les nanars sympathiques de Chuck Norris, respect !). Tout spectateur qui a déjà goûté au plaisir de voir un film Cannon sait pertinemment que cette suite n’ira pas dans le chemin emprunté par le film original, et c’est justement le cas. Il suffit déjà de voir la photo promotionnelle ci-dessus pour se rendre compte des intentions du film.

        Tobe Hooper voulait faire de ce deuxième opus une sorte d’inversion du premier, y développer l’humour noir qui y était à peine dessiné, ou du moins inconsciemment ignoré par le spectateur pour qui la vision macabre et dérangeante de la famille cannibale ne permettaient pas de songer au second degré. De fait, la première séquence annonce clairement les intentions : deux adolescents se font pourchasser en voiture par la famille de rednecks sur un fond musical bourrin. Ils finissent par avoir un accident, ce qui justifie l’enquête du shérif Lefty Enright, qui marque le coming out de Dennis Hopper, tout juste sorti de sa cure de désintoxication. Quant à la scream queen du film, le rôle revient à Caroline Williams, qui s’en sort avec les honneurs et remplit son quota de hurlements en jouant l’animatrice de radio Vantia « Stretch » Brock. Pendant 40 minutes, le film suit un schéma qui évoque furieusement l’original. Puis quand arrive Leatherface dans le studio d’enregistrement de Stretch, Hooper opère un virage à 180° complètement osé.  Précisément, c’est lorsque Leatherface mime un acte sexuel en secouant sa tronçonneuse entre les jambes de Stretch que l’on se dit que, quand même, ils ont bien pété les plombs sur le tournage ! Et ça ne fait que commencer, tenez-vous bien ! Après un premier meurtre au marteau bien sanglant, la pauvre femme va donc se retrouver dans le repaire des Sawyer, une sorte d’ancienne mine bien sale comme il faut. Et l’on apprend donc, tout naturellement, que la famille est reconvertie dans la préparation du meilleur chili con carne du coin (inutile de demander de quelle carne il s’agit). Une séquence sort du lot dans ce climat loufoque, Leatherface protège Stretch et lui met le visage découpé de son ami tué dans le studio sur son propre visage, renvoyant ainsi à sa propre altérité et à sa crise sexuelle, élément typique du tueur dans les films d’horreur1.

- "Seigneur Tout Puissant, aide moi dans ma Croisade contre les forces du Mal !"
– « Seigneur Tout Puissant, aide moi dans ma Croisade contre les forces du Mal ! »
-"Euh ?! Tu te fiches de ma gueule là c'est bien ça ?"
-« Euh ?! Tu te fiches de ma gueule là c’est bien ça ? »
-"Hééééé, Face de cuir, il est vraiment trop ringard ton surnom !!!"
-« Hééééé, Face de cuir, il est vraiment trop ringard ton surnom !!! »

        Mais à croire que tout cela est un peu trop psychanalytique et sérieux, Hooper repart sans transition sur ce qui fait le sel du film : la comédie noire, la dérision et l’outrance. Outrance tout d’abord dans le gore. Alors qu’il était absent du premier film, le gore est ici franchement prégnant, à tel point que le film a été pendant longtemps interdit dans certains pays. Entre une tête défigurée par un marteau, un corps tranché par la tronçonneuse, ou encore une castration, le maquilleur Tom Savini (Zombie, Vendredi 13…) avait de quoi s’occuper. Cette partie dans la mine offre également des dialogues outranciers qui font lorgner le long-métrage du côté du nanar pur et dur. Dennis Hopper se place ici, dans le genre, tant le voir déambuler dans les recoins à la recherche des Sawyer en mode Croisade spirituelle (il implore le Seigneur de lui donner la force de les tuer !!) est hilarant. Il se définit comme le « Prince des Moissons Célestes » (Euh, sérieusement ?!), avant d’affronter en duel Leatherface tronçonneuse contre tronçonneuse !!! Un grand, très grand moment, qui se prolonge encore quand il sort deux petites tronçonneuses pour remplacer la grande qui est défectueuse, quel grand moment de rigolade. On ne peut rester sérieux non plus  devant « Chop Top », qui a perdu une partie de la calotte crânienne au Vietnam et arbore donc une moitié de tête en métal. Fou furieux, crétin accompli, tout comme le père de cette charmante famille de dégénérés Drayton Sawyer (joué par un autre acteur que dans le premier, tout comme le grand-père ainsi que Leatherface). Notez la finesse des dialogues : quand il s’est fait découpé les attributs sexuels et la moitié des fesses par la tronçonneuse, il lâche : « Il m’a bien pété le pot, l’enfoiré ! Au moins j’ai plus d’hémorroïdes, pas besoin de payer l’hôpital ! ». Cela se passe de commentaires. Tout comme la « danse de la tronçonneuse » improvisée de Caroline Williams à la fin.  La scène du repas de famille, marque de fabrique de la saga, est ici particulièrement déglingué et vire à l’expérimentation visuelle qui n’est pas sans rappeler un certain Peter Jackson période Bad Taste (il est d’ailleurs envisagé pour réaliser le troisième, avant que Jeff Burr n’obtienne le poste).

        Vraiment, ce Massacre à la tronçonneuse 2 est un ovni filmique, rendu possible par l’exubérance et la prise de risques caractéristiques des années 80, et pour cela, je ne remercierai jamais assez ces grands malades de chez Cannon. On ne peut reprocher à Tobe Hooper d’avoir fait deux fois le même film, au moins !

1. Voir à ce propos les analyses pertinentes sur le genre et le cinéma d’horreur dans Men, Women and Chain Saws : Gender in the Modern Horror Film, de Carol J. Clover, 1993.

Dr. Gonzo

Texas Chainsaw 3D, de John Luessenhop (2013)

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         Voici donc le 7ème volet de la franchise sanguinolente Massacre à la tronçonneuse. Bon, Leatherface a encore du chemin à faire pour rattraper Michael Myers ou Jason Voorhees en nombre de films dédiés à sa gloire meurtrière. Point de remake ou de prequelle cette fois, le film de John Luessenhop, qui perd son « Massacre » dans son titre pour une raison inexpliquée, se propose de démarrer à l’instant même ou se termine le film original de Tobe Hooper (qui date de 1974, déjà !).

        Tous les prétextes sont bons pour mettre en chantier un nouveau film donc, et l’ajout de la trois dimensions sert – une fois n’est pas coutume – à vendre le film, en plus de sa filiation avec l’une des plus grandes franchises horrifiques. Juste après les évènements du premier film, la dernière survivante Sally prévient les autorités locales et une vendetta a lieu, unissant le shérif Hooper et les hommes du maire Hartman, qui incendient la maison des Sawyer. Une entrée en matière un peu foutraque mais qui rassure sur la puissance évocatrice de ce Texas redneck dans lequel l’on aimerait pas passer ses vacances. Un bébé survit à l’incendie, recueilli par un couple responsable du drame. Plus tard, Heather Miller (Alexandra Daddario), une jeune fille, hérite d’une maison dans le Texas, et va rapidement comprendre en allant sur les lieux ses véritables origines. Si la structure du film est tout à fait banale pour un slasher, les révélations sont quant à elles plutôt originales et permettent de renouveler la franchise. L’évolution du personnage d’Heather tout au long est intéressante, passant du rôle de scream queen, puis bourreau et celui de « mère » protectrice de Leatherface; lors du final très bien troussé révélant les liens familiaux les unissant.  L’ensemble est plutôt convenu, un peu plat certains moments, mais l’amateur de cinéma d’horreur que je suis n’en a pas pour autant boudé son plaisir. Il faut juste voir le film comme un pur objet régressif, évidemment.

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Résumé de l’Amérique contemporaine : Bimbo + Hip-hop. Merci Leatherface de faire le ménage !

        Malheureusement, deux ou trois bonnes idées tombent à l’eau, comme le caméo de Gunnar Hansen (le Leatherface dans le film de Hooper) que l’on sent vraiment forcé, ou encore la toute petite séquence à la fête foraine qui aurait pu être un vibrant hommage à un autre film phare de Tobe Hooper (The Funhouse ou, chez nous, Massacre dans le train fantôme). Luessenhop se contente de rester à la surface, de faire un film que l’on aura sûrement oublié d’ici une semaine mais qui est tout de même plaisant sur le moment. On retrouve les ingrédients stéréotypés du slasher, que ce soit la structure du récit ou les personnages. Très orienté teenagers, ce nouveau Massacre… met en scène, une fois de plus, de jeunes filles à la poitrine généreuse. Le nombre de scènes dans lesquelles Alexandra Daddario fait tomber les vêtements et fait bouger ses seins en courant en dit long sur la volonté de contenter avant tout le public masculin. Même le pape François, derrière ses airs de bon catholique prude, a avoué sur son compte tweeter que la vue de la jeune demoiselle à moitié nue l’avait fait saliver bien plus que celle du corps de Heath Ledger dans Le Secret de Brockeback Mountain. C’est dire !

Daddario

         A côté de cet aspect indéniable, il faut aussi souligner le manque d’ambition dans la mise en scène des meurtres. Mention spéciale à la mort la plus débile de l’année, j’ai nommé celle de Nikki (Tanya Raymonde). En même temps, dès qu’un personnage s’appelle Nikki dans un film d’horreur, on sait qu’il va mourir rapidement. Tout comme le black du groupe. Quant à Leatherface en lui-même, il est assez mal exploité, mis à part lors du dernier acte dans lequel il crève l’écran. Mais sinon, il est soit inexistant soit ridicule, façon gros patapouf qui poursuit maladroitement ses victimes en plein milieu d’une fête foraine et qui balance sa tronçonneuse en direction d’un policier du spectateur, histoire de justifier l’existence d’une soi-disant 3D.  Malgré un certain plaisir purement régressif et la possibilité de continuer à creuser la mythologie de la franchise (avec le twist final), Texas Chainsaw 3D est donc loin de tenir la route. L’œuvre monumentale de Tobe Hooper peut dormir tranquille !

Dr. Gonzo

Haute Tension, d’Alexandre Aja (2003)

Si comme moi vous aimez découper des chatons avec un épluche-légumes au crépuscule dans une maternelle désaffectée en chantant « Gloire à Satan » nu et recouvert du sang de votre belle-mère, alors le mot « gore » ne vous répugnera pas. Bon, je ne fais pas ça tous les week-ends non plus. Les belles-mères, ça ne court pas les rues ! Mais, une fois tous les deux mois, ça requinque. Un conseil : si vous avez des examens bientôt, c’est une bonne méthode pour les appréhender sereinement, avec la drogue.

Alexandre Aja, lui en tout cas, apprécie le « gore » (par gore, j’entends des scènes sanglantes et très explicites. Enfin bref, du gore, quoi !) et en plus de cela, je trouve que c’est un bon réalisateur. Meilleur en tout cas que son père Alexandre Arcadie. Ça, c’était pour la méchanceté gratuite. Deux films d’Aja m’ont particulièrement plus : le remake de La Colline a des yeux que je trouve très réussi et bien flippant par moments, et Piranha 3D, complètement barré et jouissif (et avec Kelly Brook ;)). Et les deux, justement, sont bien gores. Haute Tension, s’il n’atteint pas leur niveau, n’échappe pas à la règle en matière de tuerie sanguinolente.

Je reviens, je vais tailler la haie du voisin…

Pour réviser tranquillement leurs examens, deux jeunes femmes, Marie et Alex (Cécile de France et Maïwenn) s’installent à la campagne, chez la famille d’Alex. Dès la première nuit, une vieille camionnette s’arrête devant la ferme rénovée. Dans les minutes qui suivent, la famille est attaquée par un psychopathe en salopette (Philippe Nahon, superbe)…

D’après moi, le film se divise en trois parties. Je ne vais rien dévoiler de l’histoire, mais je considère que la première partie est la meilleure et la plus flippante. Les deux autres parties pèchent un peu en comparaison. Et malgré le final surprenant (mais un peu décevant pour ma part), j’ai trouvé quelques incohérences. De plus, j’aurais aimé voir dispensés un peu plus d’indices çà et là. Et puis, les orties, ça pique. Et puis, j’aime pas les endives… Ni les gens qui oublient de mettre leur clignotant quand ils quittent un rond-point… Et j’aime pas beaucoup Bruno Gollnisch non plus… Voilà, je vous ai dit à peu près tout ce que je n’aimais pas, tout ce que j’avais sur le cœur, passons à autre chose. Merci de m’avoir écouté. Gros bisous.

La bande originale de Haute Tension est suffisamment réussie pour, justement, nous mettre continuellement sous tension. Tant qu’à parler de musique, ceux qui aiment le groupe Muse auront droit à une très bonne scène. Le psychopathe n’a rien à envier à ses cousins Américains. Je ne sais pas si ce genre d’individu traîne dans nos campagnes, mais dans certains coins de la France, ça ne m’étonnerait pas ;)… Enfin, les deux actrices, que l’on n’est pas habitué à voir dans ce genre de rôle, se révèlent convaincantes.

 Par contre, je dis ça pour les enfants qui nous lisent : d’abord, allez vous coucher ! Qu’il soit 12h, 16h ou 21h10, je ne vous pas voir là ! Zou ! Et ensuite, ce film est réservé aux majeurs vaccinés et solides mentalement. Car, ça gicle. Pas souvent, mais ça gicle. Ça gicle et c’est bien fait. Mention spéciale pour la mort du père. Aja a-t-il déjà pensé à consulter ?

Enfin bref, voilà donc un bon film d’horreur à la française. Le scénario est bien trouvé, certes un peu bancal, mais ingénieux, la mise en scène est bonne et la photo est impeccable. Un film déconseillé aux âmes sensibles et aux végétariens, mais pour les autres, ne vous privez pas !

Haydenncia

Suspiria, de Dario Argento (1977)

A part le Gendarme et les gendarmettes, peu de films m’ont vraiment fait peur. Quand je parle de faire peur, je veux dire : flanquer les jetons, ficher la trouille, donner les chocottes, faire claquer des dents, flipper à mort, avoir le trouillomètre à zéro, pisser dans sa culotte (vulgaire), chier dans son froc (très vulgaire), se racler le citron, zigouiller la truelle, alimenter le gyrophare. Bref, avoir les pétoches ! A la limite, après l’avoir regardé le soir de mes cinq ans, Les Dents de la mer m’a préservé de la baignade pendant deux-trois étés, mais sans plus. Ensuite, évidemment, il y a aussi le contexte dans lequel on regarde le film. Vous ne percevrez pas un film d’horreur/épouvante de la même manière selon que vous le visionnez seul dans le noir, dans votre maison vide, avec le vent qui vient siffler dans votre cheminée et le portrait de votre arrière-grand-tante qui vous observe là-bas sur le meuble, où bien avec toute une bande de potes ivres comme des Polonais, dans la claire intention de se marrer. Eh oui ! Prenons l’exemple de Blair Witch. Personnellement, ce film ne m’a pas plus impressionné que ça, mais je peux comprendre qu’il fasse peur, contrairement à d’autres films comme SAW ou Paranormal Activity. Eh bien, celui qui regarde Blair Witch seul dans une cabane au fond des bois par une nuit sans lune regrettera sans doute son geste, tandis que l’autre, qui le matte entouré de toute sa smala, et entend tout faire pour s’amuser de ce film, quitte à la considérer comme un joli documentaire champêtre, aura une critique beaucoup plus nuancée vis-à-vis du degré d’angoisse que procure un tel film. Elémentaire, mon cher Stetson.

La première fois que j’ai vu Suspiria, donc, j’étais seul. Seul par un triste soir d’hiver. Il y avait encore des loups en ce temps-là. A moins que ce ne fussent des renards. Enfin, peu importe finalement, vu que j’habite en pleine ville. La seconde fois que j’ai regardé Suspira, déjà l’effet de surprise avait passé, et ensuite je n’étais plus seul. Alors, forcément, le degré d’angoisse était retombé. Je vais donc relater ici le souvenir que j’ai gardé du premier visionnage de ce film culte. Il faut toujours se souvenir du premier visionnage, comme le rappelait sans cesse Jean-Jacques Rousseau.

Suspiria est un film du réalisateur italien Dario Argento, sorti en 1977. C’est le premier volet d’un triptyque appelé Trilogie des Enfers, avec Inferno (1980) et La Troisième mère (2007).

Le film commence par une nuit d’orage (et orage est un mot bien faible, ici), durant laquelle une jeune danseuse américaine, Suzy Banner, atterrit en Allemagne, afin d’intégrer la prestigieuse académie de danse de Fribourg, présidée un temps par Armande Altaï (qu’on retrouve à la fin du film ^^). A peine arrivée en taxi devant la façade – pourpre, sanguine – de l’école, Suzy aperçoit une jeune fille visiblement affolée qui s’enfuit du bâtiment sous la pluie battante, et se met à courir dans des bois hauts et sombres, à la Caspar David Friedrich. La jeune fille s’appelle Pat Hingle. Pat trouve refuge chez une amie, Sara – là encore, peintures rougeoyantes, symboles quasi sataniques sur les murs, ambiance malsaine. Elle explique à Sara qu’elle est bien décidée à fuir au plus loin de cette école, où des choses étranges semblent se produire. Son amie tente de la rassurer et lui propose de rester dormir. Dans sa chambre, Pat est attiré par sa fenêtre, malgré la nuit noire qui règne dehors… Je n’en dis pas plus…

Le lendemain, Suzy Banner, notre jeune danseuse américaine, fait la connaissance de la vice-directrice de l’établissement, Madame Blanc, ainsi que de la prof de danse, Miss Tanner, un rien Aufseherin, mais également du pianiste aveugle Daniel, et de toute une belle brochette de gueules patibulaires, tout droit sorties d’une œuvre de Jérôme Bosch. Bravo le casting ! L’annonce devait être un peu comme ça : « Recherchons sale tronche qui fait peur. Contacter le… ». Même le gamin blond et sa coiffure à la Mireille Mathieu est angoissant, c’est dire !

Suzy apprend que la jeune étudiante de l’académie qu’elle a vue quitter l’établissement la veille a été sauvagement assassinée la nuit de son arrivée. Elle fait également la connaissance de Sara. Mais très vite, la jeune américaine se rend compte que quelque chose cloche dans cette école qui la met mal à l’aise. Et puis, c’était sans compter sur ces étranges décès et ces disparitions de personnes apparemment un peu trop curieuses, comme elle le devient bientôt…

Dès la séquence d’ouverture de Suspiria, un sentiment de malaise nous envahit, avec cette fantastique tempête qui semble vouloir happer notre jeune héroïne dès sa sortie de l’aéroport et ces couleurs bleues, rouges, funestes et glauques. Cette angoisse progressive est qui plus est alimentée par la formidable et inquiétante bande originale du film, composée par le groupe Goblin, dans laquelle une voix terrifiante scande une mélodie lugubre, sur un fond de boîte à musique rouillée. C’est la première chose qui m’a marquée à l’époque. Je la considère comme l’une des meilleures musiques de film d’horreur, véritablement oppressante et maléfique, digne d’une grand’messe satanique, comme celles auxquelles je participais avec feu mon grand-oncle Marcel et son bouc favori, Jean-Philippe. Ceux qui ont déjà vu le film seront sans doute d’accord avec moi sur la qualité de la bande originale. A tel point d’ailleurs que, même une fois le film terminé, cette ritournelle hante toujours notre esprit.

En plus d’avoir une bande-son de qualité, Suspiria est visuellement beau – beau et inquiétant – et en met plein la vue. Certes, le sang est trop rouge, mais cela fait partie du charme du film. Chaque plan, chaque image est comme un tableau macabre, presque surréaliste, résolument baroque. L’ensemble du film est baigné dans une esthétique à la limite du Technicolor, dont le rouge est la couleur dominante. Les couloirs de l’académie offrent ainsi un grand sentiment de malaise et d’oppression.

Mais surtout, certains passages sont vraiment angoissants et, pour le coup, font peur ! Comme la scène avec l’aveugle et son chien, ou celle du dortoir improvisé, avec sa dominante de rouge là encore : alors que Suzy et Sara discutent en silence sur le passé mystérieux de l’école, derrière elles, derrière le mince rideau, une respiration sifflante et asthmatique semble émaner d’une silhouette allongée, raide comme un cadavre. Sinistre. Et Suspiria offre également de belles scènes gores, peut-être un peu risibles aujourd’hui, mais toujours très efficaces. Quand on vous dit que les barbelés c’est dangereux ! Enfin, pendant tout le film, on sent bien que la jeune et fragile Suzy, à partir du moment où elle a franchi le seuil de l’académie, est comme retenue prisonnière de ce labyrinthe sonore et visuel, où le Mal semble se tapir dans le moindre recoin… Dans cet univers allemand à la Hansel et Gretel, dans ce conte horrifique, l’école fait office de maison en pâtisseries, et seule Gretel, jolie ballerine américaine au visage poupin et innocent, est présente.

Vous l’aurez compris, Suspiria compte parmi ces films qui m’ont fait rallumer ma lampe de chevet plusieurs fois dans la nuit, dans la crainte de voir plantée devant mon lit une vieille sorcière rabougrie au visage veineux et aux doigts squelettiques tendus vers mon cou, ou pire, Dominique Strauss Kahn en pagne. Alors, un conseil : si vous voulez faire des cauchemars et ne pas fermer l’œil de la nuit, avec en tête la musique électrisante et évocatrice de Goblin, regardez Suspiria seul dans le noir, après avoir repeint votre salon en rouge sanguinolent et pris soin de bousiller le circuit électrique, pour que jamais, oh non jamais, la lumière ne puisse être rallumée ! Mouahahah !

Haydenncia

Loft Story chez les cinglés

La Cabane dans les bois, de Drew Goddard (2011)

Cinq jeunes décident de partir passer un week-end dans une cabane perdue au fond des bois. Ça ne vous a jamais effleuré l’esprit ? Moi non plus. Mais bon, eux, ils veulent y aller. Sur place, ils vont vivre un véritable cauchemar, et finalement découvrir une affreuse vérité.

C’était mal parti. Cinq jeunes stéréotypés comme les films d’horreur les aiment tant. Le musclé beau gosse qui dit avoir 23 ans alors qu’il en a dix de plus. La blonde nymphomane que vous pourrez toujours essayer de trouver dans votre fac, vous n’y arriverez pas. L’intello de service, beau gosse lui aussi, musclé, mais intello, ce qui le différencie du premier qui, pourtant, n’a pas l’air si con que ça. Il y a aussi la naïve, jolie rousse qui a plus d’un tour dans son sac Hermès. Et enfin le rigolo de service, ici un fumeur de joints philosophe et mal coiffé.

Qui appelle Valérie Damidot ?

C’était mal parti donc. Pourtant, le film est parvenu, sinon à m’effrayer – il ne fait pas peur, entendons-nous bien –, néanmoins à me surprendre par son originalité. Et finalement, on comprend mieux par la suite la raison d’un tel choix de personnages. Car voilà le point fort de La Cabane dans les bois : il commence avec une histoire banale de film d’horreur américain et se révèle en fin de compte plus astucieux que ça.

En effet, durant la première partie du film, j’étais plus que perplexe, en voyant cette bande de teen-agers américains, qui rencontrent à l’orée du bois le redneck de service à sa station essence, et qui prennent la direction d’une bicoque pommée au fond des bois que même toi quand tu la vois tu te dis avec raison : « Et si on allait se faire un bon vieux Mac Do ? ». Je ne dévoile pas l’intrigue, évidemment, mais je peux vous dire qu’il y en a deux en parallèle. Et que si au départ on est un peu perdu, les pièces du puzzle finissent par s’assembler pour donner au final un film plutôt original, drôle par moments, légèrement sanglant, et franchement jouissif dans sa dernière partie.

Néanmoins, La Cabane dans les bois possède encore les faiblesses du genre : un coup de couteau dans le dos, surtout quand il est bien planté, soit ça vous rend tétraplégique à vie, soit ça vous tue, mais en tout cas vous ne pouvez pas courir comme Usain Bolt quelques minutes après. Quand votre petit(e) ami(e) meurt trucidé(e) à côté de vous dans la vraie vie, il se peut que par la suite vous soyez victime : 1) d’une sévère panique, 2) d’une léthargie post-traumatique et surtout 3) d’une immense tristesse, et non d’une amnésie express du genre :
(inquiet) « Où est Cindy ?…
– Elle est morte…
– Oh merde !…
– Mais bon, là, rien que d’en parler, ça va mieux. Allez, on se bouge ! »
Cependant, je sais que j’exagère : on ne demande pas à ce genre de film d’être ultraréaliste, mais juste fun et rythmé.

Au final, je considère que l’histoire aurait pu être un peu plus approfondie, mieux exploitée et que, somme tout, on a parfois un peu de mal à y croire. Mais, l’ensemble reste agréable à regarder et le scénario a le mérite d’être original. Bonne copie, donc, mais quelques points à revoir.

 Haydenncia