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Sucker Punch, de Zack Snyder (2011)

Zack Snyder a un style, une « patte » ; c’est évident depuis le film 300 (2007) et ses centaines de mâles en slip défendant leur honneur et leur liberté à coup de lances et de Salakis. Les couleurs, le grain, la lumière, tout est particulier chez Zack. Le problème, c’est qu’on ne construit pas un film sur son seul style, sur sa seule forme. Il faut une histoire, des personnages, un fond. Et Sucker Punch en manque cruellement.

Sucker Punch
Tiens, voilà pas du boudin, voilà pas du boudin !

Avertissement : Ce film est à voir sous LSD, sans quoi il devient mortellement emmerdant.

Sucker Punch raconte l’histoire de Babydoll (un prénom qui va revenir à la mode), une jeune fille jouée par Emily Browning, blondinette au visage slave, dont les pommettes saillantes et le visage poupin m’agaceront pendant tout le film, et qui, suite à la mort de ses parents, est envoyée de force dans un asile pour aliénés mentaux, un peu à la Arkham. Et autant dire que niveau aliénés, on est bien loin de Shutter Island (Martin Scorsese, 2010) ou de La petite maison dans la prairie (…) : si tous les « malades » peuplant nos bons hospices psychiatriques ressemblent aux délicieuses créatures du film, je me fais interner dès demain, crénom di diou !

Sans trop dévoiler le film, on découvre ensuite que cet asile semble être aussi un bordel (!), dont le mac est l’affreux et moustachu Blue Jones (Oscar Isaac), infirmier manipulateur à ses heures perdues, et où tous les gérants de l’hospice ont ici, comme lui, une nouvelle fonction (la MILF psychologue – Carla Gugino – devient une MILF prof de danse ; le gardien devient le maire ; le beau-père tyrannique devient un prêtre ; la femme de ménage portugaise qui vide les poubelles reste la femme de ménage portugaise qui vide les poubelles…). L’internée Babydoll devient donc une prostituée. A cet instant du film, Bernard de La Villardière et son équipe d’Enquête exclusive interviennent. Bernard, la mèche parfaite, surgissant d’on ne sait où, avance dans les couloirs de l’asile et se met à dénoncer les trop nombreuses « maisons de fous » qui abritent en fait d’effroyables réseaux de proxénètes. Il fallait que ça se sache ! Obéissant à son quota habituel, il prononce les mots « drogue », « prostitution » et « parasoraulophus ».

"Tu aimes ma nouvelles robe de chambre ?"
« Tu aimes ma nouvelle robe de chambre ? »

Mais, je m’égare un peu… Revenons à nos moutons (vous avez des moutons ?)… Pour survivre dans cet endroit malsain rempli de bombes sexuelles, notre jeune amie blonde comprend vite qu’elle doit danser pour ses clients, devenir go-go danseuse et ainsi, on la laissera tranquille. Ex-fan des sixties, petite Babydoll se met donc à danser le rock’n roll… et aussitôt se retrouve propulsée dans un univers parallèle à l’esthétique nippone, où un vieillard maquillé (Scott Glenn), qu’elle croisera ensuite plusieurs fois dans le film, semble l’attendre. Le LSD commence à faire son effet, hein !

Le vieillard lui demande si elle est partante pour une partie de mikados… Non, je me trompe de film. Il lui remet des armes, elle se bat contre des robots-samouraïs, et de là germe en elle une idée fixe, encouragée par notre ami en toge : quitter cet asile-maison close et retrouver sa liberté, pour allez courir nue dans la forêt de Paimpont et raconter des blagues aux sangliers au crépuscule.

Revenant à elle et alors que son entourage est bluffé par sa danse, elle décide de préparer son évasion et s’entoure de quatre jeunes filles, toutes jolies évidemment (ma préférence va pour Rocket la grande gueule et son nom de salade (Jena Malone), voire pour le cuisinier et ses plaques rouges…) mais dénouées de charisme et au jeu aussi vide que le regard de Benjamin Castaldi quand on lui demande s’il sait lire et écrire.

Pour que Babydoll retrouve sa liberté, il faut que son groupe de filles trouve cinq éléments : un plan, du feu, un couteau, une clé et le cinquième est un mystère. Personnellement, j’aurais rajouté une grenade, un bulldozer, une boîte de Tic-tac et un Guide du Routard sur la Birmanie, mais bon. Bref, à partir de là, le spectateur s’interroge, n’y tenant plus : ces charmantes jeunes filles arriveront-elles à se tirer de là ? Qu’adviendra-t-il de la jeune Babydoll et de son nom de poupée gonflable ? Y aura-t-il du flan au dessert ? La suite, ce soir, sur France 3.

Conseils pratiques : fuite de gaz + cigarette =
Fuite de gaz + cigarette =

Les scènes de combat de Sucker Punch sont visuellement bien foutues, mais au bout d’un moment, leur répétition lasse. Snyder utilise les méthodes habituelles employées dans ces films précédents : ralentis-accélérés ; suivi d’objets divers – cartouche, couteau, boule de pétanque… ; caméras virevoltantes. Mais, pour le coup, il en fait trop et ça tombe vraiment dans le bourrin. Les musiques qui accompagnent le film, soit s’intègrent bien, soit font tache dans leur côté midinettes : on a parfois l’impression de regarder MTV et je ne sais pas vous, mais moi, MTV, ça me donne envie de pleurer et/ou de tuer.

Snyder se la joue Seigneur des Anneaux : rendez-leur leurs masques !
Snyder se la joue Seigneur des Anneaux : rendez-leur leurs masques !

Si les scènes d’actions sont plutôt potables, les passages séparant les scènes d’action (soit le reste du film) sont, par contre, bien chiants : telle actrice pleure, telle actrice pleure, et telle actrice pleure, et l’intrigue ne décolle pas. L’esthétique est jolie, mais légèrement arrogante – j’ai bien aimé les casques aux yeux rouges des soldats-nazis-zombies ; il faudrait les mêmes pour nos pompiers. Le méchant du film a le charisme d’une palourde neurasthénique en vacances à Palavas-les-Flots. Scott Glenn se prend pour Charlie et ses drôles de dames et se transforme au grès du film, passant de Sage himalayen à chauffeur de bus – les temps sont durs.

Tranchées, vols de zeppelins, dragons forment un ballet invraisemblable, apocalyptique, épuisant et pénible. Finalement, la fin du film ne nous surprend pas plus que ça, frôlant même le ridicule. Au spectateur d’interpréter ce qu’il vient de voir (entre nous, autant lui demander de préparer une thèse sur l’évolution du coût du sel au Burkina Faso durant la Guerre Froide : beaucoup plus simple…)

Bref, Zack Snyder semble avoir trop joué à la Playstation (on a d’ailleurs souvent envie de mettre start) et cette histoire d’Ouled Nails qui s’évadent, pour fuir leur triste condition, dans un monde virtuel fait de treillis et de sulfateuses, est emmerdante. Je déconseille.

Haydenncia

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Impropre à la consommation !


– « Allo ?

– Ouais ici le big boss d’Hollywood ! Comment ça va Paul ? Je t’appelle pour te proposer une suite à Resident Evil : Afterlife, vu qu’il a cartonné partout dans le monde, t’en dis quoi ?

– Oh pas de problème, mais je n’ai pas encore réfléchi au scénario que je peux développer…

– Ok, recontacte moi quand tu auras avancé alors ! Ciao. »

— 5 minutes plus tard —

– « Ouais c’est Paul, c’est bon j’ai la trame principale. Ecoute un peu : Alice et les survivants doivent faire face à une menace encore plus incontrôlable à mesure que l’infection se propage…

– … Ça me rappelle quelque chose… Mais soit plus précis.

– Et bien, cette fois-ci, on met le paquet, les zombies normaux, mais aussi des géants mutants avec des haches, des zombies de l’Armée Rouge et des chiens géants mutants, c’est assez vendeur je trouve.

– Parfait, j’achète, et tu peux rajouter une enfant, on dira que c’est la fille d’Alice, les spectateurs auront plus de sympathie pour elle, et ça développe sa psychologie quoi !

– Va pour la gosse. Et je viens de penser (silence), l’histoire pourrait se dérouler dans un laboratoire top secret sous-marin en Russie, mais où il y a une salle de simulation géante qui peut reproduire des villes comme New York, avec des zombies virtuels et tout et tout…

– Ouais c’est pas mal, ça va rendre la violence plus ludique, z’aime ça les d’jeuns. Et puis rajoute un ou deux trucs du jeux vidéo, sinon ils vont encore faire chier chez Capcom.

– J’ai inclus Ada Wong, justement ! En plus, avec sa robe rouge pétante, c’est trop tendance et tapageur !

– Nikel, bon je trouve les studios disponibles et je te souhaite bon courage, fais ce que tu veux avec la fin de l’histoire, mais faut pas qu’Alice meurt, on prévoit déjà un sixième épisode !

– Normal ! A la fin, on dira que toute l’histoire n’avait pour but de mener à la guerre finale, celle où tout s’achève. Et y’aura même des chauves-souris géantes zombifiées, trop kikoolol.

– Bien, et Milla et toi vous occupez de la promo, comme d’hab ?

– Ouaip !

– Allez, à plus, c’est toujours un plaisir de travailler avec toi !

– De même. Ciao. »

Resident Evil : Retribution, une vision cocaïnée et « What The Fuck » de ce que Paul W.S. Anderson pense du médium cinéma. Un doigt d’honneur énorme aux millions de spectateurs qui vont voir ce film, et un outil de décervelation de masse, en bref la négation du pouvoir créatif et intellectuel de l’être humain au profit… du Profit ! Tout comme la chair infestée par le virus T, Resident Evil : Retribution est un film impropre à la consommation.

Dr. Gonzo