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Le Monde, la Chair et le Diable, de Ranald MacDougall (1959)

Le Monde, la Chair et le Diable

        Il y a quelque temps j’avais parlé du Survivant de Boris Sagal (1971), sympathique film d’anticipation avec cette vieille canaille de Charlton Heston. A ce propos Princecranoir signalait, sur un thème similaire, un film de la fin des années 50 relativement peu connu et au nom biblique pompeux : Le Monde, la Chair et le Diable, dont il parle également dans un billet. C’est donc à mon tour d’en parler, afin de boucler la boucle.

         Dans la filmographie pléthorique du cinéma d’anticipation des années 50, Le Monde, la Chair et le Diable est peu souvent cité, à l’inverse des classiques Them!, Le Jour où la Terre s’arrêta ou L’invasion des profanateurs de sépultures. Il vient en effet un peu après la bataille, et le Noir & Blanc le marginalise encore un peu plus à une époque où la couleur domine.

        L’élégant Harry Belafonte se retrouve dans la peau de Ralph Burton, un mineur bloqué au fond d’un tunnel suite à un éboulement de terrain. Lorsqu’enfin il s’échappe du piège, il découvre un monde sans âme qui vive, des paysages désertés de toute trace humaine, seuls des témoignages visibles de ce que fût l’humanité.  Des journaux lui apprennent qu’une guerre nucléaire est à l’origine de cette dévastation. Le pauvre peut tout de même vivre puisque l’isotope radioactif utilisé est inefficace passé 5 jours. Pour un jeune Afro-Américain dans l’Amérique puritaine des années 50, c’est l’aubaine, il peut tout se permettre, même ce qu’on lui refusait quand les Blancs habitaient ce sol : vivre.  Décidant d’aller voir du côté de la Grosse Pomme – où il n’y a toujours personne – il flâne dans les boutiques, s’installe au dernier étage d’un building de grand standing non loin de Central Park.  Pour Ralph, l’ascension sociale est totale, mais il se sent un peu seul quand même.

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        Le film délaisse un peu la science-fiction pour plonger dans le mélodrame avec l’arrivée de Sarah, magnifiquement interprétée par Inger Stevens. Les deux personnages développent une relation amicale, mais Sarah ne tarde pas à exprimer des sentiments plus forts. C’est là que Harry Belafonte fait montre du potentiel politique du film, en particulier via des dialogues forts et justes. Ralph a peur que « les gens jasent » si jamais ils se montrent en public comme un couple, ce qui ne manque pas d’absurdité vu qu’il n’y a personne dans New-York.  Il fait remarquer à Sarah que dans des conditions normales, elle n’aurait jamais oser lui parler, appartenant à la société favorisée blanche. Belafonte se sert donc habilement du film de MacDougall pour exposer ses convictions humanistes et son combat pour les droits civiques, alors au cœur de l’actualité au moment où sort le film. Ce sous-texte politique n’est pas, de loin, la seule qualité du film. La mise-en-scène très soignée alliée à un Scope somptueux, ainsi qu’un New-York désert (filmé tôt le matin) en font un titre dans le haut du panier du cinéma d’anticipation.

         Rupture de tonalité dans la dernière partie du film, avec l’entrée en scène d’un nouveau survivant, Ben Thacker (Mel Ferrer, prestance virile et rassurée). Ralph devient pour le nouvel arrivant un obstacle dans la « possession » de Sarah, engageant le film sur le terrain du survival urbain post-apocalyptique, l’une des séquences les plus poignantes que l’amateur de cinéma de genre puisse rêver. Les bruits de pas résonnent dans la méga-nécropole, les toits des buildings constituent un point d’observation parfait pour la chasse à l’homme.  Mais au final, point de nihilisme dans ce récit parfaitement orchestré. Suivant à la lettre une sentence biblique ornant un monument de la ville, Ralph jette l’arme et c’est sur une réconciliation  fraternelle (et un ménage à trois qui n’est pas évoquer celui qui clôt le sulfureux Viridiana de Luis Buñuel deux ans plus tard) que l’on se quitte, avec pour intertitre de fin « The Beginning » ! De peu le cinéma annonce/précède l’évolution de la société, et ce film là se doit de ne pas être oublié avant qu’un politicien nous ramène tous en arrière.

Dr. Gonzo

Maniac Cop 3, de William Lustig (1992)

        Amateurs de série B et de pantalonnade filmique torché à la va-vite, quelque chose me dit que vous connaissez sans doute ce fameux Maniac Cop 3, suite des non moins fameux Maniac Cop (1988) et Maniac Cop 2 (1990), fleurons de la série B new-yorkaise des années 1980. Si vous n’avez pas vu les deux premiers, c’est pas la fin du monde, vous n’aurez aucun mal à comprendre les liens psychologiques entre les personnages, ni les raisons de la vengeance aveugle de Matt Cordell, le policier mort-vivant qui donne son titre à la trilogie.

Maniac Cop 3

        Pour faire court, dans Maniac Cop, Matt Cordell est un ancien officier de police envoyé en prison et donc logiquement battu à mort par les autres prisonniers. Il réapparaît quelques années plus tard dans un New-York glauque pour se venger aveuglément sur des civils, en uniforme. Un concept fort qui joue sur la peur du policier, et un héros iconique tout de masse corporelle, qui ne prononce pas un mot, renforçant encore son aura menaçante. Dans la suite, le Maniac Cop revient (alors qu’il est laissé pour mort à la fin du premier, à l’issu d’une scène d’action mémorable dans laquelle le cascadeur a bien failli mourir), pour se venger cette-fois des criminels qui l’ont tué en prison.

        Toujours réalisé par William Lustig (à qui l’on doit le traumatisant Maniac) et écrit par Larry Cohen (créateur de la série Les Envahisseurs et de la saga It’s Alive), Maniac Cop 3 est conçu comme une variation de La Fiancée de Frankenstein, puisque Matt Cordell revient d’outre-tombe pour chercher une fiancée qui prend les traits de la femme flic Kate, surnommée « Maniac Kate » par les médias pour son intransigeance et ses méthodes peu orthodoxes. Le tournage comme la production du film est un gros bazar sans nom, qui mène vers un résultat final désordonné et bancal, ce qui en fait l’épisode le moins adulé des fans. Pourtant il y vraiment de bonnes idées dans cet opus, qui reste pour moi un sympathique film de série B recommandable. Contrairement aux précédents, ce troisième épisode bénéficie d’un format large, ce qui rend l’ensemble plus classieux et moins cheap. Robert Davi reprend son rôle du détective Sean McKinney, stéréotype parfait du flic macho et froid. Quand à Robert Z’dar, sa stature impressionnante (2 mètres 20, la mâchoire protubérante) lui permet de camper pour la troisième fois le tueur mort-vivant silencieux, à la recherche de sa future femme. Toujours aussi iconique, le Maniac Cop enchaîne les crimes, tous plus originaux les uns que les autres, comme cette mort d’un médecin par surcharge de rayons X ! L’autre bad guy du film, c’est Frank Jessup (Jackie Earle Haley, Freddy dans le remake des Griffes de la Nuit), le criminel ayant tué Kate. Dans sa frénésie sanguinolente, le bougre tue son propre avocat venu le libérer, mais relativise en pensant qu’il pourra s’en payer un plus compétent !

Maniac Cop 3

        L’intrigue offre donc de gros morceaux de bravoure, généreux en scènes d’action décomplexées et en gore (la saga est avant tout un mélange polar/horreur), mais aussi en dénonciations politiques, notamment les méthodes sans scrupules des médias. Pour autant, les mauvaises relations entre Lustig et les producteurs du film se ressentent beaucoup, le réalisateur quittant le projet qui se voit ainsi finalisé par l’un des producteurs, Joel Soisson. Celui-ci, en bon producteur peu scrupuleux et sans grande sensibilité artistique, ose insérer une scène de Maniac Cop 2 montrant Cordell tuer des flics dans un escalier du commissariat alors que la scène du 3 se passe dans … un hôpital ! Autre incohérence parmi tant d’autres, McKinney qui est d’habitude un flic taciturne et peu porté sur l’action se met à dézinguer du criminel en mode Stallone, sauve l’infirmière Susan Fowler, s’ensuit logiquement une intrigue romantique dont n’avait pas franchement besoin le film. On voit bien que le processus créatif chaotique du film accouche d’une multitude de sous-intrigues pas forcément cohérentes, mais Maniac Cop 3 n’en reste pas moins un plaisir coupable  agréable, surtout à la vue de son incroyable course-poursuite finale, la scène d’action la plus folle de la trilogie à coup sûr !

Dr. Gonzo

Oblivion, de Joseph Kosinski (2013)

J’aurai quel âge en 2077 ? J’aurai… J’aurai… J’aurai un déambulateur, déjà, et pas mal d’arthrose. En tout cas, je serai sans doute, à en croire Oblivion, en partance pour Titan, satellite de Saturne, la Terre ayant été ravagée suite à une guerre (pourtant gagnée) contre les immondes Chacals, ces êtres venus de l’espace… et qui ressemblent un peu aux Hommes des sables de Tatooine, dans Star Wars. En 2077, ne resteront sur notre chère planète que d’immenses plateformes, protégées par des drones, qui pomperont les ressources naturelles pour les rapatrier sur Titan, et des binômes humains chargés de patrouiller, de surveiller et de réparer les drones endommagés ou défectueux. Ça donne envie comme futur, non ?

Oblivion

Jack Harper (Tom Cruise) et sa femme Victoria (Andrea Riseborough) sont l’un de ces binômes. Ils sont sur Terre le temps de leur mission, et vivent dans une station perchée au-dessus des nuages, quelque part sur ce qui reste de la côte Est des Etats-Unis. Leur quotidien est routinier : patrouilles, réparations, inspections et repérages d’éventuels aliens. Heureusement, il ne leur reste que quelques jours de boulot, et ensuite, direction la réserve humaine qui se trouve sur Titan ! Soit dit en passant, je me suis renseigné et Titan n’est pas non plus ce que l’on appelle un lieu de villégiature, même si l’endroit possède des caractéristiques proches de la Terre. Jugez plutôt : la lune de Saturne est constituée principalement d’eau glacée et de roches ; il pleut et il vente du méthane – y allumer une cigarette est un acte suicidaire – et l’atmosphère contient du cyanure ! Certes, on y bronze facilement, la température moyenne étant de 170 °C. Quant au décalage horaire : une journée titanienne fait 16 jours terrestres ! Autant dire que le lundi matin avant de partir au boulot, il y a de quoi pleurer ! De plus, Titan est trois fois plus petit que la Terre, donc pour loger tout le monde, c’est chaud… Mais en même temps, une guerre nucléaire, ça laisse peu de survivants.

En tout cas, pour revenir au film, la perspective de devoir quitter prochainement la Terre n’enchante guère Jack Harper. C’est que lui, la nature, les arbres, les animaux et tout et tout, il aime ça ! L’homme a même son refuge secret : une cabane située près d’un lac, entre deux montagnes boisées, avec Francis Cabrel qui joue de la guitare sur un tronc d’arbre. De plus, depuis quelque temps, Harper est troublé par des rêves étranges, qui s’apparentent plus à des souvenirs, dans lesquels il voit une femme (Olga Kurylenko) qui lui est familière, mais que pourtant il ne connaît pas. Dans ces rêves, lui et cette femme sont en haut de l’Empire State Building et contemplent New York… alors que la ville est totalement détruite depuis pas mal d’années et que Harper ne l’a jamais connue de son vivant. So strange, isn’t it ?

Et puis un jour, l’existence de Jack Harper est bouleversée lorsqu’il sauve une belle inconnue d’un vaisseau qui vient de se crasher. L’arrivée de cette femme va déclencher une série d’évènements qui vont le forcer à remettre en question tout ce qu’il connaissait. A partir de là, sa vie va changer et il va découvrir une vérité plutôt… effrayante : la scientologie n’est qu’une vaste fumisterie !

Oblivion

Oblivion est un projet original et ambitieux, qui aurait pu cependant être mieux approfondi. Pourtant, le film offre un beau spectacle et les effets spéciaux flattent la rétine. Aux manettes, un ancien de la pub, Joseph Kosinski, à qui l’on doit déjà le décevant mais tout aussi épuré Tron : héritage. Ici, Kosinski adapte son propre roman graphique et autant dire que le résultat est plutôt convaincant ; je dirais même poétique. Ce qui fut autrefois New York n’est plus qu’un immense paysage désertique, d’où émergent çà et là les ruines de ce qui fut une civilisation. Ainsi, la pointe du State Building semble jaillir du néant. Quant aux tours jumelles du World Trade Center… Ah non ! Celles-là, ça fait un moment qu’elles ne sont plus là… Certaines parties de cette vaste étendue rocailleuse, où la nature reprend ses droits, sont « interdites de circulation », car trop radioactives. En fait, l’univers d’Oblivion est un univers d’errance, constitué de lignes droites, d’horizontalité et de perspectives fuyantes. Et, je dois dire que c’est assez beau : une beauté triste, mais une beauté quand même.

Tourné avec une nouvelle caméra, le film offre des plans très esthétiques et de jolies images, comme la lune à moitié désintégrée, où cette base immaculée au-dessus des nuages. On sent que le réalisateur a travaillé dans le design, notamment à travers l’architecture des bases ou l’apparence des hélicoptères (techoptères) ou des drones. Et puis, les musiques électro-classiques, confiées au français M83, sont réussies et collent bien à l’ambiance du film. La fin est par contre très balisée et, finalement, sans grande surprise – d’ailleurs, voilà comment ça se termine : … Vous y avez cru, hein ! Arf ! Arf ! Que je suis diabolique !

Je me suis malgré tout laissé prendre au spectacle et j’ai passé un bon moment. De plus, le film contient de nombreuses références qu’on peut s’amuser à déceler (Star Wars, Alien, La Planète des singes, Viens chez moi j’habite chez une copine…)

Joli, mais peu pratique quand on veut faire les courses...
Joli, mais peu pratique quand on veut faire les courses au Carrefour situé en bas…

Côté casting, Tom Cruise fait ce qu’on lui demande. Jack Reacher devient Jack Harper. Dans sa combinaison argentée antitranspirante trouvée à 22,90 euros chez Décathlon, notre sectateur international trouve ici un rôle à sa hauteur. Encore une fois, Pôle Emploi lui a confié la tâche de sauver le monde – et puis, il est Américain. On retrouve également Morgan Freeman, un peu laissé de côté, et Nikolaj Coster-Waldau, qui joue le rôle de Jamie Lannister dans la série Game of Thrones. Mais bon, moi je n’avais d’yeux que pour Olga Kurylenko, même si son jeu est plutôt… léger. Certes, je ne suis pas objectif et je ne vous apprends rien, mais diantre ! qu’est-ce qu’elle est jolie cette demoiselle ! A bien y regarder, je trouve qu’Anne Roumanoff lui ressemble… de dos… à cent mètres… la nuit… par temps de brouillard…

Bref, Oblivion n’est certainement pas un chef-d’œuvre (mieux réalisé, il aurait pu l’être), mais le long-métrage de Kosinski reste un film sympathique, visuellement fort et agréable.

Haydenncia