Archives du mot-clé peur

Conjuring : les Dossiers Warren, de James Wan (2013)

Clap ! Clap ! (1)

The Conjuring

Hier soir, afin de concrétiser une journée trop joyeuse et sans surprise (une visite de Salma Hayek et une course-poursuite au Carrefour Market), je décide de regarder un film dit d’« épouvante » qu’on m’a récemment conseillé, Conjuring : les Dossiers Warren (The Conjuring pour la version originale, La Conjuration au Québec – je vous aime, les mecs !).

L’occasion est idéale : je suis seul dans mon vieil appartement au parquet grinçant et pour une fois, l’immeuble est silencieux. Dehors, le vent siffle contre les volets et c’est tout juste si on n’entend pas le tonnerre craquer au loin. Woh putain c’est l’heure ou jamais, que j’me dis ! Oui, je parle bizarrement quand je suis seul chez moi. Je communique avec ma brosse à dents, aussi – nous avons de stimulantes discussions sur l’ambivalence des laboratoires pharmaceutiques en Europe depuis la chute du mur de Berlin. Mais, c’est autre chose.

Dans la pénombre, assis sur mon vieux canapé en cuir tanné (un BZ en tissu gris anthracite), coincé entre une pendule centenaire et imposante (un radio-réveil Darty) et le portrait d’une arrière-tante tératologique (une photo de Philippe Candeloro), observé en biais par la hure menaçante d’un sanglier exposé en trophée au-dessus de la télévision (un cochon en peluche posé sur le rebord de ladite télé et qui fait « Grouiiiik » quand on appuie dessus – amusant), je lance le film. Déjà, je frissonne… et je remonte la température du radiateur.

Bonne soirée frissons

Conjuring : Les dossiers Warren, raconte l’histoire horrible, mais vraie, d’Ed et Lorraine Warren, enquêteurs paranormaux réputés dans le monde entier, venus en aide à une famille terrorisée par une présence inquiétante dans leur ferme isolée… Contraints d’affronter une créature démoniaque d’une force redoutable, les Warren se retrouvent face à l’affaire la plus terrifiante de leur carrière…

Possibilité de louer l'été, avec ou sans corde de pendu
Possibilité de louer l’été, avec ou sans corde de pendu

Alors voilà un film qui, comme on dit dans ces cas-là, fait son boulot. D’habitude, je suis plutôt sceptique quand on me dit que tel film fait peur. Certes, la peur est quelque chose de très subjectif – je connais quelqu’un qui s’est fait dessus devant La Grande vadrouille –, mais globalement, je suis un public exigeant. J’ai rigolé devant Blairwitch, je me suis endormi en regardant L’Exorciste et j’ai pensé à ma liste de courses en visionnant Dark Water. Exigeant, je vous dis (2).

Eh bien, je remercie grandement James Wan d’avoir insufflé un peu de rythme à mon pouls décidément trop placide ; je le remercie de m’avoir fait me retourner plusieurs fois durant le visionnage, dans la crainte continue de voir surgir une monstruosité du placard à chaussures. La monstruosité n’a pas surgi – dans quel cas, sortant du placard à chaussures, elle aurait certainement souffert : j’avais beaucoup marché ce jour-là. Mais, je dois bien le reconnaître maintenant devant vous : j’ai un peu balisé, quand même. Un tout petit peu. Un tout petit petit peu. Je dois remercier également ma couche Pampers New Baby Sensitive qui a sauvé mon canapé BZ gris anthracite.

Bonne scène, qui s'amuse efficacement de nos peurs d'enfant
Bonne scène, qui s’amuse efficacement de nos peurs d’enfant

Clap ! Clap ! Bref, je n’en menais pas large, microscopique entité au milieu de mon salon trop grand. Une scène, notamment, est particulièrement flippante (cf. le placard, cf. les deux sœurs, cf. le truc vert grimaçant), mais ce n’est pas la seule. Le film est à voir en VO cependant, pour profiter pleinement du jeu, convaincant, des acteurs et notamment des jeunes acteurs.

Toutefois, la fin, voire plus largement la deuxième partie, est décevante et un peu foutraque. Dès lors que le cinéaste s’emploie à utiliser les gros moyens, le film perd justement de cette modestie, de cette « sobriété » qui procurait l’effroi et qui torturait l’imagination. Je ne le répéterai jamais assez : c’est généralement ce qu’on imagine, ce qu’on subodore, ce dont on présume, plus que ce qu’on voit, qui insuffle la frayeur, qui dilate les pupilles, qui brusque nos palpitations – or, à partir du moment où James Wan abuse des effets spéciaux, il en fait trop et verse dans le fantastique classique. De ce fait, le charme n’opère plus et on y croit de moins en moins (même si, entre nous, ce qu’on fait passer pour une « histoire vraie » m’a l’air surtout d’une gigantesque supercherie). Dommage.

Et le film, dans son ensemble, est un peu sage – j’aurais aimé plus de culot, notamment au niveau de la morale familiale. En parlant de morale, ça m’a aussi bien fait ch… cette propagande catholico-mystique présente tout au long du film, pas vous ? Des crucifix en veux-tu en voilà, et la Bible, et les psaumes, et Jean-Paul II en solex sur l’autoroute… Lassant.

Chucky a encore abusé de l'alcool
Un bon cadeau de Noël pour enfants turbulents

Et pourtant, malgré tout, The Conjuring m’a plu, pour la simple et bonne raison que ça faisait longtemps que je n’avais pas connu pareille tension, pareil suspense au visionnage d’un film. A la fin, on aurait pu jouer au golf avec mon corps, tellement j’étais tendu ! 

Heureusement, l’appartement s’est rempli, l’immeuble s’est réveillé et le vent a cessé ; j’ai pu dormir à peu près tranquillement cette nuit-là. Pas de Clap ! Clap !  venant de sous le lit, ni de bruit sinistre venu dont ne sait où. J’ai rêvé que Robert Charlebois m’apprenait à jouer à Tetris au milieu d’une piscine vide. Vêtu d’un tutu fuchsia, il me chantait « Je reviendrai à Montréal » en me caressant la main et moi je lui disais « Oui et bah restes-y » et alors il s’énervait, et me confisquait les piles de la Game Boy. Mais je m’en fichais, car j’avais des crayons de couleur pour remplacer les piles, et un nain en porte-jarretelle applaudissait et riait, assis sur le plongeoir. Qu’il était laid, avec sa coiffe de bigouden et son appareil dentaire… Je me suis réveillé, et j’ai rendu à Philip Seymour Hoffman sa seringue : trop fort pour moi.

Au final, avec The Conjuring, le résultat est là, plaisant, effrayant. Certes, l’histoire est sans surprise, mais plutôt bien amenée. Certes, on retrouve de nombreux clichés du genre, mais là encore, plutôt bien amenés. Le tout, quoi qu’il en soit, vous assurera quelques frissons, et des regards inquiets par-dessus votre épaule.

Haydenncia

(1)   Ceux qui ont vu le film comprendront l’allusion.

(2)   J’exagère, évidemment ^^. A la limite, ces trois films m’ont plus effrayé encore, avec l’immanquable Suspiria.

(3) Il n’y a pas de (3)…

Suspiria, de Dario Argento (1977)

A part le Gendarme et les gendarmettes, peu de films m’ont vraiment fait peur. Quand je parle de faire peur, je veux dire : flanquer les jetons, ficher la trouille, donner les chocottes, faire claquer des dents, flipper à mort, avoir le trouillomètre à zéro, pisser dans sa culotte (vulgaire), chier dans son froc (très vulgaire), se racler le citron, zigouiller la truelle, alimenter le gyrophare. Bref, avoir les pétoches ! A la limite, après l’avoir regardé le soir de mes cinq ans, Les Dents de la mer m’a préservé de la baignade pendant deux-trois étés, mais sans plus. Ensuite, évidemment, il y a aussi le contexte dans lequel on regarde le film. Vous ne percevrez pas un film d’horreur/épouvante de la même manière selon que vous le visionnez seul dans le noir, dans votre maison vide, avec le vent qui vient siffler dans votre cheminée et le portrait de votre arrière-grand-tante qui vous observe là-bas sur le meuble, où bien avec toute une bande de potes ivres comme des Polonais, dans la claire intention de se marrer. Eh oui ! Prenons l’exemple de Blair Witch. Personnellement, ce film ne m’a pas plus impressionné que ça, mais je peux comprendre qu’il fasse peur, contrairement à d’autres films comme SAW ou Paranormal Activity. Eh bien, celui qui regarde Blair Witch seul dans une cabane au fond des bois par une nuit sans lune regrettera sans doute son geste, tandis que l’autre, qui le matte entouré de toute sa smala, et entend tout faire pour s’amuser de ce film, quitte à la considérer comme un joli documentaire champêtre, aura une critique beaucoup plus nuancée vis-à-vis du degré d’angoisse que procure un tel film. Elémentaire, mon cher Stetson.

La première fois que j’ai vu Suspiria, donc, j’étais seul. Seul par un triste soir d’hiver. Il y avait encore des loups en ce temps-là. A moins que ce ne fussent des renards. Enfin, peu importe finalement, vu que j’habite en pleine ville. La seconde fois que j’ai regardé Suspira, déjà l’effet de surprise avait passé, et ensuite je n’étais plus seul. Alors, forcément, le degré d’angoisse était retombé. Je vais donc relater ici le souvenir que j’ai gardé du premier visionnage de ce film culte. Il faut toujours se souvenir du premier visionnage, comme le rappelait sans cesse Jean-Jacques Rousseau.

Suspiria est un film du réalisateur italien Dario Argento, sorti en 1977. C’est le premier volet d’un triptyque appelé Trilogie des Enfers, avec Inferno (1980) et La Troisième mère (2007).

Le film commence par une nuit d’orage (et orage est un mot bien faible, ici), durant laquelle une jeune danseuse américaine, Suzy Banner, atterrit en Allemagne, afin d’intégrer la prestigieuse académie de danse de Fribourg, présidée un temps par Armande Altaï (qu’on retrouve à la fin du film ^^). A peine arrivée en taxi devant la façade – pourpre, sanguine – de l’école, Suzy aperçoit une jeune fille visiblement affolée qui s’enfuit du bâtiment sous la pluie battante, et se met à courir dans des bois hauts et sombres, à la Caspar David Friedrich. La jeune fille s’appelle Pat Hingle. Pat trouve refuge chez une amie, Sara – là encore, peintures rougeoyantes, symboles quasi sataniques sur les murs, ambiance malsaine. Elle explique à Sara qu’elle est bien décidée à fuir au plus loin de cette école, où des choses étranges semblent se produire. Son amie tente de la rassurer et lui propose de rester dormir. Dans sa chambre, Pat est attiré par sa fenêtre, malgré la nuit noire qui règne dehors… Je n’en dis pas plus…

Le lendemain, Suzy Banner, notre jeune danseuse américaine, fait la connaissance de la vice-directrice de l’établissement, Madame Blanc, ainsi que de la prof de danse, Miss Tanner, un rien Aufseherin, mais également du pianiste aveugle Daniel, et de toute une belle brochette de gueules patibulaires, tout droit sorties d’une œuvre de Jérôme Bosch. Bravo le casting ! L’annonce devait être un peu comme ça : « Recherchons sale tronche qui fait peur. Contacter le… ». Même le gamin blond et sa coiffure à la Mireille Mathieu est angoissant, c’est dire !

Suzy apprend que la jeune étudiante de l’académie qu’elle a vue quitter l’établissement la veille a été sauvagement assassinée la nuit de son arrivée. Elle fait également la connaissance de Sara. Mais très vite, la jeune américaine se rend compte que quelque chose cloche dans cette école qui la met mal à l’aise. Et puis, c’était sans compter sur ces étranges décès et ces disparitions de personnes apparemment un peu trop curieuses, comme elle le devient bientôt…

Dès la séquence d’ouverture de Suspiria, un sentiment de malaise nous envahit, avec cette fantastique tempête qui semble vouloir happer notre jeune héroïne dès sa sortie de l’aéroport et ces couleurs bleues, rouges, funestes et glauques. Cette angoisse progressive est qui plus est alimentée par la formidable et inquiétante bande originale du film, composée par le groupe Goblin, dans laquelle une voix terrifiante scande une mélodie lugubre, sur un fond de boîte à musique rouillée. C’est la première chose qui m’a marquée à l’époque. Je la considère comme l’une des meilleures musiques de film d’horreur, véritablement oppressante et maléfique, digne d’une grand’messe satanique, comme celles auxquelles je participais avec feu mon grand-oncle Marcel et son bouc favori, Jean-Philippe. Ceux qui ont déjà vu le film seront sans doute d’accord avec moi sur la qualité de la bande originale. A tel point d’ailleurs que, même une fois le film terminé, cette ritournelle hante toujours notre esprit.

En plus d’avoir une bande-son de qualité, Suspiria est visuellement beau – beau et inquiétant – et en met plein la vue. Certes, le sang est trop rouge, mais cela fait partie du charme du film. Chaque plan, chaque image est comme un tableau macabre, presque surréaliste, résolument baroque. L’ensemble du film est baigné dans une esthétique à la limite du Technicolor, dont le rouge est la couleur dominante. Les couloirs de l’académie offrent ainsi un grand sentiment de malaise et d’oppression.

Mais surtout, certains passages sont vraiment angoissants et, pour le coup, font peur ! Comme la scène avec l’aveugle et son chien, ou celle du dortoir improvisé, avec sa dominante de rouge là encore : alors que Suzy et Sara discutent en silence sur le passé mystérieux de l’école, derrière elles, derrière le mince rideau, une respiration sifflante et asthmatique semble émaner d’une silhouette allongée, raide comme un cadavre. Sinistre. Et Suspiria offre également de belles scènes gores, peut-être un peu risibles aujourd’hui, mais toujours très efficaces. Quand on vous dit que les barbelés c’est dangereux ! Enfin, pendant tout le film, on sent bien que la jeune et fragile Suzy, à partir du moment où elle a franchi le seuil de l’académie, est comme retenue prisonnière de ce labyrinthe sonore et visuel, où le Mal semble se tapir dans le moindre recoin… Dans cet univers allemand à la Hansel et Gretel, dans ce conte horrifique, l’école fait office de maison en pâtisseries, et seule Gretel, jolie ballerine américaine au visage poupin et innocent, est présente.

Vous l’aurez compris, Suspiria compte parmi ces films qui m’ont fait rallumer ma lampe de chevet plusieurs fois dans la nuit, dans la crainte de voir plantée devant mon lit une vieille sorcière rabougrie au visage veineux et aux doigts squelettiques tendus vers mon cou, ou pire, Dominique Strauss Kahn en pagne. Alors, un conseil : si vous voulez faire des cauchemars et ne pas fermer l’œil de la nuit, avec en tête la musique électrisante et évocatrice de Goblin, regardez Suspiria seul dans le noir, après avoir repeint votre salon en rouge sanguinolent et pris soin de bousiller le circuit électrique, pour que jamais, oh non jamais, la lumière ne puisse être rallumée ! Mouahahah !

Haydenncia