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Maniac Cop 3, de William Lustig (1992)

        Amateurs de série B et de pantalonnade filmique torché à la va-vite, quelque chose me dit que vous connaissez sans doute ce fameux Maniac Cop 3, suite des non moins fameux Maniac Cop (1988) et Maniac Cop 2 (1990), fleurons de la série B new-yorkaise des années 1980. Si vous n’avez pas vu les deux premiers, c’est pas la fin du monde, vous n’aurez aucun mal à comprendre les liens psychologiques entre les personnages, ni les raisons de la vengeance aveugle de Matt Cordell, le policier mort-vivant qui donne son titre à la trilogie.

Maniac Cop 3

        Pour faire court, dans Maniac Cop, Matt Cordell est un ancien officier de police envoyé en prison et donc logiquement battu à mort par les autres prisonniers. Il réapparaît quelques années plus tard dans un New-York glauque pour se venger aveuglément sur des civils, en uniforme. Un concept fort qui joue sur la peur du policier, et un héros iconique tout de masse corporelle, qui ne prononce pas un mot, renforçant encore son aura menaçante. Dans la suite, le Maniac Cop revient (alors qu’il est laissé pour mort à la fin du premier, à l’issu d’une scène d’action mémorable dans laquelle le cascadeur a bien failli mourir), pour se venger cette-fois des criminels qui l’ont tué en prison.

        Toujours réalisé par William Lustig (à qui l’on doit le traumatisant Maniac) et écrit par Larry Cohen (créateur de la série Les Envahisseurs et de la saga It’s Alive), Maniac Cop 3 est conçu comme une variation de La Fiancée de Frankenstein, puisque Matt Cordell revient d’outre-tombe pour chercher une fiancée qui prend les traits de la femme flic Kate, surnommée « Maniac Kate » par les médias pour son intransigeance et ses méthodes peu orthodoxes. Le tournage comme la production du film est un gros bazar sans nom, qui mène vers un résultat final désordonné et bancal, ce qui en fait l’épisode le moins adulé des fans. Pourtant il y vraiment de bonnes idées dans cet opus, qui reste pour moi un sympathique film de série B recommandable. Contrairement aux précédents, ce troisième épisode bénéficie d’un format large, ce qui rend l’ensemble plus classieux et moins cheap. Robert Davi reprend son rôle du détective Sean McKinney, stéréotype parfait du flic macho et froid. Quand à Robert Z’dar, sa stature impressionnante (2 mètres 20, la mâchoire protubérante) lui permet de camper pour la troisième fois le tueur mort-vivant silencieux, à la recherche de sa future femme. Toujours aussi iconique, le Maniac Cop enchaîne les crimes, tous plus originaux les uns que les autres, comme cette mort d’un médecin par surcharge de rayons X ! L’autre bad guy du film, c’est Frank Jessup (Jackie Earle Haley, Freddy dans le remake des Griffes de la Nuit), le criminel ayant tué Kate. Dans sa frénésie sanguinolente, le bougre tue son propre avocat venu le libérer, mais relativise en pensant qu’il pourra s’en payer un plus compétent !

Maniac Cop 3

        L’intrigue offre donc de gros morceaux de bravoure, généreux en scènes d’action décomplexées et en gore (la saga est avant tout un mélange polar/horreur), mais aussi en dénonciations politiques, notamment les méthodes sans scrupules des médias. Pour autant, les mauvaises relations entre Lustig et les producteurs du film se ressentent beaucoup, le réalisateur quittant le projet qui se voit ainsi finalisé par l’un des producteurs, Joel Soisson. Celui-ci, en bon producteur peu scrupuleux et sans grande sensibilité artistique, ose insérer une scène de Maniac Cop 2 montrant Cordell tuer des flics dans un escalier du commissariat alors que la scène du 3 se passe dans … un hôpital ! Autre incohérence parmi tant d’autres, McKinney qui est d’habitude un flic taciturne et peu porté sur l’action se met à dézinguer du criminel en mode Stallone, sauve l’infirmière Susan Fowler, s’ensuit logiquement une intrigue romantique dont n’avait pas franchement besoin le film. On voit bien que le processus créatif chaotique du film accouche d’une multitude de sous-intrigues pas forcément cohérentes, mais Maniac Cop 3 n’en reste pas moins un plaisir coupable  agréable, surtout à la vue de son incroyable course-poursuite finale, la scène d’action la plus folle de la trilogie à coup sûr !

Dr. Gonzo

Polisse, de Maïwenn (2011)

Envie de rigoler ? Besoin de se changer les idées après une journée difficile ? D’abord, aller faire un tour sur ce site, prolixe en blagues cocasses et autres calembredaines subtiles : http://pflestroisroses.fr/. Ensuite, le dernier film de Maïwenn est fait pour vous. Vous, l’amateur de gauloiseries fines, l’adepte de facéties inventives, l’aficionado de… de… Pardon, on me fait de grands signes, là-bas, en face. Euh… Apparemment non, Polisse n’est pas le genre de film pour s’éclater entre potes et se décompresser le cervelet. Je relis ma fiche… Pompompomlalaladidoudidou… Houlà ! Oui !… Houlà ! En effet…

Polisse décrit le quotidien des policiers de la brigade de protection des mineurs (BPM) de Paris, où Mélissa (Maïwenn), une jeune femme mandatée par le ministère de l’Intérieur est envoyée pour faire un reportage dans l’unité en charge des affaires de mœurs. Le film montre comment ces policiers tentent de conjuguer leur métier difficile avec leur vie privée… En invité-surprise, Louis de Funès.

Mmh… Moi qui voulais rire ce soir, je crois que c’est râpé. Tant pis, le film a quand même l’air intéressant : je le visionne et on se retrouve après.

           (127 minutes plus tard)

Ah ! Ah ! Ah ! T’es con, Roger ! T’es con, alors ! Tu… Oups ! Pardon.

Voilà un film-choc, au sujet plus que difficile, car il s’agit de montrer des enfants victimes de pédophilie, de violence ou encore d’abandon. Avec Polisse, on est en pleine incursion au sein d’une brigade spécialisée, au quotidien naturellement difficile vu le travail qui est le leur, et d’ailleurs on ne peut que féliciter les vrais membres de la BPM. C’était mon petit instant « hommage à la République » et là, je suis sérieux. Parce qu’ils en entendent, jour après jour, des trucs glauques. Dans le film, mais évidemment que cela existe en vrai, c’est par exemple la mère qui secoue son bébé pour qu’il arrête de pleurer… La scène avec le père pédophile, mais haut placé et qui dit « avoir le bras long » est particulièrement révoltante. Et « révoltante » est un mot faible, ici. Dégueulasse, abjecte, vomitive.

Le film est servi par un beau casting : Karine Viard, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, Karole Rocher (j’aime bien cette actrice, très juste, au jeu abrupte), Joey Starr (Po ! Po ! Po !). Seule Maïwenn, aussi bonne réalisatrice qu’elle soit, fait un peu tâche dans cet univers brutal, et agace avec son petit air de « j’ai un chignon et des lunettes parce que je suis sérieuse, mais tout à coup je les enlève parce que je suis amoureuse… ».

Mais surtout, Polisse est un film touchant, poignant, aux dialogues qui sonnent juste. Joey Starr est très bon, très émouvant (mais, rien de plus normal quand on a chanté « Paris sous les bombes ! » et « J’appuie sur la gâchette »). Le film le montre en écorché vif, qui veut tout faire pour le bien des mômes qu’il croise. La scène où il est avec le petit garçon que la brigade s’apprête à séparer de sa mère SDF est très émouvante. Diantre ! C’est qu’il y a un cœur qui bat sous ma petite cuirasse de tatou bolivien. Mais dure, la scène… dure, dure…

Le film montre également la vie au sein de la BPM, toujours dans l’urgence, mais parfois confrontée à l’impuissance. Coups de gueule entre collègues, larmes, fous rires et blagues de mauvais goût, mais qui permettent de relâcher la tension. Avec de belles scènes, comme ce moment où la brigade danse dans une boîte de nuit et oublie, l’espace d’une nuit, le temps d’une musique, l’univers sale, poisseux, violent, mais pourtant bien réel dans lequel elle travaille.

Alors oui, je déconne, oui je plaisante, mais ce film m’a particulièrement touché. C’est un film dérangeant, mais nécessaire et bien foutu. Un film qui vous ferait haïr une partie de l’humanité, mais aussi adorer l’autre partie. On trouve même dans Polisse de l’humour, deux trois moments qui nous font sourire dans un cadre aussi grave, et rien que pour ça, je dis bravo !

Haydenncia