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9 mois ferme, d’Albert Dupontel (2013)

Absurde, voilà un mot que j’honore. Humour noir, voilà un terme que j’adore. Dans mon panthéon, on trouve Alphonse Allais, Pierre Desproges, Pierre Doris, Gaspard Proust, Louis-Ferdinand Céline ou Kev Adams (trouve l’intrus et tu gagneras un séjour pour deux au Pakistan). Dupontel n’y est pas, mais c’est pour d’autres raisons que je ne développerai pas ici et aussi parce que j’ai un panthéon six places. Pourtant, si vous voulez savoir la vérité, son dernier film est l’un des films français qui m’a fait le plus rire récemment. Analyse et décryptage, c’est tout de suite dans « Analyse et décryptage », présenté par Pascal Brunner.

Ariane Felder (Sandrine Kiberlain) est enceinte ! C’est d’autant plus surprenant que c’est une jeune juge aux mœurs strictes et une célibataire endurcie. Mais ce qui est encore plus surprenant, c’est que d’après les tests de paternité, le père de l’enfant n’est autre que Bob (Albert Dupontel), un criminel poursuivi pour une atroce agression ! Ariane, qui ne se souvient de rien, tente alors de comprendre ce qui a bien pu se passer et ce qui l’attend…

9 mois fermes

J’allais pourtant  à reculons voir ce film (et d’ailleurs je me suis pris trois lampadaires), étant donné que je ne garde pas un souvenir marquant des autres longs-métrages de Dupontel, malgré dans chacun d’eux des scènes franchement hilarantes. Souvent, son côté « je vais toujours plus loin » m’agaçait et surtout, le scénario aux accents anarchisants faisait la plupart du temps défaut.

Mais, le fait est qu’avec son dernier né, Dupontel livre un film de facture plus classique et peut-être plus grand public, et c’est tant mieux ! L’histoire tient mieux la route et les délires duponteliens (que j’aime beaucoup) sont équilibrés par des moments plus calmes, mais non moins intéressants – ce qui n’empêche pas le film d’être sans doute l’un des plus haletants de son réalisateur. Par contre, quand ça part en délire, ça part en gros délire ! Et moi, je savoure ! Et moi, je ris ! Et moi, je suis tombé en esclavage de ce sourire de ce visage et je lui dis emmène moooooi…

Pour tout dire, la salle était pleine et ça riait de tous les côtés, parfois un peu trop bruyamment d’ailleurs (n’est-ce pas madame derrière nous que j’ai frappée à coup de slip de bain). Certaines scènes m’ont littéralement fait pleurer de rire et autant dire que ça faisait un moment qu’une comédie française n’avait pas provoqué ça, depuis Je vais bien ne t’en fait pas en fait… La scène où Dupontel tente d’expliquer comment le vieux monsieur dont il est accusé du meurtre a pu se retrouver découpé en petits morceaux est complètement désopilante !

9 mois fermes
Sandrine Kiberlain est génialement drôle.

Venons-en au casting. Sandrine Kiberlain est, selon moi, plus qu’Albert Dupontel, la clé de voûté de ce film. Pourtant, longtemps je n’ai pas aimé Sandrine Kiberlain. Son côté « art et essai », son jeu toujours triste et abattu m’exaspéraient. Mais, depuis quelque temps, je découvre une autre Sandrine, comique, rieuse, qui ne se prend pas au sérieux. Et qui n’a toujours pas grossi, par contre. Mais, il faut dire que dans 9 mois ferme, elle est irrésistible et prouve décidément que c’est une immense actrice ayant plusieurs cordes à sa guitare mais c’est logique parce qu’une guitare ça a toujours plusieurs cordes le mi le la le ré le sol le si le mi.

Quant à Dupontel, il est très bien et même attachant en bandit finalement pas bien méchant, mais un peu (beaucoup) illettré. Reste que Dupontel fait du Dupontel, mais c’est ce qu’on attend.

Enfin, l’un des personnages les plus délirants est sans conteste Maître Trolos, joué par l’immense Nicolas Marié ; un avocat bègue totalement hilarant et une plaidoirie qui restera dans les annales de la comédie !

9 mois fermes

Voilà donc avec 9 mois ferme un Dupontel en très grande forme, mais mieux structuré. Le réalisateur de Bernie nous livre un film rapide, drôle, fou, fantasque, absurde surtout. Un film que Mr Haydenncia vous conseille si vous avez envie de rire un bon coup, de passer un agréable moment et de constater que oui, en ces temps moroses où l’on expulse des sosies d’Emmanuel Chain vers le Kosovo, les Français rient encore, monsieur !

Bravo Albert ! Remets-nous ça !

Haydenncia

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Les Gamins, d’Anthony Marciano (2013)

De temps en temps, sur les écrans français, sortent des films que l’on pourrait qualifier sans condescendance de « populaires et sympathiques et qui détendent et t’aurais pas vingt euros faut que je m’achète de la soupe chez Ikea ? ». Les Gamins fait partie de ce genre de film.

Thomas (Max Boublil) est un jeune homme qui rêve de faire carrière dans la musique. Gilbert (Alain Chabat) quant à lui est le futur beau-père de Thomas, marié à Suzanne (Sandrine Kiberlain) depuis 30 ans et père de Lola (Mélanie Bernier), la fiancée de Thomas. Lassé de sa vie de couple plan-plan, Gilbert décide un jour de partir refaire sa vie, entraînant Thomas avec lui pour lui éviter de sombrer dans la même routine. Cette nouvelle vie de gamins va leur permettre de vivre la vie sous un nouveau jour, sans les soucis du quotidien, mais aussi de s’en créer d’autres.

Les Gamins

Certes, le scénario des Gamins en lui-même n’est pas révolutionnaire et l’on pourrait même – mais c’est souvent le cas avec ce genre de comédie – dénoncer une sorte d’« empilement de sketchs » plus ou moins drôles. Cependant, globalement, le résultat est réussi, notamment grâce à des dialogues souvent « poilants » (mot que je n’utiliserai qu’une seule fois dans ma vie) et « qui font mouche » (expression que je n’utiliserai qu’une seule fois dans ma vie également).

Alors, autant dire que quand on a envie de se détendre en riant un bon coup après avoir découpé le fils du voisin pour le mettre dans le congélateur (ou découpé le congélateur pour le mettre dans le fils du voisin… ou découpé le voisin pour le mettre dans le fils du congélateur), un tel film fait du bien. Même si, encore une fois, tout n’est pas parfait.

Pour faire simple, la première partie, celle où le père Alain Chabat décide de franchement s’éclater et embarque avec lui le beau-fils Max Boublil, est franchement tordante, parce que digressive et relâchée. Puis, le rythme retombe un peu et la fin, mais comme la plupart des fins de comédies françaises, est assez convenue (en gros, on retombe dans le nian-nian gentillet romantique qui finit bien).

Cependant, outre le fait que cette fin sans surprise ne gâche rien à l’ensemble, plusieurs passages sont clairement drôles, notamment cette scène avec Patrick Bruel jouant un sosie agent immobilier, ou encore celle du vendeur de vin qui, quand il est bourré… De plus, on a droit à un hommage appuyé à une scène culte de Mary à tout prix (Peter Farrelly, 1998).

Les Gamins

Alors évidemment, étant donné que chaque apparition de Chabat et ses mimiques d’ado attardé dans un film me fait marrer, son rôle d’ado attardé dans Les Gamins ne pouvait que me combler. Faut le voir, à 54 ans, faire du roller en mini-short jambes épilées.

Quant à Max Boule et Bill, pour être tout à fait honnête, j’ai beaucoup de mal avec son humour un peu « idole des jeunes ». Cependant, je dois avouer que son personnage est plutôt drôle. Max, tu remontes dans mon estime (et beaucoup aimeraient être à ta place, bonhomme). Tu deviens un artiste de grand calibre, Max.

Sandrine Kiberlain, quant à elle, prouve qu’elle a décidément un fort potentiel comique (ce que confirme son rôle hilarant dans 9 mois ferme, d’Albert Dupontel, 2013). D’ailleurs, j’en connais aussi des gens qui ne terminent jamais leurs phrases (môman si tu me lis) et des fanatiques casses-couilles du bio et autre nourriture pour lapins (pas de dénonciation ici).

Enfin, il y a cette actrice que je ne connaissais pas et dont je vais désormais suivre la carrière avec assiduité et attention, la talentueuse et délicieuse Mélanie Bernier ♡ ♡ ♡. Tu l’entends, mon petit cœur qui bat, Mélanie ? « La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur et termine dans mon slip. » (Paul Eluard sauf la fin).

Les Gamins

Bref, voilà avec Les Gamins une assez bonne surprise, un film efficace et saint Patoche à voir tranquillement en survêt-chaussons-bière chez soi un soir d’hiver alors que les clochards fouillent vos poubelles.

Et puis, quand en plus on a Iggy Pop en guest star, alias « L’Iguane », alias « France Gall après un séjour dans le désert », on ne peut que hurler son enthousiasme et se précipiter sur ce film ^^.

Haydenncia

P.-S. – Un jeu de mot tout pourri s’est glissé dans cette critique, sauras-tu le retrouver ? Indice : « Hervé Cristiani ».

Un héros très discret, de Jacques Audiard (1996)

Dans Le vieux fusil (Robert Enrico, 1975), Philippe Noiret dégommait à lui tout seul tout un régiment de la terrible division SS Das Reich. Dans La Grande Vardouille (Gérard Oury, 1966), le Français moyen est un Résistant qui se découvre. Un héros très discret est donc un film qui n’aurait pas pu sortir dans les années 1945-1970, époque du mythe de la « France résistante » ; mythe qui, au lendemain de la guerre, cherchait à jeter un voile sur un passé pas si net, en réconciliant tous les Français. Le film d’Audiard, en montrant un type un peu fade qui s’invente un passé glorieux de Résistant et qui parvient à berner une France en quête de réhabilitation fédératrice, de héros et d’honneur, déboulonne en effet de leurs socles gaullien et communiste cette légende longtemps très vivace. Car dans la France occupée, il y avait aussi peu de vrais résistants que de vrais collabos, la plupart des gens se contentant de survivre et de rester passifs, en attendant que ça passe…

Dans l’époque trouble et confuse de l’hiver 1944-1945, à Paris, un homme qui n’a pas participé à la guerre va se faire passer pour un héros en s’inventant une vie admirable. A force de mensonge, il va construire par omissions et allusions un personnage hors du commun.

Un héros très discret, c’est l’histoire d’Albert Dehousse, un type sans envergure, ni très intelligent ni stupide, mais doté d’une grande mémoire, d’un sens de la persuasion et d’une féroce envie de devenir quelqu’un. C’est l’histoire d’un type qui du jour au lendemain, en s’inventant un passé de Résistant, en devenant soudain un « héros de la Résistance », parvient à bluffer tout le monde, devient très important et monte peu à peu les échelons, jusqu’à se brûler les ailes. Un individu peu remarquable, mais remarqué.

Un héros très discret

Enfant déjà, le jeune Dehousse rêve de guerres et de soldats, d’actes de bravoure et de médailles. Il s’imagine recevoir les félicitations d’un général et claque des talons, seul dans sa chambre. Il vit dans le nord de la France avec sa mère, très Française moyenne de l’époque (antisémite, anticommuniste, pieuse). Très vite, l’enfant apprend que son père, dont la photo en uniforme de Poilu orne la cheminée et soi-disant tué courageusement pendant la Grande Guerre, comme le prétend sa femme, est en fait mort d’une cirrhose. Ça la fout mal. A croire que la mystification et la mythification sont génétiques. Telle mère tel fils.

Seul dans sa bulle, le petit Dehousse découvre le monde autour de lui à travers le vasistas de sa chambre et les mots du dictionnaire, qu’il apprend par cœur et note sur un cahier. Il n’a aucun talent d’imagination, mais en grandissant, il recopie des passages entiers de livre, et impressionne ceux qui l’écoutent en leur faisant croire qu’il en est l’écrivain. Il commence déjà à s’inventer une vie. C’est, de fait, un très bon affabulateur. En devenant représentant de commerce, son premier et peut-être seul vrai métier, il apprend en plus à convaincre, ce qui lui servira beaucoup par la suite.

Et puis la guerre éclate. Les nazis envahissent puis occupent la France. Dehousse survole l’Occupation : elle lui passe sous les yeux sans qu’il ne s’en rende vraiment compte. Il voit bien des Résistants tuer des Allemands devant lui, mais s’il est intrigué et sans doute impressionné, il n’ira pas plus loin dans l’engagement. A la Libération, il voit bien sa mère se faire tondre, car ayant collaboré (scène assez dure), mais il ne se pose pas plus de questions que ça. Finalement, il est resté à l’écart de la guerre et a ainsi raté l’occasion de devenir ce héros qu’il aurait aimé être.  Et ça, ça l’agace…

Un héros très discret

Aussi, regrettant de ne pas avoir fait partie de cette mythique Résistance dont parle tellement le général de Gaulle et qui semble avoir rassemblé tant de Français, Dehousse va se la réapproprier à sa façon. Il va partir pour Paris où, grâce à une rencontre fortuite, celle d’un vrai héros pour le coup, il va, de fil en aiguille, s’inventer un passé glorieux que les autres, parce qu’il a du bagout et qu’il sait se montrer crédible, vont croire. En mémorisant les noms de Résistants et ceux des réseaux clandestins, en apprenant par cœur de petites anecdotes prises dans des journaux de la Résistance, Albert va trouver les outils qui le rendront plausible. Le fait est que le faux Résistant s’inspire en fait de ceux-là mêmes qui tombent dans son piège !

Faussaire méthodique, bon comédien, il observe, il enregistre et s’approprie leur vie, leurs mots, leur démarche. On le voit répéter ses textes dans sa chambre miteuse et glaciale sous les combles (réelle, celle-là), comme s’il s’agissait d’une pièce de théâtre. Il se créer ses propres dialogues, ses propres questions-réponses, qu’il ressort au moment opportun dans les soirées d’anciens Résistants, dans lesquelles il est parvenu à s’incruster. Parfois, il lui arrive d’être pris au dépourvu, mais il se rattrape, avec telle petite histoire d’explosifs dans une valise, tel détail croustillant… entendu la veille au soir.

Un héros très discret

Pourtant, à mesure qu’il côtoie de vrais et « grands Résistants », ceux des cercles, des réseaux, ceux de Londres, l’étau devient plus serré et le mensonge de plus en plus gros. Malgré cela, Dehousse, le modeste « pauv’type » sorti de sa campagne, finit lieutenant-colonel à Baden-Baden, en zone d’occupation française en Allemagne. Le voilà dans un nouveau rôle, presque trop grand pour ses frêles épaules. Son double fictif, celui qu’il aurait aimé être « pour de vrai » et qui n’existe que dans le regard – crédule – des autres, donne à présent des ordres, a des responsabilités, plaît aux femmes. Le « héros de la Résistance » a fait son chemin…

Cependant, tout à une fin. Quand, en tant que lieutenant-colonel, il donne l’ordre de fusiller des Waffen-SS Français de la Charlemagne réfugiés dans la forêt, certainement pas des héros, et même des salauds à nos yeux, mais pas des menteurs dans leur engagement, Dehousse se rend compte qu’il est allé trop loin – il a fait tuer des hommes et cette réalité, qui correspond finalement au personnage qu’il s’est inventé, le rattrape alors. Au son des coups de feu, son monde de fiction devient soudain bien concret : c’en est trop pour lui. Le film se finit sur une morale sauve, mais il ne pouvait en être autrement. La vérité, comme on dit, finit toujours par éclater. A force de s’enfoncer dans le mensonge, notre jeune héros se perd et se fragilise. Bientôt, les regards deviennent suspicieux, quelque chose ne colle plus, le jeu se termine. De fait, comme le mensonge de la France Résistante, celui de Dehousse va s’effriter avec le temps et finir par tomber…

Un héros très discret

J’ai beaucoup aimé ce film de Jacques Audiard. Le réalisateur au chapeau et lunettes ne m’a donc toujours pas déçu. Certes, le début est un peu « poussif » et a du mal à décoller. Mais, une fois l’histoire installée (une fois que Dehousse devient ce faux Résistant), le rythme s’enclenche et la mystification va crescendo, captivant le spectateur.. Tout le film, finalement, est monté sur un mensonge et le spectateur en est – presque – le seul complice. Lui seul voit les subterfuges utilisés par Dehousse ; lui seul connaît sa véritable identité. Malgré cela, et grâce au talent de réalisation d’Audiard, il a envie que le « jeu » continue, que l’imposture se poursuive pour son plus grand plaisir.

Un héros très discret

Mathieu Kassovitz est excellent et nous offre une superbe performance d’acteur. Avec ses yeux ahuris et sans cesse étonnés, son air effacé qui lui permet finalement de « passer partout », il donne de la profondeur à un personnage qui en a peu. L’acteur, ni sympathique ni antipathique – ordinaire, mais quand même assez escroc et opportuniste – parvient par son jeu presque attendrissant à ce qu’on s’attache à lui.

Jean-Louis Trintignant, qui joue Dehousse vieux, est parfait, mais ça n’est pas une surprise. Il incarne un vieil homme qui regarde avec tristesse, mais aussi cynisme, son passé. Un vieil homme qui tente de s’excuser d’avoir menti, mais son mensonge, dit-il finalement, est aussi celui d’une époque où la confusion était alors généralisée, où tout était alors possible, où les collabos devenaient soudain des Résistants de la dernière heure.

Avec son deuxième film, Audiard prouve qu’il est vraiment l’un des meilleurs réalisateurs français actuels. La mise en scène et la réalisation, comme toujours chez Audiard, sont très réussies et pleines d’inventivité. Les musiques, discrètes, sont efficaces. Et j’ai aimé l’idée de faire défiler face caméra, comme dans un documentaire, de vrais historiens et de vrais Résistants, qui donnent des témoignages contradictoires sur Dehousse, personnage fictif, lui. Très astucieux ! Le travail d’Audiard est soigné, stylisé, intelligent et, malgré un démarrage un peu long, bien rythmé et plutôt humoristique, dans la lignée d’un Arrête-moi si tu peux, de Spielberg (2002). Enfin, les dialogues sont savoureux et certains passages, comme celui avec Clotilde Mollet et Mathieu Kassovitz, font penser à du Audiard père. Un héros très discret est une satire sur la France et ses propres illusions d’après-guerre, que je conseille vivement à ceux ou celles qui ne l’auraient pas encore vu. Oui, monsieur !

Haydenncia