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Le Labyrinthe, de Wes Ball (2014)

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        Dans la droite lignée des Hunger Games, La stratégie Ender et autres Divergente, voilà débouler Le Labyrinthe, le premier volet d’une trilogie basée sur le cycle littéraire L’Épreuve de James Dashner. Nouvel assaut cinématographique de la saga de SF pour adolescents, le film du jeune réalisateur Wes Ball en reprend les thématiques fondamentales. Un jeune homme se réveille amnésique dans le « Bloc », une immense prison à ciel ouvert entourée d’un labyrinthe qui change de configuration chaque nuit. Au sein d’un groupe exclusivement composé d’adolescents, il doit retrouver la mémoire et tenter de sortir du bloc. Lire la suite Le Labyrinthe, de Wes Ball (2014)

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La trilogie Quatermass, de Val Guest et Roy Ward Baker (1955, 1957 et 1967)

        La trilogie Quatermass est une petite saga au croisement de la science-fiction et du film d’horreur qui est emblématique de la Hammer Films. Basée originellement sur la série télévisée de la BBC créé par Nigel Kneale au début des années 1950, les films de la firme britannique ont acquis une renommée qui ne s’est pas estompée avec temps, loin de là. La puissance narrative y doit beaucoup, sans doute bien plus que les rares moments d’horreur pure qui témoignent d’une économie de moyens immense. Mais comme souvent dans le cinéma de genre, ce sont les petits films sans budget qui exploitent leur concept avec le plus  de passion et de talent, et finissent par s’imprégner dans l’imaginaire bien rempli du cinéphile.

The Quatermass Xperiment

        En 1955 sort sur les écrans The Quatermass Xperiment, ou pour les franchouillard Le Monstre (traduction ultra-recherchée s’il en est), dans lequel le physicien Bernard Quatermass est confronté à une énigme de taille : comment et pourquoi deux des trois astronautes partis dans la fusée ont-ils disparus dans l’espace ? Tout aussi étonnant : l’astronaute survivant souffre de troubles de la mémoire et commence à se comporter de façon imprévisible. Dès la première séquence, le ton du film est donné : ambiance suspicieuse dans un Noir et Blanc sobre. On passe directement sur la fusée tombée dans un champs, à l’envers.  Notons que lorsque les scientifiques rentrent dans la fusée, tout est à l’endroit ! Peu importe, Quatermass arrive donc en catastrophe et c’est l’occasion de faire connaissance avec le personnage, rustre, direct et littéralement obsédé par ses recherches scientifiques. L’acteur Brian Donlevy l’interprète parfaitement, faisant du scientifique un personnage certes rigide mais pour autant charismatique et attachant.

        Le film est parfaitement attrayant du fait de son suspense, Val Guest sait comment entretenir le mystère autour de la fusée pendant tout le film. Le climat de paranoïa qui en résulte se concrétise dans l’affrontement psychologique entre Quatermass et l’inspecteur Lomax. Cette opposition entre représentants scientifiques et officiers militaires/politiques est une constante dans la trilogie, pointant l’incompréhension des connaissances scientifiques par les élites gouvernementales. Budget minime voire inexistant oblige, The Quatermass Xperiment opte pour la suggestion, du moins jusqu’à la scène dans l’abbaye de Westminster où le pauvre astronaute se transforme en une créature caoutchouteuse et tentaculaire. Un moment involontairement risible, mais qui confère en même temps le charme désuet de ce sympathique petit film ancré dans son époque en évoquant directement le projet de colonisation sur la lune. Course à l’espace mais aussi course au développement technologique entre pays sont passés au crible, jusqu’à l’ultime plan, sombre et vénéneux dans lequel Quatermass avance le pas lourd dans la brume londonienne en affirmant ne pas abandonner le projet lunaire. Le progrès de la science suppose bien des pertes humaines, en soit… Contre toute attente, c’est un succès en salles, confortant les dirigeants de la Hammer à mettre sur pieds une suite, et à exploiter à fond le cinéma d’épouvante. La suite, on la connait !

 

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        1957, le physicien refait son apparition dans Quatermass 2, nommé chez nous La Marque ou Terre contre satellite. Là encore, il ne faut que quelques minutes pour être immergé dans l’histoire, avec un homme qui voit apparaitre une étrange marque sur son visage suite à la chute de météorites. L’action se déroule cette fois dans la campagne londonienne. Quatermass découvre l’existence d’une immense ville expérimentale tenue secrète par les autorités, et calquée sur son propre modèle de colonie lunaire. Ce qui frappe, c’est le changement de ton opéré avec le premier film. Le sujet central de cet opus est l’invasion extraterrestre sur Terre. Ceux-ci contrôlent les humains grâce aux météorites, et tout le personnel autant que les habitants d’un petit village aux alentours sont sous leur domination. Pour le coup, Val Guest et Nigel Kneale ont allègrement pioché du côté de Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel, qui venait juste de sortir.

        Pour autant, le film est vraiment réussi, notamment dans son maintien du suspense encore une fois, dans la mise en scène efficace ou encore dans les maquettes sublimes de Brian Johnson, jeune assistant des effets spéciaux qui signera par la suite ceux de 2001, l’Odyssée de l’espace, Alien et Aliens, le retour ou encore l’Empire contre-attaque ! Certaines séquences sont fortes, comme l’homme en combustion dévalant les escaliers de l’un des dômes où sont enfermés les blobs monstrueux, d’inspiration très lovecraftienne. Quatermass fait de nouveau face à une farouche opposition bureaucratique, avec une administration lui refusant de nouvelles subventions pour des recherches trop coûteuses dont les résultats se font attendre. Il trouve cependant l’aide de l’inspecteur Lomax, ici joué par John Longden, un acteur solide vu plusieurs fois chez Hitchcock. De son côté, James Bernard signe une composition musicale totalement en accord avec le film, avec puissantes envolées de violon à l’appui. Tous points confondus, ce deuxième volet est sans doute le plus réussi, une petite pièce maîtresse de la science-fiction paranoïaque des fifties.

 

Quatermass and the Pit

        Troisième et dernier opus, Quatermass and the Pit (Les Monstres de l’espace) est différent de ses prédécesseurs sur bien des points. La couleur apporte une atmosphère plus édulcorée, la réalisation passe aux mains de Roy Ward Baker, illustre artisan de la firme, tandis que Andrew Keir remplace Donlevy dans la peau de Quatermass (ce qui plaît énormément à Nigel Kneale, qui ne supportait pas Donlevy). Andrew Keir offre une composition beaucoup plus humaine au personnage, désormais sympathique et conciliant, non plus hautain comme avant. Il faut dire que sa grosse barbe de bucheron lui confère d’emblée une aura chaleureuse, aussi. Dans cet opus, c’est une légende qui refait surface autour de Hobb’s End, un endroit de Londres où d’étranges rumeurs font état d’ovnis dans le ciel alentour ou de bruits inquiétants, depuis des siècles. Lors de la construction d’une nouvelle rame de métro, les ouvriers découvrent des squelettes d’hommes singes et un vaisseau indestructible et d’une matière inconnue. N’ayant peur de rien, les scénaristes imaginent une réécriture complète des thèses darwiniennes sur l’évolution de l’espèce humaine. Les hommes seraient actuellement ce qu’ils sont à cause des expériences menées par les extraterrestres dans un passé très lointain.

        Bien plus faible dans sa narration, cet opus se montre tout de même plaisant et ne ménage pas le corps militaire, bien souvent ridiculisé. En effet les militaires croyant voir dans le vaisseau une bombe, s’imagine déjà une attaque d’un autre pays et évacue le métro. Quatermass fait équipe avec le docteur Mathew Roney et Barbara Judd (la Hammer girl Barbara Shelley), deux scientifiques à la base des découvertes. Il doit aussi collaborer malgré lui avec le colonel Breen(l’excellent Julian Glover), peu enclin à comprendre les raisonnements scientifiques du professeur, surtout lorsque cela est aussi fantaisiste que des extra-terrestres ayant colonisé la terre il y a des milliards d’années. Pourtant, il lui faut admettre la véracité de ces théories lorsque les espèces d’insectoïdes extraterrestres reprennent vie dans la dernière partie. Bien fauché encore une fois, les effets spéciaux ont mal vieillis, et l’aspect des « sauterelles de l’espace » (pour leur trouver un nom approprié) fait sourire. Le penchant des responsables de la Hammer pour l’occultisme trouve ici sa pleine expression, comme en témoigne le recours à des séances de spiritisme au cours desquelles les scientifiques voient comment les monstres ont menés leur projet d’asservissement.  Quatermass and the Pit clôt sur une note plus douce une trilogie fort classique et réjouissante de la Hammer.

Dr. Gonzo

Snowpiercer, Le transperceneige, de Bong Joon Ho (2013)

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        Deux évidences sautent aux yeux à la vision de Snowpiercer. D’une part, la bande dessinée originale (de Jean-Marc Rochette, Benjamin Legrand et Jacques Lob, 1984) et le réalisateur sud-coréen Bong Joon Ho étaient fait pour se rencontrer. D’autre part, 2013 est vraiment une année 100% Science-fiction et ça, ça fait du bien dans le caleçon (air bien connu dans les Cévènnes au XVIème siècle).

        On pouvait craindre le même résultat malheureux que son compatriote Kim Jee-woon sur Le Dernier rempart, dans lequel sa personnalité artistique était écrasée sous le poids de l’usine à rêves hollywoodienne. Bong Joon Ho peut compter avec l’aide de sociétés de production moins envahissantes, certes, mais on sait à quel point le passage vers la grosse production peut être synonyme d’auto-trahison et de reniement de l’univers créatif d’un réalisateur. Or Snowpiercer est bien un film affilié à son géniteur, il n’y a pas de doute possible. Sa réalisation est une fois encore remarquable, alignant les plans iconiques, usant de tous les symboles propres à la BD et surtout, exploite bien le décors en huis-clos des wagons du train. On se retrouve bien souvent avec des scènes offrant une profondeur de champs magnifique, magnifiée par le grain de la pellicule et le character design en général (aussi bien à l’intérieur du train qu’à l’extérieur). Les différents wagons traversés par les insurgés reflètent parfaitement la fracture sociale censée être à l’oeuvre; et pour ma part la séquence dans la salle de classe est particulièrement savoureuse, faisant le constat désespéré d’une éducation caricaturale sur le monde, allègrement bien-pensante et orientée à la droite du Front National (c’est dire). En matière de grotesque social, la claque est totale et nous renvoie vers le penchant caricatural ouvertement assumé par bon nombre de gouvernements occidentaux. Paradoxalement, le chef des insurgés est joué par Chris Evans (Captain America), joli retournement de veste, chapeau ! Du côté du reste de ce casting international, Tilda Swinton est méconnaissable en femme despotique incarnant la pensée archaïque, Ed Harris est classe en première classe, Song Khan-Ho est un mec cool puisqu’il donne la dernière clope de l’humanité à un révolté qu’il connait depuis quelques heures, et John Hurt ressemble à Gandalf avec un bras en moins. Globalement, rien à redire sur le jeu des acteurs.

Snowpiercer

        Il y a bien quelques moments étranges, quasiment hors du temps/de l’action du film, qu’on peut trouver gênants pour la cohérence du film : des personnages qui ne répondent pas à d’autres personnages, des moments de flottement, des attitudes de certains personnages hors de propos… Et c’est justement très bien à propos, pour illustrer l’absurdité du système politique/idéologique du microcosmos du train, qui n’est rien de moins qu’une allégorie de nos sociétés occidentales. Et l’intelligence du film est d’exploiter aussi bien le fond et la forme. Du nihilisme de la BD, on en retrouve toute la force réflexive sur les rapports de domination, l’exploitation humaine, la lutte des classes perdue d’avance par les plus pauvres et l’inévitable trahison des principes idéologiques (les concessions par rapport au but initial, la découverte des responsabilités du pouvoir…), et bien évidemment sur l’illusion entretenue par les nantis de la liberté et le maintien de la peur comme vecteur d’endormissement des consciences. La conversion finale entre le chef de la « Grande Révolution » et Wilford (le créateur du train) est passionnante, sur les rouages de la domination sociale. Snowpiercer est en quelque sorte le film de S-F. sociale qu’on attendait plus, combinant une forme divertissante sans pour autant renier la radicalité de son auteur (l’affrontement dans le tunnel, ou la chasse à l’homme plus loin dans le sauna complètement délirant de maîtrise, seulement portée par le bruit des rails !)  à un fond évidemment dense, réflexif sans être manichéiste.

        C’est peu dire que la sortie à quelques mois d’intervalles  d’Elysium et de Snowpiercer (tous deux portés par un révolutionnaire issu de la masse plébéienne et donc directement confronté aux problèmes de celle-ci)) est représentatif du point critique atteint dans l’organisation socio-économique actuelle. Mais comme la vraie révolution n’est pas pour demain, autant aller au cinéma pour se la représenter, surtout quand elle l’est aussi bien faite que dans Snowpiercer.

Dr. Gonzo

Le Survivant, de Boris Sagal (1971)

Le Survivant, de Boris Sagal (1971)

        Le docteur Robert Neville (Charlton Heston) est le dernier survivant humain d’une guerre biologique survenue 2 ans auparavant, en 1975. Il doit survivre dans un Los Angeles apocalyptique, et se protéger des membres de la « Famille », une secte religieuse formée par les personnes contaminées par la bactérie nucléaire.

        Film considéré comme culte par beaucoup, Le Survivant est un film dont l’aboutissement ne tient qu’au seul Charlton Heston. En effet c’est lui qui est allé proposer le projet aux studios, ayant lu le livre de Richard Matheson lors d »un vol en avion. Ainsi trois ans après La Planète des Singes (Schaffner, 1968), voilà l’acteur reparti dans un film de SF. C’est en réalité la deuxième adaptation au cinéma du livre Je suis une légende (1954), la première étant interprétée par Vincent Price en 1964. Or ni Heston ni Boris Sagal ne connaissaient le film…

Le Survivant

         C’est bien connu, le film n’est absolument pas fidèle à l’oeuvre littéraire (c’était déjà le cas du film avec Vincent Price, et aussi du récent remake avec Will Smith en 2007). Matheson concevait les contaminés comme des vampires, alors qu’ici ce sont des albinos fanatico-religieux en mode persécuteurs médiévaux. Ils ne peuvent s’exposer à la lumière du jour, ce qui permet à Neville de flaner dans les rues en plein jour, pour récupérer nourriture, armes, vêtements… Les contaminés portent le progrès technologique comme responsable du déclin de la civilisation, ils ont érigé le retour aux valeurs anciennes comme modèle pour l’avenir. Les plans du Los Angeles apocalyptique, vidé de gens et de vie, ont grandement participé au succès du film. Cela est très bien fait, l’impression d’assister à la fin de l’Humanité est pour l’époque assez exceptionnelle. On ne voit ni avions, ni oiseaux dans le ciel. Cependant la mise en scène de Sagal a mal vieillie, la caméra bouge désagréablement, la musique est à côté de la plaque (une espèce de berceuse pendant une scène d’action par exemple), et le tout est assez kitch. On est loin de l’impact encore inégalé d’un Soleil Vert. De plus on note un nombre assez incroyable d’erreurs et d’aberrations : lumière et feux tricolores qui fonctionnent dans un monde qu’on nous dit dépourvu de courant électrique; technicien visible dans certains plans; doublure du comédien bien visible lors de la scène de moto; fruits comestibles après avoir été exposé à des retombées nucléaires (?!)… Et enfin le meilleur pour la fin, des contaminés qui sont insensibles au feu, alors que c’est une source de lumière !! Un vrai scénario écrit entre deux rails de coke, quoi.

Tchin-Tchin d'Afflelou : une paire achetée, la deuxième offerte !
Tchin-Tchin d’Afflelou : une paire achetée, la deuxième offerte !

        En revanche, les thématiques abordées se démarquent par leur actualité intemporelles. La peur d’une menace biologique ou nucléaire est encore présente dans notre monde. La différence, c’est que dans le film cela participe à l’anticommunisme d’alors, la guerre étant le fait des Russes. Charlton Heston, grand défenseur du port d’armes s’il en est, ne se sépare jamais de ses guns dans le film. Une scène assez ambigu le montre dans une salle de cinéma, regardant les images du mouvement hippie à Woodstock, alors qu’il tient un fusil dans la main. On ne peut faire plus évocateur comme message. Le récit s’accélère quand il découvre qu’il reste d’autres survivants, non contaminés comme lui. Sa rencontre avec Lisa (Rosalind Cash), jeune Afro-Américaine, permet au réalisateur d’apporter une touche Blaxploitation dans son film. Et que dire du bad guy, Matthias (Anthony Zerbe), si ce n’est qu’il est assez ridicule dans son accoutrement médiéval et son maquillage rétro voulant nous faire croire à son albinisme ! Mais qu’importe, The Omega Man est assurément une oeuvre d »époque, porteuse des craintes et des questionnements propres aux années 70 (surpopulation, épuisement des ressources naturelles, danger atomique…), c’est là tout son charme !

Titre original : The Omega Man
Réalisation : Boris Sagal
Nationalité : Etats-Unis
Scénario : Richard Matheson et John W. Corrington
Chef opérateur : Russel Metty
Avec : Charlton Heston, Anthony Zerbe, Rosalind Cash...
Production : Warner Bros.
Durée : 98mn
Sortie en France : 24 novembre 1971



                                                       Dr. Gonzo

Los Angeles 2013, de John Carpenter (1996)

« En France, je suis un auteur, en Allemagne je suis un faiseur de film, au Royaume-Uni, je suis un réalisateur d’horreur, aux États-Unis, je suis un clochard. » – John Carpenter

Cette petite phrase bien célèbre de John Carpenter nous rappelle 1) que la critique institutionnelle de chaque pays offre une lecture bien distincte sur le cinéma et 2) que Big John est unanimement (du moins, je pense) adulé par les cinéphiles  et amateurs de films de genre. Suite à l’enthousiasme de Kurt Russell, John Carpenter met sur les railles une suite à son New-York 1997, qu’il considère comme son meilleur film et objet de culte pour nombre de personnes. Rappelons que Escape From New-York disposait seulement d’un budget de 6 millions de dollars, étant indépendant du système hollywoodien. Pour Escape From L.A., la Paramount donne une enveloppe de 50 millions, dont 5 pour les poches de Big John pour que celui-ci refasse son plus grand succès dans une version plus moderne et délocalisée à Los Angeles. Le résultat ? Un énorme doigt d’honneur au système des studios et des producteurs.

Snake Plissken (Kurt Russell), juste le type le plus bad-ass du monde !
Snake Plissken (Kurt Russell), juste le type le plus bad-ass du monde !

En effet, le film constitue plus un remake qu’une suite de son prédécesseur, en plus coloré -les couleurs chaudes de L.A. remplacent la colorimétrie glaciale et oppressante de NY – et plus jusqu’au-boutiste.  Snake Plissken, anti-héros nihiliste qui vit dans une société contraignante et ultra-normée qu’il ne comprend pas, est encore plus pessimiste et passif que dans l’épisode new-yorkais. Le parti-pris fou de Carpenter, Debra Hill et Kurt Russell (tous trois scénaristes) c’est de faire en sorte que Snake rentre dans l’histoire en ayant conscience qu’il l’a déjà vécue, une quinzaine d’années plutôt, car Big John ne se gêne pas pour reprendre le même schéma narratif, voire certains plans identiques. En témoignent la scène où Snake s’assoit sur une chaise alors qu’il lui reste quelques heures à vivre, ou bien la fameuse phrase « Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes »…

Le point noir du film sont évidemment les SFX, immondes surtout lors des séquences du sous-marin, des delta-planes ou du surf. Cela vient bien sûr de la faillite de la boite de SFX chargé du film lors de la post-production, donc quoi qu’il en soit, personne ne pouvait sauver ces scènes…

Là où Big John frappe fort, c’est sans aucun doute sur la dimension politique et idéologique. Se permettre d’être aussi critique vis-à-vis du pouvoir politique américain, des riches, des pauvres, de la chirurgie esthétique (grosse critique d’Hollywood), des révolutionnaires, des policiers et militaires, c’est quand même foutrement bon ! Pour autant il ne faut pas prendre Carpenter pour un anti-américain, bien au contraire. Ce qu’il dénonce avant tout, c’est l’ambition hégémonique des USA qui réduit la marge de liberté de ses citoyens jour après jour. Même le militaire incarné par Stacy Keach avoue, en parlant du look rétro de Snake, qu’il symbolise le « bon vieux temps ». C’est dire si l’autorité n’est qu’une façade manipulée par un président des USA ultra-religieux et obscurantiste (joué par l’excellent Cliff Robertson). En choisissant de remplacer la scène de catch de NY par un jeu de basket-ball lorsque Snake est prisonnier, Carpenter dénonce aussi la starification et l’aspect éphémère des stars, qui ne sont que des pions pour un système médiatique sans pitié et prêt à tout pour quelques dollars de plus.

Hollywood is dead !
Hollywood is dead !

En un mot comme en dix mille, Los Angeles 2013 est pour moi un brûlot transgressif et cynique brillant, un film d’action jouissif et généreux aux revendications fortes comme on en voit peu, surtout quand on sait qu’il est financé par une major.  Un « FUCK » en bonne et due forme aux valeurs établies et à l’aveuglement populaire. Malheureusement le film a été un échec au box-office, tout comme le Mars Attack de Burton à quelques mois d’intervalle. Ces deux là avaient effectivement peu de chance face au géant Independence Day et à son patriotisme écœurant qui, pour le coup, n’avait rien à dénoncer sur l’exemplaire société américaine ! « Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes ».

Titre original : John Carpenter's Escape From L.A.
Réalisation : John Carpenter
Nationalité : USA
Scénario : John Carpenter, Debra Hill et Kurt Russell
Chef Opérateur : Gary B. Kibbe
Musique : John Carpenter et Shirley Walker
Avec : Kurt Russell, Steve Buscemi, Pam Grier, Cliff Robertson, Bruce Campbell, Peter Fonda, 
Allison Joy Langer...
Production : Paramount Pictures et Rysher Entertainment
Distributeur : Paramount et UIP
Durée : 101 mn
Sortie en France : 13 novembre 1996