Archives du mot-clé slasher

Aux Yeux des Vivants, de Julien Maury et Alexandre Bustillo (2014)

Aux Yeux des Vivants

        Alexandre Bustillo et Julien Maury, anciens journalistes dévoués au cinéma de genre (Mad Movies), avaient littéralement bluffé leur monde en passant derrière la caméra en nous offrant A l’intérieur, pièce maîtresse de la nouvelle vague horrifique française dont la beauté graphique de certaines séquences nous ramenait à l’âge d’or du cinéma bis italien le plus sanglant ! La déception était encore plus grande en découvrant Livide, leur second film, foutraque au possible (notamment à cause d’un mélange de genres très lourd) et jamais flippant. La sortie très discrète de leur troisième film en commun laissait donc un sentiment de crainte et d’enthousiasme à la fois. Lire la suite Aux Yeux des Vivants, de Julien Maury et Alexandre Bustillo (2014)

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Maniac Cop 3, de William Lustig (1992)

        Amateurs de série B et de pantalonnade filmique torché à la va-vite, quelque chose me dit que vous connaissez sans doute ce fameux Maniac Cop 3, suite des non moins fameux Maniac Cop (1988) et Maniac Cop 2 (1990), fleurons de la série B new-yorkaise des années 1980. Si vous n’avez pas vu les deux premiers, c’est pas la fin du monde, vous n’aurez aucun mal à comprendre les liens psychologiques entre les personnages, ni les raisons de la vengeance aveugle de Matt Cordell, le policier mort-vivant qui donne son titre à la trilogie.

Maniac Cop 3

        Pour faire court, dans Maniac Cop, Matt Cordell est un ancien officier de police envoyé en prison et donc logiquement battu à mort par les autres prisonniers. Il réapparaît quelques années plus tard dans un New-York glauque pour se venger aveuglément sur des civils, en uniforme. Un concept fort qui joue sur la peur du policier, et un héros iconique tout de masse corporelle, qui ne prononce pas un mot, renforçant encore son aura menaçante. Dans la suite, le Maniac Cop revient (alors qu’il est laissé pour mort à la fin du premier, à l’issu d’une scène d’action mémorable dans laquelle le cascadeur a bien failli mourir), pour se venger cette-fois des criminels qui l’ont tué en prison.

        Toujours réalisé par William Lustig (à qui l’on doit le traumatisant Maniac) et écrit par Larry Cohen (créateur de la série Les Envahisseurs et de la saga It’s Alive), Maniac Cop 3 est conçu comme une variation de La Fiancée de Frankenstein, puisque Matt Cordell revient d’outre-tombe pour chercher une fiancée qui prend les traits de la femme flic Kate, surnommée « Maniac Kate » par les médias pour son intransigeance et ses méthodes peu orthodoxes. Le tournage comme la production du film est un gros bazar sans nom, qui mène vers un résultat final désordonné et bancal, ce qui en fait l’épisode le moins adulé des fans. Pourtant il y vraiment de bonnes idées dans cet opus, qui reste pour moi un sympathique film de série B recommandable. Contrairement aux précédents, ce troisième épisode bénéficie d’un format large, ce qui rend l’ensemble plus classieux et moins cheap. Robert Davi reprend son rôle du détective Sean McKinney, stéréotype parfait du flic macho et froid. Quand à Robert Z’dar, sa stature impressionnante (2 mètres 20, la mâchoire protubérante) lui permet de camper pour la troisième fois le tueur mort-vivant silencieux, à la recherche de sa future femme. Toujours aussi iconique, le Maniac Cop enchaîne les crimes, tous plus originaux les uns que les autres, comme cette mort d’un médecin par surcharge de rayons X ! L’autre bad guy du film, c’est Frank Jessup (Jackie Earle Haley, Freddy dans le remake des Griffes de la Nuit), le criminel ayant tué Kate. Dans sa frénésie sanguinolente, le bougre tue son propre avocat venu le libérer, mais relativise en pensant qu’il pourra s’en payer un plus compétent !

Maniac Cop 3

        L’intrigue offre donc de gros morceaux de bravoure, généreux en scènes d’action décomplexées et en gore (la saga est avant tout un mélange polar/horreur), mais aussi en dénonciations politiques, notamment les méthodes sans scrupules des médias. Pour autant, les mauvaises relations entre Lustig et les producteurs du film se ressentent beaucoup, le réalisateur quittant le projet qui se voit ainsi finalisé par l’un des producteurs, Joel Soisson. Celui-ci, en bon producteur peu scrupuleux et sans grande sensibilité artistique, ose insérer une scène de Maniac Cop 2 montrant Cordell tuer des flics dans un escalier du commissariat alors que la scène du 3 se passe dans … un hôpital ! Autre incohérence parmi tant d’autres, McKinney qui est d’habitude un flic taciturne et peu porté sur l’action se met à dézinguer du criminel en mode Stallone, sauve l’infirmière Susan Fowler, s’ensuit logiquement une intrigue romantique dont n’avait pas franchement besoin le film. On voit bien que le processus créatif chaotique du film accouche d’une multitude de sous-intrigues pas forcément cohérentes, mais Maniac Cop 3 n’en reste pas moins un plaisir coupable  agréable, surtout à la vue de son incroyable course-poursuite finale, la scène d’action la plus folle de la trilogie à coup sûr !

Dr. Gonzo

Massacre à la tronçonneuse 2, de Tobe Hooper (1986)

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        Tobe Hooper avait fichu la frousse à tout le monde en 1974 avec Massacre à la tronçonneuse. Inutile de rappeler combien ce film est devenu matriciel pour le cinéma d’horreur postérieur, tant sur le plan esthétique que thématique. Tout le monde attendait logiquement une suite, surtout que la fin du film laisse des possibilités d’écriture infinies. Sauf que c’est la Cannon qui met en chantier cette fameuse suite, la société des inénarrables Yoram Globus et Menahem Golan y voyant un filon fructueux (pour rappel, dans cette seule année 1986, la firme produit plus d’une vingtaine de films, dont Cobra avec Sylvester Stallone et les nanars sympathiques de Chuck Norris, respect !). Tout spectateur qui a déjà goûté au plaisir de voir un film Cannon sait pertinemment que cette suite n’ira pas dans le chemin emprunté par le film original, et c’est justement le cas. Il suffit déjà de voir la photo promotionnelle ci-dessus pour se rendre compte des intentions du film.

        Tobe Hooper voulait faire de ce deuxième opus une sorte d’inversion du premier, y développer l’humour noir qui y était à peine dessiné, ou du moins inconsciemment ignoré par le spectateur pour qui la vision macabre et dérangeante de la famille cannibale ne permettaient pas de songer au second degré. De fait, la première séquence annonce clairement les intentions : deux adolescents se font pourchasser en voiture par la famille de rednecks sur un fond musical bourrin. Ils finissent par avoir un accident, ce qui justifie l’enquête du shérif Lefty Enright, qui marque le coming out de Dennis Hopper, tout juste sorti de sa cure de désintoxication. Quant à la scream queen du film, le rôle revient à Caroline Williams, qui s’en sort avec les honneurs et remplit son quota de hurlements en jouant l’animatrice de radio Vantia « Stretch » Brock. Pendant 40 minutes, le film suit un schéma qui évoque furieusement l’original. Puis quand arrive Leatherface dans le studio d’enregistrement de Stretch, Hooper opère un virage à 180° complètement osé.  Précisément, c’est lorsque Leatherface mime un acte sexuel en secouant sa tronçonneuse entre les jambes de Stretch que l’on se dit que, quand même, ils ont bien pété les plombs sur le tournage ! Et ça ne fait que commencer, tenez-vous bien ! Après un premier meurtre au marteau bien sanglant, la pauvre femme va donc se retrouver dans le repaire des Sawyer, une sorte d’ancienne mine bien sale comme il faut. Et l’on apprend donc, tout naturellement, que la famille est reconvertie dans la préparation du meilleur chili con carne du coin (inutile de demander de quelle carne il s’agit). Une séquence sort du lot dans ce climat loufoque, Leatherface protège Stretch et lui met le visage découpé de son ami tué dans le studio sur son propre visage, renvoyant ainsi à sa propre altérité et à sa crise sexuelle, élément typique du tueur dans les films d’horreur1.

- "Seigneur Tout Puissant, aide moi dans ma Croisade contre les forces du Mal !"
– « Seigneur Tout Puissant, aide moi dans ma Croisade contre les forces du Mal ! »
-"Euh ?! Tu te fiches de ma gueule là c'est bien ça ?"
-« Euh ?! Tu te fiches de ma gueule là c’est bien ça ? »
-"Hééééé, Face de cuir, il est vraiment trop ringard ton surnom !!!"
-« Hééééé, Face de cuir, il est vraiment trop ringard ton surnom !!! »

        Mais à croire que tout cela est un peu trop psychanalytique et sérieux, Hooper repart sans transition sur ce qui fait le sel du film : la comédie noire, la dérision et l’outrance. Outrance tout d’abord dans le gore. Alors qu’il était absent du premier film, le gore est ici franchement prégnant, à tel point que le film a été pendant longtemps interdit dans certains pays. Entre une tête défigurée par un marteau, un corps tranché par la tronçonneuse, ou encore une castration, le maquilleur Tom Savini (Zombie, Vendredi 13…) avait de quoi s’occuper. Cette partie dans la mine offre également des dialogues outranciers qui font lorgner le long-métrage du côté du nanar pur et dur. Dennis Hopper se place ici, dans le genre, tant le voir déambuler dans les recoins à la recherche des Sawyer en mode Croisade spirituelle (il implore le Seigneur de lui donner la force de les tuer !!) est hilarant. Il se définit comme le « Prince des Moissons Célestes » (Euh, sérieusement ?!), avant d’affronter en duel Leatherface tronçonneuse contre tronçonneuse !!! Un grand, très grand moment, qui se prolonge encore quand il sort deux petites tronçonneuses pour remplacer la grande qui est défectueuse, quel grand moment de rigolade. On ne peut rester sérieux non plus  devant « Chop Top », qui a perdu une partie de la calotte crânienne au Vietnam et arbore donc une moitié de tête en métal. Fou furieux, crétin accompli, tout comme le père de cette charmante famille de dégénérés Drayton Sawyer (joué par un autre acteur que dans le premier, tout comme le grand-père ainsi que Leatherface). Notez la finesse des dialogues : quand il s’est fait découpé les attributs sexuels et la moitié des fesses par la tronçonneuse, il lâche : « Il m’a bien pété le pot, l’enfoiré ! Au moins j’ai plus d’hémorroïdes, pas besoin de payer l’hôpital ! ». Cela se passe de commentaires. Tout comme la « danse de la tronçonneuse » improvisée de Caroline Williams à la fin.  La scène du repas de famille, marque de fabrique de la saga, est ici particulièrement déglingué et vire à l’expérimentation visuelle qui n’est pas sans rappeler un certain Peter Jackson période Bad Taste (il est d’ailleurs envisagé pour réaliser le troisième, avant que Jeff Burr n’obtienne le poste).

        Vraiment, ce Massacre à la tronçonneuse 2 est un ovni filmique, rendu possible par l’exubérance et la prise de risques caractéristiques des années 80, et pour cela, je ne remercierai jamais assez ces grands malades de chez Cannon. On ne peut reprocher à Tobe Hooper d’avoir fait deux fois le même film, au moins !

1. Voir à ce propos les analyses pertinentes sur le genre et le cinéma d’horreur dans Men, Women and Chain Saws : Gender in the Modern Horror Film, de Carol J. Clover, 1993.

Dr. Gonzo

Texas Chainsaw 3D, de John Luessenhop (2013)

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         Voici donc le 7ème volet de la franchise sanguinolente Massacre à la tronçonneuse. Bon, Leatherface a encore du chemin à faire pour rattraper Michael Myers ou Jason Voorhees en nombre de films dédiés à sa gloire meurtrière. Point de remake ou de prequelle cette fois, le film de John Luessenhop, qui perd son « Massacre » dans son titre pour une raison inexpliquée, se propose de démarrer à l’instant même ou se termine le film original de Tobe Hooper (qui date de 1974, déjà !).

        Tous les prétextes sont bons pour mettre en chantier un nouveau film donc, et l’ajout de la trois dimensions sert – une fois n’est pas coutume – à vendre le film, en plus de sa filiation avec l’une des plus grandes franchises horrifiques. Juste après les évènements du premier film, la dernière survivante Sally prévient les autorités locales et une vendetta a lieu, unissant le shérif Hooper et les hommes du maire Hartman, qui incendient la maison des Sawyer. Une entrée en matière un peu foutraque mais qui rassure sur la puissance évocatrice de ce Texas redneck dans lequel l’on aimerait pas passer ses vacances. Un bébé survit à l’incendie, recueilli par un couple responsable du drame. Plus tard, Heather Miller (Alexandra Daddario), une jeune fille, hérite d’une maison dans le Texas, et va rapidement comprendre en allant sur les lieux ses véritables origines. Si la structure du film est tout à fait banale pour un slasher, les révélations sont quant à elles plutôt originales et permettent de renouveler la franchise. L’évolution du personnage d’Heather tout au long est intéressante, passant du rôle de scream queen, puis bourreau et celui de « mère » protectrice de Leatherface; lors du final très bien troussé révélant les liens familiaux les unissant.  L’ensemble est plutôt convenu, un peu plat certains moments, mais l’amateur de cinéma d’horreur que je suis n’en a pas pour autant boudé son plaisir. Il faut juste voir le film comme un pur objet régressif, évidemment.

Texas-Chainsaw-3D
Résumé de l’Amérique contemporaine : Bimbo + Hip-hop. Merci Leatherface de faire le ménage !

        Malheureusement, deux ou trois bonnes idées tombent à l’eau, comme le caméo de Gunnar Hansen (le Leatherface dans le film de Hooper) que l’on sent vraiment forcé, ou encore la toute petite séquence à la fête foraine qui aurait pu être un vibrant hommage à un autre film phare de Tobe Hooper (The Funhouse ou, chez nous, Massacre dans le train fantôme). Luessenhop se contente de rester à la surface, de faire un film que l’on aura sûrement oublié d’ici une semaine mais qui est tout de même plaisant sur le moment. On retrouve les ingrédients stéréotypés du slasher, que ce soit la structure du récit ou les personnages. Très orienté teenagers, ce nouveau Massacre… met en scène, une fois de plus, de jeunes filles à la poitrine généreuse. Le nombre de scènes dans lesquelles Alexandra Daddario fait tomber les vêtements et fait bouger ses seins en courant en dit long sur la volonté de contenter avant tout le public masculin. Même le pape François, derrière ses airs de bon catholique prude, a avoué sur son compte tweeter que la vue de la jeune demoiselle à moitié nue l’avait fait saliver bien plus que celle du corps de Heath Ledger dans Le Secret de Brockeback Mountain. C’est dire !

Daddario

         A côté de cet aspect indéniable, il faut aussi souligner le manque d’ambition dans la mise en scène des meurtres. Mention spéciale à la mort la plus débile de l’année, j’ai nommé celle de Nikki (Tanya Raymonde). En même temps, dès qu’un personnage s’appelle Nikki dans un film d’horreur, on sait qu’il va mourir rapidement. Tout comme le black du groupe. Quant à Leatherface en lui-même, il est assez mal exploité, mis à part lors du dernier acte dans lequel il crève l’écran. Mais sinon, il est soit inexistant soit ridicule, façon gros patapouf qui poursuit maladroitement ses victimes en plein milieu d’une fête foraine et qui balance sa tronçonneuse en direction d’un policier du spectateur, histoire de justifier l’existence d’une soi-disant 3D.  Malgré un certain plaisir purement régressif et la possibilité de continuer à creuser la mythologie de la franchise (avec le twist final), Texas Chainsaw 3D est donc loin de tenir la route. L’œuvre monumentale de Tobe Hooper peut dormir tranquille !

Dr. Gonzo

Cold Prey, de Roar Uthaug (2006)

Cold Prey affiche du film

Aujourd’hui, je me fais plaisir et je pars en délire avec la critique d’un film d’horreur norvégien pas terrible terrible, regardé au hasard de pérégrinations cathodiques nocturnes : Cold Prey (Fritt Vilt en norvégien). Comme chacun sait, démolir est plus facile que construire, et j’aime tout casser. Donc, attachez votre ceinture, serrez les dents et sortez les éponges, ça va saigner ! Enfin, un peu…

Cinq jeunes partent faire du snowboard dans le Jotunheimen, un massif norvégien entre Nvoglkughseit et Gheklödick (Ahhh… Gheklödick et sa rue Løtvåndlen…). Hélas, une fois sur place, l’un d’entre eux se casse une jambe. Trouvant abri dans un hôtel désaffecté perdu en pleine montagne, la bande d’amis se rend rapidement compte que l’endroit n’est pas aussi désert qu’il n’y paraît… En effet, une bande de mulots a trouvé refuge dans le grenier. Aussitôt, c’est la panique la plus totale ! Les visages pâlissent, les nuques se raidissent et l’air vient à manquer dans les poumons : imaginez, des mulots ! Oui, messieurs-dames : des muuuuloooots !!!!… Bon, j’enjolive un peu l’histoire… En vérité, ce ne sont pas des mulots qui guettent, là, tapis dans l’ombre, mais le Mal fait homme, le Diable réincarné, le Démon, la Bête, la Malin, j’ai nommé : Patricia Kaas !… Ok, j’arrête…

Disons-le tout de suite, le scénario de ce slasher movie scandinave a le mérite d’être, pour une fois, très original. Jugez plutôt : une bande de jeunes est poursuivie par un tueur en série. Novateur, non ?… Bon, pas tellement, c’est vrai. La seule nouveauté pour nous autres Français ou du moins, francophones, c’est que tous ont de bonnes têtes de Norvégiens, aussi pâles que des bonhommes de neige albinos, avec des noms de Norvégiens contenant des dizaines de o barrés et de en… Ça peut choquer au début, mais on s’y fait vite. Je n’ai pas vu le film en VO. Peut-être – sûrement – aurais-je dû. Toutefois, avouons-le, je ne sais pas si j’aurais eu la force d’aller jusqu’au bout. J’aurais sans doute craqué et pleuré des heures et des heures durant, au bout du énième « Bak deg gluck ! ». Je suis faible, désolé. On apprend tout de même des choses avec ce film. Ainsi, force est de constater qu’ils ont aussi des roux en Norvège. Décidément, y en a partout ! Evidemment, le roux du film (Rolf Kristian Larsen, récemment vu dans… euh…), en plus d’être le seul célibataire, est un boulet : c’est d’ailleurs lui qui se pète une jambe, au début. Les clichés ont la dent dure, même dans la partie la plus septentrionale de l’Europe.

Au fait, vous le prenez comment si je vous dis que je ne sais pas faire de surf ?
Et si je vous dis que j’ai escaladé l’Everest sur les mains, vous me croyez ?

Cette bande de snowboarders décide donc de partir faire une virée dans une zone où apparemment, comme l’a montré le générique du début sous forme de flashs infos, une centaine de skieurs et de randonneurs ont disparu. Apparemment, ces jeunes gens ne regardent pas la télé ni ne lisent les journaux, puisqu’ils y vont quand même. Ça commence bien niveau crédibilité. Peut-être, après tout, qu’ils vivent tous dans une caravane au fin fond d’un fjord, sans connexion avec le monde. A quand des vacances au Pakistan ou en Corée du Nord ?… Bref. Une fois dans les cimes enneigées, le rouquin, Morten, qui déjà avait du mal à monter les rudes pentes glacées, a du mal à descendre et se casse la jambe. Les portables ne captent pas, la voiture est trop loin et une fille du groupe aperçoit un bâtiment à une centaine de mètres, juste à côté du complexe hospitalier (non, ça, c’est moi qui rajoute).

Tous trouvent donc refuge dans cette vieille baraque qui aurait besoin d’un bon coup de Febreze et de serpillère. La nuit tombée, après avoir allumé un feu et grossièrement soigné le souffrant, en n’omettant pas de lui laisser une bouteille de vodka pour faire passer la douleur (eh oui), voilà-t-y pas qu’on se papouille, qu’on se tripote alors qu’il y a un type agonisant sur le divan juste à côté. M’enfin, ça ne le dérange pas, tant qu’à faire… De la vodka et du cul, et la douleur disparaît, comme le claironne si souvent Stéphane Bern… Toujours est-il que pendant la nuit, il y a LA FAMEUSE première victime ; celle dont on se disait justement : « ça va être elle, la première victime ». Ou plutôt : « pourvu que ce soit elle, la première victime » ! Oui, car c’est une fille, comme souvent. Evidemment, elle n’est pas tuée proprement – un psychopathe, ça a une réputation à tenir et des murs à repeindre. Et puis, le sang sur la neige, ça a quelque chose de poétique, à la façon d’Un Roi sans divertissement, de Giono (sans doute que le réalisateur a lu le livre)… Mais, je préfère m’arrêter là et ne rien dévoiler de plus, car je sens votre curiosité se réveiller, votre pupille frémir et votre clavicule gauche grincer. C’est bon signe ! Pour la suite de l’histoire, je vous laisse donc découvrir ça par vous même… Si vous en avez le courage…

Cold Prey

Tout d’abord, comme signalé plus haut, j’ai eu le malheur de voir ce film en VF… Je ne sais pas ce que vaut la version norvégienne, mais en français, ce n’est pas terrible. Notamment la blonde du groupe et son air de Björk hystérique, avec ses réflexions débiles et son rire niais de chez niais : en VF, quelle catastrophe ! Et puis, son jeu, mon Dieu ! My God ! Dios mío ! Moi ! Elle est bien meilleure comédienne quand elle se fait tuer. Et au moins, on ne l’entend plus après. Les autres acteurs, à la limite, ça passe. Quant au tueur, bah, il ne parle pas… Il fait bien quelques grognements, mais je pense qu’en norvégien ou en français, c’est kif-kif. Ajoutons à cette VO ratée des musiques dignes de Fort Boyard (je m’attendais à chaque instant à voir un des nains surgir à l’écran pour nous indiquer avec ses doigts le nombre de morts), et je crois que seul le bruit du blizzard sonne bien dans ce film. J’exagère un peu, évidemment. Mais aujourd’hui, je dynamite, je ventile, je disperse.

Paradoxalement, je vous conseille de voir ce film, surtout entre potes, et notamment pour les quelques séquences surréalistes qu’il contient. Des exemples ! Des exemples !… Bon, un petit pour commencer. Au début du film, la bande d’amis fonce en direction du fameux massif à bord d’un 4×4 sur une route enneigée, et donc passablement dangereuse. Le roux – Morten – trouve pourtant approprié de faire une blague au conducteur en lui cachant les yeux, du genre : « Coucou, qui c’est ? ». Mais, c’est rigolo ça, dis donc ! Evidemment, la voiture manque de chavirer. Bon, le type au volant le prend bien, puisque cette petite plaisanterie le fait rire… Tout le monde rie, d’ailleurs. Ils roulent sans doute sous psychotropes. Moi, je préviens : le gars qui me fait ça, il finit dans le coffre ou ligoté à une borne d’arrêt d’urgence ! Non, mais…

Autre énormité, plus irréelle encore : Morten se plante en snow et se pète la jambe, à tel point que l’os ressort littéralement avec du sang partout. Sa copine, observatrice, explique alors aux autres jeunes qui sont effrayés par ce qu’ils voient, que « c’est une fracture ». Eux qui pensaient sans doute, avec cet os à découvert, que c’était une simple éraflure ! Ensuite, ensuite, une fois qu’ils sont dans la maison et qu’au fond le blessé semble avoir mal, mais pas plus que ça (c’est juste un os qui ressort), sa copine, la même, lui referme la blessure… avec de la glue ! What the fuck ?!!! UHU mieux que le sparadrap !… Ensuite, ensuite, ensuite, il fait nuit et ils sont perdus en pleine montagne, avec un blessé, au milieu de l’hiver, alors que dehors il doit faire moins trente, qu’on y voit rien et que « la voiture est à des kilomètres ». Quelle est alors la meilleure chose qui reste à faire ? L’un d’entre eux a la réponse : « Vaut mieux qu’on reste ici jusqu’à demain… » pense-t-il tout haut, avant d’offrir son idée fulgurante au reste du groupe : « He ! On va rester ici jusqu’à demain ! », et le pote de répondre, soulagé : « Bonne idée ! ». Quel génie ! Et c’est peu dire !…

Voilà ce qui arrive quand on oublie ses clés à l'intérieur
Voilà ce qui arrive quand on oublie ses clés à l’intérieur de la chambre.

Cold Prey, au lieu de se différencier, respecte strictement les règles du genre et même les caricatures du genre. Le jour où un film d’horreur, voire un slasher, tiendra compte de l’émotion et de la commotion réelles des gens face au genre de situations auxquelles ils sont exposés dans ce genre de film (camarade qui se fait tuer devant soi, monstre dont on apprend qu’il existe pour de vrai, tueur qui rôde), il en deviendra d’autant plus effrayant, car plus crédible. Quand en ouvrant une porte on découvre une mare de sang jusque sur les murs, ça ne s’oublie pas dans les minutes qui viennent et ça vous tétanise. Enfin ! Je veux dire ! Pourquoi faut-il que dans la plupart de ces films les gens (les jeunes) aient toujours des réactions et des initiatives idiotes et périlleuses ? Quand on sait qu’un tueur rôde dans les parages, mieux vaut-il rester groupé ou se séparer ? Eh oui, je suis d’accord avec vous… Mais, visiblement, pas nos protagonistes, qui préfèrent partir chacun de leur côté dans un endroit qu’en plus ils ne connaissent pas. D’autant qu’on sait très bien, nous, qu’une fois seuls, ils n’entendront pas le tueur arriver, car le tueur est, de fait, silencieux. C’est une règle du cinéma d’horreur : le tueur est TOUJOURS silencieux. Même dans un vieil appartement parisien avec le parquet qui grince et les portes qui couinent, le tueur s’approchera sans bruit. Bon, sur ce point, j’avoue qu’une scène où un psychopathe se ramènerait en faisant tomber la vaisselle et en se prenant des portes, ça ne collerait pas non plus. Alors, va pour le silence immortel des tueurs. Mais pour reste, je sais bien qu’un tel film est aussi fait pour le fun, cependant, si son but est un tant soit peu d’effrayer et non de faire rire aux éclats, alors il faudrait qu’il s’affranchisse des codes établis et qu’il surprenne, comme trop peu de films d’horreur/épouvante savent le faire. Plus de crédibilité, et vous aurez un scénario franchement plus flippant.

La dernière partie de Cold Prey, malgré tout, rattrape un peu l’ensemble. On se dit au final que le réalisateur et le scénariste ont d’abord voulu se marrer, puis se sont pris au jeu de leur propre film et sont redevenus sérieux dans les dernières minutes. Et le film contient deux-trois bonnes idées malgré tout (la boîte de conserve, l’apparence du tueur, quelque part le scénario, Patrick Sébastien déguisé en yéti…).

Enfin, certains chercheront dans Cold Prey des références, des clins d’œil, des allusions. Shining pour l’hôtel dans la neige et la hache. Scream et consorts pour le tueur. Himalaya : L’Enfance d’un chef ou Les Bronzés font du ski pour la montagne. Les Ripoux 3 pour… pour… Comment ? Vous n’avez pas vu les Ripoux 3 ?! Grande erreur ! Graaaaande erreur ! A votre place, je me terrerais de honte au fond d’un trou de marmotte pendant les sept siècles à venir. A bon entendeur.

Haydenncia