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E.T. l’extra-terrestre, de Steven Spielberg (1982)

« Non, Manon ma puce, ce n’est pas tonton Jacques à la télé, mais E.T. l’extraterrestre. Oui, je sais qu’ils s’expriment de la même manière et que physiquement ils sont très proches. Oui, et leur façon de se déplacer aussi. Mais, tonton Jacques n’a pas son cou qui s’allonge ni son doigt qui s’allume, ou alors je suis mal informé. Alors ne m’embête plus et regarde le film maintenant, ou je te remets dans ta cage petite conne ! »

Hem… Pardon pour cette incartade familiale. Vous savez ce que c’est, les enfants… Toujours à poser des questions, à se renseigner sur ce qui les entoure : « Et pourquoi que les oiseaux y volent ? », « Et pourquoi que les volcans y crachent du feu ? », « Et pourquoi qu’y a toujours un monsieur tout nu devant la maternelle ? »… Mais, trêve de palabres jeunes gens. Je voudrais vous parler aujourd’hui d’E.T., l’extra-terrestre (E.T. The Extra-Terrestrial), le deuxième des films que Steven Spielberg consacre à la venue de visiteurs de l’espace, après Rencontres du troisième type (1977). Car, Spielberg le cinéaste a deux grandes lubies : les enfants, présents dans nombre de ses films, et les extraterrestres, et ce depuis son tout premier film tourné en 1964, Firelight.

Sorti en 1982 aux Etats-Unis, E.T. connaît un véritable succès planétaire, et restera jusqu’à Jurassic Park (1993) le film le plus rentable de son auteur. Il raconte l’histoire d’une petite créature de l’espace avec une tête de batracien et de gros yeux globuleux qui, alors qu’elle est sur terre pour récolter des spécimens végétaux, se retrouve prisonnière de notre planète. Notre ami botaniste, qui tente d’échapper à des humains alertés par le décollage de son vaisseau spatial, va venir se cacher dans une banlieue pavillonnaire de l’Ouest américain. Il y rencontre le jeune Elliott (Henry Thomas), 10 ans, un peu seul, et sa famille en crise. Ces deux-là vont devenir très proches et avec l’aide de l’enfant, E.T. va tenter de contacter les siens. D’abord en envoyant un pigeon voyageur, mais un pigeon voyageur, une fois passée la stratosphère, ça devient tout vert, ça perd ses plumes et ça givre. E.T. se met alors à construire un appareil de communication, en combinant plusieurs outils et jeux électroniques, et tente d’appeler l’espace. Malheureusement, des scientifiques du gouvernement sont déjà sur la trace de la petite créature…

E.T. est sans doute LE film emblématique de l’œuvre de Steven Spielberg. S’il devait n’en rester qu’un, ce serait celui-là, comme on dit en Papouasie-Nouvelle-Guinée. C’est également une œuvre autobiographique, car Spielberg, l’enfant solitaire qui a grandi au sein d’une ville-dortoir du New Jersey, y a, comme le petit garçon du film, ressenti un certain malaise et un confort soporifique. Aussi, pour le cinéaste, seule la capacité d’enchantement de l’enfant permet de magnifier le morne quotidien de la banlieue et d’en échapper, ne serait que par le rêve ou la fiction.

E.T. est en effet avant tout l’histoire d’un enfant (le film devait au départ s’appeler A Boy’s Life). Un enfant qui se sent seul et qui ne trouvera de véritable partenaire, confident, ami, que chez un monstre haut comme une borne à incendie venu du lointain espace. Car entre un grand frère indifférent, une peste de petite sœur et une mère trop occupée pour être attentionnée, Elliott s’ennuie en attendant une destinée forcément médiocre.

Mais à partir du moment où E.T. intervient, sa vie va être bouleversée. Spielberg prend d’ailleurs soin de construire plutôt le point de vue de l’enfant ou celui d’E.T., non celui des adultes (le seul visage adulte qui apparaît dans la première moitié du film est celui de la mère), y compris sur le plan optique (la caméra se trouve souvent à un mètre du sol, soit la hauteur des yeux d’E.T. et d’Elliott).

Lequel vient d’une autre planète ?

Parlons d’E.T., justement. Sous ses faux airs de Marguerite Yourcenar, ce têtard rabougri et imberbe, aux grands yeux humides et à la démarche de pingouin, qui ferait peur à Chuck Norris s’il le croisait la nuit au détour d’une rue, cache derrière cet aspect repoussant un être d’une profonde intelligence et d’une grande sensibilité. Un être capable de changer la vie d’un petit garçon et de ceux qui l’entourent. De fait, une fois qu’il arrive dans la maison d’Elliott, E.T. bouleverse tout ce qui l’environne. Le film joue ainsi de l’alternance entre la dimension du merveilleux, représentée par E.T., et celle du quotidien, représentée par Elliott son petit « maître » – un quotidien bien morne : ses parents divorcent, son père est au Mexique, ses camarades d’école se moquent de lui et il n’a pas de portable parce qu’à cette époque bénie, ça n’existait pas ! Or, avec de simples jouets, E.T. recrée une carte céleste digne de Mappy. Il sait guérir les cicatrices et ressusciter les fleurs mortes. Pour se cacher, il se mélange aux peluches, leur conférant ainsi une étrange étincelle de vie. Mieux, il recycle plusieurs objets de la maison pour construire un appareil fabuleux, mieux que l’iPhone 5, pour joindre ses potes de l’espace. Enfin, lors d’une séquence qui reste sans doute la plus emblématique du film, il donne l’occasion à Elliott et ses amis de (re)découvrir le lieu dans lequel ils habitent – cette banlieue bien fade et monotone – sous un jour entièrement nouveau, grâce à un fantastique voyage aérien en vélo. Lalaaaalalalalalalaaaaa ! Tiens, le ciel se couvre…

Pour la petite anecdote, quand les designers du film ont voulu créer E.T., ils ont découpé plusieurs photos qu’ils ont ensuite assemblées pour dessiner la créature. E.T. emprunte donc son front à Einstein, la bouche et les yeux au poète Carl Sandburg, le cœur au Sacré-Cœur du Christ et l’arrière-train à Donald Duck. Ceux qui reconnaitront Jeanne Moreau derrière la voix seront éliminés !

Régine nous surprendra toujours

Finalement, E.T. l’extra-terrestre peut quelque part se résumer en ces simples termes : le long rêve d’un enfant banlieusard. Ou quand le rêve et la fiction servent à mieux affronter la réalité, voire à la transformer. Ainsi, E.T. a l’idée de construire une balise de S.O.S. grâce à la bande dessinée Buck Rogers ; grâce à Halloween, il peut sortir sans se faire remarquer et le cinéma lui offre un apprentissage de la vie sur terre : les figurines de Star Wars que lui montre Elliott (George Lucas, 1977), un extrait de The Island Earth qui passe à la télévision (Joseph M. Newman, 1955)… La mère lit à Gertie (Drew Barrymore) Peter Pan, quand Elliott se rappelle de son père et des « films qu’il nous emmenait voir »… Enfin, lors d’une superbe scène, Elliott rejoue à l’identique une scène de The Quiet Man, de John Ford (1952).

E.T. est donc une œuvre humaniste, généreuse, drôle et tendre comme du bon camembert. Un vrai bon film, qui a permis à la petite créature de rentrer dans la mythologie américaine (et mondiale) et dans l’imaginaire collectif. A noter cependant que je trouve la première version du film beaucoup plus poétique que sa restauration de 2002.

Petit questionnaire pour terminer : sur laquelle de ces créatures de l’espace préfériez-vous tomber en pleine nuit au milieu d’un bois ?

 Et parmi ces créatures-là (questionnaire labellisé for men) ? 

Moi, je sais 😉 – indice : elle a deux bras et deux jambes… Et de toute façon, quelles que soient vos arrières pensées salaces, rencontrer Jessica Alba en plein milieu d’un bois au cœur de la nuit, d’abord c’est de l’ordre de l’imaginaire, ensuite, les bois la nuit c’est plein de bestioles qui gigotent et qui font du bruit et de branches qui craquent alors franchement, même si c’est Jessica Alba, Charlize Theron ou le pape en personne, on a envie de rentrer chez soi, en courant si possible !

Haydenncia

Sources :

 Julien Dupuy, Laure Gontier et Wilfried Benon : Steven Spielberg, éd. Dark Star, 2001.

 Encyclopédie Universalis 2012, Universalis, art. E.T.