Archives du mot-clé super-héros

Birdman, de Alejandro González Iñárritu (2015)

Birdman

        Bon, déjà, disons le cartes sur table, écrire le nom du réalisateur n’est pas une mince affaire, merci le copier/coller pour le coup, et pour le prononcer, un petit topo s’impose les amis : on dit donc Alérandro Gonzalez Iniaritou (sic). J’espère que l’intéressé ne m’en voudra pas pour avoir écorché son nom.

        Tout ça nous amène au 5ème film de ce réalisateur qui, pour ma part, est l’un des plus talentueux de sa génération. On me siffle dans l’oreillette que le bonhomme vient de remporte l’Oscar du meilleur réalisateur, et bien c’est amplement mérité. Pour autant, Birdman ne manquera certainement pas de désarçonner les amateurs du réalisateur. Exit le principe du film-choral que celui-ci maniait avec une intelligence rare et méticuleuse. Ici le cinéaste adopte l’unité de lieu – un théâtre new-yorkais et le quartier qui l’entoure – et de temps – via l’utilisation d’un faux plan-séquence. Faux plan-séquence car, on le remarque si l’on prête attention, il y a plusieurs raccords dans le film, disposés très judicieusement et qui ne remettent pas en question le principe du film. Au contraire, la dimension méta textuelle reste parfaitement ludique et passionnante. Lire la suite Birdman, de Alejandro González Iñárritu (2015)

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Arrow Saison 1, d’Andrew Kreisberg (2012)

Arrow

Les nouvelles aventures de Green Arrow/Oliver Queen, combattant ultra efficace issu de l’univers de DC Comics et surtout archer au talent fou, qui appartient notamment à la Justice League. Disparu en mer avec son père et sa petite amie, il est retrouvé vivant 5 ans plus tard sur une île près des côtes Chinoises. Mais il a changé : il est fort, courageux et déterminé à débarrasser Starling City de ses malfrats…

        Super-héros appartenant à l’univers DC Comics créé en 1941 par Mort Weisinger et Greg Papp, Green Arrow a le privilège d’être porté sur la petite lucarne, à l’instar de Superman avec Smallville. Chose rare de nos jours, la série se compose de 23 épisodes, ce qui laisse suffisamment de marge aux scénaristes pour développer les nombreuses thématiques d’Arrow ainsi que les rapports entre les personnages.

        La série de CTV surprend à tous les niveaux. La réalisation est sans doute l’une des plus classieuses vue dans une série TV ces derniers temps. Attendez vous donc à parcourir les bas fonds de Starling City, là où règne la loi du plus fort, où le nombre de truands, de dealers et autres malfrats se compte par centaines… La caméra nous fait réellement ressentir le danger imminent dans chaque recoin de cette mégalopole américaine. Autre lieu, autre ambiance : le manoir de la famille Queen. Il s’agit du manoir que l’on voit dans les X-Men, pour l’anecdote. Ici, tout transpire l’argent, le luxe et le caviar. L’opposition entre ce lieu privilégié et la pauvreté de la ville est bien mise en valeur, et ce manoir fait office de lieu de repos pour le justicier entre chacune de ses missions vigilante. Mais pas toujours, car Oliver Queen va vite découvrir le vrai visage de sa mère, ainsi que la vérité derrière le naufrage du Queen’s Gambit cinq ans auparavant, qui a eu pour conséquence la mort de son père et son arrivée sur une île qui changera sa vie à jamais (on est pas dans Lost, non plus !). Ce qui se passe sur cette île est judicieusement inséré dans chaque épisode sous forme de flash-back, et même si l’on sait donc qu’Oliver Queen a survécu, cela ne nous empêche pas d’être impatient de savoir en quoi l’île l’a autant changé. Du statut de simple Robin des Bois moderne, Green Arrow est présenté comme bien plus que cela au fil des épisodes, à mesure que ses motivations se précisent et que toute une organisation criminelle est mise à jour. Le scénario est à ce propos très limpide, chaque épisode se concentre sur un problème précis, mais n’oublie pas de le relier à un enjeu beaucoup plus important qui guide toute cette première saison. Ainsi les ennemis que combat Green Arrow sont tous plus ou moins liés, ils font partie d’un plan global dont chacun a un rôle à jouer. Je n’en dirait pas plus, de peur de gâcher le final apocalyptique qui laisse encore beaucoup d’interrogations.

        Par bien des aspects, l’Archer Vert n’est pas sans rappeler Batman. Que ce soit l’ambiance de la ville, les considérations sociales de l’environnement, mais aussi les combats, les ennemis ou les liens familiaux, les deux justiciers possèdent un grand nombre de ressemblances. D’ailleurs, on retrouve des ennemis communs, à commencer par Deadshot qui joue un rôle important dans cette première saison, ou encore Deathstroke ! Quand à l’Archer Sombre, il évoque le Bouffon Vert de Spiderman, super-héros de Marvel. En tout cas, les combats d’Arrow sont un vrai bonheur pour les yeux, la gestion de l’espace étant vraiment un point fort de la série. Le cadrage est maîtrisé, même dans les espaces les plus confinés, l’action est toujours lisible même avec une dizaine de personnages à l’écran, et ça, et bien j’ai envie de dire que ça devient rare y comprit dans les grosses productions récentes mettant en vedette un super-héros. Peuplé de personnages tous plus intéressants et bien caractérisés les uns que les autres, Arrow délivre des séquences hautes en adrénaline, développe ses enjeux brillamment le long de ses 23 épisodes bien écrits, et au final arrive à donner corps à un univers qui aurait pu être casse-gueule. Car il faut avouez que le costume de Green Arrow, modernisé pour l’occasion, est bien fichu et fait oublier celui assez kitsch de la bande dessinée d’origine.

Arrow arrow8top

        Comme je le disait, Starling City est un avatar de Gotham City, et le scénario insiste d’ailleurs assez bien sur les enjeux politiques de la ville, qui attire toute une flopée de politiciens, d’hommes d’affaires et de mafieux mal intentionnés. L’approche politico-sociale y est plus que bien mise en place, et le spectre de la crise économique actuelle se fait ressentir sur cet univers fictif et pourtant proche de nos préoccupations contemporaines. Green Arrow se présente donc comme le justicier qui sommeille en chacun des citoyens, laissés pour compte, oubliés par un système faussement démocratique qui n’a de cesse de les écraser un peu plus chaque jour. Dans cette Croisade contre la haute finance et les politiciens comploteurs, il se fait aider par Diggle, side-kick de premier choix, et Felicity Smoak, la geekette de circonstance, le tout en veillant à ce que personne ne découvre sa véritable identité, ce qui est loin d’être évident comme pour tout super-héros.

         Au final, cette première saison inaugure le meilleur pour la suite, les enjeux sont clairement exposés, l’ambiance est là, et les personnages suffisamment charismatiques pour continuer à suivre leurs aventures. D’autant que le matériau de base est assez étoffé pour faire intervenir de nouveaux arcs narratifs et ennemis qui, on l’espère, seront aussi réussis que l’Archer Sombre. Et n’oublions pas qu’il y a des chances pour que les scénaristes relient tout cela avec la Justice League en vue du film qui se prépare, après le succès commercial (mais pas artistique) de Man of Steel. Affaire à suivre…

Dr. Gonzo

Man of Steel, de Zack Snyder (2013)

Man of Steel

Un petit garçon découvre qu’il possède des pouvoirs surnaturels et qu’il n’est pas né sur Terre. Plus tard, il s’engage dans un périple afin de comprendre d’où il vient et pourquoi il a été envoyé sur notre planète. Mais il devra devenir un héros s’il veut sauver le monde de la destruction totale et incarner l’espoir pour toute l’humanité.

        Difficile défi que de remettre en route le comics  Superman après l’adaptation pionnière de Richard Donner en 1978, campée par un Christopher Reeve impérial. Entre ses suites pas toutes indispensables et le film de Bryan Singer qui rendait hommage à celui de Donner de façon assez maladroite, la carrière de Superman dans les salles obscures est passée par des périodes de flottement. Un temps entre les mains de Tim Burton, puis de McG, sans compter le rôle en lui même envisagé pour Nicolas Cage, ou encore Will Smith qui déclinera poliment pour une histoire de couleur de peau. Faut pas déconner quand même !

        Finalement, Man of Steel est confié à Zack Snyder, écrit par David S. Goyer et Christopher Nolan, et produit par sa société Syncopy Films. Et après avoir vu le film, on est effectivement en présence d’un film hybride, fruit de compromis entre la vision du super-héros de chacune des personnes impliquées dans le projet. Pour ce qui est du scénario, l’ensemble est un peu décousu, la chronologie non-linéaire propre à Nolan déstructure la narration et offre des gros morceaux bien distincts, de façon désorganisée. Au final, la mythologie est maladroitement exploitée, que ce soit les motivations du Général Zod ou encore la relation de Clark Kent avec ses parents ou Lois Lane. Zod veut supprimer les Humains pour leur infériorité et recréer Krypton. En ce sens, le scénario est très influencé par la thématique fasciste inhérente à Snyder (300, Le Royaume de Ga’Hoole…), ce qui aurait pu être un élément intéressant s’il était mieux exploité.

        En effet, la dernière partie du film nous offre une destruction massive de Metropolis mais derrière tout cela il n’y a rien, aucune empathie pour les dizaines de milliers de morts que font Zod et Superman lorsqu’ils se battent. On est proche de l’absence totale d’émotion que procurait 2012 lors de ses moments de mort de masse (on remarquera qu’il y a aussi une scène débile avec un chien dans Man of Steel). Snyder préfère éclipser les conséquences humaines des combats et passer directement à l’entrée de Clark Kent au Daily Planet dans la bonne humeur, passage obligé s’il en est. Du calibrage hollywoodien de base. Niveau mise en scène, je suis toujours allergique au « style Snyder », ses zooms avant et arrière lors de la bataille sur Krypton et pendant les combats sur Terre donnent l’impression de voir une cinématique, et par dessus tout déstabilise la disposition des personnages, parvenant même à ôter une partie du charisme à Zod (excellent Michael Shannon). Ce n’est pas pour rien que beaucoup de réalisateurs évitent à tout prix l’utilisation du zoom, et encore celui-ci doit-il être justifié – ici on est plus en présence d’une utilisation tape-à-l’oeil. Tout comme les combats, certes titanesques, mais qui tiennent plus de Dragon Ball Z que de Superman; et qui tranchent beaucoup trop avec les scènes en « mode Terrence Malick »  lorsque la mère de Kent apparait.

- "Tu vois, ça, c'est un zoom avant, et ça, un zoom arrière !" -"Et ça sert à quoi ?" -"C'est utile quand les rushs sont mauvais, comme ça on voit pas que c'est mal filmé parce que le zoom cache les défauts !" -"Cool, on verra pas mon slip alors !"
– « Tu vois, ça, c’est un zoom avant, et ça, un zoom arrière ! »
-« Et ça sert à quoi ? »
-« C’est utile quand les rushs sont mauvais, comme ça on voit pas que c’est mal filmé parce que le zoom cache les défauts ! »
-« Cool, on verra pas mon slip alors ! »

        C’est vraiment dommage, car la bande originale de Hans Zimmer est renversante, et Henry Cavill est assez convaincant dans le slip de Superman. Mais malheureusement l’hystérie visuelle de Snyder fusionne avec l’écriture psychologisante  de Nolan (oui, on va finir par le savoir que les super-héros souffrent !). Il ne reste plus qu’à espérer que le projet Justice League*, l’alliance de super-héros DC Comics sur le modèle des Avengers chez Marvel, ne soit pas confié à Zack Snyder.

* Pour le moment, la cohérence de cet univers est en construction. On peut voir un clin d’œil à Batman (mais pas à celui de Nolan) dans Man of Steel, lorsque Zod détruit un satellite portant le symbole « Wayne Enterprise ». Le personnage de Green Arrow est développé dans sa propre série produite par CTV, sobrement intitulée Arrow, et constitue une excellente surprise (j’y reviendrait dans un article). Reste à mettre en route une nouvelle trilogie Batman, sans compter le développement des autres personnages, on est pas près de voir arriver Justice League

Dr. Gonzo