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The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson (2014)

Chaque nouveau film de Wes Anderson déclenche, de plus en plus, une série de louanges et de chaudes recommandations de la part de la presse spécialisée, évidemment, mais aussi des médias. C’est que le bonhomme et son univers si particulier se « popularisent » et, si Wes Anderson n’est encore pas totalement connu du grand public, espérons que cela ne saurait tarder. De fait, ceux qui connaissent déjà l’œuvre du Texan ne seront pas surpris de retrouver dans The Grand Budapest Hotel son univers trépidant, sucré, poétique, absurde, détaillé et coloré ; les autres, ceux qui le découvriront avec ce film, seront sans doute agréablement interpelés et de toute façon n’en sortiront pas indifférents.

Le film retrace les aventures de Gustave H. (Ralph Fiennes), l’homme aux clés d’or d’un célèbre hôtel européen de l’entre-deux-guerres et du garçon d’étage Zéro Moustafa (Tony Revolori), son allié le plus fidèle.
La recherche d’un tableau volé, oeuvre inestimable datant de la Renaissance et un conflit autour d’un important héritage familial forment la trame de cette histoire au coeur de la vieille Europe en pleine mutation.

The Grand Budapest Hotel

Car, voilà une nouvelle merveille signée Wes Anderson, lui qui a obtenu pour ce nouveau film une liberté quasi totale de la part de la 20th Century Fox – c’est que la société de production prend soin du cinéaste « auteur » de la maison. Après le monde sous-marin et la Nouvelle-Angleterre, le dernier film du réalisateur américain se déroule cette fois dans un pays imaginaire, mais indubitablement situé à l’Est de l’Europe, le Zubrowska (sans doute situé entre la Syldavie et la Bordurie), au cœur d’un hôtel de renom, le Grand Budapest. Un pays « à la frontière la plus orientale de l’Europe », qui n’existe pas, donc, mais qui aurait pu exister ou en tout cas qui en rappelle d’autres, dans une époque qui en rappelle une autre, mais qui semble elle aussi ne jamais avoir existé. Vous suivez ?

De fait, même si l’histoire est constituée de flash-back, de bonds et d’emboîtements, la majeure partie de The Grand Budapest Hotel se passe à la veille de la guerre, dans les « sinistres années trente » (Hervé Vilard), au sein d’une Europe centrale ou orientale fantasmée, idéalisée, faite de loukoums, de kopecks, de csárdás et de Poutine en Crimée. En tout cas, une vieille Europe très « années folles » et autre dandysme, à l’image du réalisateur en tweed. Même le format du film est en 4/3, comme à l’époque.

Au-delà du scénario, une affaire de tableau volé qui conduit à une petite guéguerre entre M. Gustave H. et l’héritier Dmitri Desgoffe und Taxis (Adrien Brody) sur fond d’entre-deux-guerres, on retrouve dans la mise en scène ce qui constitue le style Wes Anderson, à savoir des couleurs primaires savamment harmonisées, des symétries, des perspectives, des plans dans les plans (la scène du train notamment), des miniaturisations (le premier plan sur l’hôtel est formidable), des travellings très chorégraphiés.

Mais aussi beaucoup de portes et de fenêtres qui s’ouvrent, de rideaux qui s’écartent, de chutes, le tout accompagné, comme toujours, par une bande-son étonnante et joyeuse, des sonorités baroques et orientales remplies de caisses claires, de cloches, de claviers et de cordes. Et parfois, tout cela en même temps dans des scènes franchement jouissives, foutrement burlesques, comme celle de l’évasion, véritable cartoon, ou encore celle de la course-poursuite ski-traineau.

The Grand Budapest Hotel

Côté casting, c’est cinq étoiles, comme l’hôtel. Ralph Fiennes, tout d’abord, est miraculeux en monsieur Gustave, à la fois calme et emporté, élégant puis dépenaillé, raffiné puis puant (pas longtemps), s’exprimant dans un anglais châtié et capable de sortir les pires jurons.

Drôle, charismatique, zélé, c’est un gentleman très attaché au savoir-vivre et aux bonnes manières à l’anglaise, un gigolo pour vieilles dames très parfumé, qui incarne, qui personnalise, qui est le Grand Budapest. Et surtout, SURTOUT, ne touchez pas à son lobby boy !

Entre lui et Zero, le groom qui le suit partout, c’est une belle histoire d’amitié et de confiance qui se noue, faite de conseils, de protection réciproque et de poèmes jamais terminés. A leur suite, on découvre – mais Anderson nous a habitués à ses galeries de personnages un peu bizarres – une flambée d’acteurs andersoniens, comme Bill Murray, Adrien Brody, Willem Dafoe, Harvey Keitel, Edward Norton (toujours aussi comique), Jason Schwartzman, Owen Wilson…

A leur côté, des nouveaux venus : Jeff Goldblum (qu’on est heureux de retrouver), Tilda Swinton (méconnaissable), Jude Law, la jeune Irlandaise Saoirse Ronan (prononcé Sir-sha)et deux Frenchies, Mathieu Amalric (qui avait prêté sa voix à la VF de M. Fox dans le film d’animation éponyme) et Léa Seydoux. Même quand ils sont l’objet d’une simple apparition, tous sont géniaux dans leurs rôles respectifs et jamais ils ne donnent l’impression d’être là juste pour marquer le film du sceau de leur présence et de leur nom.

Adrien Brody, parfait dans un rôle à contre-emploi
Adrien Brody, parfait dans un rôle à contre-emploi

Enfin, sous cette poudre de sucre blanc et cette couche de friandises colorées, derrière cet univers tellement ouaté, le film montre aussi, dans l’ombre, au cœur d’une Europe centrale en ébullition à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la montée et la victoire du fascisme/nazisme/totalitarisme (le mouvement Zig-Zag, dont le sigle renvoie explicitement à la SS).

Evidemment, c’est à la manière Anderson, mais, lui qui affectionne tant jouer avec les couleurs et les symétries, il trouve avec le fascisme un prétexte idéal pour monter des plans intéressants et parodiques : profusion de drapeaux au sigle viril et menaçant, uniformes aux couleurs sombres, alignements des corps, brassards, bruit de bottes et armes à feu toujours prêtes à servir, mais aussi propos xénophobes et fermeture des frontières (et des mentalités).

The Grand Budapest Hotel

Toujours aussi inventif, pétillant, drôle et triste à la fois, fantasque mais également, encore plus cette fois-ci, ancré dans une certaine réalité (sombre, qui plus est), le dernier né de l’esthète Wes Anderson est une nouvelle pépite multicolore. Une comédie d’aventure qui parle du temps qui passe, des paradis perdus et des mondes engloutis, de la nostalgie d’une époque fantasmée et de la barbarie qui tue toute poésie et, surtout, toutes bonnes manières.

Un film pop tellement « tellement », qu’il y aurait encore beaucoup de choses à dire ! Quoi qu’il en soit, certainement une œuvre à voir plusieurs fois pour en cerner toute la subtilité et la magnificence, pour en saisir tout le raffinement.

Haydenncia

Moonrise Kingdom, de Wes Anderson (2012)

Affiche du film

Salut les gens ! Me voilà de retour, après une courte mais salutaire retraite dans un monastère en Savoie, loin de la civilisation, loin du monde et de ses tentations, et surtout loin du fisc ! Eh ! Eh ! M’auront pas, ces enfoirés !… Le Dr. Gonzo a veillé sur la maison Ciné / Fusion pendant mon absence. En même temps, c’est lui qui a les clés. Enfin bref, comme le dirait Jean-Sébastien : « I’m Bach » ! Et avec un bon film, qui plus est : Moonrise Kingdom, de Wes Anderson – réalisateur qui ne m’a donc toujours pas déçu.

Moonrise Kingdom

L’histoire de Moonrise Kingdom se passe sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre, dans les années soixante. En 1965, précisément. Ne me demandez pas le jour et l’heure, je n’en sais fichtrement rien ! Deux enfants, Suzy (Kara Hayward) et Sam (Jared Gilman) aussi seuls l’un comme l’autre, tombent amoureux. Ce sont des choses qui arrivent. Ils concluent un pacte secret, puis décident de s’enfuir, en empruntant un ancien sentier indien. Aussitôt, une petite équipe part à leur recherche, alors qu’une énorme tempête menace l’île.

Indéniablement, Moonrise Kingdom possède la patte de Wes Anderson. Peut-être même un peu trop rajouteront certains. Il n’empêche que ce type-là a su inventer un style et même un univers, que pour ma part je prends toujours plaisir à retrouver, comme chez Jean-Pierre Jeunet. Un monde romanesque et coloré, avec ici une dominante de jaune et de kaki ; un monde poétique et même onirique, drôle et intelligent. Un monde comme on en trouve dans les livres pour enfants et le magazine La Redoute. Dans Moonrise Kingdom, il est notamment question de scoutisme et de mer, d’animaux et de Françoise Hardy (dans une très jolie scène avec une très jolie chanson), d’amour et de coup de foudre (littéralement).

En prenant l'autoroute, on sera rendu avant la nuit...
En prenant l’autoroute, on sera rendu avant la nuit…

D’abord, il est question de scoutisme. Ramenez-vous, louveteaux, pionniers et autres Jeunesses hitlériennes, on parle de vous ! En effet, le petit Sam qui a disparu est un Boy scout de douze ans, visiblement causeur de problèmes et peu apprécié par ses camarades. Pour être honnête, même si le jeune acteur joue très bien, j’ai eu du mal avec sa tête à claques de petit surdoué orgueilleux et joufflu pendant tout le film. Mais ce n’est qu’un détail et ça ne concerne que moi… Je suis intolérant de naissance. Son chef de groupe Ward (Edward Norton), grand dadais en chemise kaki, foulard jaune et Quatre-bosses sur la tête, redoutablement comique en short beige un peu court, a d’ailleurs beaucoup de mal à contenir ses troupes. A noter qu’il est prof de math dans la « vraie vie » – ce qui est beaucoup moins drôle, évidemment. Espérons seulement qu’il ne confonde pas ses deux « métiers » et qu’il ne sonne pas du clairon pour signaler la fin de la récré. J’avais un prof qui faisait ça. Vous pouvez lui rendre visite, cellule 32, à l’hôpital de Ville-Evrard. S’il ne réagit pas, criez-lui « Scout toujours ! » et ses pupilles vides s’allumeront d’un éclat enthousiaste. Attention cependant : il mord.

Pour en revenir au scoutisme dans le film, j’ai pris un plaisir fou et enfantin à regarder ces minicamps forestiers, véritables maisonnées cernées de palissades dans lequel on entre par un portique en rondins, ces ingénieux systèmes de poulies faits avec trois bouts de ficelle, ces tentes et cabanes qui fleurent bon l’aventure, ces jeunes gens qui se prennent pour des adultes, voire des guerriers, à la manière de Sa Majesté des mouches ou La Guerre des boutons. En fait, le film m’a fait penser par moments à une toile de Norman Rockwell animée : on croirait retrouver les personnages que le peintre américain peignait sur ces calendriers pour les scouts, mais également les enfants facétieux de ces différentes illustrations intitulées Four Sporting boys, le petit garçon et la petite fille se prenant pour des adultes dans After the Prom, ou même le petit garçon discutant avec le policier dans le célèbre Runaway. Pour rester avec les jeunes acteurs, ajoutons que Suzy Bishop, sorte de Lolita dépressive avec un air de Lana Del Rey, est incarnée par l’impressionnante Kara Hayward. Actrice à suivre.

Edward Norton, génialement comique
Edward Norton, génialement comique

Dans Moonrise Kingdom, il n’est pas question que de scoutisme, il est aussi question d’amour (d’amour impossible, presque), de fuite (par amour), de nature sauvage (l’île est un monde clos qui ne possède pas de routes bitumées) et surtout d’enfance. La dichotomie adultes / enfants est peut-être même l’élément central du film. Alors que Wes Anderson nous montre des adultes qui s’ennuient, se trompent entre eux, se disputent et sont même ridicules, les enfants, eux, sont libres, gambadent, rigolent et s’aiment. Ils construisent des cabanes très hautes dans les arbres, font des feux de camp, dansent sur le sable et s’embrassent au bord de l’océan. Le titre du film, d’ailleurs, fait directement référence à cette opposition entre le monde triste et réaliste des adultes et celui, merveilleux et imaginaire des enfants, puisque le lieu où s’enfuient les deux minots, austèrement référencé sur les cartes sous le nom de Goulet de marée au mile 3.25, est rebaptisé par les jeunes amoureux Moonrise Kingdom, ce qui lui donne un caractère magique et mystérieux.

On retrouve également dans Moonrise Kingdom d’autres éléments qui font le cinéma d’Anderson. La symétrie et les « plans-tableaux », notamment. Chaque plan est calculé, soigneusement étudié et ressemble presque à une peinture. La maison de la petite Suzy fait penser à une maison de poupée impeccablement ordonnée ; presque une maison en pâtisserie, ou une maquette – de fait, certains plans sont à la limite du tilt-shift. Le phare de l’île, blanc et rouge, offre également des plans magnifiques, notamment quand il déteint sur le ciel bleu. De même, Anderson utilise des travellings intéressants, lors de la tournée d’inspection du camp scout par Ward notamment, ou même dans une très belle séquence où Sam et Suzy se retrouvent dans un champ et se rapprochent l’un de l’autre dans une pantomime parfaite. Et ajoutons enfin la sublime bande originale, composée par Alexandre Desplat et Mark Mothersbaugh, avec ses accents aventuriers, presque tribaux, mais également de délicieux morceaux de musique classique comme seul Pascal Sevran savait nous faire apprécier du temps de son vivant. Pascal, si tu nous entends, on t’aime.

Moonrise Kingdom

Le casting offre une belle palette de personnages fantasques. C’est avec plaisir qu’on retrouve Bill Murray, toujours aussi « déconnecté » et drôle (je ne suis pas objectif : j’adore cet acteur). C’est d’ailleurs la sixième fois que l’acteur collabore avec le réalisateur. Sa femme dans le film, Frances McDorman, est parfaite en mère rigide qui communique avec sa famille à l’aide d’un porte-voix. J’avoue qu’un « A TAAAAABLE !!! » hurlé à trente centimètres des oreilles, ça doit être efficace. Le couple Bishop, dont le mari et la femme sont avocats, ne parlent d’ailleurs que d’affaires entre eux et dorment dans des lits séparés… Au niveau des autres acteurs adultes, Edward Norton est génial dans ce rôle à contre-emploi de chef scout dévoré par la culpabilité, et nous montre son potentiel comique avec son regard de chien battu et ses pattes à l’air. Bruce Willis, lui aussi dans un rôle inédit (c’est un flic certes, mais un flic un peu pommé et légèrement grotesque) semble s’amuser comme un petit fou républicain. Tilda Swinton est parfaite en furie des services sociaux. Et enfin, on est content de retrouver ce bon vieil Harvey Keitel, ici en vieux chef de Camporee impayable. Ah oui ! Il y aussi un type avec un bonnet vert qui commente le film et nous livre des explications – remarquable idée, très « andersonienne ».

Wes Anderson est à ce qu’il paraît perfectionniste et intraitable sur un plateau de tournage : il sait exactement et à l’avance ce qu’il veut obtenir, et fait tout pour l’obtenir – sans être pour autant un tyran avec ses acteurs. Autant dire que le résultat est là, charmant, nostalgique, stylé et pop, même si j’ai trouvé quelques longueurs au film et peut-être un peu trop de coquetteries. Pas le Wes Anderson que je préfère, donc, mais un très bon feel good movie cependant, qui permet de s’échapper et de rêver un peu.

« C’est le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventuuuureuuu…»

Haydenncia

Fantastic Mr. Fox, de Wes Anderson (2009)

Affiche de Fantastic Mr. Fox

Je n’ai vu que trois films de Wes Anderson :La Vie aquatique, A bord du Darjeeling Limited et Fantastic Mr. Fox. Cependant, à l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore visionné Moonrise Kingdom, le dernier film d’Anderson, pour lequel les avis sont assez partagés. Mais pour le moment, mes braves petits canards, je suis là pour vous donner mon avis sur ce film d’animation en volume sorti en 2010 en France, Fantastic Mr. Fox (Fantastique Maître Renard au Québec, A fantasztikus Róka úr en Hongrie, Dvadjoshky tzvbalks Fox au Yémen inférieur).

Ce film est en fait une adaptation du livre pour enfants de l’écrivain britanno-norvégien Roald Dahl, Fantastique Maître Renard, publié en 1970. Il raconte l’histoire de Monsieur Foxy Renard, dont la voix est celle de George Clooney dans la version originale, et Mathieu Amalric chez nous autres Gaulois. La classe, quand même ! D’ailleurs, en passant, le casting original est franchement génial : Clooney, donc, mais aussi Meryl Streep, Bill Murray, Willem Dafoe, Owen Wilson, Adrian Brody, Michel Drucker et j’en passe et des meilleurs ! Mais, revenons à notre histoire, voulez-vous. Foxy, génie de la cambriole un brin dandy, et sa compagne, Madame Felicity Renard (Isabelle Huppert pour la voix française), volent ensemble tout ce qu’ils peuvent (principalement et logiquement des poules, comme nos amis les Roumains), jusqu’au jour où ils se font coincer. Madame Renard apprend alors à son mari qu’elle est enceinte. Foxy jure que s’ils s’en sortent, plus jamais, ô grand dieu, plus jamais il ne volera !

Douze ans plus tard, le couple, qui s’en est sorti, mène une vie bien paisible. Foxy est devenu journaliste pour Femme actuelle… Enfin, je crois. Ils ont un enfant, Ash, légèrement caractériel – il remue l’oreille quand on le contrarie – et qui ne ressemble pas à son père, au grand désespoir de celui-ci. Principal défaut : Ash n’est pas bon en sport, quand Foxy, lui, était un véritable athlète. Or, voilà-t-y pas que ce ramène le neveu Kristofferson qui, lui, a tout d’un bon sportif. Forcément, il va y avoir de la jalousie dans l’air. De plus, notre héros Renard s’ennuie dans cette nouvelle vie trop rangée et son terrier lui paraît soudain bien petit. Ses instincts de chasseur resurgissent. Car, enfin, a-t-on déjà vu un renard sortir les poubelles ? A la limite, manger dedans, mais les sortir ? Aussi, très rapidement, Monsieur Renard revient à son ancienne vie de voleur, accompagné dans ses escapades nocturnes de Kylie l’opossum et le neveu Kristofferson.

Hélas, cette fois notre ami goupil a décidé, pour le plus grand malheur de sa famille et de ses amis animaux, et contre les conseils de son avocat blaireau (je ne parle pas de Gilbert Collard), de préparer le « coup du siècle » et de s’attaquer à un adversaire redoutable, plus angoissant que la Grande Faucheuse, plus terrifiant que le Diable en personne, j’ai nommé : Frédéric Nihous ! Non, en réalité, il s’agit de trois puissants industriels agroalimentaires, Boggis, Bunce & Bean, producteurs de cidre, de foie gras et de poulets. Mais, Frédéric Nihous n’est pas loin, on le sent, on le sait : son ombre plane, menaçante, morbide, au-dessus du terrier, tel un rapace à l’œil torve, aux serres avides et au caleçon La Redoute…

Fantastic Mr. Fox

J’ai adoré ce film rempli de trouvailles visuelles, avec des dialogues savoureux et intelligents, pleins d’humour. L’animation image par image est très jolie et très soignée. Elle offre un style esthétique particulier et très poétique, et parfois le plan ressemble à un tableau. L’histoire est trépidante, inventive, et les personnages, en premier lieu Monsieur Renard, génial loser, ou encore le rat au couteau, sont attachants. Tous ces petits animaux de la campagne ressemblent finalement à nous autres, grands primates de la ville (et de la campagne). Exception faite de Jean-Christophe, qui ressemble à s’y méprendre à un ragondin. Mais, passons – vous ne connaissez sans doute pas Jean-Christophe. Le message du film est écologiste sans être mièvre, et plus profond qu’il n’y paraît (rapports parents-enfants, jalousie, nostalgie, société de consommation, rivalité rockeurs/rappeurs dans la banlieue de Chicago à la fin des années 80, etc.). Il y a de très beaux passages, notamment celui avec le loup. Enfin, pour couronner le tout, les musiques sont sublimes et entraînantes, à commencer par celles d’Alexandre Desplat, ainsi que des titres des Rolling Stones, Beach Boys, Burl Ives… Que demande le peuple ? Comment ça du pain et des jeux ! Ça n’est pas le moment !

Bref, voici un film enthousiasmant, drôle et qui met de bonne humeur (à regarder, donc, si l’on revient des docks du Havre un lundi matin au mois de mars, alors qu’il pleut et qu’il fait froid et qu’on vient de se taper l’intégrale de Barbara et d’Aznavour). De fait, Fantastic Mr. Fox est un véritable bijou qui conviendra à toute la famille, même à cet enfant caché que vous avez soigneusement attaché à la cave. Pour une fois, laissez-le regarder un film avec vous, en lui laissant ses chaînes si vous voulez. Fantastic Mr. Fox en vaut vraiment le coup !

Haydenncia