Romanzo Criminale, de Michele Placido (2005)

Romanzo Criminale affiche du film

La vicenda è ispirata alla storia della banda della Magliana, nome attribuito dal giornalismo italiano a quella che… Oh pardon ! C’est naturel chez moi : il faut toujours que je commente un film dans sa langue originale. Bon, quand c’est en anglais ou en italien, ça va. C’est un peu plus tendu quand le film est serbo-croate, coréen ou ouzbek… Si quelqu’un parmi vous sait parler l’une des ces trois langues (Dr. Gonzo, lui, connaît l’aztèque et le népali… mais il n’y a pas beaucoup de films népalais), qu’il nous fasse signe !

Dans l’Italie des années 1970, une bande criminelle sans pitié menée par des amis d’enfance, le Libanais (Pierfrancesco Favino), le Froid (Kim Rossi Stuart) et le Dandy (Claudio Santamaria), entreprend de conquérir Rome en détenant le marché de la drogue, du jeu et de la prostitution. Terrorisme, enlèvements et corruption sont au rendez-vous. L’inspecteur Scialoia (Stefano Accorsi) ne cessera de traquer cette organisation, tout en conquérant le cœur de Patricia (Anna Mouglalis), la femme de l’un d’entre eux.

Voici un film de gangsters made in Italy que je vous conseille des plus chaudement, car ça défouraille sec dans les alpages, ce truc-là ! L’histoire se déroule dans l’Italie des années de plomb, celles où ça pétaradait un peu partout, où l’on se poignardait en pleine rue et en plein jour ; celles où le pouvoir politique italien se servait de la pègre et de la mafia pour « rétablir l’ordre » dans le pays et lutter contre la « subversion communiste » ; celles, également, où, en pleine Guerre froide, extrême gauche et néofascistes commirent des assassinats et des actes terroristes, le plus sanglant d’entre eux, montré dans le film, étant l’attentat de la gare de Bologne, qui fit 85 morts et plus de 200 blessés en 1980. La belle époque !

Dandy, Il Libanese, Il Freddo, une camionnette
Dandy, Il Libanese, Il Freddo

Faisons clair et concis : voici trois bonnes raisons (here are three good reasons) de regarder (to watch) Romanzo Criminale (Romanzo Criminale).

1 ) Un contexte largement ignoré et pourtant très cinématographique :

Romanzo Criminale a la particularité de nous montrer ces années noires italiennes – peu connues en France – du point de vue d’une bande de criminels. Il s’inspire pour cela de la trajectoire de la Banda della Magliana, une organisation criminelle basée à Rome, très active de 1970 à 1992, et qui tire son nom du quartier d’enfance où ont grandi la plupart des membres de la bande. Certes, dans Romanzo Criminale, les noms ont été changés, mais leurs principaux méfaits sont repris, comme l’assassinat de l’ancien Premier ministre Aldo Moro, du « banquier de dieu » Roberto Calvi ou, comme dit précédemment, de l’attentat de la gare de Bologne…

Ce petit monde vit du trafic de drogue, de la prostitution, des jeux clandestins, et pratique des alliances avec le monde criminel, notamment la Cosa Nostra. Ce petit monde voit les choses en grand, en trop grand, même. Il a l’appétit de ceux à qui la vie n’a rien donné et qui veulent tout prendre à coup de dents et de griffes. Il Libanese parle avec envie des empereurs romains et des grands hommes qui ont changé le monde ; lui et ses amis vivent avec l’insolence de l’éphémère dans l’opulence et l’exubérance (drogue, belles voitures, femmes, chihuahuas, friteuse électriques). Or, dans cette Italie où les lions se servent des loups pour monter en puissance, la bande romaine fait pâle figure à côté d’autres prédateurs, plus discrets, mais non moins dangereux et surtout beaucoup plus puissants (ça sent le politique pas net tout ça…).

2 ) Une mise en scène soignée, stylée et rythmée :

Le film est découpé en trois parties, chacune portant sur l’un des trois principaux gangsters de la bande : Le Libanais (Il Libanese, première partie), Le Froid (Il Freddo, seconde partie) et Dandy (dernière partie). C’est rythmé, nerveux, on ne voit pas les 2h30 passer et le scénario, qui reprend les codes du genre (honneur, trahison, cupidité, amour, désillusion ; ou plutôt ascension/gloire/décadence), tout en les agrémentant à la sauce italienne (à la sauce bolognaise ?) est intelligent, inventif et privilégie le réalisme. Réalisme que viennent rehausser des images d’archives sans équivoque, même si on ne peut pas parler à propos de Romanzo Criminale de « film politique », le film ne prenant jamais parti. Qui plus est, le tout est porté par une bande-son extra, à faire danser Alain Juppé sur la table du Coco-Bounty Club. Et la fin est de toute beauté !

Romanzo Criminale

3 ) Des personnages attachants et un casting réussi :  

Trois amis d’enfance, qui passent par la case prison, se retrouvent et veulent conquérir Rome. De par son caractère autoritaire et sa grande gueule, le Libanais s’impose vite comme le leader du groupe. C’est sans doute le plus décidé, le plus violent aussi. A côté de lui, il y a Dandy, parce qu’il aime porter de beaux vêtements. C’est le gars (le lâche ?) qui s’en sort (presque) toujours ; mais au fond, c’est un brave type – enfin, façon de parler… Et puis, il y a Il Freddo, le plus « calme », le mystérieux du groupe ; celui qui a un moment, notamment après l’attentat de Bologne, la goutte de sang qui fait déborder le vase, va envisager pouvoir se ranger et changer de vie par amour – mais dans ce monde-là, ma bonne dame, changer de vie, c’est pas si simple ! Pour ma part, Il Freddo est le personnage auquel je me suis le plus attaché et dont l’histoire m’a le plus intéressé – de fait, c’est un peu lui qui est au centre du film.

Le casting et l’interprétation dans Romanzo Criminale sont parfaits, même si la plupart des acteurs nous sont inconnus. On retrouve quand même notre Française Anna Mouglalis, féline comme d’hab’, en prostituée jouant un double-jeu dangereux. Stefano Accorsi, vu en France dans Les Brigades du Tigre (Jérôme Cornuau, 2006) ou Un baiser s’il vous plaît (Emmanuel Mouret, 2007), joue dans ce film le rôle d’un commissaire acharné, mais ambigu. Enfin, Kim Rossi Stuart, visage tendu, regard clair, allure classe, incarne parfaitement et avec densité son personnage d’ange maudit qu’est Il Freddo, un gangster qui doute beaucoup, mais qui devient surtout follement amoureux. C’est qu’y a un p’tit cœur qui bat derrière ce flingue en acier chromé.

Romanzo Criminale

Conclusion : Ce long-métrage est un roman criminel, ou une romance criminelle, prenant et efficace. Un bon thriller qui nous vient de l’autre côté des Alpes, et qui nous apprend pas mal de choses (pas suffisamment malgré tout) sur l’Italie des années noires, ou plutôt l’Europe des années noires (c’était aussi le temps d’Action directe ou du Groupe Charles Martel en France, de Fraction Armée rouge en Allemagne…) dans laquelle un activisme violent, des enlèvements, des assassinats, le terrorisme « rouge » ou « noir » alimentaient les journaux et les cimetières. Romanzo Criminale est un film à voir, une grande fresque sur fond de chaos et d’amour. Un coup de cœur de votre humble serviteur. Oui, m’sieurs-dames !

Haydenncia

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3 réflexions sur « Romanzo Criminale, de Michele Placido (2005) »

  1. Tellement content de lire un article sur ce film si peu connu que je l’ai partager.
    Tu auras compris, ce film je l’adore, c’est même l’un de mes films préférés et je me risque à dire que ces l’un des meilleurs films de gangster depuis un long moment qu’on ai vu au cinéma. Un moment de l’Italie assez dure et étonnamment moderne, rythmé, profond, bien mis en scène de plus le castings est a tombé par terre

  2. Merci pour ton partage. Au début ce film ne me tentait pas et je l’ai regardé un peu par défaut, mais dès le générique il t’agrippe pour ne plus te lâcher, et maintenant je ne regrette pas du tout de l’avoir vu et j’irais jusqu’à le conseiller ouvertement. Tiens, d’ailleurs, c’est que je vais faire : je conseille ce putain de bon film ! Certaines choses doivent être dites ^^…

  3. En ce qui me concerne, et pourtant je suis archi FAN de l’Italie et de son cinéma (entre autres), je n’ai pas aimé… j’ai trouvé ça long et un peu chiant…

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