Archives pour la catégorie Aventure

Gamera contre Barugon, de Shigeo Tanaka (1966)

Gamera contre Barugon

        Gamera ne chôme pas, les gars ! Enclenché en 1965 avec le film sobrement intitulé Gamera, la tortue géante réveillée par des expériences militaires terrorise, pardon fait rigoler les spectateurs à raison d’un film par an jusqu’au début des années 70. Le premier du nom, qui rappelons-le dois tout au hasard (il s’agissait d’un film de rats géants mais, faute de rats incontrôlables lors du tournage, les producteurs leur ont substitué une tortue géante !), est un succès surprise lors de sa sortie, faisant de la créature un sérieux concurrent au Godzilla de la Toho. Si ce premier film en noir & blanc offre une qualité indéniable (scénario, effets spéciaux, décors, mise en scène) et une bonne tranche de petits détails désopilants (certains dialogues ne s’inventent pas), le reste de la franchise, durant sa période initiale, laisse beaucoup à désirer. La faute à un ciblage essentiellement enfantin et donc aux éléments qui vont avec, notamment des personnages d’enfants insupportables qui tiennent le rôle titre, à des chansons insipides dont seules les Japonais et les années 60 ont le secret. Et puis disons-le, il faut se les farcir les suites innombrables qui utilisent les stock-shots des précédents films sans souci de cohérence narrative ni de respect photographique (il fait jour, ah il fait nuit, dis donc c’est qu’il dure long le combat entre les monstres ou c’est moi qui ait un problème de décalage horaire ?!).

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Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées, de Peter Jackson (2014)

Bilbo

        Toutes les bonnes histoires ont une fin, au plutôt un début. La Bataille des Cinq Armées clôture magistralement la trilogie du Hobbit en même temps qu’il ouvre l’une des plus grandes sagas cinématographiques, débutée il y a de ça 13 ans : Le Seigneur des Anneaux.

        Passé un premier acte mémorable offrant l’aboutissement de l’arc narratif de La Désolation de Smaug, notre cohorte de nains menée par Thorin et accompagnée de Bilbon revendique la Montagne Solitaire comme héritage légitime. Thorin devenant de plus en plus mégalomane et obsédé par l’Arkenstone, Bilbo décide d’offrir la gemme aux armées ennemies. La bataille des Cinq Armées qui s’annonce est, comme on pouvait s’y attendre de la part de Peter Jackson, épique, démesurée, et sublimée par une mise-en-scène toujours inventive – c’est à se demander où le réalisateur trouve les moyens de se réinventer au bout du 6ème film en Terre du Milieu. Les modifications apportées à l’histoire originale permettent d’étoffer un récit compact – 2h24 de film, le plus court de la trilogie mais pourtant énormément riche en événements. Cela permet aussi d’envisager les événements qui se déroulent dans le Seigneur des Anneaux, afin de faire le lien – ce qui est fait explicitement dans la dernière séquence, ô combien nostalgique !

The Hobbit

        Peter Jackson ne fait pas dans le détail, il nous livre la conclusion au Hobbit que l’on attendait (en tout cas, moi) : guerrière, suintante de moment de bravoure et d’épées qui butent sur les boucliers, de flèches transperçant les ennemis. On est donc bien loin de l’ambiance plus enfantine et slapstick du premier film. Tout cela bien sûr sans oublier l’essentiel et qui faisait déjà du Seigneur des Anneaux une saga d’heroic fantasy au delà du pur divertissement : l’universalité de son récit et sa portée émotionnelle. Vivement donc l’année prochaine et la version longue.

Dr. Gonzo

Le Labyrinthe, de Wes Ball (2014)

The_Maze_runner_affiche

        Dans la droite lignée des Hunger Games, La stratégie Ender et autres Divergente, voilà débouler Le Labyrinthe, le premier volet d’une trilogie basée sur le cycle littéraire L’Épreuve de James Dashner. Nouvel assaut cinématographique de la saga de SF pour adolescents, le film du jeune réalisateur Wes Ball en reprend les thématiques fondamentales. Un jeune homme se réveille amnésique dans le « Bloc », une immense prison à ciel ouvert entourée d’un labyrinthe qui change de configuration chaque nuit. Au sein d’un groupe exclusivement composé d’adolescents, il doit retrouver la mémoire et tenter de sortir du bloc. Lire la suite Le Labyrinthe, de Wes Ball (2014)

Howard the Duck, de Willard Huyck (1986)

Howard the Duck

        Howard the Duck… Un titre qui évoque une sombre page financière pour Hollywood, mais aussi une multitude de souvenirs désopilants pour les cinéphiles des années 80 (et postérieures). Premier personnage Marvel ayant eu droit aux honneurs d’une adaptation cinématographique, Howard (le canard donc) est un être anthropomorphe vivant sur la planète des Canards mais qui se retrouve sur Terre suite à une expérience scientifique humaine qui a légèrement déconné.

        Réalisant que les humains (en fait les Américains pour être plus précis) ne sont que des buses dont le quotient intellectuel ne peut rivaliser avec celui d’un canard, Howard décide de rentrer chez lui, mais une série d’obstacles l’en empêche. On ne peut pas dire que les scénaristes aient cherché à écrire un véritable scénario, tant le film n’est autre qu’un enchaînement de gags, de course-poursuites et de scènes de concerts rock (années 80 oblige, le rock FM féminin tient une place de choix). La figure du canard (humanisé ou non) tient une place importante dans la culture populaire occidentale, du Vilain Petit Canard d’Andersen (1842), Daffy Duck (1937) ou encore le plus célèbre de tous, Donald Duck (1934). Ces personnages de fiction ont souvent une fonction pédagogique, que ce soit pour les plus jeunes mais aussi pour les adultes, les histoires qu’ils vivent faisant la part belle à des sujets sérieux. Le Vilain Petit Canard est ainsi un récit initiatique qui fait l’éloge de la différence et du caractère unique de l’individu, tandis que Donald Duck fait appel dans nombre de récits aux évènements historiques les moins glorieux pour les remettre en perspective.  Et Howard dans tout ça ? Si à première vue, le ton du film est très enfantin et léger, l’aventure vécue par Howard met en avant les bienfaits de l’acculturation et de la rencontre entre cultures. Dans un geste de sacrifice personnel ultime, Howard décide de sauver la Terre mais doit en contrepartie détruire la machine qui seule pouvait le ramener sur sa planète Coin-Coin. Au fond, rien de mieux pour un canard que de vivre sur une planète où la chasse aux canards est chose courante et où cet animal est associé dans l’imaginaire collectif aux W.C…

Un canard contre le Dark Overlord, la créature la plus puissante de la galaxie !
Un canard contre le Dark Overlord, la créature la plus puissante (et moche) de la galaxie !

        Conçu comme un film familial et vendu tel quel par George Lucas (producteur via Lucasfilm), Howard the Duck est l’un des plus grands échecs commerciaux du cinéma américain, et du cinéma tout court. Le créateur de Star Wars, déjà endetté par la construction de son Ranch, a vendu ce qui allait devenir les studios Pixar à Steve Jobs pour une bouchée de pomme. En regard de l’objet totalement carnavalesque qu’est le film, cet échec n’a rien d’étonnant. Ce qui frappe le plus, quand on a en tête qu’il s’agit d’un film familial, ce sont les nombreuses références sexuelles très explicites. Du préservatif qui traîne dans le porte-monnaie d’Howard à la présence d’un numéro de Playduck reproduisant fidèlement le magazine Playboy mais avec des canes (!) en passant par une scène frôlant le coït inter-espèces, on se dit que les parents ont du s’en vouloir de choisir ce film pour leur progéniture. Le tout début du film donne déjà le ton en montrant une cane nue dans son bain dans un geste pour le moins évocateur.

Le vilain petit canard...
Le vilain petit canard…

        En dehors de cette inadaptation vis-à-vis du public cible qui saute aux yeux, le film ne recèle pas beaucoup d’intérêt autre. Les acteurs sont pour la plupart à côté de la plaque :  le jeu outrancier de Tim Robbins exaspère, Jeffrey Jones signe son pire rôle et nous offre une prestation hilarante de nullité dans le dernier acte, Lea Thompson s’en sort un peu mieux que le reste du casting. Quand aux six acteurs et actrices  qui incarnent Howard, les Razzie Awards (Razzie Howard aurait été plus approprié vu le nombre de récompenses) n’ont pas été indifférent ! Si l’on peut retenir une chose sympathique, c’est le monstre final, le « Dark Overlord », doté d’un design repoussant créé par Phil Tippett et animé dans une stop-motion géniale. Un monstre aux pouvoirs destructeurs qui a parcouru la galaxie pour se voir exterminé par un canard équipé d’un désintégrateur à neutrons… Décidément, Howard the Duck n’est pas un film comme les autres…

Jeffrey Jones, un grand acteur ayant joué dans Amadeus, Beetlejuice, A la poursuite d'Octobre Rouge et ... Howard the Duck !
Jeffrey Jones, un grand acteur ayant joué dans Amadeus, Beetlejuice, A la poursuite d’Octobre Rouge et … Howard the Duck !

        Chef-d’œuvre loufoque ou nanar génial, personne ne peut dire vraiment ce que représente Howard the Duck. Objet de culte pour certains (justifiant de nombreuses éditions DVD et Blu-Ray, des festivals, …) ou de dérision pour d’autres (ou les deux), ce qui est sûr c’est que 30 ans après l’icône Howardesque imprègne encore bien l’inconscient collectif des cinéphiles, comme en témoigne la scène post-générique des Gardiens de la Galaxie de James Gunn (très bon film de super-héros, au passage). Et si jamais vous voulez enrichir votre registre de blagues sur les canards, il s’agit probablement du film à voir, la traduction française nous offrant de très belles perles !

Dr. Gonzo

Hunger Games – L’embrasement, de Francis Lawrence (2013)

Ayant fait sur ce même site la critique (époustouflante) du premier épisode de la trilogie Hunger Games, qui pour le moment est encore une trilogie mais qui, évidemment, se complétera bientôt d’un prequel, puis d’une histoire dérivée et enfin d’une nouvelle trilogie, je me devais de poursuivre sur ma lancée et de critiquer ce second épisode : Hunger Games – L’embrasement.

Un second épisode au titre un peu pompeux et que j’appellerai donc par commodité Hunger Games 2, et parfois, aussi : Le deuxième film adapté de la saga de Suzanne Collins dont le premier tome est paru en 2009 en France chez Pocket Jeunesse numéro d’ISBN 2-266-18269-2, le deuxième tome en 2010 chez le même éditeur ISBN 2-266-18270-6 et le dernier tome en 2011 ISBN 2-266-18271-4 et est-ce que tu veux du sucre dans ta moussaka ? par souci de complication.

Katniss Everdeen (Jennifer Lawrence) est rentrée chez elle saine et sauve après avoir remporté la 74e édition des Hunger Games avec son partenaire Peeta Mellark (Josh Hutcherson). Puisqu’ils ont gagné, ils sont obligés de laisser une fois de plus leur famille et leurs amis pour partir faire la Tournée de la Victoire dans tous les districts. Au fil de son voyage, Katniss sent que la révolte gronde, mais le Capitole exerce toujours un contrôle absolu sur les districts tandis que le Président Snow (Donald Sutherland) prépare la 75e édition des Hunger Games, les Jeux de l’Expiation – une compétition qui pourrait changer Panem à jamais… 

La milice de Jockeys
Une milice mi-jockeys mi-Stormtroopers

Je ne vais pas réexpliquer le contexte du film (Amérique post-apocalyptique, dictature version Lady Gaga et miliciens habillés en jockeys), mais simplement préciser que ce second volet de Hunger Games mixe toujours de façon kitsch et futuriste la Rome antique et le glam rock, les combats de gladiateurs violents et les romances pénibles, le monde urbain et le monde sauvage, tenues de gala et tenues de camouflage. Bref, un sacré patchwork, mais qui fonctionne.

De fait, il ne faut pas oublier que la saga, malgré son ultra-violence qui, comme je l’ai écrit, m’avait un peu choqué dans le premier film, appartient à la large palette des films dits « pour ados », palette qui va de la navrante saga Twilight au récent Divergente, en passant par Je découpe ta voisine au sécateur (et je passe la tondeuse). Toutefois, cette palette, aux couleurs généralement ternes et sans éclats, donne quelquefois des surprises intéressantes, à l’image de ces deux premiers Hunger Games agréables à défaut d’être innovants.

Alors bon, pour ma part (je ne suis pas un fan de la saga), j’ai trouvé l’histoire ni intéressante ni inintéressante. Disons simplement que le film commence véritablement à partir du moment où les jeux, les Hunger Games proprement dits, commencent, soit dans la seconde partie du film. C’est, avouons-le, l’aspect survival plus encore que son message qui donne son principal intérêt au film de Francise Lawrence. Voir des ados privés de portable s’entretuer – et cette fois pour autre chose que la guerre Justin Bieber/One Direction –, quel plaisir ! mais quel plaisir ! Bon, ici, ce sont plutôt de jeunes adultes qui se massacrent, mais vous avez compris le message…

Quoi qu’il en soit, l’arène où se déroulent les combats a cette fois pour cadre une jungle qui rappelle soit Lost, soit Jurassic Park, soit le zoo de Vincennes, mais qui en tout cas grouille de pièges et d’animaux méchants (ici des mandrills – pas malin, quand on sait que Katniss Everdeen est une bonne tireuse à l’arc et que le cul coloré du Mandrill fait une cible parfaite). Finalement, Hunger Games 2, c’est un peu Koh Lanta en Corée du Nord … Quoiqu’un vrai Koh Lanta en Corée du Nord (saison 2, Koh Lanta à Kaboul), ça aurait plus de gueule !

Hunger Games 2

Côté casting, Stanley Tucci est toujours aussi excellent en animateur excentrique et hystérique. Jennifer Lawrence remplit son rôle. Woody Harrelson a volé la perruque de Matthew McConaughey depuis True Detective. Et j’ai la flemme de décrire le jeu des autres acteurs, mais en gros, ils font ce qu’on leur demande. Sauf Lenny Kravitz à qui l’on demande juste de chanter Are You Gonna Go My Way. Qu’est-ce que tu fous là, Lenny ?

J’ai néanmoins été frappé – et ému – par une présence dont j’avais oublié qu’elle était dans ce film, celle de Philip Seymour Hoffman, dont la brève apparition suffit à conforter son statut d’immense acteur, à la fois charismatique, inquiétant et attachant. La scène où il explique au dictateur Snow comment gouverner par la ferveur et la terreur est particulièrement bien trouvée. Les régimes totalitaires, fascistes en particulier, ont toujours joué sur ces deux cordes sensibles : la peur et l’enthousiasme, le fouet et la caresse. Un Troisième Reich ne fonctionnant que par la matraque n’aurait pas tenu deux ans. Il fallait des fêtes monstrueuses et ininterrompues, une propagande extatique, la « Force par la Joie » pour dissimuler et faire oublier les camps, la Gestapo et la perte des libertés.

Cette loi que tout bon dictateur doit connaître, même si c’est de façon un peu grossière et dans un contexte assez différent, le film la montre plutôt bien. D’abord par son décorum digne des grandes cérémonies nazies (voir images ci-dessous), qui montre qu’une bonne partie du pognon de Panem passe dans l’organisation de ces « grand’messes » que sont les Hunger Games. Mais aussi par la façon de gérer la rébellion qui s’agite et menace l’ordre établi, en accommodant répression et réjouissances. Ainsi, le public miséreux des districts s’enflamme et se passionne pour l’histoire d’amour entre Katniss et Peeta, et l’instant d’après des agitateurs sont exécutés en public… Puis de nouveau les regards effrayés se détournent alors qu’on annonce le mariage entre les deux tourtereaux, puis de nouveau on fouette quelqu’un pour l’exemple. Manuel Valls a encore beaucoup à apprendre…

Un petit air de Germania...
Un petit air de Germania…
Hunger Games 2
… et du Triomphe de la Volonté

Alors certes, le film n’est pas exempt de paradoxes. Ainsi, s’il dénonce un monde faux et superficiel où tout n’est que beauté et apparence, on remarquera tout de même que tous ses acteurs semblent sortir de pubs pour parfums et que les héros sont de beaux jeunes gens aux dents blanches et au teint frais. D’autre part, le film dénonce la violence comme divertissement… tout en nous proposant de nous divertir par la violence. Soit un film qui prévient l’incendie tout en ajoutant du combustible. A côté de ça, Hunger Games 2 en profite pour égratigner les habituelles dérives de la société de consommation, les médias complices, l’accroissement des inégalités sociales, les cigarettes électroniques et les pubs avec Gad Elmaleh.

Au final, Hunger Games 2 – L’embrasement, en tant que film visant d’abord un public adolescent, reste intéressant, bien foutu et plutôt intelligent dans son message. Du Stéphane Hessel version blockbuster, sympathique et sans surprise.

Haydenncia

Monuments Men, de George Clooney (2014)

Monuments Men

        Adapter le roman de Robert M. Edsel sur l’histoire des Monuments Men, ce groupe d’hommes ayant mission de localiser et sauvegarder les œuvres d’art dans l’Europe en pleine Seconde Guerre mondiale, est une excellente idée. Historiquement parlant en tout cas, tant le processus mémoriel que cela implique ne peut être que positif, à l’heure où une partie de la jeune génération – collégiens et lycéens en tête – est plus occupée à poster des selfies sur Twitter qu’à ouvrir des livres d’histoire (« C’est la vie, mon vieux », me dit Haydenncia, toujours fin observateur du changement social). Plus que jamais, le cinéma peut devenir dans ce cas précis une source de connaissance, certes fictionnalisée. Quand ledit film est réalisé et interprété par George Clooney en personne, personne ne peut de surcroît y échapper, pas même l’ermite bénédictin étudiant scrupuleusement quelque manuscrit obscur dans son abbaye.

        Inutile d’en dire beaucoup sur le casting, tout simplement gargantuesque et largement mis en évidence par l’affiche du film. Jugez plutôt : outre George Clooney, ce ne sont pas moins que Matt Damon, notre Jean Dujardin national, John Goodman, Bill Murray, Cate Blanchett ou encore Bob Balaban. Un vrai film de potes en soi, la bande de pieds nickelés avançant dans la camaraderie au pied des lignes ennemis, dans le but salvateur de sauver la mémoire des victimes du totalitarisme, les œuvres d’art qui sont le passé, le présent et l’avenir de toute communauté humaine. L’objectif des Monuments Men comme l’importance de l’art sont bien explicités par Franck Stokes (Clooney) lors des réunions avec les organisations d’Etat, de même que les conditions des soldats durant le conflit comme l’horreur de la guerre qui ne sont jamais loin et apparaissent judicieusement en filigrane. Le problème vient surtout de la mise en scène. Passée une première partie où la troupe, divisée en petits groupes, est ammenée à se retrouver au complet, le film prend enfin son envol. Certes, les nombreuses scènes verbales ne sont pas mauvaises (le dîner chez le fermier nazi), les dialogues sont souvent savoureux, avec un net penchant pour l’humour pas toujours approprié (George, il serait peut-être tant d’oublier les très mauvais Ocean’s ?), mais voilà il manque un vrai souffle à l’ensemble, une prise de risque artistique. Pour citer Jean-Baptiste Thoret (Charlie Hebdo), le tout est « filmé avec une énergie qui ferait passer Yannick Noah ou Doc Gyneco pour des réacteurs nucléaires ».  Voilà qui est dit ! Visuellement, le film bénéficie de décors et d’une reconstitution très soignés (avec un budget de 70 millions, rien d’étonnant), mais la réalisation est académique, trop sobre, pour permettre un vrai sentiment d’immersion. Cela n’empêche en rien d’avoir de belles scènes poignantes, notamment lorsque deux des Monuments Men meurent, sans tomber dans la surenchère de pathos.

        Au final, c’est bien plus la portée humaniste du film que l’on retient, et c’est sans doute là la priorité de George Clooney, la personnalité populaire engagé qui, bénéficiant de son statut, ne pouvait rater sa cible, encore moins avec la publicité circonstancielle faite à son long-métrage  il y a quelques mois. Une foi en l’humanité qui transpire d’ailleurs dans la dernière image, où Stokes âgé est interprété par Nick Clooney, son père, qui lui a transmis le virus  philanthropique. Un film nécessaire qui a le mérite d’actualiser un sujet passionnant (la spoliation des biens des victimes de la Seconde Guerre mondiale), mais qui reste anecdotique et manque de profondeur par rapport à son sujet.

Dr. Gonzo

The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson (2014)

Chaque nouveau film de Wes Anderson déclenche, de plus en plus, une série de louanges et de chaudes recommandations de la part de la presse spécialisée, évidemment, mais aussi des médias. C’est que le bonhomme et son univers si particulier se « popularisent » et, si Wes Anderson n’est encore pas totalement connu du grand public, espérons que cela ne saurait tarder. De fait, ceux qui connaissent déjà l’œuvre du Texan ne seront pas surpris de retrouver dans The Grand Budapest Hotel son univers trépidant, sucré, poétique, absurde, détaillé et coloré ; les autres, ceux qui le découvriront avec ce film, seront sans doute agréablement interpelés et de toute façon n’en sortiront pas indifférents.

Le film retrace les aventures de Gustave H. (Ralph Fiennes), l’homme aux clés d’or d’un célèbre hôtel européen de l’entre-deux-guerres et du garçon d’étage Zéro Moustafa (Tony Revolori), son allié le plus fidèle.
La recherche d’un tableau volé, oeuvre inestimable datant de la Renaissance et un conflit autour d’un important héritage familial forment la trame de cette histoire au coeur de la vieille Europe en pleine mutation.

The Grand Budapest Hotel

Car, voilà une nouvelle merveille signée Wes Anderson, lui qui a obtenu pour ce nouveau film une liberté quasi totale de la part de la 20th Century Fox – c’est que la société de production prend soin du cinéaste « auteur » de la maison. Après le monde sous-marin et la Nouvelle-Angleterre, le dernier film du réalisateur américain se déroule cette fois dans un pays imaginaire, mais indubitablement situé à l’Est de l’Europe, le Zubrowska (sans doute situé entre la Syldavie et la Bordurie), au cœur d’un hôtel de renom, le Grand Budapest. Un pays « à la frontière la plus orientale de l’Europe », qui n’existe pas, donc, mais qui aurait pu exister ou en tout cas qui en rappelle d’autres, dans une époque qui en rappelle une autre, mais qui semble elle aussi ne jamais avoir existé. Vous suivez ?

De fait, même si l’histoire est constituée de flash-back, de bonds et d’emboîtements, la majeure partie de The Grand Budapest Hotel se passe à la veille de la guerre, dans les « sinistres années trente » (Hervé Vilard), au sein d’une Europe centrale ou orientale fantasmée, idéalisée, faite de loukoums, de kopecks, de csárdás et de Poutine en Crimée. En tout cas, une vieille Europe très « années folles » et autre dandysme, à l’image du réalisateur en tweed. Même le format du film est en 4/3, comme à l’époque.

Au-delà du scénario, une affaire de tableau volé qui conduit à une petite guéguerre entre M. Gustave H. et l’héritier Dmitri Desgoffe und Taxis (Adrien Brody) sur fond d’entre-deux-guerres, on retrouve dans la mise en scène ce qui constitue le style Wes Anderson, à savoir des couleurs primaires savamment harmonisées, des symétries, des perspectives, des plans dans les plans (la scène du train notamment), des miniaturisations (le premier plan sur l’hôtel est formidable), des travellings très chorégraphiés.

Mais aussi beaucoup de portes et de fenêtres qui s’ouvrent, de rideaux qui s’écartent, de chutes, le tout accompagné, comme toujours, par une bande-son étonnante et joyeuse, des sonorités baroques et orientales remplies de caisses claires, de cloches, de claviers et de cordes. Et parfois, tout cela en même temps dans des scènes franchement jouissives, foutrement burlesques, comme celle de l’évasion, véritable cartoon, ou encore celle de la course-poursuite ski-traineau.

The Grand Budapest Hotel

Côté casting, c’est cinq étoiles, comme l’hôtel. Ralph Fiennes, tout d’abord, est miraculeux en monsieur Gustave, à la fois calme et emporté, élégant puis dépenaillé, raffiné puis puant (pas longtemps), s’exprimant dans un anglais châtié et capable de sortir les pires jurons.

Drôle, charismatique, zélé, c’est un gentleman très attaché au savoir-vivre et aux bonnes manières à l’anglaise, un gigolo pour vieilles dames très parfumé, qui incarne, qui personnalise, qui est le Grand Budapest. Et surtout, SURTOUT, ne touchez pas à son lobby boy !

Entre lui et Zero, le groom qui le suit partout, c’est une belle histoire d’amitié et de confiance qui se noue, faite de conseils, de protection réciproque et de poèmes jamais terminés. A leur suite, on découvre – mais Anderson nous a habitués à ses galeries de personnages un peu bizarres – une flambée d’acteurs andersoniens, comme Bill Murray, Adrien Brody, Willem Dafoe, Harvey Keitel, Edward Norton (toujours aussi comique), Jason Schwartzman, Owen Wilson…

A leur côté, des nouveaux venus : Jeff Goldblum (qu’on est heureux de retrouver), Tilda Swinton (méconnaissable), Jude Law, la jeune Irlandaise Saoirse Ronan (prononcé Sir-sha)et deux Frenchies, Mathieu Amalric (qui avait prêté sa voix à la VF de M. Fox dans le film d’animation éponyme) et Léa Seydoux. Même quand ils sont l’objet d’une simple apparition, tous sont géniaux dans leurs rôles respectifs et jamais ils ne donnent l’impression d’être là juste pour marquer le film du sceau de leur présence et de leur nom.

Adrien Brody, parfait dans un rôle à contre-emploi
Adrien Brody, parfait dans un rôle à contre-emploi

Enfin, sous cette poudre de sucre blanc et cette couche de friandises colorées, derrière cet univers tellement ouaté, le film montre aussi, dans l’ombre, au cœur d’une Europe centrale en ébullition à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la montée et la victoire du fascisme/nazisme/totalitarisme (le mouvement Zig-Zag, dont le sigle renvoie explicitement à la SS).

Evidemment, c’est à la manière Anderson, mais, lui qui affectionne tant jouer avec les couleurs et les symétries, il trouve avec le fascisme un prétexte idéal pour monter des plans intéressants et parodiques : profusion de drapeaux au sigle viril et menaçant, uniformes aux couleurs sombres, alignements des corps, brassards, bruit de bottes et armes à feu toujours prêtes à servir, mais aussi propos xénophobes et fermeture des frontières (et des mentalités).

The Grand Budapest Hotel

Toujours aussi inventif, pétillant, drôle et triste à la fois, fantasque mais également, encore plus cette fois-ci, ancré dans une certaine réalité (sombre, qui plus est), le dernier né de l’esthète Wes Anderson est une nouvelle pépite multicolore. Une comédie d’aventure qui parle du temps qui passe, des paradis perdus et des mondes engloutis, de la nostalgie d’une époque fantasmée et de la barbarie qui tue toute poésie et, surtout, toutes bonnes manières.

Un film pop tellement « tellement », qu’il y aurait encore beaucoup de choses à dire ! Quoi qu’il en soit, certainement une œuvre à voir plusieurs fois pour en cerner toute la subtilité et la magnificence, pour en saisir tout le raffinement.

Haydenncia