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Howard the Duck, de Willard Huyck (1986)

Howard the Duck

        Howard the Duck… Un titre qui évoque une sombre page financière pour Hollywood, mais aussi une multitude de souvenirs désopilants pour les cinéphiles des années 80 (et postérieures). Premier personnage Marvel ayant eu droit aux honneurs d’une adaptation cinématographique, Howard (le canard donc) est un être anthropomorphe vivant sur la planète des Canards mais qui se retrouve sur Terre suite à une expérience scientifique humaine qui a légèrement déconné.

        Réalisant que les humains (en fait les Américains pour être plus précis) ne sont que des buses dont le quotient intellectuel ne peut rivaliser avec celui d’un canard, Howard décide de rentrer chez lui, mais une série d’obstacles l’en empêche. On ne peut pas dire que les scénaristes aient cherché à écrire un véritable scénario, tant le film n’est autre qu’un enchaînement de gags, de course-poursuites et de scènes de concerts rock (années 80 oblige, le rock FM féminin tient une place de choix). La figure du canard (humanisé ou non) tient une place importante dans la culture populaire occidentale, du Vilain Petit Canard d’Andersen (1842), Daffy Duck (1937) ou encore le plus célèbre de tous, Donald Duck (1934). Ces personnages de fiction ont souvent une fonction pédagogique, que ce soit pour les plus jeunes mais aussi pour les adultes, les histoires qu’ils vivent faisant la part belle à des sujets sérieux. Le Vilain Petit Canard est ainsi un récit initiatique qui fait l’éloge de la différence et du caractère unique de l’individu, tandis que Donald Duck fait appel dans nombre de récits aux évènements historiques les moins glorieux pour les remettre en perspective.  Et Howard dans tout ça ? Si à première vue, le ton du film est très enfantin et léger, l’aventure vécue par Howard met en avant les bienfaits de l’acculturation et de la rencontre entre cultures. Dans un geste de sacrifice personnel ultime, Howard décide de sauver la Terre mais doit en contrepartie détruire la machine qui seule pouvait le ramener sur sa planète Coin-Coin. Au fond, rien de mieux pour un canard que de vivre sur une planète où la chasse aux canards est chose courante et où cet animal est associé dans l’imaginaire collectif aux W.C…

Un canard contre le Dark Overlord, la créature la plus puissante de la galaxie !
Un canard contre le Dark Overlord, la créature la plus puissante (et moche) de la galaxie !

        Conçu comme un film familial et vendu tel quel par George Lucas (producteur via Lucasfilm), Howard the Duck est l’un des plus grands échecs commerciaux du cinéma américain, et du cinéma tout court. Le créateur de Star Wars, déjà endetté par la construction de son Ranch, a vendu ce qui allait devenir les studios Pixar à Steve Jobs pour une bouchée de pomme. En regard de l’objet totalement carnavalesque qu’est le film, cet échec n’a rien d’étonnant. Ce qui frappe le plus, quand on a en tête qu’il s’agit d’un film familial, ce sont les nombreuses références sexuelles très explicites. Du préservatif qui traîne dans le porte-monnaie d’Howard à la présence d’un numéro de Playduck reproduisant fidèlement le magazine Playboy mais avec des canes (!) en passant par une scène frôlant le coït inter-espèces, on se dit que les parents ont du s’en vouloir de choisir ce film pour leur progéniture. Le tout début du film donne déjà le ton en montrant une cane nue dans son bain dans un geste pour le moins évocateur.

Le vilain petit canard...
Le vilain petit canard…

        En dehors de cette inadaptation vis-à-vis du public cible qui saute aux yeux, le film ne recèle pas beaucoup d’intérêt autre. Les acteurs sont pour la plupart à côté de la plaque :  le jeu outrancier de Tim Robbins exaspère, Jeffrey Jones signe son pire rôle et nous offre une prestation hilarante de nullité dans le dernier acte, Lea Thompson s’en sort un peu mieux que le reste du casting. Quand aux six acteurs et actrices  qui incarnent Howard, les Razzie Awards (Razzie Howard aurait été plus approprié vu le nombre de récompenses) n’ont pas été indifférent ! Si l’on peut retenir une chose sympathique, c’est le monstre final, le « Dark Overlord », doté d’un design repoussant créé par Phil Tippett et animé dans une stop-motion géniale. Un monstre aux pouvoirs destructeurs qui a parcouru la galaxie pour se voir exterminé par un canard équipé d’un désintégrateur à neutrons… Décidément, Howard the Duck n’est pas un film comme les autres…

Jeffrey Jones, un grand acteur ayant joué dans Amadeus, Beetlejuice, A la poursuite d'Octobre Rouge et ... Howard the Duck !
Jeffrey Jones, un grand acteur ayant joué dans Amadeus, Beetlejuice, A la poursuite d’Octobre Rouge et … Howard the Duck !

        Chef-d’œuvre loufoque ou nanar génial, personne ne peut dire vraiment ce que représente Howard the Duck. Objet de culte pour certains (justifiant de nombreuses éditions DVD et Blu-Ray, des festivals, …) ou de dérision pour d’autres (ou les deux), ce qui est sûr c’est que 30 ans après l’icône Howardesque imprègne encore bien l’inconscient collectif des cinéphiles, comme en témoigne la scène post-générique des Gardiens de la Galaxie de James Gunn (très bon film de super-héros, au passage). Et si jamais vous voulez enrichir votre registre de blagues sur les canards, il s’agit probablement du film à voir, la traduction française nous offrant de très belles perles !

Dr. Gonzo

Fantastic Mr. Fox, de Wes Anderson (2009)

Affiche de Fantastic Mr. Fox

Je n’ai vu que trois films de Wes Anderson :La Vie aquatique, A bord du Darjeeling Limited et Fantastic Mr. Fox. Cependant, à l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore visionné Moonrise Kingdom, le dernier film d’Anderson, pour lequel les avis sont assez partagés. Mais pour le moment, mes braves petits canards, je suis là pour vous donner mon avis sur ce film d’animation en volume sorti en 2010 en France, Fantastic Mr. Fox (Fantastique Maître Renard au Québec, A fantasztikus Róka úr en Hongrie, Dvadjoshky tzvbalks Fox au Yémen inférieur).

Ce film est en fait une adaptation du livre pour enfants de l’écrivain britanno-norvégien Roald Dahl, Fantastique Maître Renard, publié en 1970. Il raconte l’histoire de Monsieur Foxy Renard, dont la voix est celle de George Clooney dans la version originale, et Mathieu Amalric chez nous autres Gaulois. La classe, quand même ! D’ailleurs, en passant, le casting original est franchement génial : Clooney, donc, mais aussi Meryl Streep, Bill Murray, Willem Dafoe, Owen Wilson, Adrian Brody, Michel Drucker et j’en passe et des meilleurs ! Mais, revenons à notre histoire, voulez-vous. Foxy, génie de la cambriole un brin dandy, et sa compagne, Madame Felicity Renard (Isabelle Huppert pour la voix française), volent ensemble tout ce qu’ils peuvent (principalement et logiquement des poules, comme nos amis les Roumains), jusqu’au jour où ils se font coincer. Madame Renard apprend alors à son mari qu’elle est enceinte. Foxy jure que s’ils s’en sortent, plus jamais, ô grand dieu, plus jamais il ne volera !

Douze ans plus tard, le couple, qui s’en est sorti, mène une vie bien paisible. Foxy est devenu journaliste pour Femme actuelle… Enfin, je crois. Ils ont un enfant, Ash, légèrement caractériel – il remue l’oreille quand on le contrarie – et qui ne ressemble pas à son père, au grand désespoir de celui-ci. Principal défaut : Ash n’est pas bon en sport, quand Foxy, lui, était un véritable athlète. Or, voilà-t-y pas que ce ramène le neveu Kristofferson qui, lui, a tout d’un bon sportif. Forcément, il va y avoir de la jalousie dans l’air. De plus, notre héros Renard s’ennuie dans cette nouvelle vie trop rangée et son terrier lui paraît soudain bien petit. Ses instincts de chasseur resurgissent. Car, enfin, a-t-on déjà vu un renard sortir les poubelles ? A la limite, manger dedans, mais les sortir ? Aussi, très rapidement, Monsieur Renard revient à son ancienne vie de voleur, accompagné dans ses escapades nocturnes de Kylie l’opossum et le neveu Kristofferson.

Hélas, cette fois notre ami goupil a décidé, pour le plus grand malheur de sa famille et de ses amis animaux, et contre les conseils de son avocat blaireau (je ne parle pas de Gilbert Collard), de préparer le « coup du siècle » et de s’attaquer à un adversaire redoutable, plus angoissant que la Grande Faucheuse, plus terrifiant que le Diable en personne, j’ai nommé : Frédéric Nihous ! Non, en réalité, il s’agit de trois puissants industriels agroalimentaires, Boggis, Bunce & Bean, producteurs de cidre, de foie gras et de poulets. Mais, Frédéric Nihous n’est pas loin, on le sent, on le sait : son ombre plane, menaçante, morbide, au-dessus du terrier, tel un rapace à l’œil torve, aux serres avides et au caleçon La Redoute…

Fantastic Mr. Fox

J’ai adoré ce film rempli de trouvailles visuelles, avec des dialogues savoureux et intelligents, pleins d’humour. L’animation image par image est très jolie et très soignée. Elle offre un style esthétique particulier et très poétique, et parfois le plan ressemble à un tableau. L’histoire est trépidante, inventive, et les personnages, en premier lieu Monsieur Renard, génial loser, ou encore le rat au couteau, sont attachants. Tous ces petits animaux de la campagne ressemblent finalement à nous autres, grands primates de la ville (et de la campagne). Exception faite de Jean-Christophe, qui ressemble à s’y méprendre à un ragondin. Mais, passons – vous ne connaissez sans doute pas Jean-Christophe. Le message du film est écologiste sans être mièvre, et plus profond qu’il n’y paraît (rapports parents-enfants, jalousie, nostalgie, société de consommation, rivalité rockeurs/rappeurs dans la banlieue de Chicago à la fin des années 80, etc.). Il y a de très beaux passages, notamment celui avec le loup. Enfin, pour couronner le tout, les musiques sont sublimes et entraînantes, à commencer par celles d’Alexandre Desplat, ainsi que des titres des Rolling Stones, Beach Boys, Burl Ives… Que demande le peuple ? Comment ça du pain et des jeux ! Ça n’est pas le moment !

Bref, voici un film enthousiasmant, drôle et qui met de bonne humeur (à regarder, donc, si l’on revient des docks du Havre un lundi matin au mois de mars, alors qu’il pleut et qu’il fait froid et qu’on vient de se taper l’intégrale de Barbara et d’Aznavour). De fait, Fantastic Mr. Fox est un véritable bijou qui conviendra à toute la famille, même à cet enfant caché que vous avez soigneusement attaché à la cave. Pour une fois, laissez-le regarder un film avec vous, en lui laissant ses chaînes si vous voulez. Fantastic Mr. Fox en vaut vraiment le coup !

Haydenncia