Un jour sans fin, de Harold Ramis (1993)

Qui n’a pas rêvé, suite à une gaffe, un faux pas, une maladresse ou tout simplement après avoir malencontreusement renversé l’huissier qui venait chercher vos meubles, de reprendre la journée à zéro, de revenir un instant en arrière, de pouvoir tout effacer pour tout recommencer ? Si vous saviez combien de fois j’ai supplié Dieu et Christophe Dechavanne pour rembobiner une journée mal partie. D’ailleurs, une question au passage : rassurez-moi, incendier une maison de retraite, ce n’est pas un crime ?

Phil Connors (Bill Murray), journaliste à la télévision et responsable de la météo part faire son reportage annuel dans la bourgade de Punxsutawney où l’on fête le « Groundhog Day » : « Jour de la marmotte ». Dans l’impossibilité de rentrer chez lui ensuite à Pittsburgh pour cause d’intempéries il se voit forcé de passer une nuit de plus dans cette ville perdue. Réveillé très tôt le lendemain il constate que tout se produit exactement comme la veille et réalise qu’il est condamné à revivre indéfiniment la même journée, celle du 2 février…

6h00.. Encore, et encore, et encore...
6h00.. Encore, et encore, et encore…

S’il n’est pas le premier à se servir du thème de la répétition en boucle d’une même journée (time loop), le film de feu Harold Ramis est une ritournelle agréable, une comédie américaine typique du début des années 1990, dans la veine de Madame Doubtfire et autres Danse avec les loups. Basé sur un scénario simple mais efficace, avec des situations loufoques et un ton gentiment absurde, Un jour sans fin n’est certes pas un chef d’œuvre, mais plutôt le genre de film qu’on aime revoir de temps en temps, car on en garde un bon souvenir.

Phil, donc, petite célébrité sardonique et snobinarde, se retrouve condamné à revivre chaque jour… le même jour. 24 heures chronos version Retour vers le futur, gros ! Le début du film, de fait, nous permet de voir grosso modo la trame de la journée amenée à se répéter.

Top ! Le réveil sonne à six heures pile sur une chanson – qui deviendra de plus en plus horripilante – de Sonny & Cher, suivi du commentaire affligeant de deux commentateurs visiblement enchantés par l’événement local : le Jour de la Marmotte (Groundhog Day, le titre du film dans la version originale), rituel pittoresque annonçant un hiver plus ou moins long. Et devoir couvrir cet événement, Phil, ça le fait ch… au plus haut point. Hélas, coincé dans une faille spatio-temporelle, le bougre devra se coltiner plusieurs fois cette manifestation zoologico-météorologique… Notons au passage que Bill Murray fait du Bill Murray (et on adore ça), avec ses répliques qui font mouche et son air désabusé. Et la marmotte est très bien.

Un Jour sans fin

Evidemment, à force de revivre chaque jour la même journée, Phil en connaît tout le déroulement, le moindre rouage à la minute près. Et naturellement – mais qui ne ferait pas la même chose – au bout du troisième ou quatrième jour, c’est la grosse éclate ! la totale déconne ! la fête du slip à Palavas-les-Flots ! S’affranchissant (sagement) de toutes les règles, Phil décide de se faire une petite virée anarchisante #Compagnie créole #Aujourd’hui tout est permis #Décalecatan Décalecatan Ohé Ohé !

Mais Phil s’en fout, il sait que demain tout aura été effacé. Typiquement le genre de film où l’on se met à la place du héros !

Mais surtout, le plus cool (et aussi le plus dramatique) dans ces rembobinages temporels, c’est, lorsque l’on cherche à séduire la personne qui nous plaît, comme Phil avec Rita (Andie MacDowell), de pouvoir roder son plan drague, comme quand on recommence plusieurs fois un brouillon avant de réussir l’oeuvre parfaite.

En l’espace d’une journée (répétée), Phil saura ainsi, à la grande surprise de Rita, jouer parfaitement du piano, réciter de la poésie française, et connaître comme par magie les goûts de sa dulcinée à l’avance, ce qui donne d’ailleurs lieu à de petites saillies drolatiques : « Je déteste le caramel » s’exclame Rita, et Phil de noter tout haut, pour la prochaine fois : « Ni chocolat blanc, ni caramel ».

Mais surtout, summum du plan drague, l’estocade finale qui fera fondre votre conquête à coup sûr : sculpter son visage dans la glace devant son regard émerveillé, à la manière d’Edward aux mains d’argent. Ça, c’est la grande classe ! Même jour après même jour, Phil a eu le temps de se former à cet art un peu givré et, à force de voir et revoir Rita, il connaît son joli minois par cœur (et puis, il faut dire qu’il l’a vu dans une pub pour L’Oréal). J’ai bien essayé de faire la même chose avec un tas de neige, mais le résultat ressemblait plus à Régine après un marathon dans le désert qu’aux traits harmonieux et délicats de mon joli modèle.

Un jour sans fin

Alors certes, et ce n’est ni la première ni la dernière fois que j’écris cela : à la fin, la morale est sauve. La marche du temps reprend son cours dans un happy end prévisible. Bill Murray, à l’origine égoïste, cynique et misanthrope, met cette journée à contribution pour devenir quelqu’un de meilleur et donner un sens à sa vie. Mais enfin, ça fait du bien un peu de gentillesse dans ce monde consumériste, individualiste et végétarien.

Bref, Un jour sans fin est un film plaisant, loufoque, parfois un peu long (un film sans fin ^^ ?), qui m’a rappelé les livres de la collection Délires que je lisais petit (Piégé le premier jour de la colo, Piégé le jour de la rentrée, La prof de math a des gros seins…). Voilà le type-même du film du dimanche soir qu’on regarde une chaussette trouée au pied gauche et un bol d’Apéricubes sur la table basse, en compagnie de Joël son raton laveur héroïnomane.

Qui n’a pas rêvé, suite à une gaffe, un faux pas, une maladresse ou tout simplement après avoir malencontreusement renversé l’huissier qui venait chercher vos meubles, de reprendre la journée à zéro, de revenir un instant en arrière, de pouvoir tout effacer pour tout recommencer ?

Haydenncia

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8 réflexions sur « Un jour sans fin, de Harold Ramis (1993) »

  1. Moi, c’était ma prof d’Histoire Géo qui en avait des gros. En plus, j’était sur la ligne de front.

  2. Un jour on va bien finir par attirer l’attention d’une ligue féministe !!! En tout cas j’aimerais bien le revoir ce film, ça fait un bail.

  3. Après la LICRA, la Ligue des droits de l’homme, la Ligue anti-tabac, celle des Nains de France et celle des Carreleurs de salle de bains, il ne nous reste qu’une bonne ligue féministe pour compléter le tableau !

  4. A la place de bûler la maiosn de retraite, imagine à la place si c’est un résident qui revit chaque fois sa journée… Non, pitié je ne préfère même pas y penser!

  5. Un pensionnaire de maison de retraite qui revit encore et encore la même journée ? Et pourquoi pas un détenu à Fleury-Mérogis ? Ou un travailleur à la chaîne chez Volvo ? Ou une caissière chez Super U ?
    Blague à part, c’est vrai que pour certains d’entre nous (je pense à toi, Joseph), avoir l’impression que chaque jour se ressemble, c’est hélas une triste réalité… « Un jour sans fin » y fait d’ailleurs allusion lors de la discussion entre Bill Murray et les deux types au bar.

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