Imperium, de Daniel Ragussis (2016)

Nate Foster, jeune recrue du FBI, est chargé par sa supérieure d’infiltrer en tant qu’indic un groupuscule néonazi. D’abord réticent, Nate comprend vite que pour mettre en confiance les membres de l’organisation, il doit devenir un des leurs… Crâne rasé, prétendument vétéran de guerre, le voilà contraint de participer aux débordements racistes et d’adhérer aux discours haineux du groupe. Tiraillé entre sa morale et les impératifs de sa mission, Nate est pris de vertiges lorsqu’il découvre que le groupe prépare une attaque terroriste sans précédent…

Wingardium Leviosa
« Wingardium LeviosaaaHEIL HITLER !!! »

Imperium tire son titre du livre de Francis Parker Yockey, auteur américain raciste et suprémaciste, dont l’ouvrage est devenu une référence dans le petit monde néofasciste contemporain. On le trouve actuellement à la Fnac, au rayon littérature jeunesse. Le film Imperium, lui, est un thriller sorti directement en vidéo et donc passé relativement inaperçu en France. Pourtant, à mon sens, il mérite le coup d’œil (de verre – comprenne qui pourra). L’histoire raconte comment le FBI, ayant eu vent d’un projet d’attentat mené par un groupe raciste local, décide d’envoyer Nate Foster (Daniel Radcliffe), spécialiste du terrorisme islamiste, infiltrer le quotidien joyeux et coloré des néonazis d’Amérique.

Peu de films traitent du terrorisme d’extrême droite. Imperium a donc au moins le mérite de rappeler que celui-ci existe. On se souvient par exemple de ce militant néonazi fonçant dans la foule à Charlottesville en août 2017, à l’occasion d’une manifestation d’unité organisée par différents groupes d’extrême droite. On se souvient, également, de l’attentat à la bombe de Timothy McVeigh à Oklahoma City en 1995 contre un bâtiment fédéral et, plus récemment, du double attentat d’Anders Breivik contre un rassemblement de jeunes du Parti travailliste norvégien et contre un immeuble gouvernemental au cœur d’Oslo.

Certes, pour l’opinion publique ce terrorisme d’extrême droite semble bien secondaire de nos jours. Pour autant, ce n’est pas une raison pour ne pas en parler ni, a fortiori, pour ne pas en faire un film. D’ailleurs, en pleine montée du populisme en Europe et alors que la présidence Trump désinhibe l’extrême droite américaine, le scénario catastrophe d’Imperium n’est pas complètement inenvisageable, notamment quand il évoque cette stratégie et cette promotion par le milieu néofasciste de la « résistance sans leader » : en gros, les loups solitaires du terrorisme raciste…

De l'art de la conversation chez les néonazis
De l’art du dialogue et de la discussion chez les néonazis.

Daniel Radcliffe incarne donc Nate Foster, un jeune agent du FBI un peu gauche et intello qui, du jour au lendemain, doit se confronter au terrain. Dès lors, Nate Foster se documente, lit Mein Kampf, les Carnets de Turner et la biographie de Patrick Sébastien, adopte la dialectique et la rhétorique néofascistes, tente de s’imprégner de cet univers si fermé.

Puis vient le temps de la transformation physique de Foster en suprémaciste blanc – une transformation qui commence par sa coupe de cheveux quand, devant un miroir, Foster-Radcliffe passe d’une horrible mèche hideuse (mais qu’est-ce que c’est que cette coupe ?!) à un crâne complètement rasé. Ne restent plus que le bomber et les Dr. Martens noirs pour parfaire l’illusion et ainsi intégrer un groupuscule d’activistes d’ultradroite. Cependant et même si Foster est aidé par une taupe (Talpa europaea), tout cela va un peu trop vite à mon goût. C’est d’ailleurs l’un des défauts du film, ce type a priori peu préparé, mais qui parvient rapidement et même relativement facilement à infiltrer un réseau et un milieu par nature hyper méfiant, car hyper parano, puisque hyper complotiste.

Au passage, autant j’ai eu du mal avec le jeu de Daniel Radcliffe dans les premières minutes du film (mais qu’est-ce que c’est que cette putain de coupe ?!!!), autant je l’ai trouvé plutôt convaincant dans son rôle d’infiltré et de petit raciste blanc forcé de rester stoïque et même d’opiner douloureusement du chef face aux arguments nauséabonds qu’on lui assène à longueur de journée.

Car, entre nous, il faut être sacrément bien entraîné, motivé et maître de soi pour supporter du lever au coucher ce ramassis de conneries monosyllabiques qui mélange juifs, noirs, reptiliens, Illuminati et tickets-restaurant… C’est d’ailleurs ce dont témoigne Foster quand il se livre à sa supérieure, jouée par Toni Collette (et son chewing-gum), à propos de la difficulté morale et psychologique de sa mission. « Comment peut-on raisonner des gens comme ça ? », lui demande-t-il alors. Eh bien, tout simplement en appliquant cette méthode qui veut que…

Bon, ce n’est pas le sujet, alors je garde ça pour plus tard.

Mais surtout, c'est quoi cette coupe
« MAIS-QU’EST-CE-QUE-C’EST-QUE-CETTE-COUPE ??!!!! »

Si le film se permet d’inventer un groupuscule néonazi pour les besoins de l’histoire (Aryan Alliance, en l’occurrence), l’une des forces d’Imperium repose dans sa documentation sérieuse. Le film est visiblement bien renseigné en ce qui concerne la symbolique, l’iconographie, les codes, la culture et l’univers mental de ce monde groupusculaire, introverti et, par plusieurs aspects, ésotérique, dans lesquels on se salut à coups de « 14/88, man ! » et autre « Sieg Heil, motherfucker ! » bien chaleureux. Imperium est par conséquent bien fichu dans sa forme documentaire, particulièrement pour tous ceux qui s’intéressent à ce genre de sujet. Mais rien de plus normal après tout, puisque son réalisateur est membre du Ku Klux Klan.

Le film montre aussi que ce milieu suprémaciste aux larges ramifications, surtout depuis le développement d’Internet, n’a pourtant rien d’homogène, entre le bonehead qui a une canette de bière à la place du cerveau et ne pense qu’à l’affrontement immédiat et le raciste « cultivé », plus vicieux, car plus lettré et portant beau (en jean, polo et sneakers ici). Ce dernier (incarné par Sam Trammell) organise dans sa coquette maison de banlieue des barbecues le dimanche en compagnie de sa charmante épouse et construit une cabane dans les arbres pour ses enfants. Il écoute Brahms, lit beaucoup – une littérature choisie, bien entendu –, se montre poli, calme, voire compréhensif. Bref, à première vue il n’a pas l’air bien dangereux.

Mais en réalité, il est tout autant raciste, antisémite, intolérant, manichéen et même violent que les autres. Seulement, il a mieux compris que les jeunes activistes tatoués qui l’entourent (et qu’il considère malgré tout comme une force nécessaire dans son combat) comment se faire entendre du grand public de nos jours. Surtout aux États-Unis, où la liberté d’expression est à peu près totale.

Reste que tous ces militants hétérogènes et éparpillés, qui vont du klaniste coincé au crâne rasé d’Aryan Nation en passant par le suprématiste bien élevé et « modéré » qui passe à la radio, se considèrent pareillement en « mission ». Tous vivent avec orgueil, sinon avec ostentation leur position ultra-minoritaire (de moins en moins ?) au sein de la société américaine. Tous se définissent et se représentent de façon similaire comme l’avant-garde salvatrice qui doit réveiller – contre son gré s’il le faut – le reste de l’Amérique blanche avant qu’il ne soit trop tard, fut-ce par la terreur et l’ultraviolence. D’ailleurs, Imperium revient sur cette ambition qu’ont, aux États-Unis comme en Europe, les différents mouvements nationalistes de se fédérer et de s’unifier…

Une ambition bien difficile à mettre en œuvre chez des mouvements qui, bien que partageant de nombreux points communs, se démarquent les uns les autres par de profondes divergences et dissemblances, tant idéologiques qu’organisationnelles d’ailleurs. Une scène du film montre ainsi des néonazis néopaïens se prendre la tête avec des chrétiens intégristes du KKK. M’enfin, pourvu qu’ils s’engueulent entre eux, moi ça me convient…

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Le style d’Imperium tombe parfois dans le sensationnalisme, notamment au niveau de sa bande-son. Reste que le long-métrage de Daniel Ragussis est moins grandiloquent que le fameux American History X, la référence du genre, et c’est tout aussi bien. Néanmoins, et peut-être davantage que son prédécesseur – mais il n’est pas le seul dans son genre –, Imperium peut s’avérer pernicieux dans le sens où il diffuse indirectement la propagande nauséabonde qu’il entend dénoncer, avec, par exemple, la retransmission de longs extraits de films argumentaires racistes, ou encore une certaine fascination pour l’esthétique fasciste.

En définitive, Imperium est un petit film qui se regarde sans déplaisir et parvient même à captiver, malgré un scénario classique, sinon léger, mais bel et bien d’actualité, et une fin un peu bâclée. En gros : pas mal dans son genre.

P.-S. : Dans le même type de film, voir American History X de Tony Kaye et le moins connu Guerrière, de David Wnendt.

Mr. Haydenncia

1 commentaire

  1. Coucou,

    La photo de Daniel Radcliffe me fait penser à J.K Rowling. Cet acteur lui doit son succès. Depuis la saga Harry Potter, il a parcouru un long-chemin dans le monde du cinéma. J’ai regardé un documentaire tout récemment sur mon application mobile : https://itunes.apple.com/fr/app/playvod-films-en-streaming/id689997717?mt=8 . Tu peux la regarder si tu es fan de Daniel Radcliffe, car elle parle longuement de lui dans ce film nommé « J.K Rowling : La magie des mots ». D’ailleurs elle mentionne aussi quelques points sur « Imperium ».

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